Holy dyslexic pen pal ! Cet Instant Putassier en fera sûrement rager plus d’une, mais en tant que professeur je me dois de vous dire la vérité : New-York est surfait. Seules deux catégories de personnes nieront ce fait : celles qui y sont allées une fois et celles qui y vivent depuis plusieurs années. La première est restée sous le choc de l’Amérique dans toutes ces grandeurs, du geyser culturel qui bouillonne aux quatre coins de Central Park, de la diversité ethnique dont le cœur pulse de Chinatown à Harlem, en passant par Nolita et Little Korea. La deuxième est persuadée d’être dans l’une des plus belles villes du monde, d’avoir une chance inouïe, d’en « être ». On déménage à New York par conviction, par goût d’aventure. On se dit qu’on va vivre un truc unique, qu’on n’en ressortira pas indemne. On ne sait pas à quel point on a raison.
Premier constat : New-York c’est bien, en abuser ça craint. On est content d’y aller, content d’en repartir. Il y a quelque chose de tentaculaire et d’oppressant dans la Grosse Pomme. Quelque chose d’un peu excitant, et d’un peu triste. Il s’y passe toujours un évènement incongru, une soirée à ne pas rater, un concert qui nous plaira. Une sorte d’ébullition permanente. En échange, la ville qui ne dort jamais recèle sûrement le plus grand nombre d’habitants qui dorment seuls. Vous vivez des moments incroyables pour mieux rentrer on your own dans votre 25m² entre 2500 et 4500 $ le mois, vous ne vous arrêtez jamais sauf quand vous y êtes obligés dans la queue des magasins.
Deuxième constat : New-York n’est pas la plus belle ville du monde, arrêtons la masturbation intellectuelle de redneck. On peut dire que New-York est unique, que New-York est à voir, que New-York est une métropole où on ne s’ennuie pas, mais que c’est la plus belle ville du monde, non. Celui qui dit ça n’a pas vu San Francisco au mois de septembre, Montréal en octobre ou Paris en mai. Celui qui dit ça ne s’est pas baladé à Amsterdam pendant l’été, ou à Venise la nuit. Celui qui dit ça est porté par les films des années 80 relayés par les séries télévisées de années 90, influencé par la masse populaire qui veut qu’on se doit d’aimer New-York à tous prix, qu’on rêve d’y habiter. Mais New-York n’est plus une ville humaine comme cela pouvait encore être le cas au XXème siècle, elle est victime de son succès : tout le monde veut y être remarqué, chacun pour soi et tout le monde chez soi, et c’est limite si le chauffeur de taxi ne vous mordra pas la fesse si vous lui demandez de vous emmener à Harlem. Habiter New-York, c’est comme être à la Star Academy, les caméras en moins : il faut survivre en espérant gagner (sinon on se sera pris les remarques de Raphie pour rien).
Comment en est-on arrivé là ? Est-ce uniquement la faute à Sex and the City ? Probablement que oui, un peu : on a voulu nous faire croire que New-York était glamour quand en réalité même les mannequins ne veulent pas y passer le restant de leurs jours (voir en sens l’interview de Shalom Harlow dans le magazine Jalouse), et pour cause : New-York doit rester une ville jeune. Vivre intensément et sans attaches, c’est bon quand on est dans la vingtaine, mais après ?
Quand on gratte un peu la pellicule de plaqué or, on découvre la surconsommation : Starbucks tous les 10m, magasins à merdouilles tous les 5. Vivez heureux, achetez. Vous pensez que vous aller dépenser votre PEL en shopping ? Mouahahah. Au plus bas de l’échelle, vous trouverez Forever 21 avec ses rayons en bordel, puis H&M que vous connaissez déjà, et vient Urban Outfitters et American Apparel, plus jeune, plus funky, plutôt sympa finalement même si les prix peuvent être excessifs. Ensuite, on tombe directement sur du standing à faire frémir les moustaches prépubères des filles de l’émission Sweet Sixteen sur MTV : Chanel, Dior, Louis Vuitton. Pour s’habiller bien et peu cher, il faut quitter l’île de Manhattan et fouler les trottoirs de Brooklyn, où on y trouve des petites boutiques et des boutiques de seconde main.
Finalement, voici à quoi ressemble New-York du point de vue des résidents et des autres :
Comment donc survivre dans une ville où vous n’êtes qu’une cellule de ses entrailles ? Mon conseil, si vous désirez réellement vous installer, serait d’habiter à Williamsburg, entre les pauvres et les hipsters, où la vie est encore relativement raisonnable et où vous avez des chances de croiser Agyness Deyn. Restez dans votre quartier qui possède un écosystème à lui seul (il existe un site web consacré aux banlieusards de Billyburg comme ils le surnomment, ainsi que leur propre quotidien) et partez vous nourrir intellectuellement de l’autre côté du pont quand l’envie vous prend. Vous devrez alors pouvoir concilier les personnalités multiples de la ville et ne pas mourir étouffé (pour approfondir le sujet).
N’oubliez pas tout de même que New-York n’est pas représentatif des Etats-Unis, et que chaque Etat possède son lot de surprises, de paysages, d’architectures et de personnes hospitalières.
La prochaine fois je vous raconterai comment je trouve ça complètement retardé de faire payer les chariots dans les aéroports français, alors que vous rentrez de l’étranger et que bien sûr, vous n’avez pas gardé de pièce d’1 euro.
Et si le film que vous alliez voir ce soir était une bouse ? Chaque semaine, Kalindi Ramphul vous offre son avis sur LE film à voir (ou pas) dans l’émission Le seul avis qui compte.
Les Commentaires
Exemple: j'ai une copine qui est tellement fan de cette ville, qu'elle en a dessiné la carte. VILLE. PAR. VILLE. Alors qu'elle n'y a même jamais mis un pied! Tous ces gens croient qu'ils vont arriver là bas et que vu que c'est absolument génial, ils auront aucun problème dans leur vie. Vive Villeugneux sur Saone.