Je ne suis pas forcément sereine quand on me transmet une vidéo intitulée JE TE VIOLE. Mais il m’est arrivé d’avoir de poignantes surprises, comme avec Pourquoi le viol, c’est vraiment hilarant.
Alors quand on m’a fait passer JE TE VIOLE de Simon Puech, je me suis dit que j’allais voir ce que ça donne. Et je n’ai pas regretté : j’ai pris une baffe, mais une de celles qui font du bien.
Laissez-moi vous présenter une vidéo contre le harcèlement et le sexisme qui ne mâche pas ses mots.
JE TE VIOLE, la vidéo choc contre les violences sexistes
JE TE VIOLE est un genre de discours mis en musique, quelque part entre le slam et le rap, qui s‘adresse aux mecs, potentiels harceleurs, agresseurs, violeurs, et les met face à leurs actions.
Sans prendre de pincettes, Simon Puech s’appuie sur l’affaire Weinstein pour remonter jusqu’au déferlement de violence sexiste dont Marion Séclin a été victime après ses vidéos sur le harcèlement de rue.
T’étais où y a un an quand Marion Séclin en parlait déjà ? Sûrement comme moi à retenir « PADANLARU » comme un attardé.
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Pas de langue de bois ni de métaphore gentillette ici. Simon Puech s’adresse aux hommes, en s’incluant dedans, et il ne les ménage pas.
Ton père, ton frère, ton collègue ou tes potes, jusqu’à toi tu le sais : ON a forcé. L’éducation a du retard, clairement.
Simon parle aux hommes qui forcent, dans la vie, sur Internet, qui ne savent pas écouter un « non », qui ne voient les femmes que comme des potentialités de relations sexuelles.
À ce pompier qui a tenté de draguer sa pote dans l’ambulance alors qu’elle était à deux doigts du coma. À ces mecs qui aboient sur toutes les filles qui passent. À ces dalleux qui t’envoient leur bite sans que t’aies rien demandé.
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Mais Simon Puech ne se contente pas d’interpeller les hommes et de leur faire voler les plumes, non : il leur dit que le féminisme, c’est bon pour eux, que si la vie des femmes s’améliore, toute l’humanité ira mieux.
De ce combat découle tout un nouvel espoir de société. Fumer le harcèlement est un début, revoir les fondements de l’inégalité l’objectif absolu.
Sous ses premiers airs de « first world problem », le féminisme est bien plus que ça. Très loin d’être une simple progression de la considération des femmes, il s’agit de faire avancer toute l’humanité.
À commencer par en finir avec cette course stupide à la virilité inutile. Exécuter le patriarcat sous toutes ses formes changera surtout (en bien) les choses pour toi. […]
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En avoir conscience est un début, agir est la suite logique. Pour faire avancer les choses, 50% de la population mondiale ne suffiront pas.
Le changement viendra des femmes, mais sans les hommes, il ne se fera pas.
WOW ALLEZ BYE MERCI BISOUS.
Non je déconne mais tel était environ mon état mental après mon premier visionnage de cette vidéo.
J’ai voulu en savoir plus sur cette vidéo et surtout son drôle de titre, alors j’ai contacté Simon pour savoir d’où lui est venue cette idée, qu’est-ce qui a motivé ses choix.
Ce jeune bordelais, qui poste sur YouTube depuis 2016, m’a rapidement répondu.
Les origines de JE TE VIOLE, la vidéo de Simon Puech
Si Simon a voulu dénoncer les violences sexistes, ce n’est pas seulement parce que le sujet est d’actualité. C’est aussi et surtout parce qu’une femme qu’il connaît a commencé à lui en parler.
Du viol étant plus jeune au harcèlement quotidien dès qu’elle sort dans la rue, même en jogging et pas maquillée, à 9h du mat… j’trouvais ça abusé. Et c’était pas la seule fille de mon entourage à avoir déjà évoqué le viol.
Cette « prise de conscience » est tombée en pleine période du Weinstein Gate alors ça commençait à réellement me secouer. […]
Je me suis dit qu’il fallait en parler globalement, toucher la masse.
C’est un des effets du partage, que ce soit de façon personnelle ou via de grands mouvements comme #MeToo / #MoiAussi : ça casse l’idée selon laquelle les violences sexistes sont des cas isolés.
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Il y a tant de victimes que tout le monde est forcément, de près ou de loin, en empathie avec une personne qui a subi du harcèlement sexuel, une agression, un viol…
Comment JE TE VIOLE a été reçue par la communauté de Simon Puech
Je ne connaissais pas le travail de Simon avant cette vidéo, donc je ne sais pas trop à quoi ressemble sa communauté. Et je sais qu’évoquer Marion Séclin revient souvent à invoquer tous les relous des Internets français.
Simon m’explique qu’après le succès de cette précédente vidéo, VEGANS ET FEMINISTES ETC., qui parlait militantisme, il s’attendait à ce que son public soit prêt à entendre causer de lutte contre le sexisme.
Et pourtant, les commentaires sont loin d’être en accord avec son discours…
Parler de Marion Séclin fait encore jaser, je comprends vraiment pas. Même moi, qui à l’époque était sceptique (car pas concerné du tout), j’étais pas aussi radical et je suis encore moins bloqué sur ce sujet un an après !
Beaucoup de filles sont contentes […] mais une minorité très vocale de mecs continue de se voiler la face en brandissant le bouclier du harcèlement des hommes, ou des prétendues « féminazi ». […]
Parler des hommes victimes de violences est une stratégie classique pour détourner l’attention quand on évoque les combats féministes.
Les hommes victimes de viol, de violences conjugales ou de harcèlement sexuel existent, et ils méritent autant de soutien que les femmes ! Mais ils sont en minorité, au niveau des chiffres.
Et surtout, surtout, ce n’est pas en les utilisant comme bouclier contre le sexisme qu’on leur rend service. Lutter pour une éducation au respect et au consentement permet, à terme, de protéger TOUT LE MONDE.
Simon développe, au sujet des réactions à sa vidéo :
Ce qui est ironique c’est que ceux qui combattent ma généralité, « on a TOUS forcé », sont les mêmes qui, 3 lignes plus loin, qualifient les féministes de « meufs qui chialent au viol sur Twitter pour n’importe quoi »…
Mais le plus dommage c’est que beaucoup ne voient pas plus loin que leur petit cas personnel […] car ils n’ont jamais été confrontés au harcèlement.
Il est facile de penser que « Moi, une fois, j’ai dit bonjour à une femme dans la rue, ce n’était pas du harcèlement ». Mais il est impossible de savoir si on n’est pas le trentième de la journée…
Les hommes, en tant que groupe social, ne sont pas victimes de harcèlement sexuel ; il est important, pour comprendre, d’écouter la parole des femmes, directement touchées.
Pourquoi avoir intitulé cette vidéo JE TE VIOLE ?
Le titre JE TE VIOLE saute aux yeux, mais il peut aussi faire craindre un contenu très peu féministe. J’ai demandé à Simon ce qui l’avait motivé à intituler sa vidéo ainsi.
Je voulais attirer l’œil, que ça soit plus fort qu’un JE TE HARCÈLE, par exemple.
Et le terme « viol » fait le lien avec le combat du féminisme. Cette vidéo ne parle pas que de harcèlement : c’est un prétexte pour expliquer que le féminisme, en général, est nécessaire.
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J’ai demandé à Simon s’il n’avait pas peur que ce titre dissuade des personnes craignant de se retrouver devant une vidéo cruelle envers les victimes de viol. Et à la vérité… il n’y avait pas pensé.
Ce titre s’adresse aux hommes : je veux leur montrer que je vais les pousser, violemment, à reconsidérer leurs actions.
Les titres violents sont légion sur YouTube… l’idée que ça pourrait rebuter du monde ne m’a pas traversé l’esprit.
C’est aussi pour ça que j’ai eu envie de vous parler de cette vidéo, car je me doute que vous ne l’auriez pas forcément regardée si elle était arrivée dans vos timelines sans explications.
Elle n’est peut-être pas parfaite, mais elle a le mérite de ne pas prendre de pincettes avec les mecs relou, et d’expliquer sans concessions que le féminisme est indispensable pour TOUS ET TOUTES.
Beaucoup regrettent souvent que les hommes ne soient pas plus impliqués dans la lutte pour l’égalité, ou n’arrivent pas à se remettre en question. Simon, du haut de ses 21 ans, le fait, et avec brio.
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