Rédactrice (et) sportive, quand je me suis lancée dans l’aventure Paris-Roubaix Challenge, je pensais que les pavés du Nord seraient mon plus gros souci. Que nenni ! Le plus compliqué, dans ce challenge et le monde du cyclisme plus en général, ce sont… Les hommes.
Le vélo, j’ai appris à en faire il y a trois ans. Je découvre alors un monde fait de records personnels, de dépassement de soi et de transpi dans des cyclistes moulants rembourrés en peau de chamois. Dit comme ça, ça ne donne pas franchement envie, mais en réalité, c’est assez merveilleux. Pourtant, quand je regarde ces trois dernières années, je note que ma progression dans cette discipline a été le plus souvent stoppée, non par mon cardio faiblard, mais bien par les hommes, en témoigne mon expérience au Paris-Roubaix Challenge.
Préparation au Paris-Roubaix Challenge : mes capacités physiques face aux croyances masculines
C’est au détour d’une interview sur le Paris-Roubaix Challenge que l’idée commence à germer. Face à moi, trois femmes issues des Girls on Wheelsh, un groupe de cyclistes nordistes. Les questions s’enchainent, elles m’expliquent tout ce qu’il y a à savoir sur cette cyclo : de la posture sur les pavés aux risques éventuels, en passant par le sentiment d’accomplissement à l’arrivée au Vélodrome de Roubaix. « Franchement, toi aussi, tu peux le faire », me lance l’une d’entre elles.
Je me souviens avoir nié, dans un petit rire nerveux. « Non, vraiment, tu peux le faire ». Bingo, je ressors de cette interview avec une idée fermement ancrée en tête : je vais courir Paris-Roubaix Challenge et le réussir. Elles me préviennent tout de même d’un certain mansplaining constant. Je souris, elles m’ont motivée comme jamais, je suis prête à bouffer le monde.
J’en parle directement à un proche cycliste, qui me rétorque « mais t’es sûre ? C’est vraiment dur ». J’entendrai ces mots des dizaines de fois en quelques jours. C’est dur, je le sais, tout le monde le sait, vu que les mecs qui l’ont couru passent leur temps à le RÉPÉTER. Pourtant, dans les paroles de ces hommes, il y a ce petit goût de « tu ne comprends pas, idiote, va » désagréable qui commence à me faire douter.
Face aux pavés comme au mansplaining, apparemment, « faut se détendre »
Après le doute, on me répète en boucle les mêmes conseils. « Faut se détendre sur les pavés », « faut les prendre au milieu », « prends des gants pour éviter les cloques ». À deux jours de la course, je dors mal. Et si je me plantais ? J’essaye tant bien que mal de me sortir cette idée de la tête, mais rien n’y fait.
La veille de la course, je craque. À l’énième « faut se détendre », je lâche un « je SAIS » un peu ferme. « Ok, ça va… » me répond ce pote, dépité. Je lui explique que ce conseil, je l’ai déjà reçu de femmes qui, elles, ont couru Paris-Roubaix Challenge contrairement à lui. « Donc elles ont le droit de te donner des conseils, mais pas moi ? » Oui.
La différence, c’est que dans un cas, j’ai posé la question au préalable. Dans le sien, il me prend pour une ingénue au milieu des « vrais » cyclistes, ceux qui savent, ceux qui performent, ceux que l’on trouve légitimes. Mais moi aussi, je suis cycliste, et je redouble de motivation. Je vais leur montrer, et tous les faire mentir.
Sous les pavés, la rage féministe
Le jour-J, alors que j’arrive au départ de la course, il y a comme un malaise. Autour de moi, une foule d’hommes se prépare à prendre la route et je ne distingue aucune femme. Je me dis qu’elles ont dû partir en amont, puisque le départ se fait sur une plage horaire assez large. Pourtant, je ne croise la première femme cycliste qu’au dixième kilomètre, et n’en croiserai que très peu par la suite. Ça, c’est parce qu’au Paris-Roubaix Challenge, seul.es 5% des participant.es sont des femmes.
Franchement, j’ai vite compris pourquoi. Entre le non-respect du code de la route et les remarques malvenues sur ma façon de prendre les pavés, mon vélo pas cher, ma tenue, ma performance et même mes cuisses, j’en ai vite eu ras la gapette. À la sortie d’un secteur pavé, mon conjoint m’attend. À côté de lui, un passant balance « Il vous attend depuis un quart d’heure, faut pédaler ».
Plus loin, mon conjoint m’attend (encore, oui, je sais) et me relate un échange avec un autre passant. « Il m’a dit ‘allez, on avance’, et je lui ai répondu que j’attendais ma fiancée, alors il m’a dit ‘laisse tomber, t’en trouveras une plus loin’ ». Sympa, bonne ambiance.
Alors, quand ce cycliste s’est permis de poser la main dans mon dos et d’accompagner son geste d’un « allez, faut pédaler ma belle », j’ai eu du mal à me contenir. Mais comme dans tout milieu trop masculin, je l’ai joué pseudo-diplomate : j’ai retiré sa main d’un geste sec, option sourire crispé.
Pourtant, s’il y a bien une chose que je retiendrai de cette expérience, c’est l’émotion au moment d’entrer dans le Vélodrome. Avec 70 km dans les pattes, j’ai senti les larmes me monter aux yeux en voyant la ligne d’arrivée. Dans ma tête, c’est un véritable accomplissement : j’ai eu raison de faire confiance à ce corps que j’ai tant maltraité par le passé, et dont tous les hommes semblaient douter des capacités.
J’ai réussi, je l’ai fait, et personne ne m’enlèvera cette fierté.
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Les Commentaires
Et chaque fois que je rencontre une difficulté avec mon chien, c'est toujours parce que je suis trop douce et pas assez ferme quand il est à la maison, parce que tout le monde sait que les femmes ne savent pas faire preuve d'autorité et qu'elles passent tout aux animaux comme aux enfants
Voilà on me fait bien comprendre que je suis faible physiquement et psychologiquement, si mon chien rencontre une difficulté c'est forcément qu'il fait exprès, il profite de moi parce que je suis faible, ça ne peut pas être parce qu'il n'a pas compris ce qu'il doit faire ni parce que quelque chose lui fait peur (spoiler alert, il a réussi à progresser chaque fois que j'ai ajusté ma méthode et sans recourir à la violence).