– Article initialement publié le 26 octobre 2012
À l’adolescence, Mère Nature ne m’avait point gâtée : on pourrait même dire qu’elle s’était franchement foutue de ma pomme. J’avais les cheveux gras, des lunettes à double foyer et une acné rampante. Mais le pire était à venir : certaines de mes dents de lait avaient décidé de jouer les Tanguy et de ne point tomber. Rien de bien grave jusqu’à ce jour terrible où mes canines définitives décidèrent de pousser par-dessus mes dents de lait, me donnant l’air d’un petit vampire acnéique : un peu comme Edward Cullen, mais en beaucoup moins mignon – et avec des pellicules.
Et c’est ainsi que je fus traînée dans le cabinet d’un dentiste, aussi apeurée que Franck Ribéry à l’académie française. Le verdict de l’homme de science fut sans appel : ce serait un appareil dentaire, ou une vie passée à couvrir ma bouche des deux mains en priant la Sainte Vierge des dentitions anarchiques. Lorsque l’on me posa l’obscur instrument de torture, j’étais en classe de première et la perspective de me faire appeler « sourire d’enfer » ne me faisait pas vraiment fantasmer. De plus, j’étais hantée par maintes appréhensions toutes plus stupides les unes que les autres, et je me voyais déjà renoncer à toute vie sentimentale pendant trois ans. Autant vous dire que j’attendais le jour fatidique de la pose de l’appareil avec autant d’impatience qu’un week-end en compagnie de Nadine Morano.
La pose de l’angoisse de l’appareil dentaire
Ce jour tant attendu est arrivée l’année de mon bac. J’étais persuadée que plus jamais je ne connaîtrai les joies des amourettes et de la bagatelle – à cette époque, j’étais candide au point de penser qu’il fallait impérativement ressembler à une star hollywoodienne pour prétendre à une relation amoureuse digne de ce nom. En sortant du cabinet, bagues aux ratiches, je me sentais aussi désirable qu’une platée d’endives oubliée dans un frigo depuis quatre mois. Inutile de vous dire que ce soir là, j’ai regardé Bridget Jones
quatre fois en mangeant de la glace à la vanille.
Appareil dentaire à l’âge adulte et vie sessuelle
Mes bien chers frères, mes bien chères soeurs, ôtons nos chapeaux pour dévoiler cette triste réalité : l’appareil dentaire interdit à qui le porte d’effectuer des fellations – sauf à vouloir éplucher l’engin viril de son compagnon comme une vulgaire carotte. Et pour qui s’y risque, un péril plus grand encore vous attend : les alentours du phallus de l’homme étant parfois plus poilus que l’oreille d’un nonagénaire, vous risquez de vous retrouver avec une moustache sur les dents. Cela dit, porter un appareil dentaire vous sera fort pratique si votre compagnon a certaines tendances SM, car vous pourrez lui infliger de délicieuses souffrances à l’aide de votre bijou buccal. J’dis ça, j’dis rien.
Photo prise sur le vif d’Alfrédette, 16 ans, heureuse propriétaire d’un appareil dentaire qui vient de stimuler oralement un appendice masculin.
Clichés VS réalités
Avoir un appareil dentaire à l’âge adulte peut sembler tout à fait effrayant, et maints clichés circulent sur les heureux porteurs de bagues en céramique, métal ou autres matériaux barbares. Mais en réalité, personne ne s’apercevra du nouvel occupant de votre bouche : d’ailleurs, lorsque vous l’ôterez, il est très probable qu’aucun membre de votre entourage ne s’en rende compte. Quand à moi, deux ans de port de bagues n’ont pas réussi à dompter l’anarchie de mes quenottes – born to be a rebel, qu’a dit mon dentiste. En revanche, porter un appareil dentaire ne m’a jamais empêchée de rien faire – ni de trouver l’amour, ni d’embrasser autrui à gorge déployée, ni de manger des pâtisseries bretonnes plus gluantes que les intestins de Jabba the Hutt, ni de vivre une vie normale – à l’exception du point développé plus haut.
Morale de cette belle histoire
La valeur d’une personne ne se mesure pas à la rectitude de ses quenottes, ni à l’harmonie de son faciès, ni à quoi que ce soit qui puisse être observé à l’oeil nu. Tu vas te faire poser un appareil dentaire et trembles comme une feuille à l’idée de subir les railleries d’autrui ou de vivre une grande période de creux amoureux ? N’aie plus peur, il y a des chances pour que tout le monde s’en foute. Bisous.
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