La semaine dernière, après des mois de séparation, j’ai revu une amie proche. Évidemment, nous nous sommes raconté les choses qui vont bien, puis celles qui vont mal… et, comme deux vieillardes approchant la trentaine (la TRENTAINE !), nous nous sommes demandé ce qu’allaient devenir nos vies.
La trentaine : une allégorie
En finissant nos burgers (qui auraient pu nous donner un indice sur le futur proche de notre cholestérol), nous avons causé médium et paranormal : est-ce que quelqu’un pourrait prédire nos avenirs ? Auriez-vous envie de savoir, vous ? Est-ce que les médiums sont autorisé-e-s à nous avertir si notre mort est imminente ?
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Figurez-vous que cette discussion est d’actualité dans les sciences humaines ! Une recherche récente, publiée dans Psychological Science, suggère que nos ami-e-s pourraient être les mieux placé-e-s pour prédire notre « durée » de vie (enfin, à peu près). Comment ça, nos potes pourraient être nos meilleurs médiums ?!
Vos proches pourraient vous connaître mieux que vous-mêmes
Vous pensez peut-être que vos potes voient essentiellement les aspects positifs de vos personnalités ? Selon Joshua Jackson, l’auteur de l’étude, ce ne serait pas tout à fait exact : nos ami-e-s nous connaîtraient mieux que ce que nous pensons (autrement dit, ils savent bien que vous êtes toujours de mauvais poil avant le petit déj’ et que vous regardez bien plus d’épisodes des Anges de la téléréalité que de documentaires sur l’écologie).
En fait, nos ami-e-s proches pourraient nous percevoir « sans filtre », en cernant nos côtés positifs et négatifs, en ayant conscience de ce que nous sommes vraiment? C’est bien joli, mais quel est le rapport avec notre avenir et notre durée de vie ?
Une expérience de 1930 dépoussiérée
Joshua Jackson et son équipe de chercheurs-es ont dépoussiéré une étude datant des années 1930 : dans cette première recherche, des scientifiques avaient interrogé environ 600 personnes d’une vingtaine d’années.
Ils avaient tout d’abord demandé aux participant-e-s de décrire leurs personnalités, puis aux ami-e-s des participant-e-s de se prêter à l’exercice. Les psychologues avaient également questionné les participant-e-s et leurs ami-e-s sur leurs avenirs, et notamment sur leur longévité (autrement dit, sur le temps qu’ils pensaient vivre, sur leur « durée de vie »)…
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Joshua Jackson et ses collègues ont repris ces données et ont observé ce que les participant-e-s étaient devenu-e-s en 2013. L’équipe s’est aperçue que les prédictions des ami-e-s à propos de leurs proches étaient plus justes que les prédictions des participants eux-mêmes !
Joshua Jackson souligne que nos ami-e-s voient peut-être quelque chose en nous que nous ne voyons pas.
Nos proches, ces médiums du dimanche
Le chercheur note notamment que les sujets décrits comme « ouverts et consciencieux » par leurs ami-e-s semblaient vivre plus longtemps (en moyenne 7 années et demi de plus que les autres). Pour Jackson, ce constat s’explique de façon cohérente : en étant consciencieux, nous aurions plus tendance à faire gaffe à notre santé, à éviter de prendre des risques…
En fin de compte, cette recherche met en avant plusieurs constats : le premier, c’est que ce que nous sommes à 20 ans peut avoir un impact significatif sur notre santé physique à long terme et sur notre longévité (mais ça, vous vous en doutez), et le second, c’est que si nos ami-e-s ne peuvent pas prédire le moment exact et la cause de notre mort, ils et elles pourraient être porteurs de sérieux indices sur nos avenirs. Nos proches pourraient avoir un recul que nous n’avons pas, une vision plus juste de ce que nous sommes.
Bien sûr, nos vies et nos avenirs sont plus complexes que cela, et une multitude de choses peuvent allonger ou raccourcir nos vies, ou modifier nos trajectoires… Mais cette recherche souligne l’utilité des « observateurs » lorsque l’on étudie la santé des gens, et démontre que les proches ou l’entourage pourraient avoir un rôle à jouer pour comprendre les problèmes de santé d’une personne.
Et si nous pouvons avoir quelque chose à dire sur l’avenir de nos proches, je voudrais dire à mon amie Petra que je lui visualise une vie riche et heureuse… même s’il y a des montagnes à gravir (et des burgers à manger) !
Pour en savoir plus :
- L’article de Psychological Science
- Un article du Smithsonian
- Un article de CTV News
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Les Commentaires
Après je m'interroge plus sur la rigueur de cette étude : un échantillon de six cent personnes, ça me semble assez mince, non ? Et surtout, il y a quand même un biais entre la manière dont on se perçoit, et la manière dont on en parle à une personne extérieure. Il y a des gens qui ont tendance à se valoriser ou à se dévaloriser, sans pour autant que ça représente leur vraie estime d'eux-mêmes. Non ?