Lolita Pille, c'est la fille dont j'aimerais avoir le prénom. Mais aussi la voix. Et surtout le talent d'écriture. D'ailleurs j'en suis tombée gaga dès que j'ai ouvert Hell, son premier roman. Faut dire qu'un livre qui commençait par "Je suis une pétasse" et qui traitait de la jeunesse dorée parisienne, quand j'avais 16 ans je ne pouvais qu'être fan.
Seulement voilà, je n'ai plus 16 ans et Lolita Pille n'en a plus 20. Finies les histoires sur la jeunesse dorée et les boites de nuit (tant mieux, on commence à se lasser non ?), Lolita se tourne pour ce nouveau roman vers le genre du polar...
L'intrigue se déroule dans une ville du futur surplombée de nuages et de brumes nommée Crépuscule ville. Ville idéale où l'on fait tout pour votre bonheur, Crépuscule Ville ne l'est peut-être qu'en apparence... et c'est ce que va chercher à découvrir un flic un peu spécial, Syd Paradine.
Un roman d'anticipation... ou pas tout à fait
J'ai beau avoir lu partout que Crépuscule Ville était un polar d'anticipation, je dois émettre un mais, voir plusieurs. Le premier : qui pense roman d'anticipation pense 1984 d'Orwell et Le Meilleur des mondes d'Huxley (et sûrement d'autres pour les plus cultivés). "Mais". Mais personnellement, ces deux romans ne m'ont pas transportés, alors que Crépuscule Ville, si. L'écriture plus moderne (logique) y est sûrement pour beaucoup... Donc un roman dit d'anticipation, mais si 1984 t'es tombé des mains, ouvre celui-ci tout de même.
Deuxième "mais". Roman d'anticipation sous-entend raconter le futur. Imaginer le futur. D'ailleurs Lolita Pille n'en manque pas, d'imagination. Et des horreurs qui pourraient arriver dans le futur, elle nous en balance plein la figure : comme le contrat de mariage qui dure trois ans, les traceurs qui permettent d'être averti si une personne susceptible de nous plaire est à proximité, ou le Service de Protection contre Soi-même (sorte de service de police qui empêche les suicides notamment). "Mais". Mais tous ces concepts semblent plus des exagérations de l'époque actuelle que des concepts du futur. Le monde de ce roman n'est ni plus ni moins que notre société actuelle sous un regard très noir, pessimiste : culte de la beauté, surconsommation, utilisations perverses des nouvelles technologies : tout est déjà là.
Une atmosphère étrange...
Dès les premières pages, l'auteur crée une atmosphère très particulière. On est plongés dans ce monde, dans son côté glauque, violent, mystérieux... que l'écriture de Lolita Pille rend parfaitement. L'intrigue est difficilement racontable, elle forme un tout très confus, mais - rassure-toi - dans laquelle on entre totalement et qui nous tient jusqu'à la fin du livre. J'avoue, j'aurais adoré pouvoir le lire d'un trait d'un seul.
En plus de la ville dont on croirait qu'elle existe ; des technologies, complots, horreurs tellement crédibles ; Lolita Pille nous "pond" deux personnages adorables. Adorables pas dans le sens mielleux, mais dans le sens "qu'on peut adorer". Personnellement j'ai toujours eu un faible pour les héros du type flics un peu voyous, pas très nets, avec un goût pour la castagne, l'alcool, les femmes. Le bad boy un peu looser, je craque. Donc oui, j'aurais aimé être Syd Paradine, le héros du roman. Au deuxième plan, des yeux bleus. Ceux d'une jolie fille, plus qu'étrange, qui porte des scarifications sur tout le corps dont on connaîtra l'origine lors de la lecture du livre. Voilà les deux personnages que l'on suivra avec délice tout au long du polar...
L'intrigue, l'atmosphère, les personnages... Tout cela me donne envie de dire que Crépuscule Ville est un roman avec trop de pages : tu voudras le lire d'une traite tellement c'est agréable "d'être dedans", mais ton estomac-criant-famine (ou ta vessie) t'en empêchera. C'est cruel.
Crépuscule Ville, de Lolita Pille, aux éditions Grasset