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Jusqu’à ce que la mort nous sépare

18 juin 2013  |  Coups de coeur

Jusqu’à ce que la mort nous sépare est un de mes seinen préférés. Dessin superbe, personnages attachants, scénario très prenant et déferlement d’action sont au programme de ce titre à part, qui mêle les genres et prend son temps. La sortie en France du dix huitième tome, chez Ki-oon, est l’occasion de vous le présenter.

Mamoru est un combattant aveugle mais très talentueux qui travaille pour une organisation secrète. Un jour, en pleine mission, une jeune fille se jette sur lui et lui demande de l’aider. Cette fille, c’est Haruka, une adolescente timide et réservée qui possède un don de prescience : elle peut prévoir l’avenir proche. La mafia locale a donc décidé de mettre la main sur elle pour profiter de ses capacités hors du commun. Le destin des deux personnages se retrouve alors lié par le serment qu’il fait de la protéger, et c’est ainsi que commence l’histoire…

Au fil des tomes, on suit la naissance de ce duo étonnant et les missions qui vont leur être confiées. Car si Mamoru tient à distance ceux qui s’intéressent d’un peu trop près à Haruka, elle lui est d’une grande aide pour anticiper les faits et gestes de leurs ennemis grâce à son don.

Jusqu’à ce que la mort nous sépare est d’abord une seinen bourré d’action, et les combats s’enchainent à un rythme haletant. Mais les auteurs mêlent les genres. Un soupçon de science fiction avec les capacités d’Haruka, pas mal d’anticipation avec la technologie très avancée qu’utilise l’oganisation qui emploie Mamoru, notamment ses lunettes qui lui permettent de pallier son handicap. Les auteurs prennent d’ailleurs le temps de détailler les technologies utilisées, qui empruntent souvent à l’armement militaire, mais aussi les techniques de combats utilisées par Mamoru et ses différents adversaires, qui s’inspirent autant de sports de combat actuels que d’arts martiaux très anciens. Cette manière de rythmer le récit par des parties explicatives très denses est assez surprenante au début, mais c’est finalement nécessaire pour s’immerger totalement dans l’action sans se demander comment cette arme marche ou d’où vient tel coup, et c’est surtout passionnant.

Les auteurs développent également en profondeur les relations entre les personnages, chose finalement assez rare dans ce genre de titres. Le passé des différents héros est lui distillé au compte goutte, par un habile jeu de flashbacks.

Si l’histoire inventée par Hiroshi Takashige est dense, complexe et très prenante, elle est servie par le somptueux dessin de Double-S, qui allie un trait superbe et une grande maitrise des scènes d’actions. Son trait est vif, presque nerveux mais aussi très élégant, et ses personnages sont très beaux. Loin d’être avare quand il s’agit de détails, les armes, les vêtements, les expressions, sont dessinées avec une grande précision. On sent que les deux auteurs se sont énormément documentés pour que leur titre, aussi dingue qu’il soit, soit aussi et surtout très réaliste.

A déconseiller peut-être aux âmes les plus sensibles, car les combats sont parfois violents et que certains aspects du passé des personnages sont très sombres, Jusqu’à ce que la mort nous sépare est pour le reste un excellent titre, original et addictif.

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Warlord

1 juin 2013  |  Coups de coeur

Dans un monde en guerre, la princesse Arasol et quelques uns de ses hommes mettent tout en œuvre pour rejoindre la cité d’Arkanzel. Là-bas se trouve Bayern, le roi des mercenaires, seul espoir qu’il leur reste face à l’ennemi. Car Bayern et ses hommes sont des combattants hors pair; les meilleurs, selon les légendes. Comme tout mercenaire, ils n’obéissent qu’à ceux qui les emploient.

Si la route jusqu’à Arkanzel a été difficile et longue, l’arrivée leur réserve bien des surprises. Rattrapés par les troupes du peuple démon à quelques pas de la cité, ils ne doivent leur salut qu’à un jeune homme sorti de nulle part. Et ce guerrier a de bien mauvaises nouvelles à leur apprendre…

Ce seinen est une nouvelle collaboration entre KIM Byung Jin et KIM Sung Jae (les deux auteurs sont coréens, mais travaillent pour des éditeurs japonais) après le remarqué Chonchu. KIM Byung Jin est aussi le dessinateur de la série Jackals, où il a démontré son grand talent, notamment pour les scènes d’actions explosives.

A nouveau, le lecteur n’aura pas le temps de se reposer entre deux scènes de combats, et on en prend plein les yeux.

L’univers de dark fantasy créé par le duo est dense et complexe, et la princesse Arasol va peu à peu découvrir qu’elle ne peut pas faire confiance à grand monde. Elle et sa petite équipe vont devoir affronter les adversaires les plus redoutables, leur improbable victoire étant le seul espoir qu’il lui reste pour sauver son peuple.

Au fil des pages, on croise de nombreux personnages, tous plus puissants les uns que les autres, et on pourrait vite s’y perdre sans le trait superbe et le sens du détail du dessinateur. Les armes, et les armures, notamment, sont magnifiquement rendus, et nous permettent de savoir, sans trop de difficultés, à quel clan chaque personnage appartient. Les créatures du peuple démon sont carrément effrayantes, tranchant avec la beauté des visages des héros. Les très beaux décors enneigés se révèlent étonnamment apaisants, au milieu de la débauche d’action et d’énergie qui se dégage des affrontements.

Warlord est un seinen particulièrement réussi, violent (les seinen sont, au Japon, destinés à un lectorat adulte), mais parfois très émouvant. Les héros de cette histoire ont grandi dans ce monde en guerre, et les épreuves qu’ils ont traversé les ont transformé en des guerriers valeureux, prêts à tout pour rendre justice à ceux qu’ils ont perdu. On s’attache très vite à eux, et on les suit avec plaisir dans cette aventure périlleuse et pleine de rebondissements.

Le dessinateur, KIM Byung Jin, sera présent début juillet à Paris, à l’occasion de la Japan Expo. Vous pourrez retrouver toutes les informations concernant les dédicaces sur le site de l’éditeur.

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Orignal

Chaque matin, Joe dit au chauffeur du bus scolaire de partir sans lui, qu’il préfère faire le trajet à pied. Il traverse la forêt enneigée, et arrive toujours en retard à l’école. Aujourd’hui il est tombé nez à nez avec un orignal. C’est ce qu’il explique quand son professeur lui reproche ses retards : dans la forêt il croise pleins d’animaux.

En réalité, Joe essaie de gagner quelques minutes de tranquillité, loin de Jason. Jason est un garçon de sa classe bête et méchant, qui l’a pris en grippe et lui fait subir quotidiennement les pires horreurs. Insultes, coups, quand il s’agit d’être cruel, Jason redouble d’inventivité.

Joe ne dit rien, encaisse, craignant que ses professeurs ou que ses parents ne découvrent la vérité. Il préfère encore que chaque jour de cours soit un calvaire.

Orignal est un titre fort et dur, qui traite avec simplicité et réalisme de violence scolaire. Max de Radiguès, l’auteur, ne nous donne pas de leçon, ne nous dit pas ce qu’il faut faire, il raconte simplement ce jeune garçon timide et réservé qui vit chaque jour l’enfer parce qu’un autre garçon plus fort que lui a décidé qu’il en était ainsi. Le sujet, et la manière très réaliste dont il est traité tranchent complètement avec le dessin doux, un peu naïf de l’auteur (l’intérieur est en noir et blanc). Au final, ce traitement graphique rend l’histoire encore plus puissante, moins voyeuriste aussi peut-être. Les images ne sont pas insoutenables, le propos si.

On ne peut que s’interroger. Se demander ce qu’on aurait fait à sa place, pourquoi personne ne voit rien. Pourquoi les adultes gobent son accumulation de mensonges. Pourquoi il ne dit rien. Il n’y a sans doute pas de solution miracle à tout ça…

Orignal a d’abord été publiée en fanzine en Angleterre, sous le titre Moose.

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Codeflesh

18 avril 2013  |  Coups de coeur

Cameron Daltrey est agent de probation à LA, spécialisé dans les très vilains garçons avec super-pouvoirs. Il paye leur caution, mais est chargé de les retrouver s’ils ne se présentent pas à leur convocation. Au départ il bossait en solo, mais après avoir légèrement dérapé avec un de ces criminels désobéissants, il n’a plus le droit d’accomplir la deuxième partie du job…Accro à la baston, il a trouvé la parade. Une cagoule ornée d’un code barre, et il peut lui-même jouer les chasseurs de prime, en toute impunité. Malheureusement, mener une double vie faite de mensonges et cumuler deux boulots à plein temps, ça ne laisse pas beaucoup de place pour avoir une vie perso.

Scénarisé par Joe Casey (auteur notamment chez DC et Marvel, mais également scénariste de Butcher Baker, publié en France chez Ankama) et dessiné par Charlie Adlard (surtout connu en France pour son travail sur Walking Dead), Codeflesh est un polar sombre et violent, découpé en chapitres où s’entremêlent à chaque fois une nouvelle mission et la vie amoureuse chaotique de Cameron. Les super-pouvoirs sont présents de manière finalement assez discrète, et le héros n’a pour lui que son masque, ses deux poings et la rage qui l’habite.

Le titre s’est fait en ‘creator-owner’, un statut un peu particulier où les auteurs détiennent les droits de la bd. Une position moins sûre financièrement, mais qui leur laisse par contre toute liberté dans le ton, le dessin, leur rythme de travail…Et on sent qu’ils ont vraiment pris du plaisir à faire ce titre (impression confirmée d’ailleurs dans la postface, où le duo raconte la genèse du comics).

Graphiquement, c’est très beau, et un peu torturé. Chacun des criminel à un charisme et une gueule impressionnants. Le noir est omniprésent, rongeant les visages et les décors pour ne montrer que ce qu’il faut. Le titre fait la part belle au monde de la nuit, avec une colorisation dans les tons froids, sauf pour quelques incursions dans le club de striptease où travaille Maddy, la petite amie de Cameron, où le violet apporte une pause sexy dans des tons chauds très à propos.

Ça se bastonne sévèrement dans Codeflesh, mais les auteurs distillent beaucoup d’humour dans les dialogues. Il y a aussi, entre les lignes, une réflexion sur les apparences et sur la difficulté de choisir le bon équilibre entre sa passion (même quand elle implique de tabasser des super-vilains) et sa vie privée.

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Mutafukaz tome 4 et The Grocery tome 2, les suites de deux séries géniales du label 619

Encore une double chronique, décidément. Oui mais là il s’agit sans aucune doute de deux de mes séries préférées, publiées dans la même collection, chez l’éditeur Ankama. Je l’ai déjà dit (mais je ne le dirais jamais assez), le label 619 est un gros gage de qualité. En gros, je n’ai jamais été déçue par une seule des bd qu’a choisi d’éditer Run, le directeur de la collection, au sein du label. Du sublime la Belle Mort à l’hilarant Monkey Bizness. Sans oublier le génial Freaks Squeele et son si beau spin-off Rouge sorti récemment. Mais j’aurai l’occasion de vous reparler de ces talentueux auteurs très prochainement, puisque j’ai eu la chance d’interviewer cinq d’entre eux à Angoulême…

Et donc, parmi les merveilles du label 619, il y a Mutafukaz, la série culte signée Run (le directeur de la collection, donc) dont le quatrième tome sort aujourd’hui.

La première fois que j’ai croisé Mutafukaz, j’ai compris que j’avais affaire à une bd différente de tout ce que j’avais pu lire avant. Run a su créer un univers complètement barré, savant mélange d’une multitude de trucs cool (de la lucha libre à l’ufologie) pour nous offrir une ville californienne plus vraie que nature. Mais au delà de son Dark Meat City, la ville où se déroule l’action, il y a aussi les aventures (car il y a beaucoup de personnages, et beaucoup d’histoires parallèles), toutes aussi prenantes et explosives les unes que les autres, les dialogues hilarants, sa capacité à varier les rythmes, les personnages principaux qui sont des losers de compétition, et tous les autres personnages d’ailleurs, qui sont si denses, si géniaux, qu’ils mériteraient presque chacun d’avoir leur propre série…Et pour sublimer tout ça, Run est aussi un dessinateur ultra talentueux, qui nous offre des planches sublimes et fourmillant de détails. Et puis on ne peut pas oublier sa colorisation, qui donne encore plus d’énergie à une histoire déjà survoltée. Lire Mutafukaz c’est une vraie expérience. Une expérience dingue, mais géniale.

Pour vous raconter un peu, quand même, c’est l’histoire d’Angelino et de son pote Vinz. A la suite d’un accident, Angelino obtient un pouvoir dont il aurait préféré se passer : il peut détecter les gens qui possèdent une ombre venue d’ailleurs…Et ce don dérange beaucoup, beaucoup de monde, et lui et son meilleur ami vont se retrouver avec plein d’ennemis à leurs trousses…Ça c’est un peu l’idée de départ, puisqu’en parallèle, on va suivre de nombreux autres personnages, dont le destin est également lié à Dark Meat city et aux choses étranges qui s’y passent.

Après 3 ans d’absence (j’avais d’ailleurs chroniqué le tome 3 à l’époque), Run revient avec le quatrième volume de Mutafukaz. Et il a bien fait les choses pour son retour car ce nouvel opus est encore plus beau et maitrisé que les déjà excellents trois premiers. La situation à Dark Meat City est plus tendue que jamais. Le Gouvernement semble avoir perdu le contrôle de la section Z7, chargée de réprimer les émeutiers. La ville est en proie à une véritable guerre civile. Pendant que l’on retrouve plusieurs des personnages qui ont jalonnés les précédents tomes, qui s’apprêtent à faire face à leur destin, Angelino, Vinz, et Willy (un troisième loser)  tentent de leur côté d’atteindre la maison de Willy, car ce dernier assure y avoir caché beaucoup d’argent…

Sous le soleil de plomb californien, l’Apocalypse semble bien s’être invité à Dark Meat City. Et si pour ses habitants, on est plus proche de l’enfer que du paradis, pour nous petit lecteur, c’est jubilatoire. Chaque page est une nouvelle explosion d’action, chaque case regorge de détail, et on est captivé de la première à la dernière page par les catastrophes qui croisent la route des héros. C’est drôle, beau, dingue, et brillant.

Et puis cette semaine, il y a aussi le deuxième tome de The Grocery. Je suis fan du dessin de Guillaume Singelin depuis la sortie de King David, chez KSTR, en 2008. Il avait déjà un style à part et un trait magnifique, il a ensuite dessiné Pills, toujours chez KSTR, puis a rejoint le label 619. On l’y a vu dans Doggybags d’abord, puis dans the Grocery, avec Aurélien Ducoudray au scénario. L’excellent premier tome de cette série est sorti il y a un an, et ce tome 2 est du même niveau.

Les auteurs nous plongent dans le quotidien d’un quartier malfamé de Baltimore. Il y a Elliot, fils de l’épicier du quartier, d’une naïveté déconcertante, Sixteen, corner boy parmi tant d’autres, qui deale sans même se demander s’il pourrait faire autre chose de sa vie, et puis il y a des dizaines d’autres personnages, tous occupés à essayer de survivre et sortir leur épingle du jeu dans un contexte difficile et violent. Le thème et les situations abordés le sont d’une manière documentée et critique, sans jamais que les auteurs ne soient moralisateurs. Dans le deuxième tome, on retrouve tous les personnages, les intrigues avancent mais il serait compliqué de toutes les résumer ici tant elles sont nombreuses (et puis ça gacherait le plaisir).

The Grocery est sans doute encore plus addictif que la mauvaise dope que refourgue Sixteen. Le contexte est hyper réaliste, mais les scènettes réussissent à être en même temps très dures et hilarantes. Le quotidien des gamins des rues, des ex-taulards, des sdf qui se promènent sur les pages n’est pas drôle du tout, mais Aurélien Ducoudray arrive à glisser l’humour là où on ne l’attend pas. Guillaume Singelin de son côté, mixe avec aisance le doux et le trash, le mignon et l’insoutenable. Ses personnages, aux traits animaliers sans être bien définis, parviennent en un sourire, un regard, à dégager beaucoup d’expressivité. Les couleurs sont fascinantes. C’est même plus une lumière, comme dans un film, comme dans la vraie vie, qui donne une atmosphère vraiment particulière. C’est en même temps crade et lumineux, rétro et très moderne. Tout comme Mutafukaz, même si les titres sont très différents, on a ici l’impression de lire quelque chose qu’on n’avait jamais lu. C’est comme regarder un reportage captivant, mais avec une grosse dose d’humanité, et beaucoup de décalage aussi. Impossible de ranger le titre dans une simple case, mais ce qui est dingue, justement, c’est que les deux auteurs excellent au delà d’un simple style. The Grocery ça n’est pas juste passionnant, hilarant, dur, beau, instructif, ou barré, c’est tout en même temps, et toujours très bon.

Je crois que vous l’aurez compris au nombre de superlatifs qu’on croise dans ces lignes, je ne peux que vous conseiller très fort de découvrir ces deux séries, si vous n’avez rien contre un peu d’hémoglobine et d’humour décalé, s’entend.

Et puis je ne l’ai pas précisé plus tôt mais un autre des gros point fort des titres du label 619, et de ces deux titres, donc, c’est la beauté de l’objet. On sent vraiment que les auteurs et l’équipe éditoriale apportent énormément de soin au choix du format, à la qualité du papier, des encres…et c’est un régal supplémentaire. Il y a, en plus, pleins de petits bonus qui terminent de rendre les titres parfaits et indispensables.

Mutafukaz tome 4 et The Grocery tome 2 sur Amazon, mais également sur le shop Ankama et chez votre libraire préféré.