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Les Ombres du Styx est un polar qui prend place pendant l’Antiquité, sous Septime Sévère.
Un tueur en série sème la terreur à Leptis Magna, cité impériale en Afrique du Nord. Il enlève des petits garçon, dont on retrouve le corps embaumé quelques jours plus tard. Ce rite funéraire donne les egyptiens pour responsables, et très vite les tensions entre les communautés s’accumulent. Dans le premier volume, on suivait Marcus, enquêteur délégué par l’Empereur, pour découvrir le meurtrier.
Dans ce deuxième tome (sur une série prévue en 3), Aquila, suspect dans le tome 1, revient pour Marcus sur des évènements similaires survenus 10 ans plus tôt, alors qu’il vivait à Rome. Là aussi les petits victimes de l’embaumeur s’accumulaient. Mais plus que cette histoire jamais élucidées, il raconte à l’enquêteur sa propre vie. Marié à une femme qu’il n’aimait pas mais avec qui il avait eu un fils, il vivait, en parallèle, une histoire d’amour passionnée avec Henouttanebet, une sublime égyptienne. Deux filles étaient nées de leur union. Si leur liaison n’était déjà pas bien vue, les soupçons pesant sur les égyptiens avaient rendu la situation invivable…
Ce deuxième opus est très dur, et je l’ai fini le cœur serré. Isabelle Dethan, déjà connue pour d’autres excellentes bd historiques (Sur les terres d’Horus, Kehti fils du Nil…) signe ici une bande dessinée qui allie un contexte très documenté et réaliste à une histoire sombre, et finalement très moderne. Car ce qui se déroule dans les Ombres du Styx pourrait tout autant avoir lieu de nos jours. On ne peut que penser aux actuelles tensions inter-communautaires, et prendre conscience qu’elles ont eu lieu tout au long de l’Histoire…
Le dessin est beau et fin, les couleurs pleines de lumière, et les décors sont rendus avec beaucoup de détails.
Si vous aimez l’Antiquité et les polars, vous ne pourrez qu’aimer cette trilogie originale et très prenante.
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Nous sommes nombreux-ses à avoir grandi avec les bd de Zidrou, du turbulent Élève Ducobu à Tamara. Et puis il s’est mis à raconter des histoires aux grands, aussi. A chaque fois, il ne choisit pas la facilité, tant les thèmes qui l’inspirent sont sensibles et difficiles. Pourtant, il sait manier les mots pour en faire de très jolies histoires, qui bouleversent, et nous changent à chaque fois un peu. Et puis, il s’associe toujours à des dessinateurs de talent, qui donnent encore plus de force à son récit.
Il y a d’abord eu Lydie, qui parle de la mort d’un nourrisson d’une manière lumineuse et toute en douceur (elle faisait d’ailleurs partie de ma sélection de bd qui rendent heureux), avec le trait délicat et plein d’émotion de Jordi Lafebre. Puis La Peau de l’Ours, où un petit vieux raconte comment il est devenu l’homme de main d’un horrible mafieux, histoire incroyable et captivante dessinée par le talentueux Oriol. Il y a aussi eu les Folies Bergères, bouleversante histoire au beau milieu de l’Histoire, sur une compagnie au milieu des Tranchées, dont l’un des membres est condamné au peloton d’exécution…mais qui y survit miraculeusement. Cette fois-ci c’est Francis Porcel qui signe le dessin, réaliste et vibrant.
Cette année, deux nouveaux titres dont Zidrou signe le scénario sont déjà parus, et s’ils sont encore une fois très différents des précédents, ils sont tout aussi merveilleusement écrits.
Le Beau Voyage, d’abord. Léa est une jeune femme qui essaie d’être heureuse, et d’avancer, malgré une enfance pas très marrante. Sa mère n’a jamais semblé s’intéresser à elle et son père, lui, était trop accaparé par son travail de médecin pour lui consacrer un peu de temps. Mais aujourd’hui son père est mort, et Léa doit faire le ménage dans son passé pour pouvoir aller vers son avenir. Ses petits bonheurs, ses peines, et surtout ce grand frère qu’elle n’a jamais connu, car il est mort avant qu’elle ne naisse, mais dont la présence impalpable a influencé toute sa vie. Il n’est jamais évident de se confronter aux secrets et aux souvenirs douloureux, mais c’est souvent le seul moyen pour voir, enfin, le soleil après la pluie.
La mort d’un enfant, les secrets de famille, essayer de grandir quand on n’a jamais vraiment reçu d’amour…A nouveau Zidrou raconte une histoire qui nous remue, nous change. Léa est une jeune femme comme les autres, qui essaie de faire les bons choix. A travers elle c’est aussi l’histoire de Léo, son grand frère, et les secrets qui le concernent, que l’on découvre au fil des pages. Le trait de Springer (qui a notamment signé le superbe Les Funérailles de Luce) est plein d’émotion et de sensibilité, et s’associe parfaitement aux mots de Zidrou. J’ai beaucoup pleuré en refermant le Beau Voyage que nous propose les deux auteurs. Un moment du quotidien. Plus exactement ce moment où on recule pour mieux s’élancer, où l’on fait la paix avec ses démons, pour enfin les regarder en ami, où l’on regarde ses souvenirs en arrêtant d’en avoir peur. Cet instant qui ressemble à un début de vacances.
Et puis, dans un tout autre genre, un tout autre univers, il y a Le Client.
Dans l’Espagne d’aujourd’hui, un homme d’apparence banal regarde droit dans les yeux un chef mafieux, patron de bordel, auquel n’importe qui de censé ne voudrait pas se frotter. Au lieu de fuir, cet homme-là lui annonce tout naturellement qu’il a enlevé sa fille, et qu’il ne la ramènera vivante qu’à une seule condition.
Car cet homme-là, qui a l’air de monsieur tout le monde, est tombé amoureux de ‘Shakira’, une prostituée du Paraiso. Et Shakira, de son vrai nom Maria-Auxiliadora, a disparu. Alors il propose à la brute épaisse en face de lui un deal, sa fille contre Shakira.
Cette fois-ci, c’est d’un polar qu’il s’agit. Le Client est une plongée dans la nuit sans fin des clubs espagnols peuplés de prostituées. Des filles qui attendent en espérant simplement que le prochain client sera gentil. On assiste à ce moment incroyable où un homme comme les autres, transparent, sans histoire, fait un truc complètement dingue, digne d’un film d’action américain. Sauf que Zidrou ne fait pas dans la succession d’explosions sans queue ni tête, et imagine une histoire réaliste, sans glamour ni gros muscles. C’est juste un type qui est tombé amoureux d’une femme, et qui élabore un plan fou pour la sauver, avec l’énergie du désespoir de celui qui n’a pas envie de vivre sans elle.
Le Client est une histoire sombre et captivante, remarquablement servie par le dessin de Man, qui fait la part belle aux expressions des visages, nous donnant l’impression de faire partie de l’histoire. La colorisation, très chaude, nous plonge dans la moiteur étouffante de ce monde de la nuit plutôt glauque, et le noir impose sa force dans un univers où il ne pouvait être qu’omniprésent.
Ce sont deux titres très différents, mais qui montrent l’un comme l’autre le talent de Zidrou pour raconter les gens, mettre à nu leur humanité, et nous bousculer en même temps. Les dessinateurs qui mettent en image ses histoires ont des styles très éloignés les uns des autres, comme le sont les histoires, mais ils parviennent à chaque fois à retranscrire les émotions des personnages dans les attitudes, les regards…
Deux nouveaux coups de cœur pour ma part, et une nouvelle preuve par deux qu’une bd dont le scénario est signé Zidrou est la promesse de bien des surprises…
Le beau voyage et Le beau voyage
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Voilà un triptyque qui s’annonce aussi original que captivant et qui va sortir à un rythme rapproché. Le premier tome, dessiné par Griffo, vient de paraitre et c’est vraiment une jolie surprise. L’idée de Valérie Mangin, la scénariste, est de liée par des ficelles qu’elle seule actionne, trois histoires, trois destins, sur le thème de la mise en abyme. Chaque tome est une histoire complète, mais c’est donc aussi une série, et ce premier volume s’intéresse à Honoré de Balzac.
Balzac a une trentaine d’année. Auteur à succès, il travaille en ce moment à son feuilleton la Peau de Chagrin. Mais qu’elle n’est pas sa surprise quand, en lieu et place du premier chapitre de son roman dans le journal qui le publie, il trouve un feuilleton dont le héros est…Balzac ! Racontant, avec une écriture qui rappelle énormément celle de l’auteur, le passé mais aussi le présent d’Honoré, cette publication anonyme devient rapidement la farce qui amuse le tout-Paris. Deux points aussi étranges l’un que l’autre, l’auteur semble connaitre les secrets les plus enfouis de Balzac, mais également capable de prédire ce qui se passe dans l’exacte présent, voir l’avenir puisqu’il raconte en général la journée qui suit la parution…Au départ amusé et flatté qu’un feuilleton lui soit consacré, Balzac devient rapidement furieux de voir ainsi sa vie tournée en ridicule, le faisant passer de mondain à guignole. Il décide alors de remonter à Paris, retrouver le farceur et le convaincre d’arrêter tout cela.
Ce polar, légèrement teinté de fantastique, nous plonge dans le Paris mondain et littéraire du XIXème siècle. Biographie revisitée de l’auteur, les faits réels et la fiction se mêlent dans une histoire pleine de rebondissements et vraiment passionnante. Le dessin de Griffo est superbe avec de beaux décors, mais surtout des personnages qui ont de vraies ‘gueules’, la mise en couleur également, et on plonge avec délice dans cette bande dessinée pleine de surprises, si bien construire qu’elle en est presque étourdissante et nous mène par le bout du nez.
Dex est une jeune femme du genre couillue, mais qui n’a pas exactement la chance de son côté. Détective privée, mais surtout accro aux jeux, elle se ruine au casino et commence d’ailleurs à y avoir une ardoise sacrément salée. Un jour, la directrice du casino lui propose un deal (enfin ne lui laisse pas vraiment le choix, quand même). Dex retrouve sa petite-fille, disparue depuis plusieurs jours sans laisser de trace, et elle oublie sa dette.
Dans l’idée ça semble assez simple, presque une enquête de routine. le problème c’est qu’elle n’est pas la seule à rechercher cette fille très jolie, mais à priori sans histoires, et que les autres gus sont du genre dangereux…
Ce comics est un polar, noir et bien foutu, qui se lit avec plaisir. L’affaire dépasse vite la simple fugue d’adolescente et se transforme en embrouille familiale où l’on a du mal à démêler qui fait partie des gentils, et qui jouent les méchants. Dex aussi, a bien du mal à démêler le vrai du faux dans les témoignages qu’elle recueille au fur et à mesure de son enquète. Elle ne pourra se fier qu’à son instinct, heureusement plus efficace en face de criminels que quand il s’agit de savoir s’arrêter de jouer, pour résoudre tout ça, et ramener, peut-être, la demoiselle saine et sauve chez sa grand-mère.
Le dessin n’est peut-être pas parfait mais colle parfaitement à l’atmosphère de l’histoire, tout comme la mise en couleur, sombre et efficace. Les personnages sont intéressants, et Dex surtout séduit par son courage, sa grande gueule et sa jugeote. Elle élève seule son petit-frère handicapé et on sent que la vie n’a pas dû être très rose pour eux deux…Même si pour en découvrir un peu plus sur son passé il faudra sans doute attente les prochains volumes.
Romain, un ancien de la DGSE, s’est fait doubler par son coéquipier lors d’une mission prometteuse, et vient de passer un moment en prison. Alors qu’il s’apprête à être libéré pour bonne conduite, son compagnon de cellule lui propose un plan pour avoir enfin son vengeance. Sa sœur sait où se planque le traitre, mais en échange, elle veut qu’il l’aide à réaliser un casse qui semble aussi facile que très lucratif…
Mako est un polar vraiment bien foutu, où l’on ne sait très vite plus discerner qui sont les gentils et les méchants, les traitres et les relations de confiance, et où, en tout cas, personne ne semble très disposé à jouer franc jeu. Le héros n’est ni un gangster de haut vol, ni un super héros. Juste un mec plutôt malin qui veut sa vengeance et qui ne pourra se fier qu’à son instinct pour s’en sortir au mieux. Graphiquement, le trait de Boris Beuzelin a un côté rétro qui colle parfaitement à l’histoire, et la mise en couleur, sombre mais belle aussi, sert parfaitement l’ambiance.
Retrouvez les nouveautés et les coups de coeur BD de Zaelle / Elsa, 26 ans, passionnée de bande dessinée. Vous pouvez