Posts Tagged ‘polar’

Killing Time

3 octobre 2013  |  Bande dessinée, Comics

Gyorgi Owens a déjà subi de nombreux interrogatoires, mais c’est cette fois-ci aux questions d’une journaliste qu’il va répondre. Celle-ci a voulu le rencontrer pour dresser le portrait de l’homme derrière le tueur, et comprendre, peut-être, ce qui l’a amené là.

Surnommé « Le tueur des hôpitaux » et jugé pour 34 homicides, il se voit pour sa part plutôt comme un passeur. Aidant ceux qui souffraient trop à en finir. Avec Isabelle Bauffays, il va revenir en arrière, lui raconter un à un les crimes qui ont jalonné son parcours d’infirmier. Mais très vite, l’entretien se met à ressembler à une partie de ping-pong. Gyorgi Owens égrène ses meurtres dans le désordre, et à chaque fois la jeune femme semble voir clair dans son jeu, pointant les éléments qu’il cherche à lui dissimuler.

Kid Toussaint, le scénariste (déjà auteur de Puzzle, Notorious Circus, A l’ombre du convoi) signe ici un polar très bien construit, jouant sur les flashback tels que son héros décide de les orchestrer. Peu à peu, on prend conscience que les apparences sont trompeuses, et le lecteur perd ses repères. Abordant le sujet de l’euthanasie d’une manière neutre, ce qui permet de ne pas parasiter l’intrigue, le récit devient un thriller dont on découvre les enjeux au compte-goutte. Les personnages sont tous intéressants, et l’auteur s’est inspiré des aveux de véritables tueurs en série pour construire son ‘héros’. Le dessin de Chris Evenhuis (qui avait déjà collaboré avec Kid Toussaint par le passé) rappelle les comics du genre. Son trait est classique mais maitrisé, et apporte un côté cinématographique à ce titre.

Killing Time est un bon polar, paru dans la collection Hostile Holster d’Ankama. De quoi ravir les amateurs du genre.

Retrouvez Killing Time sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Doggybags tome 4

6 septembre 2013  |  Coups de coeur

Le concept de Doggybags est aussi simple que séduisant : trois histoires, trois tueries. Et on a tôt fait de constater que pour cette série un peu à part, le mot tuerie s’emploie dans tous les sens du terme.

Doggybags, et peut-être encore plus ce tome 4 que les excellents opus qui l’ont précédé, c’est un peu comme un plat qu’on imagine très bon, mais qui nous explose littéralement en bouche. C’est beau, c’est dingue, et c’est génial. Il faut dire que les quatre artistes présents sur ce volume n’ont plus besoin de prouver leur talent.

- ElDiablo, scénariste génial dont les dialogues font toujours mouche (au cas où vous ne le remettriez pas, il est notamment le scénariste de Pizza Roadtrip et de Monkey Bizness) s’associe à Nicolab (un illustrateur très talentueux, jugez plutôt). Ils nous présentent André Bardochan, un marchand d’armes richissime et tyrannique qui sirote tranquillement des cocktails sur son yacht de luxe avec sa jeune épouse. Mas son bateau fait naufrage. La situation était déjà assez peu distrayante mais le pire est à venir.

- Avec Run, l’auteur du cultissime Mutafukaz, autre décor et autre ambiance. Une forêt de l’Oregon, en pleine nuit. Un jeune couple a perdu son chemin et s’arrête pour appeler des secours. Si l’ambiance n’est déjà pas très rassurante, Mary est persuadée d’avoir croisé le regard d’une Dame Blanche. Quand votre soirée commence à ressembler à une légende urbaine, ça sent un peu le roussi, non ?

- Pour conclure le recueil, Run toujours s’associe à Guillaume Singelin (The Grocery).  Et cette fois-ci, c’est leur version de la grande Histoire qu’ils nous racontent, puisque ces quelques pages parlent de l’opération Géronimo (je ne vous en dit pas plus, les spoilers c’est mal, mais vous pouvez toujours chercher sur google). Des Navy Seals, beaucoup de tension, et une petite pincée de fantastique histoire que tout ça dégénère salement.

Les histoires courtes en bd c’est un exercice qui est tout sauf évident. Soit il ne se passe rien parce que l’action n’a pas le temps de décoller, soit il y a tellement d’informations que ça devient indigeste pour le lecteur. Ici il n’en est rien, et les quatre auteurs semblent avoir trouvé le dosage parfait. Chacune des trois histoires est prenante, très bien écrite, et complètement explosive.

Doggybags, c’est d’abord un hommage aux pulps. Un retour à une bd plus trash, sans concession, parfois déjantée. Et si les auteurs ont derrière eux des influences aussi variées qu’obscures, ils n’hésitent pas également à se mettre un peu danger, à expérimenter, dans ce recueil comme dans les précédents, des modes de narration et un dessin auxquels ils ne nous avaient pas habitués. ElDiablo sait comme personne nous faire hurler de rire, mais signe ici un récit très noir, très sombre. Et même si vous connaissez par cœur Mutafukaz, Run pourrait bien vous surprendre avec un dessin tout aussi beau mais très différent, servi par une colorisation rétro vraiment canon. Le rythme de son histoire est oppressant, et on quitte la luminosité aveuglante de LA pour les ténèbres de l’Amérique profonde. De quoi nous donner froid dans le dos. Les amateurs du travail de Guillaume Singelin savent déjà qu’il peut changer de style graphique avec une aisance assez impressionnante, et Geronimo en est une nouvelle preuve. Son dessin laisse toute sa place au noir, qui dévore littéralement les cases, les regards sont captivants et sa mise en scène est redoutablement efficace.

Si les bandes dessinées parues sous le label 619 sont toujours un peu à part dans le paysage franco-belge, Doggybags pousse cette impression encore un peu plus loin. Il s’en dégage cette sensation un peu étrange que, malgré la modernité de l’énergie qui s’en dégage, on vient de mettre la main sur un vieux comics underground. Cerise sur le gâteau, l’ouvrage contient comme à chaque fois plein de bonus géniaux et hilarants. Pages de réclames pleines de détails à savourer, fiches explicatives passionnantes et détaillées sur la faune et la flore de l’Oregon ou les Navy Seals, vrai-faux courrier des lecteurs qui vaut son pesant de cacahuètes, et un poster détachable en fin d’ouvrage. N’oublions pas la couverture, aussi belle que le contenu.

Vous l’aurez compris je ne peux que chaudement vous recommander cette petite merveille, réservée cependant à un public averti.

Retrouvez Doggybags tome 4 sur Amazon et chez votre libraire préféré.

La somnambule

30 juin 2013  |  Non classé

La somnambule est le dernier titre paru dans la collection Rivages/Casterman/Noir, où l’on trouve des adaptations en bd des polars édités chez Rivages Noir.

Marian Tansey travaille dans une petite brocante depuis deux ans. Elle était arrivée devant chez Ruth, amnésique et paniquée, et cette dernière l’a recueillie au sein de la petite communeauté qu’elle gère, sans lui poser de questions. Marian vient de décider de s’acheter une voiture, et trouve la perle rare, un cabriolet blanc, dans ses moyens.

Mais chaque matin, elle retrouve la voiture garée de travers, sale et rayée. Qui parmi ses voisins empruntent sa voiture sans demander la permission ? Au même moment, deux nouvelles personnes emménagent dans l’immeuble. Un journaliste taciturne et une jeune kleptomane pour qui Marian n’éprouve pas beaucoup de sympathie…

L’ambiance de La somnambule est sombre, un peu glauque, comme une nuit noire voilée d’un brouillard épais. Marian qui était parvenu à se reconstruire un quotidien rassurant, voit tous ses repères bouleversés par les derniers évènements. Qui prend sa voiture toutes les nuits ? La jeune Rebecca essaie-t-elle de prendre sa place ? Qui est vraiment Dick, le vendeur de voiture qui ne semble plus vouloir la quitter ? Comme toujours dans cette collection, l’adaptation est de qualité, et séduira autant ceux qui ne connaissent pas le roman que ceux qui l’ont déjà lu. Les dessinateurs sont choisis avec soin, et offrent une atmosphère particulière à l’histoire.

Ici le dessin à un côté vif, tranchant, et laisse une large place au noir, qui dévore les visages comme les décors. L’histoire, elle, est pleine de secrets, de mensonges et de retournements de situation.

La somnambule sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Les Ombres du Styx tome 2

9 mai 2013  |  Coups de coeur

Les Ombres du Styx est un polar qui prend place pendant l’Antiquité, sous Septime Sévère.

Un tueur en série sème la terreur à Leptis Magna, cité impériale en Afrique du Nord. Il enlève des petits garçon, dont on retrouve le corps embaumé quelques jours plus tard. Ce rite funéraire donne les egyptiens pour responsables, et très vite les tensions entre les communautés s’accumulent. Dans le premier volume, on suivait Marcus, enquêteur délégué par l’Empereur, pour découvrir le meurtrier.

Dans ce deuxième tome (sur une série prévue en 3), Aquila, suspect dans le tome 1, revient pour Marcus sur des évènements similaires survenus 10 ans plus tôt, alors qu’il vivait à Rome. Là aussi les petits victimes de l’embaumeur s’accumulaient. Mais plus que cette histoire jamais élucidées, il raconte à l’enquêteur sa propre vie. Marié à une femme qu’il n’aimait pas mais avec qui il avait eu un fils, il vivait, en parallèle, une histoire d’amour passionnée avec Henouttanebet, une sublime égyptienne. Deux filles étaient nées de leur union. Si leur liaison n’était déjà pas bien vue, les soupçons pesant sur les égyptiens avaient rendu la situation invivable…

Ce deuxième opus est très dur, et je l’ai fini le cœur serré. Isabelle Dethan, déjà connue pour d’autres excellentes bd historiques (Sur les terres d’Horus, Kehti fils du Nil…) signe ici une bande dessinée qui allie un contexte très documenté et réaliste à une histoire sombre, et finalement très moderne. Car ce qui se déroule dans les Ombres du Styx pourrait tout autant avoir lieu de nos jours. On ne peut que penser aux actuelles tensions inter-communautaires, et prendre conscience qu’elles ont eu lieu tout au long de l’Histoire…

Le dessin est beau et fin, les couleurs pleines de lumière, et les décors sont rendus avec beaucoup de détails.

Si vous aimez l’Antiquité et les polars, vous ne pourrez qu’aimer cette trilogie originale et très prenante.

Les Ombres du Styx, tome 2 : Vox Populi sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Le Beau Voyage et Le Client, deux superbes bandes dessinées scénarisées par Zidrou

29 mars 2013  |  Coups de coeur

Nous sommes nombreux-ses à avoir grandi avec les bd de Zidrou, du turbulent Élève Ducobu à Tamara. Et puis il s’est mis à raconter des histoires aux grands, aussi. A chaque fois, il ne choisit pas la facilité, tant les thèmes qui l’inspirent sont sensibles et difficiles. Pourtant, il sait manier les mots pour en faire de très jolies histoires, qui bouleversent, et nous changent à chaque fois un peu. Et puis, il s’associe toujours à des dessinateurs de talent, qui donnent encore plus de force à son récit.

Il y a d’abord eu Lydie, qui parle de la mort d’un nourrisson d’une manière lumineuse et toute en douceur (elle faisait d’ailleurs partie de ma sélection de bd qui rendent heureux), avec le trait délicat et plein d’émotion de Jordi Lafebre. Puis La Peau de l’Ours, où un petit vieux raconte comment il est devenu l’homme de main d’un horrible mafieux, histoire incroyable et captivante dessinée par le talentueux Oriol. Il y a aussi eu les Folies Bergères, bouleversante histoire au beau milieu de l’Histoire, sur une compagnie au milieu des Tranchées, dont l’un des membres est condamné au peloton d’exécution…mais qui y survit miraculeusement. Cette fois-ci c’est Francis Porcel qui signe le dessin, réaliste et vibrant.

Cette année, deux nouveaux titres dont Zidrou signe le scénario sont déjà parus, et s’ils sont encore une fois très différents des précédents, ils sont tout aussi merveilleusement écrits.

Le Beau Voyage, d’abord. Léa est une jeune femme qui essaie d’être heureuse, et d’avancer, malgré une enfance pas très marrante. Sa mère n’a jamais semblé s’intéresser à elle et son père, lui, était trop accaparé par son travail de médecin pour lui consacrer un peu de temps. Mais aujourd’hui son père est mort, et Léa doit faire le ménage dans son passé pour pouvoir aller vers son avenir. Ses petits bonheurs, ses peines, et surtout ce grand frère qu’elle n’a jamais connu, car il est mort avant qu’elle ne naisse, mais dont la présence impalpable a influencé toute sa vie. Il n’est jamais évident de se confronter aux secrets et aux souvenirs douloureux, mais c’est souvent le seul moyen pour voir, enfin, le soleil après la pluie.

La mort d’un enfant, les secrets de famille, essayer de grandir quand on n’a jamais vraiment reçu d’amour…A nouveau Zidrou raconte une histoire qui nous remue, nous change. Léa est une jeune femme comme les autres, qui essaie de faire les bons choix. A travers elle c’est aussi l’histoire de Léo, son grand frère, et les secrets qui le concernent, que l’on découvre au fil des pages. Le trait de Springer (qui a notamment signé le superbe Les Funérailles de Luce) est plein d’émotion et de sensibilité, et s’associe parfaitement aux mots de Zidrou. J’ai beaucoup pleuré en refermant le Beau Voyage que nous propose les deux auteurs. Un moment du quotidien. Plus exactement ce moment où on recule pour mieux s’élancer, où l’on fait la paix avec ses démons, pour enfin les regarder en ami, où l’on regarde ses souvenirs en arrêtant d’en avoir peur. Cet instant qui ressemble à un début de vacances.

Et puis, dans un tout autre genre, un tout autre univers, il y a Le Client.

Dans l’Espagne d’aujourd’hui, un homme d’apparence banal regarde droit dans les yeux un chef mafieux, patron de bordel, auquel n’importe qui de censé ne voudrait pas se frotter. Au lieu de fuir, cet homme-là lui annonce tout naturellement qu’il a enlevé sa fille, et qu’il ne la ramènera vivante qu’à une seule condition.

Car cet homme-là, qui a l’air de monsieur tout le monde, est tombé amoureux de ‘Shakira’, une prostituée du Paraiso. Et Shakira, de son vrai nom Maria-Auxiliadora, a disparu. Alors il propose à la brute épaisse en face de lui un deal, sa fille contre Shakira.

Cette fois-ci, c’est d’un polar qu’il s’agit. Le Client est une plongée dans la nuit sans fin des clubs espagnols peuplés de prostituées. Des filles qui attendent en espérant simplement que le prochain client sera gentil. On assiste à ce moment incroyable où un homme comme les autres, transparent, sans histoire, fait un truc complètement dingue, digne d’un film d’action américain. Sauf que Zidrou ne fait pas dans la succession d’explosions sans queue ni tête, et imagine une histoire réaliste, sans glamour ni gros muscles. C’est juste un type qui est tombé amoureux d’une femme, et qui élabore un plan fou pour la sauver, avec l’énergie du désespoir de celui qui n’a pas envie de vivre sans elle.

Le Client est une histoire sombre et captivante, remarquablement servie par le dessin de Man, qui fait la part belle aux expressions des visages, nous donnant l’impression de faire partie de l’histoire. La colorisation, très chaude, nous plonge dans la moiteur étouffante de ce monde de la nuit plutôt glauque, et le noir impose sa force dans un univers où il ne pouvait être qu’omniprésent.

Ce sont deux titres très différents, mais qui montrent l’un comme l’autre le talent de Zidrou pour raconter les gens, mettre à nu leur humanité, et nous bousculer en même temps. Les dessinateurs qui mettent en image ses histoires ont des styles très éloignés les uns des autres, comme le sont les histoires, mais ils parviennent à chaque fois à retranscrire les émotions des personnages dans les attitudes, les regards…

Deux nouveaux coups de cœur pour ma part, et une nouvelle preuve par deux qu’une bd dont le scénario est signé Zidrou est la promesse de bien des surprises…

Le beau voyage et Le beau voyage sur Amazon et chez votre libraire préféré