Posts Tagged ‘poésie’

Dans un recoin de ce monde

3 septembre 2013  |  Coups de coeur, Manga

Rêveuse et maladroite, Suzu grandit dans le Japon des années 30, entourée de ses parents, de son grand frère et de sa petite sœur. Entre l’école et les corvées à la maison, elle prend parfois le temps de dessiner des paysages et des mangas pleins d’humour.

Quelques années plus tard, en 1944, elle quitte Hiroshima pour Kure, où se trouve une base militaire. Elle part épouser Shûsaku, qu’elle ne connait pas, et intègre par la même occasion le foyer de sa belle-famille. Malgré sa maladresse, elle travaille sans relâche pour aider aux tâches quotidiennes, et fait doucement la connaissance de son époux. Si elle s’applique chaque jour à faire de son mieux, le monde qui l’entoure part peu à peu en lambeaux. Le Japon est mis en difficulté par l’ennemi, et les bombardements s’intensifient, pendant que la nourriture ne s’achète plus qu’au marché noir.

Ce manga de Fumiyo Kouno, que l’on connait surtout pour Le Pays des cerisiers et Pour Sanpei, est d’une délicatesse rare. Si le titre prend place dans une période très dure de l’histoire du Japon, que l’auteure prend soin de nous montrer dans ses détails plutôt que de manière crue, ce qui fait la préciosité de ce titre, c’est la manière qu’a la mangaka de magnifier le quotidien.

Le récit est fait de petits instants de vie et de scénettes pleines d’humour qui rappellent parfois les strips américains de l’époque. On s’attache très vite à la jeune Suzu, qui essaie toujours de faire au mieux pour les autres, mais qui ne peut s’empêcher de laisser déborder ce qu’elle ressent au fond d’elle quand elle se retrouve seule.

Le dessin est rétro et très fin, proche de l’estampe. Par l’intermédiaire de Suzu et de son talent de dessinatrice, Fumiyo Kouno s’amuse à glisser parmi les cases des plans, des recettes, des courriers adressés à la famille de la jeune fille, qui rendent dynamique le récit, alors même que son rythme est très doux (c’est aussi étrange qu’agréable).

Dans un recoin de ce monde a la douceur et la poésie que renferme déjà son titre. Un très joli manga, agréable comme une jolie promenade et tendre comme l’éclosion de sentiments troubles. Mais c’est aussi, entre les lignes, un témoignage bouleversant du quotidien des familles japonaises pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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Barakamon, manga feel-good

Même si j’en ai déjà parlé dans la sélection de bd feel good, et dans le best of du premier semestre 2013, je me rends compte que je n’ai pas encore consacré un article entier à Barakamon. Mais cette série est tellement géniale qu’elle mérite que je vous explique plus en détail pourquoi il faut absolument la découvrir !

Seishû Handa est un jeune calligraphe aussi talentueux qu’arrogant. Quand un conservateur de musée critique son travail, il voit rouge et l’assomme. Pour le punir et le faire réfléchir à sa conduite, le père de Seishû l’envoie se mettre au vert sur une toute petite île. Le jeune homme est un pur citadin et s’apprête à vivre un enfer dans ce petit bout de campagne reculé…

Mais le quotidien qu’il va y découvrir va le transformer totalement. Lui qui se voyait déjà vivre reclus à travailler sa calligraphie sans relâche ne peut pas faire un pas sans que les enfants du voisinage ne viennent l’embarquer de force dans leurs aventures. Spécialement Naru, une petite fille qui est aussi espiègle qu’elle déborde d’énergie.

Parties de pèche, fêtes traditionnelles, chasses aux insectes, cours de calligraphie improvisés, goûters, promenades, avec Barakamon ne vous attendez pas à de l’action trépidante, à une tension palpable ou à des rebondissements imprévisibles. Cette série c’est…la vie, tout simplement. L’amitié, les fous rires, les découvertes, le farniente. Le soleil et l’orage, les discussions sans queue ni tête, les rencontres imprévues et les célébrations improvisées. Et tous ces petits riens sont racontés avec une telle justesse qu’on se retrouve à rigoler tout en étant au bord des larmes pour un simple coup de fil qui vire au n’importe quoi.

Si Seishû et Naru sont les personnages centraux et forment un duo génial, tous les autres, nombreux, personnages sont excellents et diablement attachants.

En plus de la joie de vivre qui rayonne littéralement des pages de cette série, c’est aussi une plongée rafraichissante dans un Japon méconnu, celui de la campagne, dont on avait  eu un aperçu dans Manabé Shima de Florent Chavouet. La campagne nippone, c’est un rythme très particulier, un quotidien à part qui fait honneur à la simplicité.

L’auteure, Satsuki Yoshino, nous initie également l’air de rien à l’art de la calligraphie. Même quand on n’éprouvait pas d’intérêt particulier pour le sujet, on se surprend à lire les explications de Seishû, surnommé Maitre Handa par son nouvel entourage, avec passion. Plus encore, ses recherches pour parvenir à créer des calligraphies plus personnelles sont de vrais moments de poésie, et on se retrouve submergé d’émotion devant chacune de ses œuvres, qui marquent au fil de la lecture l’évolution du jeune homme dans son nouvel environnement.

Graphiquement, le trait de la mangaka est simple mais tout en finesse, et les personnages débordent d’expressivité. Elle abandonne parfois son style réaliste pour des visages plus caricaturaux, mais le mélange est savamment dosé.

Barakamon, c’est comme un shoot d’ondes positives, et on devient vite accro. Pour ma part, je termine chaque tome tellement chamboulée que la série a détrôné dans mon cœur Yotsuba& !, que je pensais pourtant à jamais indétrônable. Une petite merveille que je ne peux que vous recommander très très chaudement, si vous n’avez rien contre un voyage dépaysant, dans le quotidien d’une petite île japonaise où résonnent des fous rires communicatifs.

Barakamon tome 1 sur Amazon et chez votre libraire préféré. Parution du tome 6 le 22 août 2013. Série en cours.

La mélodie de Jenny et Sous un rayon de soleil – Les trésors de Tsukasa Hojo

24 juillet 2013  |  Manga

De Tsukasa Hojo, on connait surtout City Hunter et Cat’s Eye. Mais à côté de ces séries bourrées d’action, il est aussi l’auteur de récits pleins de sensibilités. L’éditeur Ki-oon a décidé de consacrer une collection à ses recueils d’histoires courtes et petites séries sous le titre ‘Les trésors de Tsukasa Hojo’. La mélodie de Jenny et Sous un rayon de soleil sont les deux premiers titres à en faire partie. Déjà édités en France il y a un petit moment, ils ont ici été retraduits et augmentés de quelques pages en couleurs. L’occasion de découvrir ou re-découvrir cet auteur culte.

La mélodie de Jenny

Dans ce recueil, on découvre trois histoires courtes liées à la Seconde Guerre Mondiale. On croise un adolescent qui s’apprête à devenir pilote dans l’armée japonaise, alors que celle-ci, acculée, décide d’avoir recours à des kamikazes, quatre enfants qui s’échappent du centre où le gouvernement les a placés, et qui croisent sur leur chemin un prisonnier américain en fuite, et enfin un jeune joueur de base-ball japonais repéré par un recruteur américain, juste avant guerre.

Dans ces trois histoires pleines d’émotions et richement documentées, le mangaka ne cherche pas à dresser une liste de faits historiques. Il préfère se pencher sur les destins d’hommes, de femmes et d’enfants, qui voient leur vie bouleversée par la guerre. L’occasion d’aborder avec finesse la thématique des kamikazes, de parler des centres où de nombreux enfants vivaient dans des conditions très dures, et de montrer les relations américano-japonaises à l’époque, non pas sous l’angle politique ou militaire, mais sur le plan humain.

On retrouve avec plaisir le dessin de Tsukasa Hojo, son talent de mise en scène et ses personnages pleins de caractère et d’énergie, dans des histoires tristes et belles à la fois.

Sous un rayon de soleil

Sarah et son père arrivent dans une nouvelle ville, et y installent leur campging-car-boutique. Le père de Sarah est fleuriste. Mais la jeune fille n’est pas tout à fait ordinaire : elle a le don de communiquer avec les végétaux, et c’est pour que personne ne découvre cette particularité que la petite famille déménage souvent. Cette fois-ci, elle va faire la rencontre de Tatsuya Kitazaki, un garçon de son âge, déterminé à abattre un arbre qu’il juge responsable de l’accident qui a fait perdre l’usage de ses jambes à sa petite sœur.

Sous un rayon de soleil oscille entre récits de la vie quotidienne et fantastique. On suit ce duo père-fille, improbable et pétillant, et de chapitre en chapitre, Sarah est amenée à résoudre les problèmes des plantes, et des humains qui l’entourent pas la même occasion. C’est une histoire pleine de délicatesse, d’humour et de bonnes ondes.

Là encore, le dessin plein d’expressivité de Tsukasa Hojo fait mouche, et l’on s’attache instantanément aux personnages, que l’on suivra avec plaisir durant trois volumes.

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Hôtel particulier

7 juin 2013  |  Non classé

Une jeune femme se suicide dans sa baignoire, fenêtre ouverte. Ce qui pourrait être la fin de l’histoire n’est en fait que le début de cette bande dessinée. Car si le corps n’est plus, l’esprit d’Émilie se met à hanter l’immeuble, observant la vie de ses voisins, découvrant leurs secrets.

Il y a ce couple dont la petite fille a disparu, cette femme volage et son mari voyeur, la vieille folle qui habite au dernier étage, mais aussi un jeune peintre qui ne laisse pas la belle indifférente, ainsi que le plus mystérieux de tous, un homme qui vit reclus chez lui mais semble organiser chaque soir des fêtes incroyables. Le seul avec qui Émilie peut discuter, c’est le chat du peintre, témoin involontaire de sa mort, qui l’initie aux secrets des uns et des autres.

Hôtel particulier est subtilement teintée de fantastique et d’un soupçon d’érotisme. L’histoire et le dessin sont aussi poétiques l’un que l’autre. Car le trait délicat et superbe de Guillaume Sorel, à qui l’on doit notamment Les derniers jours de Stephan Zweig (avec Laurent Seksik) ou Algernoon Woodcok (avec Mathieu Gallié) confère énormément de douceur au récit. Entièrement réalisé au lavis, cette monochromie participe à rendre l’atmosphère encore plus étrange et mélancolique.

L’auteur nous convie à une promenade pleine de surprises derrière la porte de tous ces voisins à priori sans histoire. Drame, folie, plaisirs charnels, magie, on ne sait jamais ce qui nous attend avant que le joli spectre n’ait traversé un nouveau mur…

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Le jeune fantôme

28 mai 2013  |  Coups de coeur

Dans la nuit, un tout jeune fantôme suit ses congénères avec application. En effet, si eux semblent très bien savoir où ils vont, lui n’a aucune idée de la mission qui l’attend. Malheureusement pour lui il se fait rapidement distancer et se retrouve seul, ne sachant quoi faire, ni où aller. Heureusement pour lui, un astronome l’a vu, et décide de le prendre sous son aile pour trouver avec lui quelle peut bien être sa mission.

L’histoire de Robert Hunter est toute en simplicité et en poésie. Au lieu d’une classique et effrayante histoire de revenant, on a là la rencontre d’un esprit hésitant, et d’un homme qui rêve de découvrir une nouvelle étoile. Et pendant que l’histoire se lit avec plaisir, c’est surtout le dessin que l’on savoure. Doux, un peu rétro, très graphique, les cases sont pleines de petits détails et de motifs apaisants. Les couleurs, un peu pastels, contribuent à cette atmosphère étrange et sereine qui se dégage de l’ensemble. La mise en page est des plus originale, variant pleines pages, cases de toutes les tailles, et mêmes des cases rondes. Chaque page est un véritable parcours pour les yeux, où l’auteur nous invite à regarder les plus infimes détails, gestes où éléments du décor à priori banals.

Comme toujours, chez l’éditeur Nobrow, l’objet est aussi beau que le contenu. Ce petit format imprimé sur un papier de grande qualité offre toute sa mesures aux si jolies couleurs de l’auteur.

(mon extrait est en anglais, mais la bd est bien entendu en français)

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