Ah, Enrique Fernandez… Après l’Île sans Sourire et Aurore, voici une nouvelle preuve qu’il sait aussi bien raconter les histoires que les dessiner. Un trait superbe et reconnaissable au premier coup d’œil, et un vrai talent de conteur.
Il revient donc avec Les Contes de l’ère du Cobra. Une histoire inspirée de mille contes, une aventure qui mêle humour et drame, violence et légèreté, un peu coquine parfois, où l’amour et le bonheur devront lutter pour gagner contre la cruauté et la quête de pouvoir. On y croise les Mille et une Nuits, mais bien d’autres récits encore, chuchotés à travers le monde…
Irvi et Sian s’aiment, mais le destin les force à se séparer. La douleur assombrit le cœur d’Irvi, qui se transforme en un tueur sanguinaire et mélancolique. Mais sa puissance sert les desseins de celui qui deviendra le Cobra, un homme en réalité bien malheureux qui estime qu’on doit l’aimer pour sa grandeur et non pour sa personnalité.
Plus le temps passe et plus l’histoire est triste, à croire que le bonheur a décidé de s’enfuir. Mais il est parfois des rencontres qui changent tout, et font renaître une flamme au milieu des cendres…
Les amatrices de contes seront charmées par cette bande dessinée, dont l’histoire envoûtante alterne entre aventure, combats et légèreté. Des personnages hauts en couleurs, des amitiés improbables, et des méchants qui finalement sont bien à plaindre, tant ils sont seuls. Et puis l’Amour, le Grand Amour, qui connaît bien des obstacles mais qui jamais ne s’éteint.
Le tout servi par le dessin somptueux et la mise en couleur magique d’Enrique Fernandez. C’est à la fois un voyage et un feu d’artifice. Un véritable bijou ciselé avec tout le talent d’un auteur à (re)découvrir…
Sans conteste, Benjamin Flao reste le dessinateur qui, à chaque case, sait le mieux me remuer les tripes, grâce à son trait sublime, plein d’une musicalité vibrante. Presque comme si son dessin était vivant. Après La Ligne de Fuite et Mauvais Garçons (vous DEVEZ lire ces BD, vraiment), avec Dabitch au scénario, il revient cette fois-ci avec une histoire qu’il a écrit.
Kililana Song se passe dans l’archipel de Lamu, au large du Kenya.
Naim est un gamin orphelin, élevé par sa tante. Il passe sa vie à échapper à son cousin, qui tente par tous les moyens de l’obliger à aller à l’école coranique. Naim n’aime pas l’école, et encore moins son instituteur. Il préfère traîner avec ses copains, gagne un peu de sous en faisant des courses pas très légales pour un petit vieux, et observe le monde à travers ses yeux déjà plus si innocents.
Ali est un petit vieux. Le dernier descendant d’une lignée de sages, veillant sur un arbre sacré qui contient l’âme d’un ancien Roi. Mais l’arbre est menacé, tout comme le lieu de vie d’Ali. Des promoteurs immobiliers veulent récupérer le terrain pour en faire un complexe touristique luxueux.
Ces deux personnages, et bien d’autres encore, vont se croiser au fil des pages de Kililana Song.
Ce premier tome se déroule au rythme lent de la vie des personnages. Un quotidien fait de débrouille et de soleil, de rencontres et de discussions.
Comme à chaque fois, c’est un plaisir délicieux que de se plonger dans le dessin de Flao, qui, cette fois-ci, nous conte aussi des histoires. Des histoires de quotidien mais aussi de vieilles légendes africaines. La vie des gens et des dieux.
Un très très beau premier tome, comme un voyage…
Emma Doucet est une petite vieille comme on les aime, avec un sale caractère. En réalité, elle se laisse vivre sans trop réfléchir depuis que son mari, le Grand Amour de sa vie, est mort.
Un soir, Emma fait une mauvaise chute en essayant de récupérer ses clopes, planquées par son aide à domicile. Quand elle se relève, c’est le début des ennuis : elle n’a plus envie de dormir, elle a une mine affreuse, et les mouches commencent à lui tourner sérieusement autour. Mais il y a surtout ce trou dans sa poitrine. Alors voilà : Emma est morte. Pire ! On l’a tuée. Il va falloir la jouer fine, histoire de comprendre ce qui s’est passé sans éveiller les soupçons…
Drôle et touchant en même temps, Ma Vie Posthume est un délice. Une histoire de zombie bien différente de ce dont on a l’habitude et, par jeux de flashbacks, une très belle histoire d’amour. C’est aussi un regard sur le deuil, sur le quotidien des personnages âgées, sur les relations de famille (la délicieuse nièce d’Emma essayant par tous les moyens de la coller en maison de retraite pour revendre sa maison)…
Le scénario est de Hubert (Miss Pas Touche) et le dessin du talentueux Zanzim (avec qui il avait déjà travaillé sur l’excellent La Sirène des Pompiers). Ma Vie Posthume est vraiment le genre de petits titres originaux et rafraîchissants qui fait du bien. C’est joliment écrit et raconté, et l’on va de surprise en surprise : une jolie œuvre qui sort de l’ordinaire, pleine d’humour et d’humanité.
Ma vie posthume, Tome 1 sur Amazon (premières pages en lecture)
José est guide touristique au Chili. Joan est une jeune touriste américaine qui a loué ses services pour découvrir le pays, seule, sans groupe.
José ne s’en doute pas une seconde quand il embarque cette jolie fille dans sa voiture, mais cette rencontre va bouleverser sa vie.
Chacun d’entre eux à des secrets, et ceux du guide le rongent, l’empêchent d’avancer…
Difficile d’en dire plus sans briser la poésie de ce joli titre, en un tome. Le dessin délicat de Fanny Montgermont est tout en délicatesse, et suis avec pudeur ces deux êtres abimés.
Le Chili occupe une place importante dans le récit. D’abord par ses décors somptueux, riches et étonnants, mais aussi à cause de son histoire, de son passé, de ses blessures…
Mayuko est une petite fille japonaise. Elle s’amuse à lancer des boules de neiges sur deux statues porte-bonheur, le renard Kitsune et le chien Tanuki.
Dans la nuit, elle se lève, fiévreuse, et se retrouve face à un Kistune en chair et en os, qui lui propose de l’amener jusqu’à sa maman. Elle n’a pas vraiment confiance, mais se laisse quand même guider. La voici plongée dans un univers fantastique, entre rêve et cauchemar, où elle ne sait plus qui croire et écouter…
A l’image de sa couverture, les monstres de Mayuko est une bande dessinée au dessin sublime et à la mise en couleur aussi étrange qu’envoûtante, très poétique. C’est une balade, une rêverie, peuplée de yokaïs, un instant suspendu et surprenant.
Inio Asano est un mangaka incroyable, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler pour La fin du monde, avant le lever du jour, un recueil d’histoires courtes. Dans chacun de ses titres, il raconte la vie ordinaire avec une délicatesse, une pudeur, un humour souvent noir, mais également une humanité qui prennent aux tripes, et laissent à chaque fois sur le carreau.
Au premier regard, les oeuvres d’Inio Asano ont l’air crues, plutôt trash, et signées par un dépressif. Tout est moche, la vie est injuste, et la nature humaine n’est pas très belle à voir. Mais très vite on se rend compte que c’est tout le contraire. Les histoires que racontent Inio Asano sont comme une petite fleur au milieu d’une décharge. De la beauté, de la poésie, au milieu du chaos.
Après plusieurs titres très ancrés dans le réel, ce nouveau manga, qui est cette fois-ci une série, peut surprendre. D’abord par son héros, que l’on découvre sur la couverture (très jolie au passage, comme souvent les titres de chez Kana sont également de beaux objets). Un espèce d’oiseau, au trait un peu tremblotant, et très naïf. Toute sa famille est comme ça, quand le reste du monde, lui, est tout a fait normal. Et ce n’est que le premier détail qui s’éloigne un peu de la réalité…
Et pourtant, Bonne nuit Punpun est la vie, la vraie. L’histoire d’un petit garçon comme tous les petits garçons. Il a une amoureuse, un peu étrange, une bande de copains, avec qui il entre petit à petit dans l’adolescence. Et puis un jour, suite à une violente dispute, son père envoie sa mère à l’hôpital. Le quotidien de Punpun en est forcément bouleversé. Son père est parti, sa mère se repose (et n’a pas l’air très pressée de retrouver son fils de toute façon), et c’est son oncle qui s’occupe de lui.
Il voit tout ça avec son regard d’enfant, sans trop comprendre ni d’ailleurs, oser poser de questions (et puis au final, personne n’y répondrait vraiment).
Bonne nuit Punpun est une merveille, où Inio Asano raconte avec le talent qui est le sien tout ce qui donne cette saveur si particulière à la vie. Les jolies moments comme les plus durs, l’amitié, l’amour, la peur, les sourires, et tous les petits détails qui font grandir.
A réserver sans doute à celles qui aiment les tranches de vie, les histoires du quotidien, mais qui, pour ma part, est un vrai coup de cœur.
S’il était possible de forcer les gens à lire un livre (même si ok, ça n’est pas très sympa sur le principe), pour ma part cela serait Yotsuba&. Pour la simple et bonne raison que cette délicieuse série manga est magique : elle rend les gens heureux.
Après les tomes 8 et 9, chroniqués par ici, voici donc venu le dixième tome (et ils sont aussi rares que précieux, donc je suis obligée d’en parler à chaque fois).
Yotsuba est une petite fille. Elle a des cheveux verts, une insatiable curiosité, et une imagination à toute épreuve. Son quotidien est fait de jolies découvertes et de petites joies, et c’est justement ce quotidien, raconté en petit sketch, que l’on découvre dans la série.
C’est un titre qui n’a aucune prétention, ne vous lance dans aucune grande histoire. C’est simplement le regard d’une enfant sur la vie de tous les jours. Un regard frais, qui s’émerveille d’un rien, et met de la magie dans une routine qui nous blase, adultes que nous somme.
On referme Yotsuba& avec la petite étincelle de joie qui nous manquait pour transformer notre train-train en une succession de petits moments délicieux. Quand je vous dit qu’il faut lire Yotsuba& ! (Par contre je décline toute responsabilité si vous vous mettez à glousser dans le bus et qu’on vous regarde bizarrement, voir si vous pleurez de rire devant l’élu de votre cœur, qui se demandera quelle drogue vous avez consommé, ça c’est l’effet Cartox, vous comprendrez).
Encore une petite splendeur de chez Métamorphose (à croire que les auteurs de la collection sont les vrais lutins du Père Noël, du genre à ne créer que des objets de désir à mettre sous le sapin)…
Aurore est une petite fille qui s’est réveillée sans plus se souvenir de rien. Vokko, un loup qui a une mission à lui confier, lui raconte qui elle est, d’où elle vient. Aurore est une petite fille issue d’une tribu très ancienne, qui aujourd’hui rencontre beaucoup de difficultés. La vie est difficile, et un nouveau drame vient de se produire. Un étrange ruisseau a traversé son village, la fillette et un de ses amis y ont touché…avant de se transformer en pierre.
Ses parents décident alors de remonter le cours d’eau pour sauver leur fille. De son côté, elle, a donc quelque chose à faire. Vokko a en effet été chargé par la Sage du village d’aider Aurore à écrire une chanson. Une chanson pleine d’espoir, qui redonnera le souffle qui manque à son peuple.
Mais qu’écrire quand on ne se souvient de rien ? quand on ne ressent aucune émotion ?
Alors Vokko va essayer de raconter, et de montrer à Aurore ce qui fait l’essence de sa tribu…et à elle de se débrouiller avec ça.
Aurore, donc, c’est le nouveau petit bijou d’Enrique Fernandez (que l’on a déjà pu découvrir sur d’autres titres, notamment une superbe adaptation du Magicien d’Oz, ou encore l’Ile sans Sourire). C’est un conte plein de poésie, d’humour et de jolies choses.
Le dessin est absolument sublime (on en a un aperçu dès la couverture), les couleurs tout autant…Chaque case est un vrai plaisir pour l’œil, on s’y perd avec délice. L’univers qu’il a créé ici est beau et touchant.
C’est une fable sur l’homme, sa nature profonde. Sur l’espoir. Mais aussi sur notre rapport à la nature, où l’on prend bien volontiers, en oubliant parfois, peut-être même souvent, de rendre, voir simplement de remercier. Aurore est une petite fille au caractère bien trempé, qui doit réapprendre à être fière, à aimer, et à partager.
Une très très jolie bande dessinée.
Je suis toujours intriguée quand je vois un manga dans la sélection Angoulême (à propos, en attendant un vrai joli dossier, vous pouvez retrouver les chroniques d’une partie des titres de la sélection en cliquant sur la catégorie du même nom juste en haut de l’article).
Parce que, même si c’est bien dommage, il faut avouer que le manga souffre encore d’une mauvaise image en France, pour qui n’a jamais eu l’occasion ou la curiosité de s’y initier. ‘Pour les enfants’, ‘trop violent’, ‘ça ne parle que de fesse’ sont des phrases que j’entends encore régulièrement, et qui me donnent envie d’avaler des cure-dents. La réalité est bien sûr toute autre, et l’univers du manga est bien plus large.
Bref, cette petite parenthèse pour dire que les mangas sont rares dans la sélection, et que plus encore que pour les bd, ma curiosité est piquée. Pourquoi celui-là est pas un autre ?
Pour Bride Stories en tout cas, c’est l’occasion de découvrir une très très jolie série, passionnante et parfaitement documentée, le tout servi par un dessin sublime.
Bride Stories parle de femmes mariées (incroyable, vu le titre, je sais). Plus exactement, il a pour thème les épouses en Asie centrale, dans un passé pas si lointain.
Kaoru Mori, l’auteur, s’est déjà faite remarquée en France avec la série Emma, qui se déroulait dans l’Angleterre victorienne. Cette fois-ci, c’est la route de la Soie que l’on peut découvrir, à travers l’intimité de ces femmes.
Tout commence avec Amir, jeune fille de vingt ans, mariée à un jeune garçon de…douze ans. Et c’est ainsi que l’on découvre, tout en pudeur et sans aucun jugement, le quotidien d’une famille, à travers la jeune fille. Les discussions entre femmes, les broderies, les traditions ancestrales, la cuisine. La place de l’homme et de la femme dans cette culture que l’on connait peu. D’ailleurs, on peut même découvrir à quel point les mœurs changent, d’un clan à l’autre. Ainsi Amir, issue d’une famille de nomade, est très douée pour la chasse et surprend tout son monde par ses prises incroyables.
Petit à petit au fil de la série, on suivra différent personnages, on voyagera. L’occasion de rencontrer d’autres personnages, d’autres histoires. Des destins parfois très tristes ou bien très beau.
Bride Stories, donc, est passionnant. L’auteur n’a aucunement la prétention de jouer les historiennes mais imagine simplement ce que pouvait être la vie de ces femmes et de leur entourage. L’occasion de découvrir pleins de petits détails, mais aussi de s’interroger sur nos propres coutumes, notre rapport à la famille…
Comme dit plus haut, le dessin de Kaoru Mori est superbe, et riches d’une multitude de petits détails. Les tenues, par exemple, sont un vrai délice pour les yeux. L’histoire, elle, est douce et calme, pleine de petits bonheurs et de simplicité.
Un petit régal, à découvrir !
Une petite note pour annoncer la sortie du tome 4 de Princesse Sara, la très jolie série adaptée du roman du même nom, dans un style steampunk/victorien (tout un programme, mais le mélange fonctionne à merveille, les robots apportent une touche originale l’univers, qui est tout bonnement sublime, magnifié par un très beau dessin et de superbes couleurs). Les chroniques du tome 1 et du tome 2 en diront un peu plus, je pense.
Ce quatrième tome est donc la fin de l’histoire originale, et peut servir de conclusion à qui voudra terminer la série. Cependant, les auteurs concoctent d’ors et déjà un second cycle, où l’on suivra une Sara devenant adulte…Bref, une jolie occasion de retrouver cette héroïne, et de voyager avec elle.
Mais pour en revenir à cette sortie, ce tome 4 est, une fois encore, une réussite et un réel plaisir à lire (oui parfois, les fins gâchent tout, là ça n’est clairement pas le cas).

