Ah, Enrique Fernandez… Après l’Île sans Sourire et Aurore, voici une nouvelle preuve qu’il sait aussi bien raconter les histoires que les dessiner. Un trait superbe et reconnaissable au premier coup d’œil, et un vrai talent de conteur.
Il revient donc avec Les Contes de l’ère du Cobra. Une histoire inspirée de mille contes, une aventure qui mêle humour et drame, violence et légèreté, un peu coquine parfois, où l’amour et le bonheur devront lutter pour gagner contre la cruauté et la quête de pouvoir. On y croise les Mille et une Nuits, mais bien d’autres récits encore, chuchotés à travers le monde…
Irvi et Sian s’aiment, mais le destin les force à se séparer. La douleur assombrit le cœur d’Irvi, qui se transforme en un tueur sanguinaire et mélancolique. Mais sa puissance sert les desseins de celui qui deviendra le Cobra, un homme en réalité bien malheureux qui estime qu’on doit l’aimer pour sa grandeur et non pour sa personnalité.
Plus le temps passe et plus l’histoire est triste, à croire que le bonheur a décidé de s’enfuir. Mais il est parfois des rencontres qui changent tout, et font renaître une flamme au milieu des cendres…
Les amatrices de contes seront charmées par cette bande dessinée, dont l’histoire envoûtante alterne entre aventure, combats et légèreté. Des personnages hauts en couleurs, des amitiés improbables, et des méchants qui finalement sont bien à plaindre, tant ils sont seuls. Et puis l’Amour, le Grand Amour, qui connaît bien des obstacles mais qui jamais ne s’éteint.
Le tout servi par le dessin somptueux et la mise en couleur magique d’Enrique Fernandez. C’est à la fois un voyage et un feu d’artifice. Un véritable bijou ciselé avec tout le talent d’un auteur à (re)découvrir…
Il est de retour ! Et la nouvelle va, je pense, faire des heureuses. La version papier des aventures du chat crétin voit son troisième tome paraître pour les fêtes.
Et il n’est pas seul ! Son maitre a décidé de lui » »offrir » » un compagnon (façon de parler, vu qu’il n’a clairement rien demandé). Le foyer accueille donc… une adorable petite boule de poil (ou un suppôt de Satan, c’est selon les points de vue) : un chaton.
On a quasiment tous expérimenté ce moment où l’on introduit à la maison ce petit être adorable et délicieux, à la tête mignonnement disproportionnée et au pelage si doux. On voudrait le garder toujours avec soi, qu’il ne grandisse jamais et le couvrir de câlins pour toute la vie. Et puis ce petit ange dévoile sa vraie personnalité, et même s’il est microscopique, l’éventail du possible de ses conneries semble un puits sans fond.
Il bousille le papier peint, transformant la déco en un espèce de concept néo-punk, fait ses griffes – forcément – sur le meuble qu’on préfère, et est capable de trucs bien plus retords encore (comme découper les fils d’écouteurs en tous petits morceaux et les disperser partout dans l’appart).
Bref, si déjà pour nous l’arrivée de ce nouvel être est usant pour les nerfs (mais on lui pardonne à chaque fois parce qu’il est trop choupinou, et que nous sommes faibles), imaginez un peu ce que va devenir le quotidien du chat déjà bien installé à la maison, et qui a acquis suffisamment de sagesse pour préférer les longues siestes aux courses effrénées (ce qui ne l’empêche pas, bien entendu, de créer maintes et maintes catastrophes, ce qui est d’ailleurs le contenu des deux premier opus des aventures de notre héros).
Le chat va devoir cohabiter avec cet être microscopique et infernal, et en plus, lui se contrefiche de sa mignonnerie. Fini les siestes, fini la quiétude, fini les petits coups en douce. Maintenant il faut partager ses croquettes, et subir régulièrement le courroux du maître pour les bêtises du nain, qui est bien entendu bien trop adorablichou pour avoir vidé toute la poubelle et répandu son contenu dans la cuisine.
Mais ne vous inquiétez pas, si ce tome 3 de Simon’s Cat commence comme un drame, il est rempli d’amour, de transmission d’expérience et de hérissons.
D’abord scènettes hilarantes sur internet (et succès mondial), Simon’s Cat trouve un vrai intérêt en livre également. Épuré, simple, mais très drôle, Simon’s Cat est plein de tout ce qui fait qu’on aime les chats. Parce qu’ils sont vraiment trop mignons, mais surtout, complètement crétins et imprévisibles.
Peut-être connais-tu déjà le travail de Lilidoll. De mon côté, je croise souvent ses illustrations, et je me retrouve à chaque fois avec des étoiles pleins les yeux. Elle a un univers bien à elle, plein de jolies filles, d’une nature pétillante et d’animaux mignons. Pourtant, dans Milky, livre pour lequel elle a eu carte blanche et publié sur le label VenusDea (comme le merveilleux Sabine par exemple), Lilidoll nous propose un univers toujours aussi beau, mais plus sombre et mystérieux…
Milky est une promenade, une visite guidée d’un monde enchanté mais aussi terrifiant, parfois. Le mignon se mêle au cruel, le kawaïï au sanguinolent. Pourtant, toujours, on retrouve la douceur et la poésie qui émanent de tout le travail de Lilidoll.
Milky, à la lecture, donne l’impression d’une balade au fil de l’eau, où l’on se laisserait porter, à la fois rêveuse et captivée par ce qui nous entoure. Ce n’est pas une bande dessinée mais un livre illustré, où les textes (que l’on peut lire, sur chaque page, en français ou en anglais, le label VenusDea étant international) se fondent dans les superbes illustrations et laissent la part belle aux songes…
Un vrai coup de cœur que ce joli livre, doux et poétique, mais aussi surprenant, et pleins de petits frissons, et j’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à l’adorable auteure…Je la laisse donc vous en dire plus…
Qui est Lilidoll ? Pouvez-vous vous présenter pour celles qui ne vous connaitraient pas encore ?
Bonjour Madmoizelle,
Je m’appelle Lilidoll, je vis et travaille à Nantes depuis 3 ans.
Je suis illustratrice freelance pour la presse, l’édition de livre, la publicité, la papeterie et le design d’objet de décoration.
J’ai toujours aimé le dessin, et les arts en général.
Mais l’envie d’en faire ma profession est venue sur le tard, et je me suis orientée vers le dessin après un baccalauréat général.
J’ai commencé par un BTS de Communication Visuelle (graphisme, publicité et design éditorial).
Ensuite, comme je voulais m’orienter plus précisément vers le dessin, j’ai rejoint l’école de bande-dessinée d’Angoulême (EESI).
L’école de BD est un lieu très vivant et dynamique, j’y ai fait de belles rencontres qui ont marqué mon travail actuel de manière très profonde.
C’est là que j’ai commencé à travailler en tant qu’illustratrice freelance.
Après mon diplôme, je suis restée trois ans à Angoulême, en résidence d’artiste à la Maison des Auteurs (MDA) pour travailler sur mes projets.
J’ai ensuite emménagé à Nantes, où avec mon ami nous avons rejoint l’atelier « La Baie Noire », qui regroupe des artistes nantais.
Comment est né Milky ?
Il y a plusieurs années, Barbara Canepa m’a proposé de faire un projet pour le label Venusdea, qu’elle commencait tout juste à mettre en place, aux cotés de Clotilde Vu.
J’avais rencontré Barbara Canepa pendant mes études, à Angoulême, lors du festival BD.
Elle s’intéressait beaucoup à tout ce qui se faisait en marge du festival.
A ce moment-là, nous organisions des expositions avec un groupe d’amis, et nous réalisions des fanzines et des revues de bande dessinée qui sortaient pour le festival (Chococreed…).
Barbara et Clotilde m’ont donné carte blanche pour un projet, cette confiance m’a beaucoup touchée.
Le plus délicat a été de cerner ce que je souhaitait dessiner.
MILKY était l’occasion rêvée d’explorer mon travail de manière plus intime, et de trouver de nouvelles directions.
J’ai pu remettre en question mes acquis graphiques, car je travaillais déjà depuis un moment, mais dans une direction plus ronde et enfantine.
J’avais envie d’aller à la rencontre d’un autre univers, et de voir ce qu’il en sortirait.
Je me rends compte finalement que ces deux directions de travail (jeunesse et plus adulte) se mélangent dans MILKY.
Ce n’est pas un livre destiné aux enfants, mais on y retrouve des éléments proches du conte, et une certaine candeur.
Comment raconteriez-vous votre livre à quelqu’un qui ne l’a pas encore ouvert ?
L’histoire de MILKY peut se présenter comme la découverte d’un nouveau monde, c’est une promenade dans des lieux fantasmés, où l’ombre et la lumière cohabitent en douceur.
Je souhaitais mettre en place un petit monde inventé, pour le développer de manière libre et joyeuse.
Le personnage de Milky est le fil directeur de cet endroit que l’on imagine plus complexe.
En la suivant dans son parcours, on va au devant de cet univers, pour le découvrir de l’intérieur.
Lorsque je rencontre les lecteurs autour du livre, je suis agréablement touchée par les réactions, je crois que chacun aborde le livre d’une manière différente, selon son vécu ou ses goûts personnels, et cela me plaît beaucoup ![]()
Je voulais que l’univers de Milky pousse à rêver, et à lâcher prise avec la réalité.
Comment s’est déroulée la création du livre ?
Le projet s’est monté petit à petit, il a évolué sur la longueur.
Je l’ai laissé mûrir un long moment, tout en travaillant sur d’autres projets.
Au départ, j’ai montré à Barbara Canepa et Clotilde Vu des recherches graphiques, dont le personnage principal, pour définir une direction de travail, et quelques éléments narratifs.
Elles m’ont fait confiance pour la suite.
Le projet a beaucoup changé entre temps, mais j’ai toujours gardé ces dessins préparatoires en tête lors de la réalisation.
Ils ont été le fil directeur de mon travail.
Pour l’histoire, j’ai défini à l’avance les univers dans lesquels je voulais que les personnages évoluent et les rencontres que je voulais déclencher..
Le texte et l’image se sont enrichis durant le projet, car je ne souhaitais pas travailler dans une forme trop rigide.
Quelles ont été vos influences, qu’est ce qui vous a inspirée pour créer cet univers ?
Il y a beaucoup de choses qui m’inspirent, autant dans la vie de tout les jours que dans les arts.
Il y a des moments que je trouve magiques dans le quotidien, et qui vont me marquer durablement, et imprégner mon travail.
Je suis une grosse lectrice, de tout type de littérature, et je vais beaucoup au cinéma, ou voir des concerts, des expos…
La musique m’apaise, elle a une très grande importance dans la genèse de mes images.
Avez-vous lu récemment un livre ou une bande dessinée qui vous a particulièrement marquée ?
Sans réfléchir, mon dernier coups de coeur BD serait « Les Derniers jours D’un Immortel » de Vehlmann et Bonneval. J’ai adoré « Fables Nautiques » de Marine Blandin aussi, vraiment superbe, un vrai coup de coeur ! Et je viens de lire « Polina » de Bastien Vivès, j’ai bien aimé.
Quels sont vos prochains projets ?
J’ai commencé une adaptation littéraire pour la collection Métamorphose, qui sortira en 2012.
Il s’agit d’un texte qui a beaucoup marqué mon enfance, et que j’ai toujours rêvé d’illustrer.
J’ai hâte d’en donner ma vision, et de le partager avec les lecteurs !
Il y aussi un projet de livre pour enfant en route, j’en suis à la phase d’écriture actuellement et j’espère qu’il prendra forme l’année prochaine.
Conjointement à mes projets d’édition, je travaille pour une grande marque de parfum depuis décembre dernier, sur un projet de longue haleine, qui sortira en 2013.
Je me suis remise à la presse jeunesse aussi, car cela me manquait de travailler pour les enfants.
Et je prépare une nouvelle collaboration en papeterie et objets de décoration pour 2012-2013, ainsi qu’un nouveau projet de t-shirt, que j’aimerais (enfin) concrétiser cet été.
Je continuerai à participer à des expositions aussi, collectives ou personnelles (autour de MILKY) à partir de novembre prochain,
j’en reparlerai sur mon blog le moment venu !
Book : http://lilidoll.ultra-book.com/
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Blog : http://lilidoll-minidoll.blogspot.com/
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Atelier : http://www.labaienoire.net/
Comme ses grands frères il est beau, il rutile, il fait briller les yeux. Le cinquième numéro de l’artbook de la communauté CFSL est arrivé. On t’en parlait déjà à l’occasion de la sortie du 4, et je ne résiste pas à te prévenir de cette nouvelle parution.
L’artbook Café Salé, c’est l’impression d’être devant une expo géante et superbe, mais de son canapé. La qualité des illustrations, le papier, le raffinement de la mise en page, tout est beau, le regard s’affole, veut en même temps en voir plus et s’arrêter sur chaque détail…
Ce livre, comme les précédents, regroupe le meilleur de ce que les membres ont pu poster sur le forum CFSL (tous des artistes francophones). Il y a des artistes de renom et des inconnus de talent, de la fantasy, du comics, des paysages, des scènes du quotidien, de la couleur et du noir et blanc, des styles différents mais qui tous interpellent. Qui que l’on soit, en ouvrant ses pages, on est happés, séduits, émus.
Les artbooks Café Salé sont beaux, très beaux, et ça fait du bien…
Il est de ces livres qui bouleversent. Un peu à la lecture, mais de manière encore plus forte, une fois refermé. Sabine m’a fait cet effet-là. Me fait même, car il est loin d’avoir fini de me remuer…
Deux enfants et une jeune fille décident de partir de leur village à la mort de Grand-Mère l’Autre, doyenne du village. Ils veulent aller découvrir Sabine, la ville dont leur aïeule était originaire. C’est le début d’un long voyage, pendant lequel ils feront de nombreuses rencontres, et grandiront, sans même tout à fait s’en rendre compte.
Sabine est un livre qui n’a pas de frontière, pas de carcan. Il mêle les genres, les lieux, les gens. Parfois bande-dessinée parfois livre illustré, Sabine nous étourdit et nous happe en même temps. L’âme de Sabine est ancrée dans la terre, mais laquelle ? C’est l’Afrique, l’Asie, l’Europe aussi, partout ou bien nulle part. C’est un livre avec des histoires dans l’histoire. Qui semblent éparpillées mais forment finalement un chemin, un voyage.
C’est comme si la Terre nous racontait une histoire.
Tu l’auras compris, Sabine m’a émue, pris aux tripes et au cœur. Le dessin sublime et hallucinant de Maya Mihindou m’a happé le regard et reste tatoué sur ma rétine. Chacun de ses dessins comptent mille détails dont la beauté coupe le souffle. Ses couleurs les magnifient encore. Et ses mots…ses mots sont si beaux, doux et forts, d’une poésie sans fioriture.
L’univers de Maya Mihindou, dans lequel on entre de plein fouet dès la première page, m’a complètement bouleversée. Son livre est peuplé de ses songes, de ses voyages, de ses lectures. Il grandit et évolue au fil des pages. Cette émotion indescriptible que j’ai ressentie face à son trait a continué lorsque j’ai découvert son blog (jamais je n’aurais cru me retrouver gorge nouée et larmes aux yeux devant un blog, tiens…).
Bref, je ne saurais que recommander très chaudement cette promenade vers Sabine, et je laisse maintenant la parole à l’auteure, qui a très gentiment répondu à mes questions…
Maya Mihindou, l’interview
- Maya Mihindou, qui se cache derrière votre si beau nom ?
C’est une bonne question ! je la cherche encore, celle qui se cache derrière.
Pour l’instant, une illustratrice de 26 ans, née au Gabon, vivant à Paris, mais cherchant continuellement un moyen d’en partir..
- Peux-tu nous raconter Sabine, en quelques mots ?
Sabine est un conte. Un conte sous forme de «road trip», qui contient d’autres contes racontant l’histoire du périple de trois jeunes gens qui décident de partir de leur village suite à la mort de leur doyenne, pour rejoindre la ville de Sabine dont ils ne connaissent rien. Ils bravent fleuves, forêts et désert. Sur le chemin, des rencontres d’enfants en exil, qui les guideront jusqu’à leur destination..
Avec en fond cette musique qui taraude les humains de tout poil, ce «qui suis-je, quand autour de moi certains s’en vont».

- Comment Sabine est-il (est-elle) né ?
Les personnages du livre sont nés d’une commande pour une petite exposition étudiante dont le thème était «la Paix». Vaste programme… celà avait donné les premières pages naïves et enfantines du livre. Et puis j’ai rencontré Barbara, puis Clotilde, qui m’ont accordé toute leur attention et leur confiance pour me permettre de faire ce livre en toute liberté, malgré le manque d’expérience professionnelle à l’époque.
- Comment s’est déroulé le travail autour de ce livre ?
J’avais l’idée d’un choc, d’un voyage, d’une quête. Au début, ils devaient partir retrouver un membre de leur famille. Et puis en avançant je me suis dit que ça n’avait pas tant d’importance, le «but» du voyage. L’intérêt, comme il est souvent dit, est aussi de se concentrer sur le chemin qui vous y mène.
Au départ, je pensais travailler comme je l’ai toujours fait en «dessin automatique» à partir d’une trame basique, en laissant les choses venir à moi sans les chercher. Ca permet de s’étonner un peu de sculpter ses propres symboles. Mais en fait sur 150 pages ce n’est simplement pas gérable de raconter ainsi une histoire, sans «squelette» au minimum. J’ai donc travaillé à partir d’un story board assez maléable.
J’avais donc un squelette un peu ivre pour point de départ, me laissant la liberté d’exploiter le hasard. L’histoire s’est véritablement construite au fur et à mesure de mes rencontres et déambulations personnelles. Certaines pages de ce livre ont été dessinées au Japon, d’autres au Cameroun, il a bougé avec moi, il a changé avec moi.
- Où puise-tu ton inspiration ?
Pour ce livre, dans l’enfance beaucoup. Avec ce que celà comprend «d’idéalisation» et «mythologisation» de l’enfance. Ca, c’est le début du livre. L’enfance douce/amère, calfeutrée.
La narration première du livre, je la pensais «orale», à l’image des contes africains. Cela a doucement muté car il fallait que cela reste lisible et abordable pour tout lecteur..mais je crois qu’il en reste quelque chose.
Mon compagnon, Franz-Olivier Seewald, m’a ainsi aidé sur les textes des contes. L’un d’eux est d’ailleurs essentiellement écrit par lui, l’histoire de Timothë et Essi le singe.
Le fait d’avoir voyagé en faisait ce livre y a glissé tout un tas de ressentis relatifs au monde.
Ainsi, il y’a un peu de l’Afrique de mon enfance, de l’Asie aussi. Il y’a aussi un malaise du à la conscience de voir le monde en pleine métamorphose, d’être à un tournant de l’histoire et des relations entre les hommes, sans savoir vraiment ce que cela donnera.
On parle beaucoup de choc de civilisations, alors que ce «choc» s’est fait il y’a longtemps maintenant. On parle de choc parce qu’aujourd’hui, dans notre Europe d’européens qui ont le sentiment luxueux d’un monde «sans frontière», il y’a aussi des personnes qui elles, se cognent précisemment à nos frontières. De quel choc parle t’on ? ce n’est rien d’autre qu’un résidu de l’histoire, un phénomène naturel. Le voyage m’a fait comprendre l’exil.
D’où la ville magnifiée dans mon livre, et fermée. Parce-que les villes du monde ont toute une forme d’insolence.
Et puis dans la réalité il y’a Ceuta, Melilla, ce filtre de l’Afrique et l’Europe. Il y’a le mur Palestinien. Il y’a le mur entre les Etats-Unis et le Mexique, et d’autres encore.
Mais Sabine se veut intemporel, imprécis. Pas de lieux, pas de «races». Un ressenti.
- Sabine, c’est l’histoire d’un voyage. J’ai lu dans ta biographie que tu avais beaucoup voyagé. Quels sont les lieux, les rencontres, qui t’ont le plus marquée ?
Ces dernières années, j’ai découvert l’Asie. L’Asie du Sud-Est d’abord, et cela a été un choc fort. Je crois que mes pas m’y mèneront toujours à présent. Et puis j’ai vécu quelques mois à Tokyo, rien à voir avec l’Asie du Sud-est bien entendu, et cela a été un régal..Puis plus tard, un bout de l’immense Chine.
Le fait que ce soit des pays avec lesquels nous avons des liens historiques plus diffus, qui soient si loin de notre éducation et de notre histoire, rend la découverte naïve et «pleine». J’ai beaucoup appris sur la relativité du questionnement identitaire et du rapport au passé, et sur les valeurs qui étaient les miennes. J’ai découvert que j’étais aussi française, alors qu’en France je me dis «métis gabonaise».
Mais le Cambodge est un pays qui laisse une empreinte forte chez toute personne qui y passe.
Je suis aussi retournée durant ces années sur les pas de mon enfance en Afrique centrale, au Gabon et au Cameroun, où j’ai encore ma famille. C’était encore autre chose, car mes liens de métis avec ces pays sont plus organiques et culturels.
Et puis j’ai découvert le Burundi, avec mon compagnon…
Pour répondre à ta question, je citerai donc le Cambodge et le Burundi, car ces deux pays ont tout deux une histoire récente forte et tragique à laquelle on ne peut les réduire pour autant (le règne tâché de sang des Khmers rouges pour le Cambodge, la guerre civile de 13 ans opposant ethnies Hutu et Tutsi au Burundi comme au Rwanda), et une population accueillante, humble et,remarquable, qui vit avec ces cicatrices là.
Cela m’a beaucoup secouée et déconstruit tout un tas de préjugés que l’on peut avoir par ignorance et par peur (les deux vont ensemble). Cela, évidemment, a fait grandir aussi mon ignorance d’une certaine façon. Puisque chaque rencontre laisse voir la perspective plus large encore, en étant confrontée aux préoccupations d’autres Hommes. Et les rencontres éphémères de ces voyages m’ont un peu plus ancrée dans le réel. Le monde est tellement plus complexe et fascinant que ce que l’on nous en montre par de petites lucarnes..mais je n’apprends rien, en disant cela.
- Quels sont les artistes qui te touchent le plus ? Dont tu te sens proches ?
Desquels je me sens proche?
En premier, je vais répondre Frida Kahlo. Son oeuvre est indémélable de sa vie et de la femme qu’elle fut. Et chez elle tout me passionne; elle a été l’une des premières femme artiste à retranscrire ce qui vient de l’intérieur, du sang à la terre. Elle ne regarde pas vers le ciel. Sinon, Alfred Kubin, Odilon Redon, Schiele, Gauguin
.
Dans la BD, peu finalement car je n’en lis pas beaucoup. Je suis revenue à des vieux amours, ces temps-ci. Moebius, parce qu’il donne un sens au support de la BD. Parce qu’il est sans frontière aussi, un peu, dans son dessin et dans les différentes strates de son esprit !
Et Taiyou Matsumoto.
Dernièrement, j’ai adoré le «Jolies ténèbres» du duo Kerascoët. Et plus récemment, «Nana Huxe» du copain Jérémie Labsolu qui m’a bien filé la pêche.
Mes influences sont plutôt dans les illustrateurs, côté japonais je citerai Aquirax Uno, Aya Takano, Takato Yamamoto, Ueda Fuko. Que des personnes mêlant esthétisme fort et malaise violent..
Sinon, autour de moi, je crois être touchée par nombre d’artistes dessinateurs (et écrivains) que je connais. Et c’est justement la possibilité de pouvoir faire le pont entre les personnes et leur travail qui est très fort, aussi. La cohérence de l’être et de ce qu’il exprime, d’où il vient, vers où tend-il…Je citerai, pour exemple Véronique Meignaud, et aussi David Popcube avec qui j’ai eu l’occasion de travailler un peu.
- As-tu lu un livre ou une bd récemment qui t’a particulièrement marquée ?
Le bleu est une couleur chaude, de Julie Maroh. Et puis «Nana Huxe» cité plus haut. Mais comme je disais, je lis trop peu de BD…
- Quels sont tes prochains projets ?
Dans les mois qui viennent, quelques expos autour du livre, notamment à Aix en Avril.
Un livre à paraître chez un petit éditeur italien en Juin, assez différent de ce que je fais puisque ce sera d’avantage sous la forme du carnet de voyage, sur le temps passé autour de la frontière entre l’Espagne et le Maroc, qui est aussi la frontière «physique» entre l’Europe et l’Afrique.
Et puis deux ouvrages en collaboration avec deux jeunes femmes, en microédition.
L’un sous forme d’entretien et de discussions avec une jeune tatoueuse, photographe, modèle, lesbienne, polyamoureuse, pansexuelle et végétarienne par dessus le marché, répondant au doux prénom de Dwam. On y parlera d’amours. On espère le terminer pour Juin aussi !
L’autre livre sera un recueil de poésie illustré sur la non-maternité, avec la poète Patricia Grange, pour septembre. Ca c’est pour l’année 2011.
J’ai aussi des envies de BD un peu plus «carrée», envie de cases et de cadres, étrangement.
Et à plus long terme, des livres pour enfants, en collaboration avec des conteurs africain, pour réussir à garder un peu d’oralité et de musique sur le papier

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Un immense merci à Maya pour sa gentillesse et sa disponibilité, et pour ce si beau livre, aussi.
CFSL, je t’en parlais là, est un très beau forum collaboratif, qui est ensuite devenu une maison d’éditions géniale, en plus. Il y a les artbooks CFSL, pour s’en prendre pleins les mirettes, il y a les carnets de la Grenouille Noire, et puis désormais il y a Brume. Un très beau collectif, sur l’environnement.
D’abord, il y a eu un appel à candidature sur Café Salé, proposant à qui le voulait de proposer une bd assez courte, sur ce thème. Puis ils ont fait une sélection dans les dossiers proposés, pour finir avec ce Brume, regroupant 19 histoires. Il y en a pour tous les styles, et c’est encore une fois une très belle preuve de la diversité des talents de la communauté. Il y a des histoires plutôt jeunesses, d’autres sombres et violentes. C’est en même temps un message alarmant, mais d’espoir aussi, triste et poétique.
Et sur chaque titre vendu, 1€ est reversé a LPO (la ligue pour la protection des oiseaux).
Voici, indéniablement, l’un de mes coups de foudre de cette fin d’année. Publié chez Blackberry, forcément, ce livre illustré est une petite merveille, à commander sans se poser de question au Père Noël.
C’est en même temps une fable, et une histoire vraie. Une histoire d’amour et de passion, pleine de froufrous et de délicatesse.
Inspiré de l’histoire aussi vraie que tragique d’Emma Livry, une danseuse incroyablement talentueuse, qui périt après avoir brûlé vive sur scène, la Danseuse Papillon raconte l’histoire d’un petit papillon de nuit, qui rêvait de lumière et tomba amoureuse…
Les illustrations sublimes de Luky répondent aux textes pleins de poésies d’Audrey Alwett, et vice-versa, dans un ballet étourdissant et émouvant. Sincèrement, tout est tellement beau, dans ce livre, qu’en dire trop ce serait comme gâcher le plaisir.
Tout ici est tristesse et nostalgie, et pourtant, la magie et la beauté, distillées aux creux de ces pages, font de la Danseuse Papillon le plus beau des hommages, à une étoile bien trop méconnue.
Petit plus pour les amatrices d’histoires vraies, et de danse, à la fin de l’ouvrage on trouve tout un livret, très bien documenté, réunissant coupure de presses de l’époque, biographies et lexique.
Une vraie plongée dans le monde secret de l’opéra, dans l’intimité chuchotée d’une toute jeune fille qui devint, l’espace d’un instant, un merveilleux papillon.
Pour finir de vous mettre l’eau à la bouche, ce très beau trailer, comme une plongée dans ce si beau livre…
Je ne sais pas s’il y a du monde à lire ce blog sans lire Madmoizelle (ça serait sans doute présomptueux de ma part de le penser). Mais au cas où, je tiens juste à vous dire que j’ai eu la chance de réaliser deux interviews de deux artistes de talents. Nicoletta Ceccoli à l’occasion de la sortie de son artbook, et Manuel Arenas, pour parler de Yaxin, une bd sublime. Belle lecture
Tu connais peut-être déjà Maliki et son blog, où la jeune demoiselle aux cheveux roses, ses deux chats et ses potes, évoluent au rythme d’un strip par semaine. Le succès de l’héroïne n’est plus à faire, et des milliers de fans suivent fiévreusement ses aventures, dessinées avec talent et humour par Souillon.
C’est déjà le tome 4 qui sort, une compilation du meilleur du blog, mais aussi des inédits, des fan art, des illustrations, etc. Un vrai joli objet qu’on lit en rigolant (souvent) mais aussi en étant parfois surprise ou émue. En effet la vie de Maliki n’est pas qu’une suite de gag cartoonesque, et l’auteur évoque ici son enfance et ses souvenirs…
Le dessin est toujours au top, les chats sont toujours aussi délicieusement crétins, et on retrouve avec un immense plaisir la joyeuse bande. C’est le genre de bd qu’il fait bon avoir dans sa bibliothèque, et qu’on peut offrir les yeux fermés aux potes (surtout s’ils aiment les chats, les vikings et les jeux vidéos).
Et, petite surprise bonus, le premier anime Maliki !






