Posts Tagged ‘Histoire’

Heavy Metal, la Guerre de Cent Ans à la sauce Loïc Sécheresse

29 mai 2013  |  Coups de coeur

Loïc Sécheresse est un dessinateur aussi drôle que talentueux, dont vous connaissez sans doute le blog trash et hilarant Gauchiste contrarié, plus trop mis à jour ces derniers mois, mais qui était vraiment salvateur pendant la campagne présidentielle l’an dernier. Vous avez aussi peut-être croisé son dessin sur la couverture du livre de Fab : Futur papa ! Cette illustration est issue du regretté Tozoïd et Vula où Stéphane Melchior-Durand et Loïc Sécheresse racontaient les folles aventures d’un ovule et d’un spermatozoïde. Chez Gallimard, dans la collection Bayou, où parait ce mois-ci Heavy Metal, Loïc Sécheresse a également dessiné Raiden et Raiju (toujours scénarisés par Stéphane Melchior-Durand).

Il revient donc cette fois-ci, seul maitre à bord, pour Heavy Metal, une bd historique complètement survoltée, hilarante, et explosive.

Etienne de Vignolle, dit La Hire, n’est pas seulement le valet de cœur de nos jeux de cartes (on en apprend des choses avec Wikipedia), c’est d’abord un homme de guerre français, du XVème siècle. Après avoir passé une bonne partie de sa carrière à piller et incendier les villages aux mains de l’ennemi (nous sommes en pleine Guerre de Cent Ans, et certaines régions se sont alliées aux anglais), le voici qui rejoint la garde rapprochée de Jeanne d’Arc…Et s’il conserve sa valeur au combat, son côté rustre et sa tendance à copuler avec toute la gente féminine qu’il croise, que les demoiselles soient consentantes ou pas (le valet de cœur est vraiment un homme charmant), il ne se bat plus aujourd’hui que pour une chose : Jeanne. Hypnotisé par la Pucelle, jeune fille caractérielle et dévote, envoyée par Dieu pour faire gagner les français, il se plie à toutes ses prédictions, dézinguant les ennemis sur son passage. Malheureusement pour lui, sa passion pour la jeune femme n’est que le début de sa plongée dans la folie.

Si Loïc Sécheresse prend pas mal de distance avec la réalité historique, Heavy Metal nous transporte tout de même en pleine guerre, dans la violence des combats comme dans le calme des discussions tactiques. On suit un La Hire halluciné, obnubilé par une Jeanne d’Arc aussi courageuse qu’émotive, qui s’en remet toute à Dieu, mais n’a pas peur d’aller combattre les anglais. Le dessin de Loïc Sécheresse, reconnaissable entre mille, beau et débordant d’énergie, et la mise en couleur, superbe et presque psychédélique par moment, contribuent à donner l’impression qu’on a plongé l’Histoire de France dans un grand bain de substance hallucinogène.

Combats épiques, délires mystiques et dialogues hilarants, Heavy Metal est une bande dessinée jubilatoire comme on aimerait en lire plus souvent.

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Les Ombres du Styx tome 2

9 mai 2013  |  Coups de coeur

Les Ombres du Styx est un polar qui prend place pendant l’Antiquité, sous Septime Sévère.

Un tueur en série sème la terreur à Leptis Magna, cité impériale en Afrique du Nord. Il enlève des petits garçon, dont on retrouve le corps embaumé quelques jours plus tard. Ce rite funéraire donne les egyptiens pour responsables, et très vite les tensions entre les communautés s’accumulent. Dans le premier volume, on suivait Marcus, enquêteur délégué par l’Empereur, pour découvrir le meurtrier.

Dans ce deuxième tome (sur une série prévue en 3), Aquila, suspect dans le tome 1, revient pour Marcus sur des évènements similaires survenus 10 ans plus tôt, alors qu’il vivait à Rome. Là aussi les petits victimes de l’embaumeur s’accumulaient. Mais plus que cette histoire jamais élucidées, il raconte à l’enquêteur sa propre vie. Marié à une femme qu’il n’aimait pas mais avec qui il avait eu un fils, il vivait, en parallèle, une histoire d’amour passionnée avec Henouttanebet, une sublime égyptienne. Deux filles étaient nées de leur union. Si leur liaison n’était déjà pas bien vue, les soupçons pesant sur les égyptiens avaient rendu la situation invivable…

Ce deuxième opus est très dur, et je l’ai fini le cœur serré. Isabelle Dethan, déjà connue pour d’autres excellentes bd historiques (Sur les terres d’Horus, Kehti fils du Nil…) signe ici une bande dessinée qui allie un contexte très documenté et réaliste à une histoire sombre, et finalement très moderne. Car ce qui se déroule dans les Ombres du Styx pourrait tout autant avoir lieu de nos jours. On ne peut que penser aux actuelles tensions inter-communautaires, et prendre conscience qu’elles ont eu lieu tout au long de l’Histoire…

Le dessin est beau et fin, les couleurs pleines de lumière, et les décors sont rendus avec beaucoup de détails.

Si vous aimez l’Antiquité et les polars, vous ne pourrez qu’aimer cette trilogie originale et très prenante.

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Kids on the slope tome 1

6 mai 2013  |  Coups de coeur

Dans le Japon occupé de la fin des 60′s, Kaoru vient d’emménager dans une nouvelle ville. D’un naturel timide, il est habitué aux déménagements incessants et ne s’est jamais vraiment fait d’amis. Tout ce qu’il a trouvé pour s’évader, et se sentir bien, c’est de passer du temps sur les toits des écoles qu’il fréquente.

Malheureusement pour lui, quand il essaie d’accéder au toit de son nouvel établissement, un colosse garde l’accès…C’est Sentarô, un élève de sa classe turbulent et bagarreur. Exactement le genre de type que Kaoru fuit pour éviter les problèmes.

Lui qui voulait être transparent, va se retrouver à fréquenter Sentarô, mais aussi (et surtout sans doute) la jolie Ritsuko. A leur contact, il va découvrir une autre facette de la musique, qu’il pratique avec sérieux depuis des années. Car si Kaoru joue du classique au piano avec talent, Ritusko est la fille d’un disquaire, et Sentarô, lui, est un batteur passionné de jazz. Sans même qu’ils en aient vraiment conscience, c’est le début d’une amitié sur fond de notes de musiques…

Ce premier tome de Kids on the slope annonce une très très jolie série. C’est d’abord une histoire d’amitié, racontée avec finesse et sensibilité. Il y a ces deux garçons que tout oppose, mais que le destin semble avoir voulu rapprocher. Il y a Ritsuko aussi, l’amie d’enfance de Sentarô. Kaoru ne sait jamais sur quel pied danser avec elle. Est-elle comme ça avec tout le monde, ou la gentillesse qu’elle lui témoigne trahit-elle autre chose ? Et quelle est vraiment la nature de la relation qui unit les deux amis d’enfance  ?

Cette série est aussi l’occasion pour l’auteur de raconter un Japon en proie à de grands bouleversements sociaux par le prisme de ces adolescents encore insouciants, mais qui devront bientôt s’engager dans leur vie d’adulte. Et puis il y a bien sûr la musique, ce jazz tout droit venu des États-Unis, qu’à la première écoute certains voient comme des bruits bizarres, mais que Kaoru va apprendre à aimer passionnément.

Le dessin est simple mais très joli et plein de douceur, et l’histoire oscille entre humour et émotion. Un joli manga à la croisée des genres, qui séduira les passionné(e)s de musiques, de shojos, et celles et ceux qui s’intéressent à l’Histoire du Japon.

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Blackface Banjo

28 avril 2013  |  Coups de coeur, Mes incontournables

Frantz Duchazeau est un magicien. Feuilletez une de ses bd, vous y verrez un trait épuré, mais très beau. Commencez la lecture et là, la musique et les sons résonnent à vos oreilles, les images s’animent. Ça n’est plus une simple bande dessinée que vous lisez, vous regardez un carton des années 30. De la magie, je vous dis…

J’ai découvert le superbe dessin de Frantz Duchazeau avec Dieu qui pue, Dieu qui pète, avec Fabien Vehlmann. Les deux auteurs avaient mis en bd des petits contes africains, pour un résultat aussi beau que génial. Il m’a ensuite mis une des plus grosses claques de ma vie de lectrice avec Meteor Slim, l’histoire tragique et magnifique d’un aspirant bluesman. Il a réalisé, seul ou non, d’autres très belles bd, comme Gilgamesh ou les Jumeaux de Conoco Station.

Il revient ce mois-ci avec Blackface Banjo, un nouveau bijou dans la lignée de Meteor Slim

Le blackface est une forme théâtrale comique qui a connu un grand succès aux Etats-Unis au XIXème siècle, et  a perduré jusqu’à la moitié du XXème siècle. Des comédiens blancs se grimaient en noirs pour amuser le public avec des sketchs d’un goût plus que douteux (la communauté noire n’était pas la seule à être la cible du théâtre comique américain de l’époque, les juifs, les irlandais, les italiens et les allemands avaient eux aussi droits à leurs spectacles parodiques et racistes). C’est dans ce contexte que commence Blackface Banjo, alors que le Coon Coon Clan, un gang de criminels noirs, provoque des incendies lors de représentations de blackface.

Un jeune mendiant noir unijambiste danse sur sa jambe de bois en espérant tirer quelques piécettes de son spectacle. Il est remarqué par un vendeur ambulant qui l’embauche pour faire partie de sa troupe. Il s’y découvre un véritable don pour le banjo et devient dès lors Blackface Banjo. Mais la route vers le succès est longue, semée d’embuches et de déceptions…

Comme à chaque fois, Frantz Duchazeau nous emmène avec lui dans un univers que l’on connait peu, nous le rend familier en nous le montrant de l’intérieur, et nous bouleverse. Dans Blackface Banjo il est question d’amitié, d’amour, de racisme, de pauvreté et de gloire, et puis surtout de musique. Car la musique est partout dans ses bd, résonne à nos oreilles alors que l’on ne fait que lire. C’est une sensation assez dingue. Le dessin lui, est magnifique, très léger, simple, mais vivant. On a vraiment l’impression de voir les personnages se mettre à bouger, évoluer d’une case à l’autre, une simple expression sur un visage peut nous faire rire ou nous mettre les larmes aux yeux. Les dialogues sont d’ailleurs assez rares, mais les attitudes en disent bien plus long que des mots.

Le contexte choisi par l’auteur est dur, parfois violent. Pourtant, Frantz Duchazeau parvient à rendre sa bande dessinée très lumineuse, grâce à son héros, qui, même s’il est pauvre, noir et handicapé, à une époque où un seul de ces trois éléments suffirait à lui assurer une vie difficile, a envie de croire que le sort lui réserve un avenir meilleur.

Un livre magnifique, plein d’humour et de poésie, qui fait pleurer et rire, et qui reste en nous bien après l’avoir refermé…

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La Grande Evasion – Diên Biên Phu

25 avril 2013  |  Non classé

La série de one-shot La Grande Évasion chez Delcourt regroupe des histoires complètes en un tome dans des styles très différents les uns des autres, mais avec comme fil conducteur le thème de l’évasion. J’avais déjà chroniqué ici Void 01 (de la science fiction) et Fatman (un thriller), je vais cette fois-ci vous parler de Diên Biên Phu, qui est, comme on peut s’en douter, une bd historique.

1954, à Diên Biên Phu. Les militaires français sont encerclés par le Viêt-minh et leur sort parait scellé. D’après l’État Major, leur seul espoir de survie est la reddition. Mais une poignée de soldats, pour qui se rendre serait le plus grand des échecs après avoir tant enduré, décident de tenter le tout pour le tout, et de se sortir de cet enfer seuls. Une évasion où chaque pas cache un nouveau piège, et où la chance jouera à part égale avec leur courage pour assurer leur survie.

On suit ainsi le destin de plusieurs de ces soldats, leurs histoires respectives, et ce qui les maintient en vie. L’espoir de rentrer chez eux, de revoir leurs proches.

Raconter un fait historique en un seul volume pourrait vite virer à l’approximation, mais c’est ici un moment de l’Histoire assez court dans le temps qui nous est raconté. L’histoire est suffisamment documenté pour qu’on se plonge vraiment dans cette évasion. Les auteurs prennent d’abord le temps de mettre en relief les enjeux, mais aussi de nous éclairer sur la manière dont les soldats vivaient tout ça. Il y a ce jeune garçon qui voit tous les asiatiques avec mépris, qu’ils soient alliés ou ennemis, et les vétérans d’une autre grande Guerre qui savent parfois mieux, par la force des choses, que l’allié n’est pas celui qui nous ressemble le plus physiquement, et qu’il vaut mieux faire confiance aux compétences militaires de quelqu’un plutôt u’à son nom qui sonne bien français.

Un bon récit de guerre, bien mené, documenté, et avec un dessin classique mais réussi également.

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