Posts Tagged ‘Histoire’

Pawnee

19 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

Après Canoë Bay (sur un scénario de Tiburce Oger), et Frenchman, Daniel Maghen publie une nouvelle bande dessinée de Patrick Prugne, Pawnee. Suite imprévue de Frenchman, ce nouveau titre peut également se lire sans connaitre l’histoire précédente.

Nous sommes en 1811, dans le Mississipi. Les colons conquièrent petit à petit les territoires des indiens, au cours de combats sanglants. Les différentes tribus indiennes commencent à se rassembler pour tenter de résister face à l’ennemi. Une jeune française débarque sur le Nouveau Continent, dans l’espoir de retrouver son frère Alban et son fiancé Louis dont elle n’a plus aucune nouvelle. Dans le même temps, Alban quitte la tribu indienne où il vivait, décidé à rentrer auprès de sa famille, après avoir perdu l’espoir de retrouver Louis un jour.

A travers la route qu’empruntent chacun de leur côté le frère et la sœur, ce sont beaucoup des protagoniste de la grande Histoire qui nous sont présentés. Les tribus indiennes décidées à lutter, celles qui hésitent encore et aspirent simplement à vivre paisiblement, les troupes colonisatrices, les émigrants qui vivent dans une extrême pauvreté, les commerçants qui profitent de la situation… Ce récit nous fait croiser la route d’une foule de personnages, mais nous fait surtout vivre la situation de l’intérieur, et c’est réellement passionnant. On sent derrière chaque intrigue l’énorme travail de documentation de Patrick Pugne, tout comme dans les décors, vêtements, armements superbement rendues dans des illustrations à l’aquarelle où les personnages ne prennent jamais totalement le pas sur la splendeur des paysages.

Pawnee se révèle être une très belle bande dessinée d’aventure, bien écrite et superbement dessinée.

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Uriel Samuel Andrew

17 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

En 2007, 39 soldats américains rentrent d’une mission en Irak et sont accueillis en héros. Parmi eux il y a Uriel, qui retrouve sa fiancée, Samuel, qui rentre chez ses parents et Andrew qui est accueilli par sa sœur, qui s’est occupée de lui depuis la mort de leur parents. En ce jour de fête, deux soldats viennent annoncer à la famille d’Hill Turner qu’il ne reviendra jamais d’Irak.

Uriel, Samuel et Andrew retrouvent leur vie, leur quotidien. Si rien n’a vraiment changé pendant leur absence, en eux, rien n’est plus pareil. Le moindre bruit les fait sursauter, ils n’arrivent pas à trouver la motivation pour trouver du travail, ils ne parviennent pas plus à se confier à leur proches. Ils se sentent vides, et seuls. Quand ils se voient tous les trois ça va mieux. Pendant quelques instants ils peuvent rire, ne plus se sentir accablés des reproches des gens qui les aiment mais qui ne comprennent plus leur comportement. Sans se dire un mot ils savent que les autres vivent la même choses qu’eux, et savent aussi qu’ils faut qu’ils se soutiennent, qu’ils ne laissent pas l’un de leur camarade s’enfermer dans sa solitude.

Uriel semble reprendre sa vie en main, se marie, s’apprête à avoir un bébé et trouve même un travail. Les deux autres ont plus de mal, Andrew n’arrive pas à faire quoi que ce soit, et Samuel se met de plus en plus en danger. Pendant ce temps, la famille de Hill essaie de se reconstruire, sa veuve prend un deuxième travail pour payer les factures, et demande à son ainé de l’aider autant que possible.

Uriel Samuel Andrew (U.S.A.)est une bande dessinée forte, qui traite avec beaucoup de pudeur et de simplicité des dommages irréversibles causés par la guerre sur des hommes qui ne parviennent plus à trouver leur place. C’était presque plus facile quand leur seul objectif quotidien était de rester en vie. En parallèle de leur souffrance, on voit leurs proches qui sont à bout de patience, ne peuvent pas imaginer ce qui se passe dans leur tête, et ne savent pas non plus comment les aider.

Will Argunas signe ici un récit très puissant et nécessaire. Émouvant sans jamais tomber dans le larmoyant, intime sans être voyeuriste. Ses personnages sont vus comme des héros mais ne se sont jamais sentis aussi fragiles. Le dessin est dans un style réaliste, tout en noir et blanc. Will Argunas est notamment l’auteur dIn the name of et de l’adaptation de l’Homme Squelette.

Ce nouveau titre nous prend à la gorge de la première à la dernière case, jongle habilement entre mal-être et lueurs d’espoir, et continuera de nous habiter bien après l’avoir refermé…

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Dans un recoin de ce monde

3 septembre 2013  |  Coups de coeur, Manga

Rêveuse et maladroite, Suzu grandit dans le Japon des années 30, entourée de ses parents, de son grand frère et de sa petite sœur. Entre l’école et les corvées à la maison, elle prend parfois le temps de dessiner des paysages et des mangas pleins d’humour.

Quelques années plus tard, en 1944, elle quitte Hiroshima pour Kure, où se trouve une base militaire. Elle part épouser Shûsaku, qu’elle ne connait pas, et intègre par la même occasion le foyer de sa belle-famille. Malgré sa maladresse, elle travaille sans relâche pour aider aux tâches quotidiennes, et fait doucement la connaissance de son époux. Si elle s’applique chaque jour à faire de son mieux, le monde qui l’entoure part peu à peu en lambeaux. Le Japon est mis en difficulté par l’ennemi, et les bombardements s’intensifient, pendant que la nourriture ne s’achète plus qu’au marché noir.

Ce manga de Fumiyo Kouno, que l’on connait surtout pour Le Pays des cerisiers et Pour Sanpei, est d’une délicatesse rare. Si le titre prend place dans une période très dure de l’histoire du Japon, que l’auteure prend soin de nous montrer dans ses détails plutôt que de manière crue, ce qui fait la préciosité de ce titre, c’est la manière qu’a la mangaka de magnifier le quotidien.

Le récit est fait de petits instants de vie et de scénettes pleines d’humour qui rappellent parfois les strips américains de l’époque. On s’attache très vite à la jeune Suzu, qui essaie toujours de faire au mieux pour les autres, mais qui ne peut s’empêcher de laisser déborder ce qu’elle ressent au fond d’elle quand elle se retrouve seule.

Le dessin est rétro et très fin, proche de l’estampe. Par l’intermédiaire de Suzu et de son talent de dessinatrice, Fumiyo Kouno s’amuse à glisser parmi les cases des plans, des recettes, des courriers adressés à la famille de la jeune fille, qui rendent dynamique le récit, alors même que son rythme est très doux (c’est aussi étrange qu’agréable).

Dans un recoin de ce monde a la douceur et la poésie que renferme déjà son titre. Un très joli manga, agréable comme une jolie promenade et tendre comme l’éclosion de sentiments troubles. Mais c’est aussi, entre les lignes, un témoignage bouleversant du quotidien des familles japonaises pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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La mélodie de Jenny et Sous un rayon de soleil – Les trésors de Tsukasa Hojo

24 juillet 2013  |  Manga

De Tsukasa Hojo, on connait surtout City Hunter et Cat’s Eye. Mais à côté de ces séries bourrées d’action, il est aussi l’auteur de récits pleins de sensibilités. L’éditeur Ki-oon a décidé de consacrer une collection à ses recueils d’histoires courtes et petites séries sous le titre ‘Les trésors de Tsukasa Hojo’. La mélodie de Jenny et Sous un rayon de soleil sont les deux premiers titres à en faire partie. Déjà édités en France il y a un petit moment, ils ont ici été retraduits et augmentés de quelques pages en couleurs. L’occasion de découvrir ou re-découvrir cet auteur culte.

La mélodie de Jenny

Dans ce recueil, on découvre trois histoires courtes liées à la Seconde Guerre Mondiale. On croise un adolescent qui s’apprête à devenir pilote dans l’armée japonaise, alors que celle-ci, acculée, décide d’avoir recours à des kamikazes, quatre enfants qui s’échappent du centre où le gouvernement les a placés, et qui croisent sur leur chemin un prisonnier américain en fuite, et enfin un jeune joueur de base-ball japonais repéré par un recruteur américain, juste avant guerre.

Dans ces trois histoires pleines d’émotions et richement documentées, le mangaka ne cherche pas à dresser une liste de faits historiques. Il préfère se pencher sur les destins d’hommes, de femmes et d’enfants, qui voient leur vie bouleversée par la guerre. L’occasion d’aborder avec finesse la thématique des kamikazes, de parler des centres où de nombreux enfants vivaient dans des conditions très dures, et de montrer les relations américano-japonaises à l’époque, non pas sous l’angle politique ou militaire, mais sur le plan humain.

On retrouve avec plaisir le dessin de Tsukasa Hojo, son talent de mise en scène et ses personnages pleins de caractère et d’énergie, dans des histoires tristes et belles à la fois.

Sous un rayon de soleil

Sarah et son père arrivent dans une nouvelle ville, et y installent leur campging-car-boutique. Le père de Sarah est fleuriste. Mais la jeune fille n’est pas tout à fait ordinaire : elle a le don de communiquer avec les végétaux, et c’est pour que personne ne découvre cette particularité que la petite famille déménage souvent. Cette fois-ci, elle va faire la rencontre de Tatsuya Kitazaki, un garçon de son âge, déterminé à abattre un arbre qu’il juge responsable de l’accident qui a fait perdre l’usage de ses jambes à sa petite sœur.

Sous un rayon de soleil oscille entre récits de la vie quotidienne et fantastique. On suit ce duo père-fille, improbable et pétillant, et de chapitre en chapitre, Sarah est amenée à résoudre les problèmes des plantes, et des humains qui l’entourent pas la même occasion. C’est une histoire pleine de délicatesse, d’humour et de bonnes ondes.

Là encore, le dessin plein d’expressivité de Tsukasa Hojo fait mouche, et l’on s’attache instantanément aux personnages, que l’on suivra avec plaisir durant trois volumes.

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Homeland Directive et American Vampire tome 1

11 juillet 2013  |  Comics, Coups de coeur

Urban Comics s’est très vite  fait une réputation d’éditeur sérieux et cool, et chaque nouvelle publication est une preuve de plus qu’ils font du bon boulot. Les titres édités sont toujours excellents, l’objet en lui-même est soigné, la traduction de qualité, et presque tous leurs livres s’achèvent par un petit cahier graphique, avec souvent des explications des auteurs sur la genèse de l’œuvre ou un making-of.

En juin, deux nouveaux très bons titres venaient s’ajouter à la longue liste des bonnes surprises que l’on peut faire chez Urban : le one-shot Homeland Directive et le premier tome d’American Vampire.

Homeland Directive

Laura Regan est chercheuse, spécialisée dans les maladies infectieuses. Alors qu’elle vient tout juste d’intervenir dans une conférence, un policier lui apprend que le collègue avec qui elle travaillait en binôme a été assassiné. Si la nouvelle l’assomme, elle n’a pas encore conscience qu’elle se retrouve au centre d’une conspiration d’envergure nationale, et que ce premier drame n’est qu’une des pièces du puzzle.

Robert Venditti et Mike Huddleston signent ici un thriller politique qui ravira les adeptes de la théorie du complot, mais pas que. Dans Homeland Directive, les différents services gouvernementaux agissent les uns contre les autres, et il devient vite difficile de savoir qui sont les gentils et qui sont les méchants. Laura Regan, elle, n’a pas le droit à l’erreur, surtout que ça n’est pas seulement sa vie qui est en jeu. Pendant qu’elle se planque pour sauver sa peau, les malades affluent dans plusieurs hôpitaux du pays, et la brillante chercheuse est peut-être leur seule chance de rémission.

Le scénario passe d’un personnage à l’autre, d’un camp à l’autre. On découvre peu à peu, à peine avant Laura, qui tire les ficelles de cette machination, et pourquoi. Ancré dans un contexte des plus actuels, l’histoire nous interroge aussi sur cette ambivalence entre notre désir de liberté et notre besoin de sécurité. Comment concilier les deux ?

Si l’histoire est passionnante, la plus grande force de ce récit, c’est sans doute le traitement graphique de Mike Huddleston, brillant, moderne et incroyablement efficace. Il a associé un style graphique à chacun des personnages principaux, à chaque environnement, et son dessin tout comme la colorisation changent radicalement d’un lieu à l’autre. Très troublant au départ, cela finit pourtant par rendre le récit encore plus immersif. Tantôt flou tantôt très précis, chaleureux ou glacial, lumineux ou sombre, il s’amuse et donne tout à coup à l’illustration un rôle narratif qui dépasse presque celui des mots.

Homeland Directive se révèle être un excellent thriller, et l’on retrouve avec plaisir un cahier de croquis pour conclure l’ouvrage, où l’on découvre les recherches de Mike Huddleston concernant les différents personnages, et un pas à pas très intéressant sur la construction de la couverture.

American Vampire tome 1

Scott Snyder, talentueux scénariste qui a notamment signé l’excellent Batman, la Cour des Hiboux, avait envie de rendre leurs lettres de noblesses aux vampires. Parce que si aujourd’hui ils jouent les jolis cœurs tourmentés et scintillent au soleil dans des blockbusters américains, il ne faudrait pas oublier qu’ils sont d’abord d’effrayants monstres qui se repaissent du sang de leur proie. Et Scott Snyder a eu envie d’aller encore plus loin, car après tout on peut bien imaginer que les vampires sont sujets aux mêmes lois que toutes les autres espèces et que parfois, ils évoluent.

Skinner Sweet est un bandit de la fin du XIXème siècle. Alors qu’il tente de s’évader du train qui l’amène vers son exécution, il est laissé pour mort par un vieux vampire venu d’Europe. C’était une vraie crapule, il est désormais le premier vampire américain. Et il est un peu différent de ses prédécesseurs.

Pour imaginer les origines du vampire Skinner Sweet, le vampire qui résiste au soleil (et deux-trois autres trucs cool), Scott Snyder s’est associé à un petit auteur au talent prometteur : Stephen King, qui fait ici ses premières armes dans le scénario de bd. Si l’idée originale est de Snyder, les deux auteurs se sont partagés l’écriture de ce premier tome. Stephen King a imaginé les origines du personnage, Scott Snyder l’amène 45 ans plus tard, en 1925, alors qu’il croise la route d’une jeune actrice pleine de rêves et d’ambition, Pearl Jones. Le dessin est lui confié à Rafael Albuquerque.

Ce comics, forcément sanglant, est un vrai régal. Sombre, violent, mais qui n’oublie pas d’avoir un scénario solide et passionnant. Les auteurs nous rappellent que les vampires ne sont pas vraiment une bande de mecs sympas. Si American Vampire est à vivement déconseiller aux âmes sensibles, les cadavres s’empilant plus vite que l’on ne tourne les pages, pour les autres, vous auriez tort de passer à côté. C’est drôle, explosif, effrayant, et survolté, en un mot : jubilatoire. On sent que le trio s’est fait plaisir, en mêlant les genres, du western au polar, saupoudré de littérature vampirique, et imaginant ce que donnerait un vampire version Nouveau Continent. Le dessin de  Rafael Albuquerque est beau, bourré d’énergie, et sa colorisation laisse toute la place qu’il mérite au noir. Le traitement graphique n’est pas exactement le même entre les chapitres qui se déroulent en 1880 et en 1925, assez différent pour qu’on comprenne tout de suite à quelle époque on a affaire, mais suffisamment proche pour que la lecture reste vraiment fluide (des choix totalement différents entre Homeland Directive et American Vampire donc, mais qui montrent l’un et l’autre comment le dessin et les choix qui y sont liés jouent un rôle capitale dans une bonne narration).

A nouveau, les petits bonus de fin sont la cerise sur le gâteau : une postface de Scott Snyder (la préface étant signée Stephen King), toutes les couvertures des fascicules sortis aux États-Unis, et quelques croquis de recherche. Et encore un truc cool : ce premier tome est vendu 10€ jusqu’au 31/12/2013 (puis passera à 17.50€). Une raison de plus de craquer.

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