Posts Tagged ‘glénat’

Lueur de nuit

Martin, Gabrielle et Émile sont trois orphelins qui trainent souvent dans la rue. Alors que Martin vient de voler la bourse d’une vieille dame, et qu’ils sont repérés par un policier, ils courent se réfugier dans une immense demeure abandonnée. L’endroit leur fiche la frousse, mais ils essaient chacun de ne pas le montrer. Il s’y passe des choses étranges. Il y a des algues sur les murs, l’eau qui sort de la pompe est de l’eau de mer, et les enfants commencent à avoir des hallucinations. L’un voit des crabes, l’autre une effrayante sirène… Ils découvrent que les lieux sont habités par un petit garçon qui semble aussi malheureux qu’étrange…

Ce one-shot signé Olivier Boiscommun (la Cité de l’Arche, Pietrolino…) se teinte de fantastique, et parvient à immiscer un peu de l’univers des légendes de la mer sur la terre ferme. C’est comme si  le domaine où ils se sont cachés se retrouvait tout à coup parachuté en pleine mer, encerclée de monstres et menaces en tout genre. Le rythme de l’histoire est plein de tension, et à chaque retour au calme un nouveau danger attend nos trois héros. Pourtant le trait du dessinateur, tout en rondeur, confère beaucoup de douceur et d’émotions au récit. Il y a dans les visages de ses personnages une vraie tendresse, une lueur enfantine même si ses héros en ont déjà beaucoup bavé. Les couleurs, dans des tonalités de gris, bleu, vert et jaune, rappellent les paysages de bord de mer par mauvais temps. Il s’en dégage un mélange de tristesse, de nostalgie, de danger, mais aussi de véritable majesté. Car la mer est toujours puissante et mystérieuse face aux humains minuscules.

Un joli récit, qui s’achève avec un très beau carnet graphique composé d’esquisses, de recherches sur les différents personnages, de story board…

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La ligne droite

La vie d’Hadrien n’est pas très gaie. Sa mère, constamment sur son dos, épie et juge durement le moindre de ses faits et gestes, et le quotidien à l’école privée qu’il fréquente est lui aussi très lourd. Réservé, l’adolescent se réfugie dans les livres, et n’a qu’un seul ami. Jusqu’à jour où il commence à discuter avec Jérémie, un de ses camarades de classe beau et populaire. ils semblent opposés et pourtant ils vont ressentir l’un envers l’autre bien plus que de l’amitié.

Après une première collaboration sur la Chair de l’Araignée, le talentueux scénariste Hubert et la délicate dessinatrice Marie Caillou reviennent avec la Ligne droite, un titre dont la douceur du traitement renforce la dureté du propos.

Il est ici question du mal-être adolescent, de l’éveil à l’homosexualité dans un contexte hostile. Hadrien sait qu’il n’y a aucune chance que sa mère accepte son orientation, mais il ne peut pas empêcher une irrépressible envie de vivre pleinement bouillir au fond de lui.

Graphiquement, le dessin de Marie Caillou est original mais superbe. Statique, rétro, dans des teintes un peu passées, les images rendent parfaitement cette sensation d’immobilisme forcé qu’on ressent par moments à cette période de la vie. Le petit format confère un côté intime à l’histoire.

Une bande dessinée toute en pudeur, émouvante et très juste.

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Chroniques de la vigne

16 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

Fred Bernard fait parti de ces magiciens qui manient à merveille les images et les mots, et dont les bandes dessinées sont des petits bijoux de poésie. Chacun de ses titres est aussi beau que passionnant (Pénélope avait d’ailleurs eu un énorme coup de cœur pour les aventures de Jeanne Picquigny), et Chroniques de la vigne est bien loin de déroger à la règle…

Fred Bernard est né et a grandi en Bourgogne, à Savigny-les-Beaune précisément. Son grand-père et son arrière-grand-père y étaient vignerons.

Chroniques de la vigne est un joyeux mélange de discussions avec son grand-père, d’anecdotes glanées auprès de ses proches, d’histoires tirées de sa propre vie, de réflexions sur le monde, de paysages… Le thème principal du livre, c’est bien sûr le vin, le vin de Bourgogne surtout. Mais loin d’être un cours d’œnologie, ou un documentaire sur les vignes bourguignonne, ce livre est plutôt une ôde aux plaisir du vin, et un bel hommage à ceux qui le font.

Son grand-père est un personnage incroyable et leurs échanges sont passionnants. Le regard amoureux qu’il porte sur le vin, plein de simplicité et de passion, son humour et son caractère impétueux le rendent tout de suite attachant. On est pendu à ses lèvres, et on sent tout le plaisir que prend Fred Bernard à l’écouter lui raconter mille fois les mêmes histoires.

Conçu comme un carnet de voyage, le récit n’est pas construit chronologiquement. L’auteur semble écrire au fur et à mesure de ses souvenirs, rebondissant sur un mot pour nous raconter comment son amour du vin a influencé ses voyages, des souvenirs de sa jeunesse ou encore nous parler de l’impact de techniques de viticultures plus respectueuses de l’environnement sur la richesse de la faune en Bourgogne, d’après ses propres observations. Il y a même un passage sur l’image du vin au Japon.

Chacun des titres de Fred Bernard témoigne de son amour pour les voyages, mais aussi pour les bonnes choses (et notamment le vin). Mais plus encore, on sent chez cet auteur énormément de tendresse pour les belles personnes. Il nous invite ici à écouter, observer, déguster. A prendre notre temps. Il parsème son récit de touches d’humour, de clins d’œils, et on passe notre temps le sourire aux lèvres.

Son trait est comme d’habitude doux et pétillant, et ses couleurs très belles. On croise au milieu des planches de bd des plans, des illustrations pleines pages, des textes illustrés et même quelques photos d’archives.

Chroniques de la vigne, c’est l’histoire d’un homme, d’une famille, d’un petit village. C’est l’histoire du vin racontée et vécue par ceux qui le font et qui l’aiment. C’est le temps qui passe, et ce que cela a de bon et de moins bon. Ce sont beaucoup de rires, quelques larmes, de l’amitié et même de l’amour. C’est la transmission, l’héritage familiale qui est loin d’être uniquement matériel.

Une bande dessinée qui donne le sourire, qui se dévore d’une traite ou se déguste petit à petit. Un énorme coup de cœur.

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Skandalon, de Julie Maroh (Le Bleu est une couleur chaude)

Julie Maroh a durablement marqué les esprits avec sa première bande dessinée, Le Bleu est une couleur chaude. Cette histoire d’amour entre deux adolescentes était belle et bouleversante, et continue de faire parler d’elle, puisqu’elle est à l’origine du film La Vie d’Adèle, une adaptation aussi encensée que controversée sur bien des points. Dans cette bande dessinée, Julie Maroh nous avait montré son talent pour retranscrire avec force les émotions les plus subtiles.

Elle revient cette semaine avec Skandalon, un livre à la couverture aussi rouge que celle du précédent était bleue.

Tazane est une rock star. Le jeune chanteur est l’icône d’une génération qui boit ses paroles comme s’il était Dieu. Mais il fait aujourd’hui plus parler de lui pour les scandales qu’il accumule que pour la profondeur de ses textes. Skandalon commence quand, déjà, Tazane a atteint le sommet. Pour son entourage il est devenu incontrôlable, et chacun de ses proches frémit en imaginant le nouveau coup d’éclat qui excitera un peu plus son public.

‘Skandalon’ signifie littéralement ‘pierre qui fait trébucher’ en grec. Chaque scandale est pour Tazane une nouvelle chute, et la foule en face de lui attend avidement de voir s’il pourra, cette fois encore, se relever.

Critique sociale et mythologie grecque s’entrecroisent entre les lignes de cette bande dessinée à part, puissante et surprenante. Tazane a la beauté d’une statue qui aurait pris vie. Passant du marbre à la chair, devenant tout à coup d’une extrême fragilité. L’histoire qui nous est racontée à des airs de fables, de celles où les dieux chutent et se rapprochent des humains. Ici Tazane était un homme comme les autres, érigé au rang de divinité. Mais il ne peut lutter contre son humanité qui perce sa carapace de toute part.

Skandalon, c’est presque un instant. Celui où le corps chancelle, où l’on retient son souffle. Après la vie pourra reprendre son cours, ou bien ce sera la fin.

Le dessin de Julie Maroh est vibrant, et ses couleurs happent notre regard, nous captivent de la première à la dernière case. Elle nous entraine aux côté de Tazane, alors qu’il aurait sans doute lui-même envie d’être ailleurs. C’est une expérience de lecture troublante, qui nous laisse un peu sur le carreau quand l’histoire s’achève. Comme l’impression d’avoir oublié de reprendre notre souffle depuis plus de 140 pages.

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Tokyo Ghoul tome 1

8 septembre 2013  |  Manga

Ken Kaneki est un jeune japonais de 18 ans, timide et passionné de littérature. Il se rend régulièrement dans un petit café pour y admirer une jeune fille qu’il trouve très belle. Un jour, la chance lui sourit et ils commencent à discuter, avant se donner rendez-vous.

Une vie bien ordinaire, à ceci près que Tokyo est peuplé de goules, des créatures qui dévorent les humains et qui font de plus en plus de victimes. Quand le rendez-vous de Ken tourne au cauchemar, le pire survient. Retrouvé inconscient et gravement blessé, il se fait greffer les organes de l’autre victime trouvée auprès de lui, et décédée avant que les médecins ne puissent la sauver. Ce qui lui sauve sa vie va également la gâcher, car l’autre victime était en fait une goule à l’apparence humaine. Ken Kaneki n’est plus un humain, mais pas tout à fait une goule. C’est un hybride qui va se retrouver torturer par son nouvel appétit, alors qu’il conserve en lui toute sa part d’humanité…

Tokyo Ghoul est un shônen sombre et surprenant. Au lieu d’un apprenti héros qui se retrouverait à se battre contre les forces du mal, Ken doit lutter contre ses propres démons, tout en découvrant, de l’intérieur, que rien n’est tout noir ou tout blanc. Il retrouve sa vie d’avant, mais intègre aussi malgré lui la société des goules.

Si quelques éléments manquent pour l’instant au scénario (depuis quand les goules sont-elles apparues ? comment se fait-il que les gens continuent à sortir la nuit s’ils se font si souvent dévorer ?), Tokyo Ghoul reste une histoire vraiment prenante, qui prend le temps de développer les personnages tout en distillant quelques très bonnes scènes d’action. Les références à la littérature, notamment à l’oeuvre de Kafka, sont également aussi originales que passionnantes.

Le dessin est très beau, fin et dense, et rend finalement les goules plus fascinantes à regarder qu’effrayantes.

Ce premier tome annonce une série intéressante, où s’entremêlent scènes de bastons bien réelles et combat intérieur entre la goule et l’humain qui cohabitent en Ken. Une très bonne surprise qui donnait un grand succès au Japon.

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