Ah, Enrique Fernandez… Après l’Île sans Sourire et Aurore, voici une nouvelle preuve qu’il sait aussi bien raconter les histoires que les dessiner. Un trait superbe et reconnaissable au premier coup d’œil, et un vrai talent de conteur.
Il revient donc avec Les Contes de l’ère du Cobra. Une histoire inspirée de mille contes, une aventure qui mêle humour et drame, violence et légèreté, un peu coquine parfois, où l’amour et le bonheur devront lutter pour gagner contre la cruauté et la quête de pouvoir. On y croise les Mille et une Nuits, mais bien d’autres récits encore, chuchotés à travers le monde…
Irvi et Sian s’aiment, mais le destin les force à se séparer. La douleur assombrit le cœur d’Irvi, qui se transforme en un tueur sanguinaire et mélancolique. Mais sa puissance sert les desseins de celui qui deviendra le Cobra, un homme en réalité bien malheureux qui estime qu’on doit l’aimer pour sa grandeur et non pour sa personnalité.
Plus le temps passe et plus l’histoire est triste, à croire que le bonheur a décidé de s’enfuir. Mais il est parfois des rencontres qui changent tout, et font renaître une flamme au milieu des cendres…
Les amatrices de contes seront charmées par cette bande dessinée, dont l’histoire envoûtante alterne entre aventure, combats et légèreté. Des personnages hauts en couleurs, des amitiés improbables, et des méchants qui finalement sont bien à plaindre, tant ils sont seuls. Et puis l’Amour, le Grand Amour, qui connaît bien des obstacles mais qui jamais ne s’éteint.
Le tout servi par le dessin somptueux et la mise en couleur magique d’Enrique Fernandez. C’est à la fois un voyage et un feu d’artifice. Un véritable bijou ciselé avec tout le talent d’un auteur à (re)découvrir…
Emma Doucet est une petite vieille comme on les aime, avec un sale caractère. En réalité, elle se laisse vivre sans trop réfléchir depuis que son mari, le Grand Amour de sa vie, est mort.
Un soir, Emma fait une mauvaise chute en essayant de récupérer ses clopes, planquées par son aide à domicile. Quand elle se relève, c’est le début des ennuis : elle n’a plus envie de dormir, elle a une mine affreuse, et les mouches commencent à lui tourner sérieusement autour. Mais il y a surtout ce trou dans sa poitrine. Alors voilà : Emma est morte. Pire ! On l’a tuée. Il va falloir la jouer fine, histoire de comprendre ce qui s’est passé sans éveiller les soupçons…
Drôle et touchant en même temps, Ma Vie Posthume est un délice. Une histoire de zombie bien différente de ce dont on a l’habitude et, par jeux de flashbacks, une très belle histoire d’amour. C’est aussi un regard sur le deuil, sur le quotidien des personnages âgées, sur les relations de famille (la délicieuse nièce d’Emma essayant par tous les moyens de la coller en maison de retraite pour revendre sa maison)…
Le scénario est de Hubert (Miss Pas Touche) et le dessin du talentueux Zanzim (avec qui il avait déjà travaillé sur l’excellent La Sirène des Pompiers). Ma Vie Posthume est vraiment le genre de petits titres originaux et rafraîchissants qui fait du bien. C’est joliment écrit et raconté, et l’on va de surprise en surprise : une jolie œuvre qui sort de l’ordinaire, pleine d’humour et d’humanité.
Ma vie posthume, Tome 1 sur Amazon (premières pages en lecture)
Cortés et son armée t débarqué en Amérique pour l’Espagne, mais l’homme est bien plus motivé par les richesses qu’il peut acquérir pour son compte personnel que par un quelconque amour pour son roi. Profitant du fait qu’aux yeux du peuple aztèque, lui et ses soldats sont des envoyés des dieux, tout puissants et immortels, sa soif de pouvoir n’a pas de limites.
Cette fois-ci, c’est après le trésor de l’empereur Moctezuma qu’il en a, et pour l’obtenir il envoie une équipe hétéroclite, composée des meilleurs de ses hommes…Et dirigée par une femme. Parmi les membres de ce groupe, il y a Hernando Royo, un soldat que rien ne semble arrêter, surtout pas les états d’âme…Mais on ne s’attaque jamais sans conséquence à des dieux puissants…
Cette bd d’aventure, pleine de rebondissements, teintée de fantastique, nous plonge dans l’Histoire. Le dessin est beau, et les personnages différents et intéressants.Les apparences sont souvent trompeuses, et on est tout de suite happé par cette mission qui n’a rien d’innocent. Reste à savoir qui des dieux ou des hommes sont les plus dangereux…
Je ne sais pas combien de fois j’ai dit qu’adapter un roman en bd était un exercice assez casse-gueule, et je ne sais pas non plus combien de fois j’ai parlé de ces bd que je commence sans un enthousiasme débordant, et que je referme avec l’impression de m’être pris une grosse claque dans la tête. Et bien je vais me répéter une fois de plus, pour ce petit bijou qu’est Notre-Dame.
Il faut être un peu cinglé pour se lancer dans l’adaptation d’un pareil classique, non ? (bon, j’avoue tout, je ne l’ai pas lu, vous avez le droit de me jeter des cailloux) (mais je veux bien vous parier un kinder surprise que même fan de l’original, vous allez adorer ce Notre-Dame-là) Et pourtant, ils ont bien fait.
Parce que je ne dois pas être la seule à ne jamais avoir lu le roman de Victor Hugo (si ?) un petit résumé. C’est l’histoire du plus adorable des bébés, une petite fille qui grandit paisiblement à la campagne, sous l’amour débordant de sa maman. Mais le drame survient, des gitans volent l’enfant, la remplaçant par un petit être difforme. La mère devient folle de douleur, et l’enfant infirme est abandonné, avant d’être recueilli par l’archidiacre de Notre Dame, Claude Frollo. C’est donc à Paris que Quasimodo grandit, cachant son apparence monstrueuse dans l’enceinte de la Cathédrale…Jusqu’à ce que son destin croise celui d’Esmeralda, la plus belle, la plus envoutante des gitanes…
Cette bande dessinée, prévue en trois tomes est, je pense, aussi passionnante que l’on connaisse ou non l’original. Les auteurs ont réussi le pari un peu fou de se réapproprier cette oeuvre, et nous proposent ici leur lecture personnelle, leur ambiance, leur atmosphère. La narration est fluide et prenante, le dessin est absolument sublime, les couleurs sont parfaites. Je ne vois pas un seul défaut à cette bd, et c’est rare.
L’incroyable dessin de Jean Bastide (dont le trait a déjà magnifié l’histoire d‘Hugo et Iris, un des spin off de Sambre) sert à merveille les textes de Robin Recht.
Je ne m’attendais pas à ça, vraiment. On plonge avec délice dans le Paris du XVème siècle. On s’invite discrètement à la Cour des Miracles On admire le colosse Quasimodo, beau dans son étrangeté. On tombe forcément sous le charme de la mutine Esmeralda, sublime, envoutante, tempétueuse.
Une petite merveille à découvrir absolument.
Notre Dame, Tome 1 : Le jour des fous sur Amazon (avec les premières pages en lecture)
En plus du merveilleux Pablo,la sculptrice Camille Claudel a elle aussi été l’objet d’une biographie en bd ce mois-ci. L’occasion de découvrir, ou d’en savoir plus, sur l’histoire tragique de cette artiste de génie.
Camille Claudel se passionna très tôt pour la sculpture, et son fort caractère lui permit de se faire très vite remarquée par son talent, alors même qu’il était très mal vu pour une femme d’avoir des prétentions artistiques dans la France du début du siècle. Pendant de nombreuses années, elle vécut une folle passion avec Rodin, une relation qui lui apporta beaucoup en terme d’inspiration (elle fut d’ailleurs d’abord son élève), mais qui la dévora entièrement et fut sans aucun doute l’une des raisons de son internement à l’asile…
Cette bd, au graphisme étonnant mais qui nous plonge vraiment dans l’atmosphère de l’époque, retrace donc toute la vie de l’artiste, sous la forme d’un entretien avec son frère, l’écrivain Paul Claudel. Très documenté et vraiment passionnant, on plonge ainsi dans la vie hors-norme de ce génie. Talentueuse, avant-gardiste, passionnée. Qui se donnait entièrement dans tout ce qu’elle faisait, sans se soucier du qu’en dira-ton à une époque où les femmes ne devaient pas faire de vagues, qui allait au bout de ses envies, avec une force de caractère inouïe mais qui finit brisée et seule…
Je suis toujours un peu sceptique quand je vois arriver un one-shot format bd classique. Pour une raison très simple, il est souvent difficile pour les auteurs de développer une trame narrative suffisamment dense en une soixantaine de pages. Résultat, trop souvent, ce genre de titres souffrent de certaines faiblesses dans le scénario, trop d’ellipses, des personnages pas assez développés…
Enfin c’est ce que je pensais avant d’ouvrir ces deux premiers titres de la collection Explora, chez Glénat. Une collection dédiée à des explorateurs, et qui réussit le pari de proposer des one shot de très très grande qualité. Petite revue.
Marie Kingsley, tout d’abord, retrace un petit bout de la vie de cette femme incroyable, qui mourra jeune mais aura vécu intensément.
Marie est une jeune londonienne de la fin du XIXème. Quand ses parents meurent, elle décide de partir en Afrique, portée par les récits de son père, qui a beaucoup voyagé. Et si, à travers les récits des explorateurs, l’Afrique est une terre sauvage et hostile, ce choix est encore plus ‘couillu’ pour une femme, d’autant plus seule et sans guide ni équipage.
Mais ce que Marie va découvrir est bien différent de ce qu’elle a pu lire dans les livres. Grâce à des aventures et mésaventures incroyables, elle va tomber amoureuse de ce continent, auquel elle consacrera sa trop courte vie.
Porté par un superbe dessin, Marie Kingsley est une vraie réussite. On plonge tout de suite dans l’histoire vraie de cette femme courageuse, curieuse, et très différente de ses contemporains. Contrairement à ses congénères, jamais elle ne se sent supérieur vis-à-vis des peuples qu’elle rencontre. Au contraire, elle est sans doute la première à penser qu’ils ont tout à lui apprendre. Cette bd raconte son arrivée en Afrique, et son histoire d’amour avec ces terres qu’elle n’aurait jamais du découvrir…Beau et passionnant.
Mary Kingsley sur Amazon (quelques pages en lecture)
Magellan, ensuite, tente de nous raconter la vie de cet explorateur hors-norme, qui sera prêt à tous les sacrifices pour prouver ses idées. On connait peut de choses de la vie de Magellan, qui fut pourtant le premier à prouver que la terre était bien ronde, et non plate, puisqu’en partant vers l’ouest, on finissait par revenir vers l’est. Cette bande dessinée retrace ce voyage incroyable, tragique mais en même temps exceptionnel, de cet équipage qui, le premier, fit le tour du monde.
Se basant sur les quelques traces que l’on a de ce périple, mais imaginant en même temps ce qu’il y avait dans le cœur et dans la tête de cet homme, renié par son pays, qui n’abandonné jamais son but, même si tous le pensaient fou.
Encore une fois, un très beau dessin au service d’un scénario impeccable, inspiré de la vie de ce grand homme. Et la découverte d’une aventure hors du commun, qui marqua toute notre histoire.
Niko et Ivan sont frères. Mais sans que les deux garçons ne sachent pourquoi, quand Niko, l’ainé, est aimé et choyé, Ivan subit la violence quotidienne de leur père. A force d’être rejeté, roué de coup, Ivan devient froid, sombre, cruel. Les deux frères vivent dans une relation étrange et compliquée, pleine de haine et d’amour en même temps.
Quand Ivan est à nouveau roué de coup, après avoir tué le chat de Niko, c’est son frère qui panse ses plaies. Ils se détestent mais en même temps, ils sont frères.
Pourtant, plus ils grandissent plus les noms dits étouffent la vie de famille. Ce n’est pas qu’Ivan que son père frappe, c’est également leur mère, qui encaisse sans broncher.
Quel secret pourri leur vie ?
Je suis le gardien de mon frère démarre à l’adolescence des deux frères, sous la forme d’un journal tenu par Niko, sur leur vie et leur relation à tous les deux. Il continue ensuite à l’âge adulte.
Cette bande dessinée raconte les liens du sang, et leur puissance étrange et violente. Car s’ils se veulent l’un l’autre du mal, ils ne peuvent s’empécher en même temps de veiller l’un sur l’autre. Reste à savoir lequel est réellement le gardien de l’autre…
Je suis le gardien de mon frère est très sombre, souvent violent. Par les yeux de l’un des deux garçons, on s’interroge sur ce qu’implique la famille, les liens du sang. Car même s’ils sont capables de nous empoisonner l’existence, on ne peut pas faire sans eux. Glaçant et prenant.
Je suis le gardien de mon frère sur Amazon (quelques pages en lecture)
Brazzaville, en 1934. De riches colons exploitent des indigènes pour la construction d’une ligne de chemin de fer historique, le Congo-Océan.
Lisa est la fille d’un riche négociant. Elle est promise malgré elle à Walter, fils d’un homme très puissant avec qui son père compte bien faire affaire. Malheureusement pour elle, elle est justement enceinte de ce Walter, qu’elle n’aime pas du tout, suite à une erreur d’une seule nuit…
Lisa est passionnée par les animaux d’Afrique, et alors qu’elle les observe, elle ait la rencontre de Paul, un homme qui va changer sa vie. Au milieu des hommes qui l’entourent, passionnés par l’argent et la violence, Paul n’est que romantisme et douceur. Très vite, une relation se noue entre eux…qui n’est pas du goût de son futur mari, ni de son père d’ailleurs, qui voyait dans ce mariage forcé une excellente opportunité de s’enrichir.
Cette histoire pleine de romantisme et d’aventure, sur fond d’Afrique coloniale m’a fait penser aux séries de Léo (Aldebaran, Kenya) sans le côté extra-terrestre bien sûr, mais au niveau du trait, de la narration, de l’histoire d’amour…
Passionnées du Japon, de son histoire, voilà une bd étonnante qui devrait vous plaire.
En effet, le monogatari désigne la littérature classique japonaise, née au XIIème siècle. De grands récits épiques qui s’ancrent dans la réalité politique de l’époque.
Ce Monogatari-là est une bande dessinée qui leur rend hommage, avec respect et passion.
L’histoire débute en 1150. Au moment du décès de l’Empereur, tous ceux qui pourraient accéder au trône complotent dans leur coin. Et ceux dont les manigances ont échoué ne vont pas se laisser faire…
Riche d’un nombre impressionnant de personnages (c’est d’ailleurs pourquoi l’auteur les a dessiné sous des traits animaliers comme il l’explique au début de l’ouvrage, afin que l’on ne s’y perde pas) Monogatari nous plonge au milieu d’intrigues tordues et cruelles, tant l’a soif de pouvoir peut rendre certains fous. On suit ainsi plusieurs familles, dont la destinée va être en un instant bouleversé, quand viendra le moment de choisir son camp.
Dans un format carré original, et avec un très joli dessin, cette bande dessinée nous raconte le Japon Ancien, de manière très documenté mais pourtant passionnante. La hiérarchie, les rapports entre les familles, le sens de l’honneur, sont autant d’éléments très importants Mais Alexandre Akirakuma, l’auteur, glisse des histoires dans l’Histoire. Romances, trahisons, batailles, tous les éléments d’une grande fresque épique sont là.
Une jolie surprise.
Monogatari sur Amazon (avec les premières pages en lecture)
Il est des destins méconnus et un peu tristes, comme celui du Chanteur sans nom.
Vedette dans les années 30 et 40, ce chanteur de bluettes n’a pourtant laissé quasiment aucune trace aujourd’hui. Pourtant, ami de Piaf et d’Aznavour, il était destiné, lui aussi, à briller longtemps…
La première fois que le scénariste a croisé la route de ce chanteur au nom énigmatique, il a été intrigué…puis le hasard, ou le destin, l’a ramené à son souvenir assez souvent pour qu’il s’y intéresse vraiment.
Dans la bd, il met en scène un jeune homme, qui lors d’un petit boulot dans une maison de retraite, a trouvé une boite pleine de vieux souvenirs, et qui s’est donné pour mission de rendre tous ces objets à l’entourage d’un homme dont il ne connait rien. C’est ainsi que, accompagné du fantôme du Chanteur sans nom, il va découvrir, à travers les histoires que lui raconteront ceux qu’il va rencontrer, un homme que l’on devrait détester, mais qui a laissé dans le coeur de tous un souvenir doux et heureux.
Car Rolland Avellis, de son vrai nom, était un petit escroc égoïste, en plus d’être un chanteur caché derrière son loup. Pourtant, bien plus que cela, ce dont se souviennent ses proches, c’est d’un homme qui savait toujours leur redonner le sourire (il a d’ailleurs longtemps vécu chez Edith Piaf, avec comme mission de la faire rire).
Un destin hors norme, et une biographie pleine de l’amour de ceux qui l’ont connu, qui redonne vie à un homme qui a connu la lumière, avant de retomber dans l’oubli. Le dessin et la mise en couleur rendent, eux, parfaitement l’ambiance de l’époque et l’atmosphère des cabarets.
Le chanteur sans nom sur Amazon (avec quelques pages en lecture)