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Off Road et Punk Rock Jesus – Sean Murphy en deux one-shot

28 septembre 2013  |  Comics, Coups de coeur, Mes incontournables

Punk Rock Jesus de  Sean Murphy est encensé de toute part et parait ces jours-ci en version française chez Urban Comics. L’éditeur en profite pour également publier son premier titre, Off Road. Une occasion à ne pas manquer pour découvrir l’univers et surtout l’étendu du talent de cet auteur, qui a notamment travaillé sur la série Hellblazer et sur une histoire du spin-off d’American Vampire, American Vampire Legacy.

Off Road

Trent est un étudiant aux Beaux-Arts qui vient de se faire larguer. Il est donc présentement plutôt déprimé. Il part rejoindre son meilleur ami Greg, qui reçoit ce jour-là un cadeau plutôt très cool de la part de son père : une Jeep jaune flambant neuve. Le duo retrouve ensuite Brad, avec qui Trent ne s’est jamais particulièrement entendu. Le seul lien qui les unit tous les deux, c’est Greg, capable de supporter avec le même flegme la sensibilité de Trent et le côté bourru de Brad.

Ils ont une soirée de prévue, mais l’après-midi à tuer. Galvanisés par les paroles du vendeur, ils décident d’aller tester la Jeep en pleine nature. Après tout elle est faite pour ça non ? Mais les sensations fortes tournent court quand la voiture se retrouve embourbée au milieu d’une rivière.

Première création de Sean Murphy, Off Road s’inspire d’une expérience qu’il a réellement vécu. Cette anecdote qui pourrait être banale tourne à la grande aventure au fur et à mesure des pages, que ce soit grâce à la personnalité des membres du trio, aux personnages qu’ils vont rencontrer, mais surtout grâce au grand talent de conteur et de metteur en scène de Sean Murphy. Il parvient à doser parfaitement humour, mélancolie et non-dits pour raconter cet après-midi qui va profondément changer les trois héros. Ils vont mettre leur amitié à l’épreuve malgré eux. Trent et Brad vont devoir affronter leurs démons, mais jamais seuls, et c’est ce qui fait toute la différence. Si l’histoire est très bien écrite, le dessin est tout sauf en reste. Chaque case est aussi belle qu’efficace, et son trait fait la part belle à l’expressivité des personnages, que ce soit dans leurs regards ou leurs postures. Les nombreux plans créent un rythme captivant alors même que les trois héros font du surplace pendant presque toute l’histoire.

Off road est comme un road movie immobile, une belle histoire d’amitié à la fois drôle, puissante et très juste.

Punk Rock Jesus

25 mars 2019, la télé-réalité prend un nouveau tournant. Ophis lance un projet d’émission des plus polémiques, J2. Le concept est aussi tordu que simple : ils veulent cloner le Christ à partir de l’ADN prélevé sur le Saint Suaire, et que l’enfant grandisse devant leurs caméras de télévision. Le docteur Sarah Epstein, célèbre généticienne, va s’occuper du clonage et restera ensuite présente pour suivre le bon développement du petit. Gwen, une jeune vierge de 18 ans, portera le bébé. Thomas Mc Keal, ancien membre de l’IRA, sera responsable de la sécurité de tout ce petit monde. Tim s’occupera de tout ce qui concerne l’informatique. Le tout supervisé par Rick Slate, un producteur qui semble dépourvu de tout scrupule quand il s’agit d’audiences.

Sur plus de 200 pages, nous allons suivre la naissance, l’enfance, l’adolescence de ce Jésus version 21ème siècle. Mais contrairement au public qui se repait de ses miracles et de toute la polémique engendrée par l’émission à travers les médias, c’est de l’intérieur que l’on va découvrir l’histoire.

Fable moderne et violente critique de la société américaine et de l’extrémisme religieux, Punk Rock Jesus risque de marquer durablement les esprits de tous ceux qui le liront. Dernier ouvrage signé Sean Murphy paru aux États-Unis, l’histoire habitait pourtant l’auteur depuis de nombreuses années. Comme il le raconte dans la préface d’Off Road, un ami lui a conseillé de prendre son temps pour cette histoire. Bien lui en a pris puisque l’intrigue de ce comics à part a évolué en même temps que le regard de Sean Murphy sur la religion changeait (ce qu’il explique cette fois dans la postface de Punk Rock Jesus). Le résultat est un one-shot violent, sombre, sans concession et incroyablement bien écrit. Le propos est fascinant, les personnages complexes et attachants,  et l’auteur a un talent dingue pour développer au compte goutte les relations entre eux, entre instants, regards et non-dits, nous laissant lire entre les lignes la vérité de ce huis-clos hyper médiatisé.

Punk Rock Jesus n’en oublie pas pour autant d’être blindé de scènes d’actions explosives, et on pourrait finir par oublier de respirer tout le temps de la lecture, suspendus au regard plein de fragilité de Chris et à celui froid et dur de Thomas. Le dessin de Sean Murphy est encore plus beau et maitrisé qu’auparavant, racé et bourré d’énergie, on se retrouve souvent à s’arrêter pour admirer une case, une planche, avant de reprendre sa lecture avec avidité. Comme pour Off Road, l’ouvrage est en noir et blanc, donnant encore plus de puissance aux émotions brutes qui se dégage du récit.

Une vraie bombe, à découvrir absolument.

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Pawnee

19 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

Après Canoë Bay (sur un scénario de Tiburce Oger), et Frenchman, Daniel Maghen publie une nouvelle bande dessinée de Patrick Prugne, Pawnee. Suite imprévue de Frenchman, ce nouveau titre peut également se lire sans connaitre l’histoire précédente.

Nous sommes en 1811, dans le Mississipi. Les colons conquièrent petit à petit les territoires des indiens, au cours de combats sanglants. Les différentes tribus indiennes commencent à se rassembler pour tenter de résister face à l’ennemi. Une jeune française débarque sur le Nouveau Continent, dans l’espoir de retrouver son frère Alban et son fiancé Louis dont elle n’a plus aucune nouvelle. Dans le même temps, Alban quitte la tribu indienne où il vivait, décidé à rentrer auprès de sa famille, après avoir perdu l’espoir de retrouver Louis un jour.

A travers la route qu’empruntent chacun de leur côté le frère et la sœur, ce sont beaucoup des protagoniste de la grande Histoire qui nous sont présentés. Les tribus indiennes décidées à lutter, celles qui hésitent encore et aspirent simplement à vivre paisiblement, les troupes colonisatrices, les émigrants qui vivent dans une extrême pauvreté, les commerçants qui profitent de la situation… Ce récit nous fait croiser la route d’une foule de personnages, mais nous fait surtout vivre la situation de l’intérieur, et c’est réellement passionnant. On sent derrière chaque intrigue l’énorme travail de documentation de Patrick Pugne, tout comme dans les décors, vêtements, armements superbement rendues dans des illustrations à l’aquarelle où les personnages ne prennent jamais totalement le pas sur la splendeur des paysages.

Pawnee se révèle être une très belle bande dessinée d’aventure, bien écrite et superbement dessinée.

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Uriel Samuel Andrew

17 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

En 2007, 39 soldats américains rentrent d’une mission en Irak et sont accueillis en héros. Parmi eux il y a Uriel, qui retrouve sa fiancée, Samuel, qui rentre chez ses parents et Andrew qui est accueilli par sa sœur, qui s’est occupée de lui depuis la mort de leur parents. En ce jour de fête, deux soldats viennent annoncer à la famille d’Hill Turner qu’il ne reviendra jamais d’Irak.

Uriel, Samuel et Andrew retrouvent leur vie, leur quotidien. Si rien n’a vraiment changé pendant leur absence, en eux, rien n’est plus pareil. Le moindre bruit les fait sursauter, ils n’arrivent pas à trouver la motivation pour trouver du travail, ils ne parviennent pas plus à se confier à leur proches. Ils se sentent vides, et seuls. Quand ils se voient tous les trois ça va mieux. Pendant quelques instants ils peuvent rire, ne plus se sentir accablés des reproches des gens qui les aiment mais qui ne comprennent plus leur comportement. Sans se dire un mot ils savent que les autres vivent la même choses qu’eux, et savent aussi qu’ils faut qu’ils se soutiennent, qu’ils ne laissent pas l’un de leur camarade s’enfermer dans sa solitude.

Uriel semble reprendre sa vie en main, se marie, s’apprête à avoir un bébé et trouve même un travail. Les deux autres ont plus de mal, Andrew n’arrive pas à faire quoi que ce soit, et Samuel se met de plus en plus en danger. Pendant ce temps, la famille de Hill essaie de se reconstruire, sa veuve prend un deuxième travail pour payer les factures, et demande à son ainé de l’aider autant que possible.

Uriel Samuel Andrew (U.S.A.)est une bande dessinée forte, qui traite avec beaucoup de pudeur et de simplicité des dommages irréversibles causés par la guerre sur des hommes qui ne parviennent plus à trouver leur place. C’était presque plus facile quand leur seul objectif quotidien était de rester en vie. En parallèle de leur souffrance, on voit leurs proches qui sont à bout de patience, ne peuvent pas imaginer ce qui se passe dans leur tête, et ne savent pas non plus comment les aider.

Will Argunas signe ici un récit très puissant et nécessaire. Émouvant sans jamais tomber dans le larmoyant, intime sans être voyeuriste. Ses personnages sont vus comme des héros mais ne se sont jamais sentis aussi fragiles. Le dessin est dans un style réaliste, tout en noir et blanc. Will Argunas est notamment l’auteur dIn the name of et de l’adaptation de l’Homme Squelette.

Ce nouveau titre nous prend à la gorge de la première à la dernière case, jongle habilement entre mal-être et lueurs d’espoir, et continuera de nous habiter bien après l’avoir refermé…

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Monolith tome 1

11 septembre 2013  |  Comics, Coups de coeur

Alice est une jeune femme un peu paumée, qui hérite d’une vieille maison dans un quartier abandonné de Brooklyn, léguée par sa grand-mère qu’elle n’avait pas vu depuis des années.  Elle obtient la maison à plusieurs conditions : après s’être faite désintoxiquer, elle devra trouver un emploi rémunéré qui, d’une manière ou d’une autre, œuvrera pour le bien d’autrui. Elle n’a également pas le droit de vendre cette maison. Et la situation devient vraiment dingue quand une voix venue du sous-sol l’appelle, et lui demande de lui faire la lecture.

Elle finit par accéder à sa requête et ouvre le journal de sa grand-mère. Le récit commence en 1932, et la jeune femme va découvrir l’histoire secrète de son aïeule. Luttant pour survivre dans le New York des années 30, elle participa à la naissance d’un golem. Une créature surpuissante et vengeresse qui bouleversa sa vie.

Le premier tome de ce comics original et très prenant joue sur un jeu de flashback parfaitement maitrisé. Le dealer d’Alice est parti à sa recherche avec la ferme intention de lui faire passer un sale quart d’heure. Pendant ce temps, l’héroïne en apprend plus sur l’autre Alice qui, des décennies auparavant, vécue une aventure extraordinaire. Et c’est dans le calme du sous-sol que passé et présent vont se rejoindre…

Monolith, scénarisé par le duo Jimmy Palmiotti/Justin Gray et dessiné par Phil Winslade, captive dès la première page. Basée sur une réalité historique (le New York des années 30), l’intrigue nous permet de découvrir lentement l’origine du golem, l’un des deux personnages principales (mais qui apparait finalement assez peu), tout en filant à toute allure lorsqu’il s’agit des soucis d’Alice, qui s’accumulent sans qu’elle n’en sache rien. Ce mélange de rythmes est très réussi. Les personnages, nombreux, sont également très bons. Il ne faudra pas s’attendre ici à un déferlement d’actions brutes, mais bien à un récit plein de surprises, de secrets, et d’émotions. Et si le décor où prend place l’histoire actuelle est assez basique pour un polar, le quotidien d’une junky new yorkaise, il se dégage pourtant de Monolith quelque chose en plus. Le dessin de Phil Windsale est beau, élégant et sa mise en scène est très efficace.

Une jolie surprise, un titre sombre et lumineux à la fois.

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2 Guns

4 septembre 2013  |  Comics

Steven Grant trouvait les flics sous couvertures inintéressants pour ses scénarios. Puis il s’est mis à les voir différemment. Des ‘gentils’ qui se font passer pour des ‘méchants’. « Devenir ce qu’on affronte pour l’anéantir ». Une idée absurde qui, tout à coup, lui a paru séduisante pour démarrer une histoire.

Prenons deux flics sous couverture œuvrant pour des services différents. Ils ne se connaissent pas, et vont se rencontrer sous leur fausse identité de crapule. Ensemble, ils vont monter un braquage. Quelle est la limite ? Font-ils toujours leur travail ou sont-ils devenus des criminels ? Essaient-ils de se truander l’un l’autre ?

Marcus Steadman fait partie des Marines, Bobby Trench bosse pour la DEA. Et il va falloir qu’ils soient sacrément bons s’ils veulent se sortir du guêpier où ils se sont fourrés sans le savoir.

Ce comics signé Steven Grant au scénario, et Mateus Santolouco au dessin est un one-shot aussi déjanté qu’explosif. Les héros sont deux losers qui ont vite fait de ne plus savoir à qui ils peuvent se fier. Et puis toutes les personnes à qui ils décident de faire confiance meurent, ce qui n’est pas très pratique. L’histoire est blindée de rebondissements improbables, mêlant l’action à l’absurde, sur fond de machination inter service. Les gentils deviennent méchants, mais les méchants sont toujours de vraies pourritures. Le duo Marcus/Bobby est diablement efficace et on a vraiment envie qu’ils s’en sortent, même si ça semble mal engagé.

Le dessin de Mateus Santolouco manque peut-être un peu de finesse, mais il n’en reste pas moins très dynamique et expressif, et les scènes d’action s’enchainent à un rythme haletant.

La bd a d’ailleurs inspiré un film, qui sortira en France le 25 septembre prochain.

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