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Ted Naifeh est un très grand auteur. Son dessin est superbe, les mondes qu’ils créent sont emplis de poésie, et ses histoires sont pleines d’humour et de rebondissements.
Courtney Crumrin est une de ces séries qui, tome après tome, nous rend un peu plus attaché à son héroïne et au monde incroyable qui l’entoure.
Au tout début de l’histoire, Courtney est une petite fille bien malheureuse. Ses parents emménagent chez le grand oncle de Courtney, Aloysius, pour profiter de son statut et de sa richesse afin d’accéder à un statut social bien plus valorisant. Pendant ce temps, elle, doit s’adapter tant bien que mal à un collège déprimant, où elle ne se fait aucun ami. C’est finalement dans les recoins sombres du manoir, mais aussi dans la forêt d’Hillsborough que Courtney fera les rencontres qui vont changer sa vie. Car si la petite banlieue cossue où elle atterrit ressemble à toutes les autres, elle est pourtant peuplée de Créatures de la Nuit. Et puis il y a ce vieil oncle revêche, qui a finalement bien à lui apprendre, sur le monde comme sur elle-même.
Dans le sixième tome, qui parait aujourd’hui, Courtney a encore plus de problème que d’habitude. L’Assemblée des sorciers réclame qu’elle rende des comptes pour ses derniers agissements, et vont jusqu’à charger Aloysius lui-même de ramener sa petite nièce au bercail pour qu’elle soit jugée. L’occasion pour chacun de se montrer tel qu’il est réellement, et pour les mystères restés en suspends de se résoudre, enfin…
Même si on s’apprête à quitter Courtney, et ceux qui ont fait partie de sa vie depuis son emménagement à Hillsborough, avec un pincement au cœur, ce sixième est dernier tome est un régal. Le récit est rapide et riche en rebondissements, à l’image de la fuite en avant de l’héroïne, qui sait que sa sanction, si elle est attrapée, sera de ne plus être une sorcière. Et que restera-t-il d’elle si la magie ne doit plus faire partie de sa vie ? Dans ce tome, elle va encore apprendre, grandir, et devoir prendre des décisions par elle-même, tout en sachant cette fois-ci que son grand-oncle ne sera pas là pour réparer ses bêtises dès qu’elle se sera un peu trop mise dans le pétrin.
Comme toujours, le trait tout en finesse de Ted Naifeh fait mouche. Chaque case est superbe, les décors poussent au rêve, et les personnages ont une élégance toute victorienne. La petite Courtney gagne en charisme à chaque page, à ce moment de sa vie où elle doit commencer à choisir par elle-même ce qui sera son destin, et à accepter ses responsabilités. Même si le récit est sombre, et que l’on tremble pour elle, l’auteur n’arrête pas pour autant de glisser dans ses dialogues l’humour décalé dont il sait faire preuve.
En fait, lire Courtney m’a toujours donné cette impression d’errer dans une forêt effrayante, en pleine nuit, et de tomber tout à coup sur une petite clairière éclairée par la lune, rassurante et presque féérique. Car si Ted Naifeh pourra faire penser au Burton des débuts (l’ambiance familiale me rappelant, pour ma part, celle de Beetlejuice), il crée, avec un talent de conteur rare, un récit lumineux avec des éléments de décor sombre. Dans ses histoires,les plus effrayants sont souvent les plus gentils, les laissés pour compte souvent les plus cool, et les freaks sont finalement délicieusement banals.
Cette série désormais achevée est un vrai petit bijou, à découvrir absolument si ça n’est pas déjà fait. Et pour les fans, ruez-vous sur ce dernier opus, vous ne serez pas déçu-e-s.
Courtney Crumrin, Tome 6 : Courtney Crumrin et le dernier sortilège
Encore une double chronique, décidément. Oui mais là il s’agit sans aucune doute de deux de mes séries préférées, publiées dans la même collection, chez l’éditeur Ankama. Je l’ai déjà dit (mais je ne le dirais jamais assez), le label 619 est un gros gage de qualité. En gros, je n’ai jamais été déçue par une seule des bd qu’a choisi d’éditer Run, le directeur de la collection, au sein du label. Du sublime la Belle Mort à l’hilarant Monkey Bizness. Sans oublier le génial Freaks Squeele et son si beau spin-off Rouge sorti récemment. Mais j’aurai l’occasion de vous reparler de ces talentueux auteurs très prochainement, puisque j’ai eu la chance d’interviewer cinq d’entre eux à Angoulême…
Et donc, parmi les merveilles du label 619, il y a Mutafukaz, la série culte signée Run (le directeur de la collection, donc) dont le quatrième tome sort aujourd’hui.
La première fois que j’ai croisé Mutafukaz, j’ai compris que j’avais affaire à une bd différente de tout ce que j’avais pu lire avant. Run a su créer un univers complètement barré, savant mélange d’une multitude de trucs cool (de la lucha libre à l’ufologie) pour nous offrir une ville californienne plus vraie que nature. Mais au delà de son Dark Meat City, la ville où se déroule l’action, il y a aussi les aventures (car il y a beaucoup de personnages, et beaucoup d’histoires parallèles), toutes aussi prenantes et explosives les unes que les autres, les dialogues hilarants, sa capacité à varier les rythmes, les personnages principaux qui sont des losers de compétition, et tous les autres personnages d’ailleurs, qui sont si denses, si géniaux, qu’ils mériteraient presque chacun d’avoir leur propre série…Et pour sublimer tout ça, Run est aussi un dessinateur ultra talentueux, qui nous offre des planches sublimes et fourmillant de détails. Et puis on ne peut pas oublier sa colorisation, qui donne encore plus d’énergie à une histoire déjà survoltée. Lire Mutafukaz c’est une vraie expérience. Une expérience dingue, mais géniale.
Pour vous raconter un peu, quand même, c’est l’histoire d’Angelino et de son pote Vinz. A la suite d’un accident, Angelino obtient un pouvoir dont il aurait préféré se passer : il peut détecter les gens qui possèdent une ombre venue d’ailleurs…Et ce don dérange beaucoup, beaucoup de monde, et lui et son meilleur ami vont se retrouver avec plein d’ennemis à leurs trousses…Ça c’est un peu l’idée de départ, puisqu’en parallèle, on va suivre de nombreux autres personnages, dont le destin est également lié à Dark Meat city et aux choses étranges qui s’y passent.
Après 3 ans d’absence (j’avais d’ailleurs chroniqué le tome 3 à l’époque), Run revient avec le quatrième volume de Mutafukaz. Et il a bien fait les choses pour son retour car ce nouvel opus est encore plus beau et maitrisé que les déjà excellents trois premiers. La situation à Dark Meat City est plus tendue que jamais. Le Gouvernement semble avoir perdu le contrôle de la section Z7, chargée de réprimer les émeutiers. La ville est en proie à une véritable guerre civile. Pendant que l’on retrouve plusieurs des personnages qui ont jalonnés les précédents tomes, qui s’apprêtent à faire face à leur destin, Angelino, Vinz, et Willy (un troisième loser) tentent de leur côté d’atteindre la maison de Willy, car ce dernier assure y avoir caché beaucoup d’argent…
Sous le soleil de plomb californien, l’Apocalypse semble bien s’être invité à Dark Meat City. Et si pour ses habitants, on est plus proche de l’enfer que du paradis, pour nous petit lecteur, c’est jubilatoire. Chaque page est une nouvelle explosion d’action, chaque case regorge de détail, et on est captivé de la première à la dernière page par les catastrophes qui croisent la route des héros. C’est drôle, beau, dingue, et brillant.
Et puis cette semaine, il y a aussi le deuxième tome de The Grocery. Je suis fan du dessin de Guillaume Singelin depuis la sortie de King David, chez KSTR, en 2008. Il avait déjà un style à part et un trait magnifique, il a ensuite dessiné Pills, toujours chez KSTR, puis a rejoint le label 619. On l’y a vu dans Doggybags d’abord, puis dans the Grocery, avec Aurélien Ducoudray au scénario. L’excellent premier tome de cette série est sorti il y a un an, et ce tome 2 est du même niveau.
Les auteurs nous plongent dans le quotidien d’un quartier malfamé de Baltimore. Il y a Elliot, fils de l’épicier du quartier, d’une naïveté déconcertante, Sixteen, corner boy parmi tant d’autres, qui deale sans même se demander s’il pourrait faire autre chose de sa vie, et puis il y a des dizaines d’autres personnages, tous occupés à essayer de survivre et sortir leur épingle du jeu dans un contexte difficile et violent. Le thème et les situations abordés le sont d’une manière documentée et critique, sans jamais que les auteurs ne soient moralisateurs. Dans le deuxième tome, on retrouve tous les personnages, les intrigues avancent mais il serait compliqué de toutes les résumer ici tant elles sont nombreuses (et puis ça gacherait le plaisir).
The Grocery est sans doute encore plus addictif que la mauvaise dope que refourgue Sixteen. Le contexte est hyper réaliste, mais les scènettes réussissent à être en même temps très dures et hilarantes. Le quotidien des gamins des rues, des ex-taulards, des sdf qui se promènent sur les pages n’est pas drôle du tout, mais Aurélien Ducoudray arrive à glisser l’humour là où on ne l’attend pas. Guillaume Singelin de son côté, mixe avec aisance le doux et le trash, le mignon et l’insoutenable. Ses personnages, aux traits animaliers sans être bien définis, parviennent en un sourire, un regard, à dégager beaucoup d’expressivité. Les couleurs sont fascinantes. C’est même plus une lumière, comme dans un film, comme dans la vraie vie, qui donne une atmosphère vraiment particulière. C’est en même temps crade et lumineux, rétro et très moderne. Tout comme Mutafukaz, même si les titres sont très différents, on a ici l’impression de lire quelque chose qu’on n’avait jamais lu. C’est comme regarder un reportage captivant, mais avec une grosse dose d’humanité, et beaucoup de décalage aussi. Impossible de ranger le titre dans une simple case, mais ce qui est dingue, justement, c’est que les deux auteurs excellent au delà d’un simple style. The Grocery ça n’est pas juste passionnant, hilarant, dur, beau, instructif, ou barré, c’est tout en même temps, et toujours très bon.
Je crois que vous l’aurez compris au nombre de superlatifs qu’on croise dans ces lignes, je ne peux que vous conseiller très fort de découvrir ces deux séries, si vous n’avez rien contre un peu d’hémoglobine et d’humour décalé, s’entend.
Et puis je ne l’ai pas précisé plus tôt mais un autre des gros point fort des titres du label 619, et de ces deux titres, donc, c’est la beauté de l’objet. On sent vraiment que les auteurs et l’équipe éditoriale apportent énormément de soin au choix du format, à la qualité du papier, des encres…et c’est un régal supplémentaire. Il y a, en plus, pleins de petits bonus qui terminent de rendre les titres parfaits et indispensables.
Mutafukaz tome 4 et The Grocery tome 2
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La Grande Évasion, c’est une série de one-shot publiés chez Delcourt, sur le thème de l’évasioncarcérale (un des concepts Delcourt, qui est de compiler des titres, toujours des histoires complètes en un seul tome sur un thème donné, du chiffre 7 au signe du Zodiaque, en passant par l’évasion, donc). Après VOID 01, que j’avais eu l’occasion de chroniquer (il y en a eu d’autres), celui qui sort cette semaine, c’est Fatman. Un titre très différent du précédent, puisqu’on passe de la SF à quelque chose de très réaliste, mais qui est tout aussi cool.
Carl est un homme à priori sans histoire qui vit chez une petite mamie en Angleterre. Mais c’est aussi un homme célèbre, car il a réussi à s’évader de prison et a même écrit un livre. sa logeuse est d’ailleurs la seule à lui avoir donné une chance de vivre une vie paisible, désormais. Mais son petit train-train se retrouve chamboulé quand deux américains viennent lui proposer un boulot sans trop lui donner le choix de refuser. Il doit venir avec eux et faire évader un ancien patron du Crime vieillissant, sur la demande de son frère. Mes les deux gus charger de ramener le bonhomme à son nouvel employeur doutent un peu que cet immense obèse du genre mutique soit un vrai maître de l’évasion…
Cette bd ressemble à un film d’action américain, avec des personnages assez stéréotypés, pas mal d’action, mais surtout un scénario qui réserve bien des surprises. C’est une histoire complète vraiment plaisante à lire, Carl, le héros, est intéressant, et les magouilles qu’on découvre au fur et à mesure changent la donne presque à chaque page.
Il n’est jamais trop tard pour un conseil-cadeau de dernière minute n’est-ce pas ? Bon, la seule condition c’est d’avoir accès à la bibliothèque de la personne à qui vous voudrez les offrir, car le premier est une réédition, sortie en juillet dernier, et le second est une série dont c’est le deuxième tome. Mais s’ils n’y sont pas, vous pouvez foncer les yeux fermés, c’est du très très bon (et puis sinon, c’est aussi un cadeau à vous faire avec les bons cadeaux que vous allez peut-être recevoir).
Batman Année Un
Batman Année Un, qui fait partie de la sélection Angoulême 2013, est un petit bijou noir qui date de la fin des années 80. En 1985, DC décide de donner un coup de jeune à toutes ses séries, et charge des scénaristes de réécrire l’histoire de pas mal de super-héros. Pour Batman, c’est plus compliqué, parce que bon, déjà c’est Batman, et puis que son passé est vraiment intéressant. C’est finalement le grand Frank Miller (Sin City, 300…il avait d’ailleurs déjà travaillé sur la série Batman avec The Dark Knight) qui s’y colle, mais seulement au scénario cette fois. Au dessin, il demande David Mazzuchelli, et force est de constater qu’il a eu raison.
Bruce Wayne revient à Gotham City après de nombreuses années passées à l’étranger. Ses parents sont morts quand il était enfant, et il veut aujourd’hui trouver un moyen de lutter à son échelle contre la criminalité à Gotham. Alors il s’entraine, à peu près discrètement, sur le terrain, à devenir celui que l’on connaitra bientôt sous le nom de Batman. Parallèlement, James Gordon vient d’arriver au sein de la police de Gotham. C’est une mutation disciplinaire, et il aurait préféré tenir sa femme éloignée d’une ville pareil, surtout maintenant qu’elle est enceinte. Flic intègre, il va vite découvrir la corruption de ses collègues, et décider de faire son job, même si ça n’est pas du goût de tout le monde…
Batman Année Un est un polar hyper réaliste, passionnant et génial. Tout le long de ce one-shot (histoire complète), on suit, en parallèle, l’arrivée à Gotham des deux personnages principaux de la série Batman. Ils ne se connaissent pas encore mais partagent le même sens aigu de la justice. Peu à peu, les rouages du destin les rapprochent l’un de l’autre…Frank Miller a su re-créer le héros, mais aussi son univers, en lui donnant une densité exceptionnelle. Tout à coup Batman n’est plus un riche homme d’affaire qui veut se venger, c’est un homme façonné par les drames qui ont jalonnés sa vie et qui, aujourd’hui, ne veut plus que quiconque connaisse les mêmes souffrances. Le commissaire Gordon gagne lui aussi en épaisseur, avec des doutes et des remises en questions qui le rendent plus fort. Miller apporte en fait énormément d’humanité à chacun de ses personnages…car Wayne et Gordon ne sont pas les seules têtes connues à évoluer dans ce Année Un, il y a aussi cette jeune femme, criminelle sublime qui vit entourée de chats…Le trait de David Mazzuchelli colle si parfaitement à l’histoire de Miller qu’on sent tout de suite qu’ils sont fait l’un pour l’autre. Sombre, rétro, beau et réaliste, il nous plonge dans une ambiance de vieux polar 50′s à la sauce Gotham City.
Ce comics est un véritable indspensable pour tous les fans de l’homme chauve-souris. Petit bonus, mais pas des moindres, le comics est agrémenté d’un superbe dossier hyper bien réalisé et documenté, avec des croquis, des extraits de scénarios et de storyboard, une postface des deux auteurs et de nombreux autres documents.
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Rising Stars
J’en avais déjà parlé à l’occasion de la sortie du tome 1, mais ce deuxième tome est l’occasion de remettre le couvert. Sincèrement, aucun amateur de comics ne devrait passer à côté de celui-ci. C’est une série d’une telle qualité, et vraiment si incroyablement cool que tous ceux qui aiment les histoires de super-héros devraient l’avoir dans leur bibliothèque.
J. Michael Straczynski est un mec un peu fou. Créateur de la série Babylon 5, il a décidé de s’attaquer au monde du comics en créant un univers de toute pièce. Et plutôt que de se contenter d’imaginer un super-héros, il s’est dit que ce serait plus rigolo d’en créer…113. C’est ainsi qu’est né Rising Stars. 113 enfants nés dans une petite ville américaine en 1969, après qu’une boule de feu en ait traversé le ciel, développent sans qu’on comprenne pourquoi des pouvoirs plus ou moins exceptionnels. Étudiés mais aussi formés pendant toute leur enfance, ils ne sont pas tous égaux en puissance. Certains peuvent lire dans les pensées, voler, etc…Certains ont pu tirer profit de leur don en devenant adultes, mais d’autres en ont des complètement inutiles, et vivent une vie plutôt banale. Dans le premier volume, conçu comme un polar, on retrouve ces ‘spéciaux’ alors que deux d’entre eux ont été assassinés. Et il est assez clair que c’est un des cent onze autres qui a fait le coup. Alors Poète mène l’enquête, sans pouvoir imaginer où cela va le mener…
Dans le deuxième tome, on retrouve une Amérique bouleversée par les évènements du premier opus, survenus dix ans plus tôt. Les habitants vivent dans la terreur depuis que les spéciaux n’en font plus qu’à leur tête, allant même jusqu’à s’octroyer pour certains la ville de Chicago, sous les ordres de Stéphanie Maas, ou Maas Critique. Et même ceux qui ne veulent aucun mal à leurs concitoyens vivent comme des parias. Alors Poète, Ravenshadow et Chandra, trois des spéciaux qui faisaient partie des héros du premier volume décident d’arrêter les agissements de Maas critique, en espérant ramener la paix.
Ce nouveau tome est tout aussi cool, prenant, et explosif que le premier. On quitte le ton du polar pour de l’action pure, mais on retrouve tous les personnages géniaux rencontrés précédemment. Ils ont vieillis, mûris, et leurs actes sont influencés par leur expérience et leurs réflexions sur ce qu’ils doivent apporter au monde, en contrepartie de ces dons qu’ils n’avaient jamais demandé à obtenir. C’est sans doute là la grande force de Rising Stars, mêler bastons incroyables et réflexions sur le destin, et notre rôle à jouer sur terre. Bien plus profond qu’il n’en a l’air, ce comics nous interroge sur la soif de pouvoir, mais aussi la dualité entre notre envie d’être quelqu’un d’exceptionnel tout en aspirant à une vie paisible. Les personnages de Rising Stars n’ont pas demandés à être spéciaux, mais doivent vivre avec ce fardeau. Cela ne les empêchent pas d’aimer, de haïr, d’avoir des rêves et des aspirations comme tout le monde. Aucun ‘méchant’ ne l’est par hasard et la plupart des spéciaux cachent en eux des souffrances qui font d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. J. Michael Straczynski prend vraiment le temps de développer les intrigues entre ses personnages, et distille par endroit des détails qui semblent insignifiants, avant de jouer un rôle majeur quelques chapitres plus loin, rendant la lecture encore plus plaisante et prenante. Graphiquement, le trait est classique mais n’en est pas moins superbement réussi, ce qui achève de rendre cette série si indispensable. Rising Stars sera une série complète en trois volumes (le troisième n’étant pas encore paru).
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Aimez-vous les jolies histoires ? Parce qu’aujourd’hui j’en ai une pour vous. C’est d’abord une histoire d’amitié entre Jim Henson et Jerry Juhl. Si jamais leurs noms ne vous disent rien, ils sont derrière des émissions et films cultes, comme The Muppets Show ou Dark Crystal. Et parmi les scénarios qu’ils ont écrit, il y en a un qui leur tenait particulièrement à cœur, mais qui n’a jamais vu le jour sur grand écran : Tale of Sand. Un projet un peu trop fou qui n’a jamais trouvé de producteurs. 30 ans plus tard, ce scénario a été retrouvé par hasard parmi les archives de la Jim Henson Company, et c’est là qu’est née l’idée d’en faire quelque chose. La bande dessinée sait, avec des auteurs talentueux, se rendre très cinématographique, et le justement très talentueux Ramon K. Pérez s’est vu confié cette mission un peu folle d’adapter ce scénario en comics…
Mac est un jeune homme comme tous les autres, au milieu de la foule, en pleine fête, dans une petite ville américaine. Il atterrit sans bien comprendre comment dans le bureau du shérif, qui lui confie une carte et un sac à dos rempli avec deux-trois trucs qui pourraient lui servir. Et il lui promet 10 minutes d’avance. Sur qui sur quoi ? Il n’en sait fichtrement rien, mais il va vite comprendre que, s’il veut se tirer de ce pétrin incompréhensible, il va falloir qu’il soit aussi rapide que malin…
Ce comics complètement surréaliste file à cent à l’heure, et il va falloir retenir son souffle pour tenir le rythme. Dans le désert où court Mac, il croise autant de décors improbables que de personnages haut en couleurs, qui pour la plupart ne lui veulent pas vraiment du bien. Mac détale à toute allure, n’a pas le temps de réfléchir à l’étrangeté de la situation ni à pourquoi qui que ce soit lui en voudrait. C’est son instinct qui dicte ses pas, et il va vite comprendre qu’il ne peut faire confiance à personne, dans cet étrange désert.
Si, parmi les gens que vous voulez gâter à noël, vous avez un cinéphile amateur de bd, vous risquez bien de l’épater avec cette merveille. Tale of sand est déroutant, surprenant, mais surtout très prenant. La bd est quasiment muette et pourtant très bruyante, ce sont des pages immobiles mais on la termine presque exténué. Jim Henson et Jerry Juhl ont créé là une histoire pleine d’humour, d’action et de folie, et Ramon K. Pérez a su rendre par le dessin toute l’énergie que le scénario dégageait. Son trait est fin et beau, ses personnages très élégants et ses décors riches de mille détails. Sa mise en scène s’affranchit des statiques cases bien ordonnées. Ici elles sont de toutes les tailles, dans tous les sens, parfois même les unes sur les autres. Ce qui n’empêche pas la lecture d’être incroyablement fluide. La mise en couleur est en même temps totalement farfelue et parfaite, alternant les passages où elle est classique et réaliste et d’autres où elle ne ressemble plus à rien de connu. Le désert devient violet ou bleu, la pénombre d’un bar abandonné jaune moutarde…
Tale of sand est en même temps une excellente bd et une vraie expérience de lecture, qui nous fait perdre tous nos repères et nous mènent par le bout du nez.
Ce comics est un double coup de maitre. D’abord Jim Henson et Jerry Juhl, qui ont su raconter une histoire complètement folle, avec le génie qui les caractérise, puis Ramon K. Pérez qui a réussi à transformer ce scénario dingue en bd géniale.
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