Posts Tagged ‘enquête’

Happy !

25 septembre 2013  |  Comics, Coups de coeur

Nick Sax est un ancien flic reconverti en tueur à gage. Il avait tout pour lui : une brillante carrière, une épouse aimante…Et puis comme souvent dans ces cas-là, tout a foiré et le voilà seul, couvert d’eczéma et alcoolique, passant ses journées à liquider des sales types pour le compte d’autres crapules.

Quand cette histoire commence, le dernier contrat en date de Nick tourne mal, et il termine à l’hôpital . Quand il rouvre les yeux, il voit en face de lui un petit âne-licorne volant qui semble tout droit sorti d’un Tex Avery. ‘Happy’ lui demande son aide.

Nick Sax n’est pas le genre d’homme à offrir son aide à qui que ce soit, surtout pas à une hallucination passablement agaçante. Mais il est dans un sacré pépin et il aurait bien besoin d’un allié…

Ce comics complètement déjanté signé Grant Morrison (Batman : Arkhan Asylum, Superman All-Stars, WE3) et dessiné par Darick Robertson (Transmetropolitan, The Boys) pourrait être indigeste mais s’avère excellent. Imaginez un univers de polar glauque et violent, saupoudrez un peu de mignon par-dessus, et vous aurez une sorte de Roger Rabbit très trash. C’est improbable, mais sacrément réussi. Il faut dire que le duo maitrise parfaitement les codes du comics sombre et barré. ils n’avaient donc plus qu’à laisser l’absurde envahir leur terrain de jeu pour construire Happy ! On sent entre chaque ligne le plaisir qu’ils prennent à casser leurs habitudes, à se surprendre eux-même, à secouer le jouet qu’ils ont entre les mains. Et forcément quand deux auteurs aussi talentueux s’amusent, le résultat est jubilatoire. Le dessin est très bon, sombre, froid, servi par une colorisation qui rend l’atmosphère encore plus glaciale, et par dessus, le souriant petit Happy volète à travers les cases, comme une improbable lueur d’espoir dans le recoin le plus malfamé qui soit. Les dialogues de Grant Morrison sont aussi bons qu’à son habitude, et on se régale du début à la fin.

Happy ! est clairement à déconseiller aux âmes sensibles et réservé à un public averti, mais ravira tous ceux qui n’ont rien contre une virée dans un quartier sordide remplit de truands sans états d’âmes et de flics véreux.

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Montage tomes 1 et 2

Yamato, âgé d’une dizaine d’année, rentre de l’école avec une de ses amies. Les deux enfants tombent nez-à-nez avec un homme blessé qui, avant de mourir, révèle à Yamato que son père est à l’origine du ‘vol des 300 millions de yens’ perpétré dans une banque tokyoïte en 1968. Peu de temps après, le cadavre du père de Yamato est retrouvé, et ce dernier est recueilli par les parents de son amie, qui l’élèvent comme s’il était leur fils.

Six ans plus tard, devenu adolescent, il tombe sur un billet caché dans les affaires de son père. Un billet tâché de sang dont le numéro correspond bien à l’un de ceux dérobés lors du braquage. Ce qu’il ignore encore, c’est que cette découverte va bouleverser sa vie et celle de ses proches. Il ne pourra dès lors plus faire confiance à personne, et va devoir être sacrément débrouillard.

Ce thriller japonais, dont les deux premiers tomes paraissent simultanément cette semaine, est haletant et riche en rebondissements. Yamato et Miku, son amie d’enfance, se retrouvent les pions d’une machination qui les dépassent. Le délai de prescription pour le vol est largement dépassé et le butin du braquage fait tourner bien des têtes. Le dessin est beau, maitrisé, avec une mise en scène efficace et des décors soignés. Les personnages sont denses et bien construits, certaines scènes se révèlent violentes, mais ce sont surtout les non-dits qui apportent une grande tension au récit. ‘Ne fais confiance à personne’ furent les derniers mots prononcés par le mourant, et comme le héros, on cherche à déceler chez chaque personnage les indices qui nous permettront de savoir s’ils sont dignes de confiance…

Montage est un manga particulièrement captivant et réussi.

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Monster Club tome 1

11 septembre 2013  |  Bande dessinée

Fin du XIXème siècle, les explorateurs parcourent le monde à la découverte d’espèces, de paysages, de peuples encore inconnus. Dans cette effervescence, il y a aussi ceux qui rêvent d’être les premiers à prouver l’existence des créatures les plus mystérieuses et improbables.

A Londres et à Baltimore, deux clubs d’aspirants cryptozoologues se montent presque simultanément, et choisissent tous deux de se baptiser ‘Monster Club’. Bien entendu, chacun veut être le seul à conserver ce nom. Ils décident de s’affronter en duel. Le célèbre explorateur Mappleson vient d’être rapatrié de Sibérie, à moitié mort. Il aurait découvert là-bas une vallée peuplée d’animaux disparus. Les deux petits groupes partent alors chacun de leur côté, et le vainqueur sera celui qui atteindra la vallée en premier.

Coups bas, mauvaises rencontres et péripéties en tous genres vont rythmer leurs aventures.

Si cette histoire est fictive, la fascination pour les monstres et créatures en tout genre n’a jamais cessé d’exister. Monstre du Loch Ness, Yéti, Kraken, même les avancées scientifiques n’enlèveront jamais aux rêveurs l’espoir d’un jour les rencontrer pour de vrai. Masbou et Leprévost imaginent ici deux clubs qui s’affrontent alors qu’ils se ressemblent finalement beaucoup.  Cela donne un début de série rythmé, drôle, et qui plaira à tous ceux qui espèrent que les mythes et légendes contiennent une part de réalité.

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2 Guns

4 septembre 2013  |  Comics

Steven Grant trouvait les flics sous couvertures inintéressants pour ses scénarios. Puis il s’est mis à les voir différemment. Des ‘gentils’ qui se font passer pour des ‘méchants’. « Devenir ce qu’on affronte pour l’anéantir ». Une idée absurde qui, tout à coup, lui a paru séduisante pour démarrer une histoire.

Prenons deux flics sous couverture œuvrant pour des services différents. Ils ne se connaissent pas, et vont se rencontrer sous leur fausse identité de crapule. Ensemble, ils vont monter un braquage. Quelle est la limite ? Font-ils toujours leur travail ou sont-ils devenus des criminels ? Essaient-ils de se truander l’un l’autre ?

Marcus Steadman fait partie des Marines, Bobby Trench bosse pour la DEA. Et il va falloir qu’ils soient sacrément bons s’ils veulent se sortir du guêpier où ils se sont fourrés sans le savoir.

Ce comics signé Steven Grant au scénario, et Mateus Santolouco au dessin est un one-shot aussi déjanté qu’explosif. Les héros sont deux losers qui ont vite fait de ne plus savoir à qui ils peuvent se fier. Et puis toutes les personnes à qui ils décident de faire confiance meurent, ce qui n’est pas très pratique. L’histoire est blindée de rebondissements improbables, mêlant l’action à l’absurde, sur fond de machination inter service. Les gentils deviennent méchants, mais les méchants sont toujours de vraies pourritures. Le duo Marcus/Bobby est diablement efficace et on a vraiment envie qu’ils s’en sortent, même si ça semble mal engagé.

Le dessin de Mateus Santolouco manque peut-être un peu de finesse, mais il n’en reste pas moins très dynamique et expressif, et les scènes d’action s’enchainent à un rythme haletant.

La bd a d’ailleurs inspiré un film, qui sortira en France le 25 septembre prochain.

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Queen & Country

14 août 2013  |  Comics, Coups de coeur

Au sein des services secrets anglais, une petite unité s’occupe de missions à hauts risques en dehors du territoire. Il y a Paul Crocker, le directeur des opérations, et ses trois vigies, Tom Wallace, Tara Chace et Edward Kittering. Tara est peut-être la plus talentueuse de cette équipe d’élite, aussi douée au combat que pour l’infiltration, son sang froid et ses qualités tactiques lui permettent de se tirer des plus mauvais pas.

De la Bosnie aux beaux quartiers de Paris, on suit l’agent Chace pendant ses missions, mais aussi de retour au bercail, dans les locaux du S.I.S. Cette série scénarisée par Greg Rucka nous plonge dans le quotidien pas vraiment glamour des agents secrets. Longs moments d’ennuis et courtes périodes d’action violentes et dangereuses, relations compliquées inter-services, affaires personnelles qui prennent le pas sur les décisions de la hiérarchie, magouilles politiques et séances de psy. Et au milieu de tout ça, des hommes et des femmes qui essaient de préserver leur santé mentale malgré les crimes et les drames qu’ils côtoient quotidiennement. Queen & Country est une série aussi passionnante qu’addictive.

La narration, très immersive, ne s’embarrasse pas de longues explications sur le fonctionnement de l’organisation. Pourtant, l’auteur parvient à rendre le fonctionnement des différents services très accessibles, et il n’est de même nul besoin d’être au fait de la situation géopolitique mondiale dans ses moindres détails pour ressentir la tension qui émane des lieux où se déroulent l’action.

Un élément surprenant mais très réussi, c’est le changement régulier de style graphique. Greg Rucka reste seul maitre à bord côté scénario, mais les dessinateurs changent au fil des missions. Si le noir et blanc est conservé d’une histoire à l’autre, on peut passer d’un dessin très réaliste à des personnages plus cartoon. C’est au départ assez troublant, mais finalement très enrichissant car chaque dessinateur s’approprie l’histoire, et nous offre une nouvelle facette de Tara et de ses acolytes. Les personnages qui perdurent d’une aventure à l’autre sont suffisamment identifiables et peu nombreux pour qu’on ne se demande jamais plus de quelques secondes qui est qui. La lecture est fluide, et ces changements offrent une expérience de lecture vraiment intéressante, avec des rythmes et atmosphères très différents.

Et puis il y a Tara Chace. Personnage féminin rare dans la fiction, puisque le scénariste l’a pensée comme un agent, et pas comme une femme qui serait accessoirement agent. Elle est cool parce qu’elle est charismatique et douée dans son boulot, pas grâce à des attributs sur-développés ou une tenue très moulante. Queen & Country est une excellente fiction réaliste qui ne s’encombre d’aucun cliché. Une excellente surprise, à qui l’éditeur Akileos offre une très belle édition intégrale en trois volumes.

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