Posts Tagged ‘enfance’

Funérailles, le nouveau spin-off de Freaks’ Squeele

Florent Maudoux est un auteur extrêmement talentueux. Plus qu’une simple bd, c’est tout un univers qu’il a créé avec Freaks’ Squeele. Et si la série principale est excellente, les deux spin-off qu’il a imaginé sont du même niveau. Ainsi, après le très beau Rouge, dessiné par Sourya, qui aborde l’adolescence de Xiong Mao, c’est au tour de l’énigmatique Funérailles d’avoir sa série rien qu’à lui, et cette fois-ci Florent Maudoux officie au scénario comme au dessin.

Avant de fuir parce que vous n’avez jamais lu Freaks’ Squeele : sachez que vous pouvez (et devriez vraiment) lire Funérailles. Si on retrouve le superbe dessin de Florent Maudoux, et son talent pour raconter les histoires, Funérailles prend place dans une époque lointaine, et ne se base donc pas sur la série principale. Le ton est aussi très différent. C’est d’ailleurs assez bluffant de voir comment il arrive à transposer son style d’un genre à l’autre, sans perdre une miette de ce qui rend sa narration si addictive.

Il était une fois…

…un chevalier valeureux mais pauvre, épris d’une superbe princesse. Le jeune homme parvint à se faire un nom à la seule force de son épée, et pu ainsi épouser l’élue de son cœur. Neuf mois plus tard, le couple eut un fils, Scipio, promis à un brillant avenir…Si Funérailles était un conte de fée, c’est cette histoire qui nous serait racontée. Mais les contes ne sont que ce qu’on veut bien nous montrer, et l’intrigue qui se déroule en coulisse est toujours bien plus complexe que l’on ne l’imagine.

Ici, le beau chevalier n’est pas le seul maitre de sa si admirable destinée, et la naissance de l’héritier marque le début, et non la conclusion, de cette histoire. Car dans le secret de la chambre où elle accouche, la princesse, prêtresse de la maison de l’Araignée, donne naissance à…deux garçons en parfaite santé. Un tel évènement est annonciateur de drames à venir, et la conseillère de Lucianne la convainc aussitôt de se débarrasser du second bébé, avant que quiconque ne soit mis au courant.

Ce que les deux femmes ignorent, c’est que l’enfant a survécu au triste sort qu’elles lui réservaient, y laissant au passage un bras et une partie de son visage. Élevé par un chirurgien de talent, le garçon, baptisé Pretorirus du Serpent par son père d’adoption, grandit, s’instruit…et finit par croiser la route de Scipio.

On ne peut se soustraire au Destin, et tous les habitants de Rem savent que le jour où naitront deux enfants identiques entrainera la fin de la Civilisation. Ce qu’ils ignorent, c’est que ce jour est déjà arrivé…Funérailles prend racine dans les contes et légendes anciennes, mais aussi, comme l’expliquait Florent Maudoux en interview, dans des éléments de notre histoire récente comme la Guerre du Vietnam. On retrouve également, comme dans les deux autres séries, pleins d’éléments de pop culture, des mangas aux jeux vidéos, du comics au cinéma. Et ce mélange d’influences est parfait, offrant un univers aussi riche que dingue.

Le dessin est superbe, et tous les personnages sont beaux, même (et surtout) les freaks et estropiés qui vivent dans les bas-fonds de la cité. L’histoire est ici en couleurs (contrairement à la première édition de Freaks’ Squeele qui est en partie en noir et blanc) mais la colorisation ne s’impose jamais trop pour ne pas dévorer les milles détails qui composent chaque case. Les décors sont grandioses, mais savent aussi s’effacer dans les moments les plus importants de l’histoire. Et s’il se passe énormément de choses dans ce tome, si les personnages interagissent beaucoup, les regards à eux seuls ont bien des choses à raconter. Il y a celui de Scipio, au départ débordant de la joie naïve d’un enfant et qui s’endurcit au fil des pages, quand l’œil valide de Pretorius conserve toujours la même énergie et la même force puisées dans les épreuves qu’il a déjà traversé.

La fin de ce premier volume s’ouvre sur un univers complètement différent, et on ne peut que trépigner d’impatience en attendant la suite (mais le sixième tome de Freaks’ Squeele nous permettra de patienter…).

Funérailles, c’est un livre beau, autant par le dessin que l’objet lui-même (la tranche noire nous plongeant avant même de l’ouvrir dans une atmosphère angoissante), mais c’est aussi, et surtout, une histoire captivante, pleine d’intrigues qui s’entremêlent et de personnages charismatiques. Une saga très sombre, à l’univers dense, qui s’annonce vraiment excellente. Derrière les apparences flamboyantes, la réalité fait froid dans le dos.

Funérailles tome 1 sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Billy Brouillard – Les Comptines Malfaisantes tome 2

Si vous êtes comme moi, il est fort possible que dans la liste de vos vies parallèles rêvées, ‘être ami-e avec Billy Brouillard et vivre avec lui d’incroyables aventures’ soit en bonne place. Car Billy Brouillard, petit aventurier qui possède le don de trouble vue, combat les démons les plus effrayants, étudient les créatures les plus étranges, et se lie d’amitié avec tout un tas de fantômes, de sirènes, et d’autres êtres invisibles à nos yeux.

A défaut de pouvoir le rencontrer, Guillaume Bianco, son auteur, nous permet de piquer les livres de sa bibliothèque. Car il y a en effet, sagement rangées sur son étagère, 13 comptines malfaisantes, regroupées en coffrets, et dont le deuxième opus sort aujourd’hui en librairie. Le premier était paru en 2009 (déjà !), et c’est avec le même plaisir que l’on retrouve les garnements qui sont les héros, bien malgré eux, des comptines.

Ce deuxième coffret comporte trois petits livres, pour 4 comptines. Chacune d’elles nous raconte des histoires d’enfants bien désobéissants qui ont appris ce qu’il en coûtait de contrarier les démons qui hantent la nuit ou pire encore…leurs parents.

Les histoires sont courtes (comme toutes les comptines) mais ont quelque chose de magique. On y retrouve le magnifique dessin de Guillaume Bianco, tout comme son talent pour raconter des histoires pleines d’humour, de créatures dégoutantes et de poésie.

Les thèmes qui peuvent être sources d’angoisse pour les enfants sont ici abordés (car Billy Brouillard est avant tout une série jeunesse) : les angoisses nocturnes, la mort…avec en fin d’histoire, à chaque fois, quelques conseils farfelus pour gérer au mieux ces situations.

Encore une jolie nouveauté chez Métamorphose, qui ravira, à n’en pas douter, toutes et tous les fans de Billy.

Billy Brouillard – Les Comptines malfaisantes – Coffret T2 sur Amazon, et chez votre libraire préféré.

Coeur de pierre, le petit bijou de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza

9 avril 2013  |  Coups de coeur

Nombreuses sont les madmoizelles qui, a raison, aiment le travail onirique et délicat du dessinateur Jérémie Almanza. Il travaille notamment sur la sublime série Eco, scénarisée par Guillaume Bianco, publiée chez Métamorphose. Il avait aussi signé Aristide Broie du Noir, scénarisé par Séverine Gauthier (également à l’œuvre sur le joli premier tome de Couette). C’est avec elle qu’il revient pour un nouveau titre jeunesse (mais à lire absolument même quand on est grand) Cœur de Pierre. Une histoire d’amours à sens unique sous forme de poême.

Un petit garçon nait, et face à son cœur que l’on n’entend pas, les médecins ont un diagnostic sans appel : il est né avec un cœur de pierre. Il ne saura ni aimer, ni s’émerveiller, ni même s’amuser. Le même jour, une petite fille nait. Et quelle surprise en découvrant que son cœur est un artichaut. Il bat la chamade au rythme de jolies mélodies. La fillette ne sera qu’amour et joie de vivre.

Quand la petite fille au cœur d’artichaut croise le petit garçon au cœur de pierre, elle tombe éperdument amoureuse de lui. Elle en perd un peu la tête, ne sait plus se concentrer sur rien. Tout ce qu’elle veut, c’est qu’il accepte enfin son cœur qu’elle lui offre chaque jour, en vain. Ce que la petite fille au cœur d’artichaut ne sait pas, c’est que pendant ce temps-là, quelqu’un la regarde…

Ce joli conte où la délicatesse de l’incroyable dessin de Jérémie Almanza répond à la poésie des mots de Séverine Gauthier nous offre un véritable petit moment d’enchantement. C’est beau, c’est doux, c’est triste aussi. Il y a les grands yeux pétillants de la petite fille, les décors biscornus et incroyables, la richesse des détails, et les couleurs superbes.

C’est un conte pour enfant, mais qui ne pourra que parler aux grands. Combien de filles ont abimé leur cœur en aimant des garçons au cœur de pierre ? C’est un peu nos histoires d’amour à tous que l’on lit à travers l’histoire de ces deux-là.

Un très très très joli titre, que l’on achève un peu changé…

Coeur de pierre sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Roji

4 avril 2013  |  Non classé

Un petit shojo mignon et plutôt jeunesse parait depuis quelques temps chez Ki-Oon. Ca s’appelle Roji, petit revue.

Un petit groupe d’enfants, dans un quartier résidentiel, passent le temps en inventant mille et un jeux dehors. Cache-cache, explorations, enquêtes, le quotidien de leur petite ville semble en proie à de drôles d’évènements, et elles sont peut-être les seules à pouvoir élucider tous ces mystères.

Tout en couleur, Roji nous présente donc cette ville pas comme les autres, par le prisme de ces petits qui partent à l’aventure dès qu’ils notent quelque choses d’anormal, ou qu’ils entendent une nouvelle légende. En réalité, leur quotidien ressemble à celui de n’importe quel gamin en été, qui va s’imaginer milles et unes histoires incroyables. Des chats aux pouvoirs bien plus grands que tout ce qu’on peut imaginer, des petites fées qui veillent au grain, une météo joueuse et une nature surprenante, autant de prétextes pour de courtes enquêtes et autres promenades parmi les rues du quartier.

Roji est vraiment un manga jeunesse, à offrir donc plutôt autour de vous, histoire d’initier les petits au manga avec une histoire vraiment adapté et de jolis dessins. Mais n’hésitez pas à le leur piquer quand même pour un mignon moment de lecture.

Roji ! tome 1 sur Amazon et chez vote libraire préféré.

Courtney Crumrin tome 6 – Courtney et le Dernier Sortilège

Ted Naifeh est un très grand auteur. Son dessin est superbe, les mondes qu’ils créent sont emplis de poésie, et ses histoires sont pleines d’humour et de rebondissements.

Courtney Crumrin est une de ces séries qui, tome après tome, nous rend un peu plus attaché à son héroïne et au monde incroyable qui l’entoure.

Au tout début de l’histoire, Courtney est une petite fille bien malheureuse. Ses parents emménagent chez le grand oncle de Courtney, Aloysius, pour profiter de son statut et de sa richesse afin d’accéder à un statut social bien plus valorisant. Pendant ce temps, elle, doit s’adapter tant bien que mal à un collège déprimant, où elle ne se fait aucun  ami. C’est finalement dans les recoins sombres du manoir, mais aussi dans la forêt d’Hillsborough que Courtney fera les rencontres qui vont changer sa vie. Car si la petite banlieue cossue où elle atterrit ressemble à toutes les autres, elle est pourtant peuplée de Créatures de la Nuit. Et puis il y a ce vieil oncle revêche, qui a finalement bien à lui apprendre, sur le monde comme sur elle-même.

Dans le sixième tome, qui parait aujourd’hui, Courtney a encore plus de problème que d’habitude. L’Assemblée des sorciers réclame qu’elle rende des comptes pour ses derniers agissements, et vont jusqu’à charger Aloysius lui-même de ramener sa petite nièce au bercail pour qu’elle soit jugée. L’occasion pour chacun de se montrer tel qu’il est réellement, et pour les mystères restés en suspends de se résoudre, enfin…

Même si on s’apprête à quitter Courtney, et ceux qui ont fait partie de sa vie depuis son emménagement à Hillsborough, avec un pincement au cœur, ce sixième est dernier tome est un régal. Le récit est rapide et riche en rebondissements, à l’image de la fuite en avant de l’héroïne, qui sait que sa sanction, si elle est attrapée, sera de ne plus être une sorcière. Et que restera-t-il d’elle si la magie ne doit plus faire partie de sa vie ? Dans ce tome, elle va encore apprendre, grandir, et devoir prendre des décisions par elle-même, tout en sachant cette fois-ci que son grand-oncle ne sera pas là pour réparer ses bêtises dès qu’elle se sera un peu trop mise dans le pétrin.

Comme toujours, le trait tout en finesse de Ted Naifeh fait mouche. Chaque case est superbe, les décors poussent au rêve, et les personnages ont une élégance toute victorienne. La petite Courtney gagne en charisme à chaque page, à ce moment de sa vie où elle doit commencer à choisir par elle-même ce qui sera son destin, et à accepter ses responsabilités. Même si le récit est sombre, et que l’on tremble pour elle, l’auteur n’arrête pas pour autant de glisser dans ses dialogues l’humour décalé dont il sait faire preuve.

En fait, lire Courtney m’a toujours donné cette impression d’errer dans une forêt effrayante, en pleine nuit, et de tomber tout à coup sur une petite clairière éclairée par la lune, rassurante et presque féérique. Car si Ted Naifeh pourra faire penser au Burton des débuts (l’ambiance familiale me rappelant, pour ma part, celle de Beetlejuice), il crée, avec un talent de conteur rare, un récit lumineux avec des éléments de décor sombre. Dans ses histoires,les plus effrayants sont souvent les plus gentils, les laissés pour compte souvent les plus cool, et les freaks sont finalement délicieusement banals.

Cette série désormais achevée est un vrai petit bijou, à découvrir absolument si ça n’est pas déjà fait. Et pour les fans, ruez-vous sur ce dernier opus, vous ne serez pas déçu-e-s.

Courtney Crumrin, Tome 6 : Courtney Crumrin et le dernier sortilège