Posts Tagged ‘dupuis’

Sirène

27 mai 2013  |  Coups de coeur

Magda est enceinte. Complètement déboussolée par cette nouvelle, elle prend sa voiture pour retrouver son amoureux, Nour, et voir avec lui quoi faire, pour ce bébé, et pour leur couple aussi, peut-être. Sur son chemin elle croise une toute jeune femme, silencieuse et troublante de beauté. Elle semble connaitre Nour, alors Magda décide de l’emmener avec elle, pour comprendre.

Sirène est un voyage étrange. Pour Magda, mais aussi pour le lecteur, qui se perd avec délice dans les silences, les regards, les esquisses de geste, et le calme presque effrayant de la Méditerranée. Le dessin de Daphné Collignon est superbe. Magda et la mystérieuse voyageuse, sont aussi belles l’une que l’autre, avec leurs yeux profonds, leurs bouches charnues, leurs gestes délicats. Les couleurs sont aussi chaudes que l’air que respire Magda, et le trait est en même temps presque violent et empli de douceur, et surtout très sensuel.

Lire Sirène donne l’impression de faire un songe éveillé. On ne peut plus lâcher le dessin du regard, et si la bd conserve un format plutôt classique (à part quelques magnifiques pages aux allures de carnet de voyage), la narration est parfois mise en pause, quand l’auteur change de style graphique, ou s’attarde sur les paysages, des détails architecturaux…On perd vite nos repères, nous aussi, se sentant presque comme Magda, perdue face à ses interrogations, la peur de cette discussion qu’elle aura avec Nour, cette vie qui grandit déjà en elle. Sirène parle de maternité, non pas d’une manière physique, mais raconte plutôt ce coup de massue qui laisse l’héroïne hébétée, errante, ne sachant même plus qui elle est vraiment.

C’est un voyage étrange auquel nous convie Daphné Collignon. D’un regard, Magda nous capture, nous trouble, nous transporte par la poésie des mots et la fragilité des gestes, puis nous dépose sur le rivage, apaisé.

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Le blog de Daphné Collignon

Beauté tome 3 – Simples mortels

9 mai 2013  |  Coups de coeur

Le troisième et dernier tome de Beauté est paru la semaine dernière, et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une vraie merveille. Il y a d’abord la couverture, sublime, pleine de poésie et de magie. L’intérieur est tout aussi bien.

Morue est une jeune fille bien malheureuse. Elle est d’une laideur sans pareille, et pue le poisson, puisqu’elle passe ses journées à en écailler. Tout le monde se moque d’elle au village. Quand elle croise la route d’une petite créature qui lui dit être une fée, et lui propose un vœu, elle n’hésite pas. Elle veut être belle. Mab n’a pas le pouvoir de la transformer, mais grâce à son sort, tous ceux qui poseront les yeux sur elle verront la plus sublime des femmes.

Mais ce que Morue prend pour la fin de ses malheurs n’est que le début d’ennuis plus grands encore. Les hommes deviennent fous dès qu’ils la voient, les femmes la détestent instantanément. Elle se dit qu’elle mérite le meilleur, et qu’elle doit tout faire pour l’avoir. Ce dont elle n’a pas conscience, c’est qu’elle blesse bien des gens sur son passage…Et qu’elle devra payer son égoïsme.

Sous ses allures de conte de fée, Beauté va bien plus loin. L’héroïne n’est pas une passive princesse qui attend que le prince s’occupe de son destin.  Elle aurait dû être cantonnée à un rôle de personnage secondaire, voir de figurante, se voit offrir une chance d’être une héroïne, et n’a dès lors d’autre objectif que de l’être pleinement. La plus belle femme du monde ne mérite-t-elle pas la plus belle des vies ?

Mais qu’est ce qu’est réellement le bonheur ? Être riche et provoquer le désir et l’envie chez tous ceux dont on croise la route ? Tout comme Morue, rebaptisée Beauté par son premier mari, ne fait qu’avoir l’air d’être belle, cette existence de faste auquel elle aspire n’est-elle pas faite d’illusions ?

Beauté a du caractère, beaucoup, et des défauts. Elle a une soif de succès insatiable, mais elle fait parfois les mauvais choix, et en subit les conséquences. Elle n’a rien à voir avec la douce héroïne de conte de fée, qui n’a d’héroïne que le titre, puisqu’elle n’est jamais maitresse de sa vie. Beauté est égoïste, souvent cruelle, détestable…Pourtant on ne peut s’empêcher de l’aimer, tant elle déborde d’humanité. Comment lui en vouloir quand le sort semblait la prédestiner à  une vie de malheur, et qu’on lui a offert l’opportunité de changer la donne ? Comment ne pas tout vouloir quand on n’a jamais rien eu ?

Ce troisième tome conclue donc, merveilleusement, l’histoire intelligente, parfois drôle, souvent cruelle, de la petite Morue devenue Beauté. Hubert, le scénariste, signe ici un conte remarquablement écrit, profond et plein de rebondissements. A noter cependant que, même si la série est pré-publiée dans Spirou, elle n’est pas du tout tout public. Certaines scènes sont vraiment dures, violentes.Mais les dialogues sont savoureux et tout le texte est plein de poésie. Et que dire du dessin des Kerascoët ? Il est léger, délicat, et superbe. Beauté nous envoûte nous aussi. Si belle, si charismatique, et troublante d’érotisme… La colorisation est assez simple, mais les illustrations sont si fines que les auteurs ont trouvé là un équilibre parfait. Elle offre des atmosphères, plus que des détails supplémentaires qui alourdiraient l’ensemble.

Beauté est une très belle bande dessinée, qui ravira celles et ceux qui aiment les contes. Une histoire pleine de poésie, servie par un dessin magnifique, et où les femmes reprennent la place qu’on leur a rarement donné dans les contes de fées.

Ma chronique du tome 1

Le magnifique blog/site des Kerascoët

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Abymes tome 2

26 février 2013  |  Coups de coeur

Le deuxième volet du tryptique Abymes vient de paraitre, et c’est toujours aussi bien et original. Pour rappel, l’idée de Valérie Mangin, la scénariste : trois histoires liées les unes aux autres par le thème de la mise en abyme (une histoire dans l’histoire). Avec à chaque fois un artiste comme personnage principal, et un dessinateur différent. Le premier tome s’intéressait à Balzac, le deuxième se penche sur le réalisateur Clouzot, et le troisième sera sur la scénariste elle-même.

Henri-Georges Clouzot est un cinéaste encore jeune, mais déjà connu au moment où se déroule la bande dessinée. Le tournage de son prochain film, juste après la guerre, est très mouvementé car on lui reproche ses relations avec l’ennemi pendant l’Occupation. Mais plus encore que les manifestations et les critiques de la presse, c’est au sein du tournage que les problèmes s’accumulent. Clouzot pousse à bout l’actrice principale, Suzy Delair, les réactions avec l’équipe sont très tendues, et, fait inquiétant, un plaisantin remplace les rushs par des scènes réelles qui n’auraient jamais dû se retrouver sur bobines. Le réalisateur frise la folie, et tout le monde se demande si le film pourra voir le jour…

Une nouvelle fois, Valérie Mangin mêle l’Histoire à la fiction, et on a vite du mal à démêler, si l’on ne connait pas bien la vie du cinéaste, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Elle s’amuse avec cette idée de mise en abyme, où l’histoire du film se mêle à l’histoire réelle, et inversement, nous perdant pour mieux nous surprendre ensuite. A nouveau, c’est aussi une plongée au frontière de la folie que l’on retrouve dans ces pages, pour un polar surprenant et très agréable à lire. Le dessin, cette fois-ci signé Loïc Maltani, est classique mais réussi, et s’adapte vraiment au ton de l’histoire, entre bd historique et polar.

Abymes, Tome 2

Abymes tome 1

Voilà un triptyque qui s’annonce aussi original que captivant et qui va sortir à un rythme rapproché. Le premier tome, dessiné par Griffo, vient de paraitre et c’est vraiment une jolie surprise. L’idée de Valérie Mangin, la scénariste, est de liée par des ficelles qu’elle seule actionne, trois histoires, trois destins, sur le thème de la mise en abyme. Chaque tome est une histoire complète, mais c’est donc aussi une série, et ce premier volume s’intéresse à Honoré de Balzac.

Balzac a une trentaine d’année. Auteur à succès, il travaille en ce moment à son feuilleton la Peau de Chagrin. Mais qu’elle n’est pas sa surprise quand, en lieu et place du premier chapitre de son roman dans le journal qui le publie, il trouve un feuilleton dont le héros est…Balzac ! Racontant, avec une écriture qui rappelle énormément celle de l’auteur, le passé mais aussi le présent d’Honoré, cette publication anonyme devient rapidement la farce qui amuse le tout-Paris. Deux points aussi étranges l’un que l’autre, l’auteur semble connaitre les secrets les plus enfouis de Balzac, mais également capable de prédire ce qui se passe dans l’exacte présent, voir l’avenir puisqu’il raconte en général la journée qui suit la parution…Au départ amusé et flatté qu’un feuilleton lui soit consacré, Balzac devient rapidement furieux de voir ainsi sa vie tournée en ridicule, le faisant passer de mondain à guignole. Il décide alors de remonter à Paris, retrouver le farceur et le convaincre d’arrêter tout cela.

Ce polar, légèrement teinté de fantastique, nous plonge dans le Paris mondain et littéraire du XIXème siècle. Biographie revisitée de l’auteur, les faits réels et la fiction se mêlent dans une histoire pleine de rebondissements et vraiment passionnante. Le dessin de Griffo est superbe avec de beaux décors, mais surtout des personnages qui ont de vraies ‘gueules’, la mise en couleur également, et on plonge avec délice dans cette bande dessinée pleine de surprises, si bien construire qu’elle en est presque étourdissante et nous mène par le bout du nez.

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La Grande Odalisque

18 septembre 2012  |  Coups de coeur

La Grande Odalisque associe trois grands noms de la bd actuelle : Ruppert et Mulot, qui travaillent d’habitude en duo, et Bastien Vivès. Ensemble, ils ont imaginé une histoire de cambrioleuses sexy et bourrée d’action.

Alex et Carole bossent ensemble depuis des années, et elles sont très douées. Même si les affaires de cœur de Carole viennent constamment parasiter leurs missions. Mais ce coup-ci, Alec accepte un grand coup, presque impossible : voler la Grande Odalisque. Et il faudra le faire en plein jour. Pour augmenter leurs chances, elles intègrent une nouvelle au groupe, Sam, championne de moto, qu’elles vont former tout en préparant leur nouveau cambriolage.

Le trio revisite et modernise le mythe de la cambrioleuse sexy, s’inspirant notamment du manga Cat’s Eyes. Ils signent ainsi une bd palpitante, pleine de rebondissement, et vraiment plaisante à lire. Le trait simple et élégant de Bastien Vivès, qui rend toujours les filles qu’il dessine insaisissables et fascinantes, colle parfaitement à ce trio d’héroïnes explosives. Le scénario, et les dialogues, sont eux aussi vraiment géniaux. Alternant entre dialogues savoureux et drôles, et scènes explosives.

Une très bonne bd, bourrée d’action, mais pleine d’humour aussi.

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