Aux Etats-Unis, de nos jours, un vieux et son petit-fils jouent aux dames dans un parc. Le lieu n’est pas anodin. Si le grand-père l’a choisi, c’est pour fêter un anniversaire, celui de la mort de deux hommes, Sacco et Vanzetti. De quoi piquer la curiosité du jeune homme. Et c’est ainsi que le petit vieux revient sur un épisode de l’histoire dont on ne se souvient plus. Une erreur judiciaire, mais plus encore, un pan de l’histoire des Etats-Unis dont on ne parle plus.
Sacco et Vanetti étaient tous les deux italiens, venus aux Etats-Unis dans l’espoir de jours meilleurs. Tous deux, via des parcours différents, sont devenus anarchistes. Luttant, avec des centaines d’autres. Il furent exécutés en 1927, à Boston. mais avant leur mise à mort, leur situation a provoqué des dizaines de manifestations, partout dans le monde. Parce que la Justice va parfois un peu trop vite en besogne pour désigner des coupables, même sans vraies preuves…
Dense et très documenté, cette bande dessinée nous plonge dans les Etats-Unis des années 20, à travers le regard d’un fils d’immigré italien qui a vécu tout ça par le regard de ceux qui l’entouraient (il était lui-même trop jeune pour participer activement à la lutte à ce moment-là). C’est un instantané vraiment intéressant de ce qu’était la vie à ce moment-là, et également un regard sur la Justice, et la Politique, qui s’entremêlent parfois un peu trop volontiers quand il s’agit de servir des intérêts communs…
American Tragedy : L’histoire de Sacco & Vanzetti sur Amazon
Cette bande dessinée est la première d’une série dédie aux Reines de Sang.
Aliénor, Duchesse d’Aquitaine, mariée à 15 ans à Louis XII fut l’une des premières reines à agir sur la politique du pays…Et a marquer l’histoire.
Aliénor est une jeune femme de caractère, bien entendu, être une femme, d’autant plus aussi jeune, devrait l’obliger à rester à sa place, mais elle n’en fait qu’à sa tête. S’attirant autant d’ennemis que d’alliés qu’elle séduit. Car si le jeune Roi lui est tout entier dévoué, il n’est pas le seul…
Intrigante, calculatrice et menteuse, Aliénor est insupportable. Et pourtant, on ne peut qu’admirer sa force de caractère, car sa condition de femme ne l’arrête pas une seconde, à une époque où elle devrait se cantonner à jouer les potiches.
Son histoire est fascinante, et très bien racontée dans ce premier tome. Cette série sera l’occasion de découvrir des parties moins connues de notre Histoire, et des personnages qui l’ont influencée. Des personnages qui, et ça n’est pas si courant à cette époque où elles étaient censées s’effacer derrière leur mari, sont des femmes.
Les reines de sang, Tome 1 : Aliénor, la légende noire sur Amazon
Un nouveau très bon titre dans la série des ‘Sept’ chez Delcourt. Un des meilleurs de la collection à mes yeux.
Ulydas, nouveau roi du clan des Drakonspacci, parcourt le monde afin de tuer les sept derniers dragons. Son équipage est plus qu’incongru : une amazone, un guerrier asiatique, un sage africain qui connaît l’avenir, et enfin son jeune frère, qu’il est revenu chercher après des années d’absence. Ce dernier s’interroge, d’ailleurs : pourquoi mettre sa vie en péril au lieu de gouverner son royaume ? Mais Ulydas a des secrets, des crimes à expier, et plus encore, un destin.
Sept Dragons est la preuve qu’on peut faire du très bon dans un one-shot assez court. L’histoire est certes dense, mais le scénario est impeccable et on est complètement pris dans l’aventure. Le dessin est lui aussi vraiment magnifique, on en prend plein les yeux. L’une des grandes réussites de cette BD, c’est qu’il ne s’agit pas d’une suite de ‘un dragon/un combat’, mais bien d’une quête qui croise la route de ces géants majestueux, et évolue à chaque étape. Les décors sont somptueux et les dragons tout autant.
J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le fait qu’ils soient tous différents, et respectueux des légendes locales (le dragon d’Asie est réellement inspiré des estampes japonaises, le dragon des mers est un vrai monstre marin…).
Les personnages ont une histoire riche, et à chaque fois suffisamment développée pour qu’on ne reste pas sur sa faim. Les secrets nous sont révélés au fur et à mesure que l’équipage avance dans sa mission, jusqu’à la lutte finale, dangereuse et décisive… Un énorme coup de cœur.
Marie vient d’arriver en Algérie pour y devenir institutrice. Nous sommes en 1945, le pays est une colonie française.
La jeune femme a des projets et des espoirs pleins la tête. Pour elle, faire son travail, c’est créer et faire perdurer une classe mixte, où les enfants algériens et français étudient ensembles. Mais ses idées sont loin d’être partagées par tous…
Leçons coloniales est une ou plutôt plusieurs histoires dans l’Histoire. Un regard de l’intérieur sur une période particulière, pendant laquelle les tensions grandissaient. L’héroïne porte une regard naïf et positif sur la colonisation, pensant réellement que le peuple algérien va un jour être considéré par les métropolitains comme son égale…Dans sa classe, ses élèves français apprennent l’arabe, et elle remue ciel et terre pour que les enfants du pays intègrent sa classe, voulant leur offrir un avenir meilleur. Pendant les quelques mois où l’on va la suivre, on rencontre différents personnages dont la vie va également être influencée par les évènements. Deux jeunes amoureux algériens, qui essaient de construire quelque chose, entre tradition et modernité, des élèves des deux cultures, des commerçants français venus faire fortune en Algérie et se sentent tout puissants…
Un instantané intéressant et bien écrit, en un seul tome, qui permet de découvrir une partie de notre histoire, un peu plus éloignée, malheureusement trop méconnue. Sans parti pris ni moralisation.
Dans la série manga au thème étrange, on continue avec Mitsuko Attitude, qui au premier regard ressemble à un shojo comme les autres…
Mitsuko vient de perdre son père, après avoir déjà perdu sa mère il y a quelques années. Dynamique et débrouillarde, elle envisage d’abord de vivre seule…puis finalement part habiter chez son oncle et sa tante, en compagnie de son cousin, qui a le même âge qu’elle, de sa petite cousine de 6 ans, et de leur chien petit Four (qui porte très bien son nom). L’occasion de découvrir la douceur d’un cocon familial…mais aussi d’aller de surprises en surprises, en ce qui concerne les habitudes de la maisonnée pour rester en bonne santé…
Mitsuko Attitude est présenté comme un manga où l’on apprend à mener une vie plus saine…Et même si effectivement, manger plus de fruits et moins de plats en sauce, c’est bien, je ne suis pas sûre que beaucoup de lecteurs vont se mettre aux lavements au café en refermant ce manga. Je l’ai plus vu comme un manga rigolo qui aborde les thèmes de l’alimentation, de l’hygiène, d’une manière légère et décalée.
Après l’excellent Jeu vidéo, voici le second opus de la compilation du blog de Bastien Vivès.
Cette fois-ci, le thème est la famille, et inclue toutes les possibilités que cela implique (parents-enfants, frère-soeur, père de famille avec un pote…).
A nouveau, des strips de quelques pages puisque souvent tirés du blog, qui font mouche à chaque fois.
Si le Jeu Vidéo se moquait gentiment des gamers, la Famille est aussi trash qu’hilarant. Parce que oui, clairement, il ne faudra pas s’attendre ici à une vision proprette et attendrissante des relations entre les membres d’une famille. Entre le père qui parle à sa fille de gang bang et de descentes d’organes avant qu’elle rejoigne son petit ami, le petit garçon qui se voit offrir un vrai pistolet pour son anniversaire, ou le père de famille qui trouve sa vie nulle, Bastien Vivès fait preuve d’un humour noir qui égratigne bien comme il faut.
Méchant mais drôle donc, et toujours ce trait incroyable.
Jenny est déjà connue en France pour ses deux très bonnes séries, Pink Diary et Mathilde. Elle a réussi, avec Pink Diary, à faire du manga à la française, avec un résultat vraiment plaisant. Un beau dessin, es personnages attachants, et des thèmes propre à l’adolescence abordés sans tabou.
Avec Mathilde, elle s’est essayé avec tout autant de succès au format bd, tout en restant dans une histoire très shojo, drôle et pétillante.
La voici qui revient à ses premiers amours, format manga, avec une série de Magical Girl (le plus connu du genre : Sailor Moon). Si j’étais un peu sceptique (ne doutant pas du talent de Jenny, mais autant je suis accro aux shojos en tout genre, autant dès qu’il y a de la magie je décroche…), je suis au final vraiment conquise par cette histoire pétillante et rigolote.
Sara est une ado comme les autres, joyeuse et dynamique et qui ne ménage pas ses efforts pour que sa vie de famille conserve un tout petit peu de douceur. En effet, son père s’épuise au travail et n’est jamais là, et sa mère tient une petite librairie et vit plongée dans ses bouquins. Autant dire que le dernier repas à trois remonte à des lustres.
Pour garder un peu le contact avec sa mère, elle vient l’aider à la librairie après ses cours. C’est là-bas que sa vie va basculer (je n’en raconte pas trop sinon ça n’est pas rigolo), et que d’ado sans histoire, elle va devenir la seule à pouvoir rétablir l’équilibre de son monde. En effet, des dizaines de personnages de contes de fées se sont retrouvé parachuter dans notre univers, et si notre monde se retrouve alors en danger, c’est aussi toute la magie des contes de fées qui risque de disparaitre, puisqu’elle se retrouve dispersée dans le monde réel…
Sara, aidée d’une petite fée et de pouvoirs magiques, va devoir se retrousser les manches et faire preuve de courage et d’inventivité.
Le dessin de Jenny est toujours aussi frais et pétillant. Et si l’histoire peut paraitre très jeunesse au premier coup d’oeil, c’est plutôt une histoire pour les petites filles devenues grandes mais qui continuent d’aimer les contes de fées. Drôle et rythmé, ce manga est une excellente surprise, et j’attends la suite impatiemment (les deux premiers tomes sont sortis en même temps.
Sara et les contes perdus tome 1 sur Amazon (tome 2 également disponible)
Zodiaque est la nouvelle série de one shot de chez Delcourt (chez la plupart des éditeurs, on retrouve de plus en plus ce système qui permet de lire, au choix, un seul titre et de parfaitement le comprendre, ou d’acheter la série complète, et de découvrir ainsi une histoire plus dense). Les deux premiers tomes viennent de paraitre. Le Défi du Bélier, et le Secret du Taureau (au cas où le titre de la série n’était pas assez clair, oui il va être questions de signes astrologiques).
Cette série légèrement fantastique raconte donc une histoire différente à chaque fois, mais elles sont toutefois toutes liées.
Dans le premier tome, on suit Stephen Aries, flic de Chicago, qui enquête sur un tueur en série. Ce dernier donne des indices avant de commettre ses crimes, mais la police n’arrive jamais à l’arrêter à temps…Son surnom ? le Bélier. Mais les secrets de son passé rattrape le policier, et semble se mêler inextricablement à l’enquête, faisant de lui le principal suspect…
Dans le deuxième, John Bull est un ex trader reconverti, qui gère tranquillement la fondation qu’il a fondé grâce à sa fortune passée. Mais une jeune journaliste vient le voir, avide d’en savoir plus sur son succès aussi rapide que légendaire dans le monde de la bourse…
Si les histoires, les personnages, les lieux, semblent n’avoir rien à voir, les héros cachent bien des secrets, liés, à ce que l’on en devine à leur signe astrologique. Pour certaines personnes, notre signe astrologique en dit long sur notre caractère, mais si pour quelques élus, c’était bien plus que ça ?
Dans cette série, le fantastique se mêle au quotidien, à travers la vie de 13 personnages (il y aura les douze signes du zodiaque, plus un mystérieux).
On peut un peu regretter que le format one shot empêche un développement aussi dense que le sujet l’aurait mérité. Raconter une histoire de cette manière oblige un peu à faire l’impasse sur le développement de la psychologie des personnages. Cependant, Zodiaque reste une série agréable à lire, avec de bons scénarios et un dessin agréable. Et pour l’instant il n’y a que deux tomes, mais l’histoire pourrait bien prendre de l’épaisseur avec les suivants…
Décidément, il m’arrive de plus en plus souvent d’être agréablement surprise par une bd que j’ai commencée en me disant que ça allait être juste sympa, pour finalement la dévorer avec un plaisir incroyable.
Big Crunch en fait partie. La couverture comme le titre ne m’inspiraient pas plus que ça et pourtant !
Big Crunch, c’est du comics à la française, et si l’exercice est clairement casse-gueule, Rémi Gourrierec a vraiment réussi son coup.
A Paris, des évènements étranges ont agité le quotidien, et fait les gros titres un moment. Sans qu’on sache pourquoi, une personne dans la ville se transforme tout à coup en un monstre incontrôlable qui détruit tout sur son passage. Heureusement, en même temps que ce phénomène, Cosmos est arrivé. Cosmos, un super-héros comme dans les comics, masqué et qui terrasse l’ennemi. Ou plutôt le maitrise jusqu’à ce qu’il retrouve forme humaine. Car grâce à Cosmos, les humains transformés ont pu retrouver leur vie sans séquelle.
Aujourd’hui c’est devenu la routine, et quand une transformation a lieu, personne ne s’inquiète, Cosmos n’est pas loin.
Oui mais si, une fois, il ne venait plus ? Peut-on vraiment s’en remettre à une seule personne, qui plus est un total inconnu face à un danger dont on ne sait rien ?
Big Crunch se déroule justement au moment où Cosmos disparait sans explication. On va ainsi suivre trois frangins, deux ados et un plus petit, ainsi qu’une amie de l’un d’entre eux, qui se retrouvent embarqués malgré eux dans une histoire qui les dépasse. En parallèle, un journaliste part à la recherche d’informations sur le héros…
Le dessin, la narration, très rythmée et découpée en chapitre, mais aussi et surtout une histoire vraiment originale font de ce premier tome une très très jolie surprise. Les personnages sont attachants et le fait qu’ils ne soient pas adultes rend tout ça encore plus crédible. Ce sont des enfants, ils agissent sans se poser de questions.
C’est drôle, vraiment prenant, et je l’ai refermé le sourire aux lèvres. Impatiente de connaitre la suite de leurs aventures…
Dans le comics, il y a ceux qui reprennent des super-héros déjà existants pour leur faire vivre de nouvelles aventures, et puis ceux qui tentent d’en créer un nouveau (peu de ceux-là restent dans les annales, le lecteur de comics ne va pas abandonner si facilement Spiderman ou Thor…). Et puis, il y a des grands malades, comme J. Michael Straczynski (également créateur de la série Babylon 5) qui, plutôt que d’en créer un…décident d’en créer 113. Bien sûr, ils ne sont pas tous aussi développés, n’empêche que ces cent treize-là n’existaient pas ailleurs que dans son esprit avant la première page de ce génialissime Rising Stars.
1969, une boule de feu traverse le ciel d’une petite ville américaine. On n’en saura pas beaucoup plus sur ce phénomène, mais ces conséquences ont toute leur importance. Car tous les enfants dans le ventre de leur mère à ce moment-là vont développer des pouvoirs. Parfois complètement inutiles, d’autre fois incroyables. Le gouvernement américain, face à tout ça, prend rapidement les choses en main, en essayant de ne pas provoquer de crise ou de panique. Tous les enfants en questions sont rassemblés, étudiés, et dans le même temps on leur apprend à découvrir et à développer leurs capacités.
C’est sur un évènement dramatique, bien des années plus tard, que tout commence. Un meurtre. Plus exactement le second meurtre, et en très peu de temps, d’un des ‘spéciaux’. Les deux victimes sont inconnus du public, et pour cause, leurs pouvoirs sont assez inutiles. Mais l’un d’eux était invulnérable (ce qui en soit parait cool, sauf qu’être invulnérable sans être puissant n’a pas grand intérêt), et l’on peut se demander comment le tueur a trouvé le moyen de lui régler son compte.
Et il n’y a qu’une seule explication. Le tueur connait ses victimes, leurs pouvoirs mais aussi leurs failles. C’est l’un d’eux, un des spéciaux, qui a décidé de faire le ménage parmi leurs rangs. Alors Poète, l’un des plus solitaires et des plus taciturnes de la bande, part à sa poursuite, sans vraiment savoir, pour l’instant, qui de ses cent dix camarades restant a bien pu péter les plombs…
Rising Stars est donc un projet à moitié fou. Celui de créer une histoire incroyablement dense, au sein d’un univers créé de toute pièce, avec un nombre impressionnant de personnages, qu’ils soient importants pour l’intrigue, ou bien seulement secondaire.
C’est comme un Cluedo à grande échelle, où le tueur, caché parmi ses victimes, frappe sans qu’on puisse savoir à l’avance où il le fera, et de manière chaque fois différente.
Et plus encore que le ‘Qui ?’ la question qui hante Poète, c’est ‘Pourquoi ?’. Il va le savoir bien assez tôt, et comprendre que cette vague de crimes va avoir des conséquences inimaginables, que ce soit pour ses congénères, ou pour le reste de l’humanité…
Rising Stars était déjà paru en France il y a une dizaine d’année (ce qui m’a surpris d’ailleurs, car la série n’a pas pris une ride), mais ne s’était jamais terminée, l’éditeur en question (Semic) ayant coulé. Delcourt reprend donc le flambeau et publiera, en trois tomes, l’histoire complète.
Et c’est une très bonne nouvelle car ce comics est vraiment excellent. Que ce soit son scénario hyper prenant, ses personnages géniaux, le dessin vraiment très bon, et même les couleurs, Rising Stars est une petite tuerie. Tantôt drôle ou dramatique, on s’en prend pleins les yeux. L’avalanches de spéciaux pourrait vite tourner indigeste mais il n’en est rien, J. Michael Straczynski réussit le pari fou de rendre ses 113 héros accessibles. Au moins une vingtaine d’entre eux ont une histoire, des pouvoirs et un caractère bien développés, et l’on plonge avec délectation dans cette enquète hors-norme.
A lire absolument si vous aimez les comics, impossible que vous en ressortiez déçu.
