Honte à moi, dans mon best of 2010, en parlant du meilleur de 2009, je n’ai parlé que du fabuleux Mauvais Garçons, en oubliant Jolies Ténèbres, alors que bon, c’est bien un incontournable aussi…de ceux qui remuent le cœur et les tripes et marquent à jamais.
En tout cas, parce qu’une fois qu’on a goûté à ce genre de sensations fortes avec une bd entre les mains on a du mal à s’en passer (et c’est très rare, d’être remuée à ce point, retrouver cette émotion n’en est donc que plus précieux), j’étais fébrile en commençant Cœur de Glace. Parce qu’au scénario il y a Marie Pommepuy, l’une des deux membres de Kerascoët (au dessin sur Jolies Ténèbres), et qui avait également participé au scénario.
Cœur de Glace est une adaptation libre de La Reine des Neiges, conte de Hans Christian Andersen. Une adaptation délicieuse et cruelle. Car, tu le sais déjà grâce à Jack, les contes sont en même temps poétiques et horribles. Un mélange de jolies choses et d’atrocités…
C’est l’histoire d’une petite fille, Gerda, qui part à la recherche de Kay, son ami d’enfance, emmené par la Reine des Glaces. Pendant son périple elle rencontrera sorcières et ogres, animaux magiques et enfants monstres. Elle souffrira beaucoup, grandira, car son chemin sera long et semé d’embûche, mais ne perdra jamais vraiment son but…
Gros coup de cœur pour moi que ce Coeur de Glace, qui m’a rappelé en même temps les contes de mon enfance, mais aussi, Jolies Ténèbres donc (ce fut un plaisir) mais aussi la merveilleuse série Fables, autant dans le dessins que l’histoire. Le dessin n’est cette fois ci par des Kerascoët, mais c’est finalement parfait aussi, le trait de Patrick Pion, ainsi que la colorisation donnant un côté très old school à l’ensemble, donnant l’impression d’une bd ancienne.
J’ai frissonné, sourit, et me suis retrouvé touchée par ce conte où merveilles et cruautés sont parfaitement dosées.
Un petit bijou que ce Cœur de Glace, de quoi commencer l’année en beauté…
Bon, je n’ai pas complètement fini mes chroniques de l’année, mais j’ai envie, aujourd’hui, de dresser un petit bilan très personnel de ce qui a été, selon moi, le meilleur de la bande dessinée, du manga, et du comics (même si pour cette dernière catégorie, j’en ai moins lu) sur tout 2010. Je me dis que ça peut aussi te servir, jeune madmoizelle, à piocher pour trouver quelques idées cadeaux, à J-4. Histoire de briller de mille feux sous le sapin, lors du déballage de cadeau. (les liens sur les titres renvoient vers les chroniques, histoire de te faire une idée).
D’abord. Rappelons la meilleure bd de 2009, et d’ailleurs la meilleure bd du monde à mes yeux. Sublime, émouvante, sexy et délicieuse. Mauvais Garçons, de Dabitch et Flao. Comment te dire. Le dessin de Flao, la plume de Dabitch, des mauvais garçons et du flamenco. Un genre d’équation parfaite.
Cette année, l’histoire la plus touchante, la bd qui m’a collé un sourire en béton armé pour plusieurs heures, c’est Lydie. Une histoire d’amour entre une mère et sa fille décédée, entre cette maman que le sort abime, et tous les habitants de sa rue, qui se plient en quatre pour la voir sourire…
La bd la plus poétique, troublante et étrange, c’est Cœur de Papier. Une histoire sur l’enfance, l’amitié, la maladie, mais bien plus encore…Pleine d’onirisme, de rêveries, de cruauté et de beauté.
La plus adorable bd romantique, c’est Comme ton Ombre, avec au scénario l’auteure de la Rose Écarlate. Un premier tome tout frais et mignon, qui se dévore comme une sucrerie.
La meilleure série fantastique, c’est Zombillénium, d’Arthur de Pins. Drôle et à mille lieue des titres habituels du genre, l’auteur y distille son dessin génial et son talent pour les dialogues qui font mouche. Les monstres c’est plus ce que c’était, et plus d’une Madmoizelle a adoré…Juste derrière quand même, je voudrais reparler de Chambres Noires, une histoire de fantômes et d’escrocs, drôle et barrée, avec un dessin très très beau.
La meilleure série comics, c’est Fables, qui est juste absolument géniale. Le monde des Fables, dans les Etats-Unis d’aujourd’hui. Plusieurs d’entre vous ont déjà succombé…Toujours en comics, une jolie surprise qui s’appelle Scalped, un premier tome violent et prenant, dans la moiteur d’une réserve indienne…
La meilleure série manga, c’est sans conteste Pluto, qui se retrouve d’ailleurs en sélection un peu partout dans les festivals. Une histoire mi-polar mi-SF, un hommage au père du manga comme on le connait aujourd’hui, Tezuka, et tout le talent d’Urasawa, peut-être le meilleur mangaka, et assurément un scénariste de génie. Je n’oublie toutefois pas mon péché mignon, le shojo, avec Cat Street, la nouvelle adorable série de l’auteure d’Hana Yori Dango
Et puis il y a les meilleures suites, parce qu’il y en a deux ex aequo. Freaks’ Squeele, la série aussi géniale que barrée sur des wannabe super héros un rien loser, et Geek and Girly, mon coup de cœur à moi. Malheureusement l’éditeur arrête la publication, mais les deux adorables auteures ont promis de continuer la série sur un autre support !
La palme du plus beau dessin compte également des ex aequo, avec le merveilleux Yaxin the Faun, et le fabuleux Dernier des Mohicans. Je pèse mes mots hein, avec ces deux bd je me suis pris une claque à chaque case.
Ensuite on fait encore plus fort avec un double ex aequo, parce que je serais incapable de les départager. Je décerne le prix (très subjectif, je suis toute seule comme jury, héhé) de la bd la plus drôle, et de la bd la plus stylée à Manabé Shima, le carnet de voyage le plus classe, le plus hilarant, le plus génial du monde, par le tout aussi génial Florent Chavouet, et à Monkey Bizness, qui, derrière un titre digne d’un son de rap US, une couverture chatoyante, et un éditeur qui déboite (sans compter des auteurs au CV plutôt classe : ce sont les mecs des Lascars) cachent une merveille d’humour crétin, de violence gratuite, et de répliques cultes, ça a été ma plus grosse meilleure surprise de l’année. Je m’attendais à un truc pas mal, j’en suis ressorti K.O.
Enfin, la Madmoizelle de l’année, c’est clairement Milady de Winter, aussi sexy qu’effrontée, battante et séductrice. On adore la détester, et puis elle en a tellement bavé qu’on s’attache quand même à elle. C’est une peste, oui, mais une adorable peste…Juste derrière tout de même, la douce Elinor Jones. Tout le contraire de Milady par le caractère, mais pleine de rêve et de créativité. Une héroïne romantique et en même temps très moderne (l’histoire se passe à l’époque victorienne).
Et puis bien sûr, pour d’autres bd, il y a les chroniques bd de Pénélope !
Voilà voila. Une année riche en découverte, en nouveaux talents, en amûûûr, en humour crétin et en dessins qui te mettent une claque. Une année délicieuse en somme, que j’ai aimé partagé avec vous toutes, Mesdemoizelles (instant émotion). Et avec 2011 c’est reparti pour un tour !
Pour l’Empire est une bd étonnante, en même temps récit épique et éthéré, où l’on ne sait plus vraiment s’il est question d’histoire ou de fantastique, avec un graphisme vivant et tranchant, et des couleurs incroyables, en même temps violentes et pleines de magies.
Je n’ai pas lu le premier volume, mais dans ce deuxième opus, on suit une troupe de guerriers, en quête de la terre promise. Mais, eux qui s’attendent à ne traverser que paysages de désolations et difficultés, découvrent avec surprise, sur leur chemin, une vallée luxuriante et accueillante, pleine de fruits. Le confort fait relâcher sa garde, et ils vont dès lors apprendre à leur dépends à ne pas toujours se fier aux apparences, et qu’une frêle femme peut cacher une guerrière sanguinaire.
Christophe Blain est connu, notamment, pour Gus, une bd composée de strips plus ou moins longs, mais toujours hilarants, racontant le quotidien d’un cow boy un peu loser.
Il reprend cette construction sur Quai d’Orsay, mais s’associe à Abel Lanzac, qui fut conseiller dans un ministère, pour raconter avec humour le quotidien de ce monde très fermé.
Arthur est embauché pour s’occuper ‘des langages’ au sein du ministère des Affaires Etrangères. Sa mission, écrire les discours du ministre. Mais déjà que la tâche en soi n’est pas simple, il va vite s’apercevoir que TOUT LE MONDE met son grain de sel dans l’affaire, et il va vite se retrouver à modifier son discours au fil des conseils donnés par un peu n’importe qui, et à suivre les directives aussi vagues que farfelues de son Ministre. Car Alexandre Taillard de Worms est des ces hommes au charisme si fort que tout le monde le suit, même si personne ne comprend jamais où il veut en venir. Et le pire dans tout ça, il s’avère qu’au final il a quasiment toujours raison.
Drôle et farfelu, Quai d’Orsay nous plonge dans le quotidien en ébullition de cette phase cachée du Pouvoir. Certaines scènes sont aussi absurdes qu’hilarantes, et la bd nous fait réfléchir sur tout l’envers du décor. Passionnant et surtout complètement barré , mais peut-être pas autant que ceux qui nous dirigent.
Je profite de la sortie du tome 4 (sur 5) de cette excellente série, pour te la faire découvrir.
Cellule Poison est sans conteste l’un des meilleurs polars en bd, et c’est avec un plaisir total que j’ai dévoré les 4 premiers tomes…
Claire, jeune fliquette, devient Clara, et infiltre un réseau de prostitution qui démarre en Albanie pour arriver jusqu’en France. Mais ce genre de chose se fait rarement sans égratignure, et Claire n’en ressortira pas indemne. Très bon polar d’infiltration, Cellule Poison décrit également le monde de la prostitution, sans gros effets ni fantasmes, et l’on plonge ainsi dans ce milieu froid et dégueulasse. Mais parce que l’auteur, Laurent Astier, ne se contente pas d’un banal jugement sans profondeur, en plus de décortiquer tous les rouages de ces réseaux, il plonge également son lecteur dans l’histoire de l’Albanie, pays meurtri par l’Histoire.
Tu l’auras compris, j’adore vraiment cette série, aussi passionnante qu’intelligente. C’est le genre d’histoire dans laquelle on s’immerge totalement, suivant avec appréhension le cheminement de Claire/Clara dans ce milieu hostile. La mise en couleur est elle aussi excellente et en met pleins les yeux (on est pas forcément dans une mise en couleur réaliste, plutôt dans des atmosphères) et rajoute encore à l’impression d’être dans l’histoire.
Sombre et brillant, le genre de polar qui séduira toutes les amoureuses du genre, lectrices de bd ou pas. A lire absolument.
Cellule Poison, tome 4 sur Amazon (avec les premières pages)
Une petite note pour dire que le tome 2 de l’excellente série Metropolitan vient de paraitre. Je t’en avais parlé à l’occasion de la sortie du tome 1.
Dans ce second volet, l’histoire se densifie encore. Décidément, les frères Bonneau sont très très bons. En effet, ce sont deux frères (années de naissance 1986 et 1988) qui sont à l’origine de cette bd sombre et dense. Et m’est avis qu’ils vont pas mal faire parler d’eux.
Metropolitan, Tome 2 : Cocaïne sur Amazon (avec les premières pages).
Tutu est une petite fille curieuse et pleine de vie. Une belle matinée d’hiver, la voilà qui se perd, et finit par se retrouver dans une ville des plus étrange. Des pandas, des chouettes, et pleins d’autres êtres ont remplacés les humains, et se mettent à faire un scandale lorsqu’ils découvrent qu’une petite humaine a osé se montrer parmi eux. Emmenée de force par des policiers-lapins, la voici condamnée à rester ici, car personne ne semble disposé à l’aider à rentrer chez elle, bien au contraire.
Une histoire toute en poésie, qui rappelle le monde de l’enfance, mais reste une bd pour les grands. Un trait manga et un univers magique qui font penser à l’onirisme de Miyazaki. Le Rêve du Papillon est un très beau premier tome. On découvre avec l’héroïne ce monde proche et lointain du nôtre, on s’amuse devant tous ces personnages fabuleux, et on en prend pleins les yeux car le dessin, comme la mise en couleur, sont superbes.
Il y a vraiment de la magie dans cette bande dessinée, et je dois bien l’avouer il me tarde déjà de lire la suite des aventures de Tutu.
Le rêve du papillon, tome 1 sur Amazon (avec les premières pages)
Belleville Story se déroule en une nuit, et en deux tomes. Le premier vient de sortir, et j’ai vraiment accroché. Visite guidée…
Freddy est l’homme de main d’un petit malfrat parisien, un peu maquereau un peu truand. Son boulot c’est de distribuer les coups et d’obéir aux ordres de son patron. Il est amoureux aussi, d’une jeune prostituée. Son petit train-train va cependant être mis à mal par une livraison toute simple, et le voilà embarqué dans une affaire qui le dépasse complètement. Il a une nuit pour tuer ce chinois à l’air un peu con. Mais chaque fois qu’il se décide, quelque chose en lui l’en empêche. A la place il va vivre quelques heures pas comme les autres, aux quatre coins de Belleville.
Cette bd est vraiment excellente. Le graphisme rappelle un peu Sfar, en plus sombre, et le scénario est un vrai délice. Tantôt dur, tantôt comique, on se retrouve à crapahuter derrière Freddy, qui lui-même crapahute derrière cet étrange chinois, et on découvre toute la faune bellevilloise. Un Paris bien différent des cartes postales, où les truands règlent leur comptes à la vitesse de l’éclair, et où Freddy devra se montrer bien plus malin que d’habitude s’il veut s’en sortir…
Belleville Story est également un téléfilm, diffusé en mars dernier sur Arte.
C’est l’histoire d’un flic qui prend le métro pour aller au travail, comme tous les matins. C’est l’histoire d’un jeune mec qui va faire un malaise dans ce même métro. C’est l’histoire d’un troisième homme, encore. Ce sont trois destins qui vont s’entremêler sans que rien ne soit vraiment détectable à l’œil nu, sous la lumière blafarde du métro parisien.
Metropolitan prend directement aux trippes, par un graphisme tranchant, une narration excellente et une atmosphère presque glaciale. C’est une histoire sur plusieurs années. Ou plutôt on démarre par ce banal malaise, pour retrouver les protagonistes 8 ans plus tard. Le ton est froid, on a l’impression de se retrouver dans une course contre la montre dont personne n’a conscience. Que le décompte des secondes a commencé, avant que tout implose.
Tu l’auras compris je me suis laissé happer avec plaisir par ce premier tome, et j’avoue avoir été surprise en lisant la bio des deux auteurs, deux frères. Années de naissance 1986 et 1988. A la lecture, je pensais que le duo avait pas mal d’années d’expérience derrière eux. Cette bd est implacable, et vraiment bien foutue. Une vraie bonne petite surprise, j’attends déjà le second tome avec impatience, c’est dire.
Et bien, et bien, ça fait longtemps que je n’avais pas eu un coup de cœur aussi grand pour une bd ! Bien sûr j’aime pleins de choses, mais là je suis ressortie de ce titre le sourire aux lèvres =)
Pourtant lui et moi ça n’avait pas bien commencé…
L’histoire ? C’est celle de Camille, une jeune femme pas bien maligne, mais très gentille. Elle vit seule avec son père, conducteur de train. Et le soir où elle accouche, il n’est pas là, mais le médecin a une bien triste nouvelle à lui annoncer. La petite fille à qui Camille a donné naissance n’a pas survécu. Le malheur semble avoir résidence dans cette maison-là, parce que déjà la maman de Camille était morte en couche…La jeune femme est inconsolable, et tous les habitants de sa rue font ce qu’ils peuvent pour lui remonter le moral. Et quand, quelques mois plus tard, elle arrive, tout sourire, pour leur annoncer que les anges lui ont ramené sa petite Lydie, personne n’ose la ramener à la raison. Et puis la Camille elle n’a jamais sourit comme ça alors, un peu de comédie, ça n’est pas bien méchant…Mais ça peut aller jusqu’où, un mensonge pareil ?
Et pourquoi alors, ça n’avait pas bien commencé ? Parce que rien qu’au résumé, j’en avais des frissons. Et je me suis dit que c’était inutile de me miner le moral toute une soirée exprès…Mais pendant des jours, et des jours, on s’est regardé, Lydie et moi. Une petite voix me disait que j’allais adorer…(toujours, toujours écouter sa petite voix).
Alors voilà, je l’ai ouvert, et je suis rentré dans l’une des plus jolies bd qu’il m’ait été donné de lire. On pensera sans nulle doute à l’atmosphère de la géniale série ‘Magasin Général’, pour l’ambiance, mais aussi par la narration (ici orchestrée par la statue de Sainte Vierge qui surplombe la rue où l’histoire se déroule). Mais Lydie c’est encore plus que ça (oui j’ose le dire, et pourtant j’adore Magasin Général). Il y a tant de pudeur, d’humour, de sourire, de respect et d’amour dans cette petite bd, qu’on en ressort tout retourné, oui, mais avec le sourire. Zidrou et Jordi Lafebre, ils l’aiment, leur petite Camille, et, comme tous les habitants de l’Impasse du Bébé à Moustache, ils veulent la voir sourire. Jamais on ne tombe dans la facilité, ni dans la guimauve…
Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé au La Vie Est Belle, de Capra (pas celui de Benigni, qui est tout aussi génial, mais celui de Capra c’est le film préféré du monde de ma maman). J’ai pensé à tous ces moments de la vie, où un simple rayon de soleil, une odeur familière ou un câlin, nous redonne le sourire. Lydie c’est comme un gros câlin, c’est délicieux, et j’ai vraiment adoré…