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Le Beau Voyage et Le Client, deux superbes bandes dessinées scénarisées par Zidrou

29 mars 2013  |  Coups de coeur

Nous sommes nombreux-ses à avoir grandi avec les bd de Zidrou, du turbulent Élève Ducobu à Tamara. Et puis il s’est mis à raconter des histoires aux grands, aussi. A chaque fois, il ne choisit pas la facilité, tant les thèmes qui l’inspirent sont sensibles et difficiles. Pourtant, il sait manier les mots pour en faire de très jolies histoires, qui bouleversent, et nous changent à chaque fois un peu. Et puis, il s’associe toujours à des dessinateurs de talent, qui donnent encore plus de force à son récit.

Il y a d’abord eu Lydie, qui parle de la mort d’un nourrisson d’une manière lumineuse et toute en douceur (elle faisait d’ailleurs partie de ma sélection de bd qui rendent heureux), avec le trait délicat et plein d’émotion de Jordi Lafebre. Puis La Peau de l’Ours, où un petit vieux raconte comment il est devenu l’homme de main d’un horrible mafieux, histoire incroyable et captivante dessinée par le talentueux Oriol. Il y a aussi eu les Folies Bergères, bouleversante histoire au beau milieu de l’Histoire, sur une compagnie au milieu des Tranchées, dont l’un des membres est condamné au peloton d’exécution…mais qui y survit miraculeusement. Cette fois-ci c’est Francis Porcel qui signe le dessin, réaliste et vibrant.

Cette année, deux nouveaux titres dont Zidrou signe le scénario sont déjà parus, et s’ils sont encore une fois très différents des précédents, ils sont tout aussi merveilleusement écrits.

Le Beau Voyage, d’abord. Léa est une jeune femme qui essaie d’être heureuse, et d’avancer, malgré une enfance pas très marrante. Sa mère n’a jamais semblé s’intéresser à elle et son père, lui, était trop accaparé par son travail de médecin pour lui consacrer un peu de temps. Mais aujourd’hui son père est mort, et Léa doit faire le ménage dans son passé pour pouvoir aller vers son avenir. Ses petits bonheurs, ses peines, et surtout ce grand frère qu’elle n’a jamais connu, car il est mort avant qu’elle ne naisse, mais dont la présence impalpable a influencé toute sa vie. Il n’est jamais évident de se confronter aux secrets et aux souvenirs douloureux, mais c’est souvent le seul moyen pour voir, enfin, le soleil après la pluie.

La mort d’un enfant, les secrets de famille, essayer de grandir quand on n’a jamais vraiment reçu d’amour…A nouveau Zidrou raconte une histoire qui nous remue, nous change. Léa est une jeune femme comme les autres, qui essaie de faire les bons choix. A travers elle c’est aussi l’histoire de Léo, son grand frère, et les secrets qui le concernent, que l’on découvre au fil des pages. Le trait de Springer (qui a notamment signé le superbe Les Funérailles de Luce) est plein d’émotion et de sensibilité, et s’associe parfaitement aux mots de Zidrou. J’ai beaucoup pleuré en refermant le Beau Voyage que nous propose les deux auteurs. Un moment du quotidien. Plus exactement ce moment où on recule pour mieux s’élancer, où l’on fait la paix avec ses démons, pour enfin les regarder en ami, où l’on regarde ses souvenirs en arrêtant d’en avoir peur. Cet instant qui ressemble à un début de vacances.

Et puis, dans un tout autre genre, un tout autre univers, il y a Le Client.

Dans l’Espagne d’aujourd’hui, un homme d’apparence banal regarde droit dans les yeux un chef mafieux, patron de bordel, auquel n’importe qui de censé ne voudrait pas se frotter. Au lieu de fuir, cet homme-là lui annonce tout naturellement qu’il a enlevé sa fille, et qu’il ne la ramènera vivante qu’à une seule condition.

Car cet homme-là, qui a l’air de monsieur tout le monde, est tombé amoureux de ‘Shakira’, une prostituée du Paraiso. Et Shakira, de son vrai nom Maria-Auxiliadora, a disparu. Alors il propose à la brute épaisse en face de lui un deal, sa fille contre Shakira.

Cette fois-ci, c’est d’un polar qu’il s’agit. Le Client est une plongée dans la nuit sans fin des clubs espagnols peuplés de prostituées. Des filles qui attendent en espérant simplement que le prochain client sera gentil. On assiste à ce moment incroyable où un homme comme les autres, transparent, sans histoire, fait un truc complètement dingue, digne d’un film d’action américain. Sauf que Zidrou ne fait pas dans la succession d’explosions sans queue ni tête, et imagine une histoire réaliste, sans glamour ni gros muscles. C’est juste un type qui est tombé amoureux d’une femme, et qui élabore un plan fou pour la sauver, avec l’énergie du désespoir de celui qui n’a pas envie de vivre sans elle.

Le Client est une histoire sombre et captivante, remarquablement servie par le dessin de Man, qui fait la part belle aux expressions des visages, nous donnant l’impression de faire partie de l’histoire. La colorisation, très chaude, nous plonge dans la moiteur étouffante de ce monde de la nuit plutôt glauque, et le noir impose sa force dans un univers où il ne pouvait être qu’omniprésent.

Ce sont deux titres très différents, mais qui montrent l’un comme l’autre le talent de Zidrou pour raconter les gens, mettre à nu leur humanité, et nous bousculer en même temps. Les dessinateurs qui mettent en image ses histoires ont des styles très éloignés les uns des autres, comme le sont les histoires, mais ils parviennent à chaque fois à retranscrire les émotions des personnages dans les attitudes, les regards…

Deux nouveaux coups de cœur pour ma part, et une nouvelle preuve par deux qu’une bd dont le scénario est signé Zidrou est la promesse de bien des surprises…

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Les Folies Bergère

15 novembre 2012  |  Coups de coeur, Mes incontournables

Je vous parlais de Zidrou en début de semaine, dans une chronique-interview à propos du très beau la Peau de l’Ours. C’est vraiment un merveilleux raconteur d’histoires, et il nous le prouve une fois encore dans sa dernière bd. Dans les Folies Bergère, il nous plonge, avec Francis Porcel au dessin, dans le quotidien d’une petite compagnie, dans les tranchées, pendant la guerre 14-18. Les hommes qui la composent ce sont eux-même baptisés  ‘Les Folies Bergère’, pour tenter de rire, même un tout petit peu, au milieu de l’horreur.

Même si l’odeur des corps de leurs anciens compagnons d’armes, qui pourrissent là tout près, est là pour leur rappeler à chaque instant ce qui les attend, ils essaient de garder, tant bien que mal, le moral. Il y a celui qui dessine, celui qui s’est fabriqué une sorte de grande marionnette-soldat, qui l’accompagne partout. Il y a tous ceux qui pensent à ceux qu’ils aiment et qu’ils ont laissé chez eux, espérant pouvoir un jour les revoir. Et puis, entre le vent et la pluie, il y a la folie et la mort, qui les frôlent à chaque instant, de leur souffle glacé.

Un jour, l’un d’eux est condamné au peloton d’exécution, après avoir pété les plombs pour une permission refusée une fois de trop. Mais il survit aux balles, miracle inexpliqué qui n’est pas du goût de ses supérieurs…

Et puis, loin de là, dans le calme d’un sous-bois, il y a ce vieil homme qui peint des nénuphars, et ce petit garçon qui vient sans cesse lui poser des questions, sans se douter de qui est en face de lui…

Cette bande dessinée est en même temps violente et magnifique. Zidrou a créé une compagnie d’hommes tous aussi différents qu’attachants. Ils ne sont pas juste de la chair à canon, comme le pensait leur hiérarchie. Ils sont des hommes, avec une histoire, un passé, des gens qu’ils aiment et qui les aiment, et qui tentent, par tous les moyens de conserver ce qui les rattache à l’homme qu’ils ont été, l’espoir. Les dialogues sont saisissants et nous prennent aux tripes, et le dessin de Francis Porcel est réaliste, mais aussi plein de finesse. Ses personnages dégagent énormément d’humanité. La mise en couleur, monochrome, apporte la touche finale à l’atmosphère. Il y a le noir qui envahit peu à peu le reste. Mais seul le rouge du sang et du diable semble pouvoir faire sa place dans la boue des tranchées. Pendant ce temps-là, loin des obus et des balles, Monet redonne ses couleurs à la paisible et majestueuse nature…

Décidément, il faut compter sur Zidrou pour nous raconter des histoires qui nous marquent, et nous changent, imperceptiblement. Il sait aussi s’entourer de dessinateurs vraiment talentueux, pour qui il écrit des histoires sur mesure, et qui apportent encore plus de force à ses mots.

Les Folies Bergère est une nouvelle fois un énorme coup de cœur, une bande dessinée dure, mais surtout très belle.

Les Folies Bergère sur Amazon

Ana Ana

8 novembre 2012  |  Coups de coeur

Connaissez-vous Pico Bogue ? Si non, vous devriez, ce petit gars est le digne héritier de Calvin & Hobbes et du Petit Nicolas. C’est une histoire de famille. Sur les pages, d’abord, puisque Pico et sa sœur Ana Ana en font voir de toutes les couleurs à leurs parents. C’est drôle et très intelligent, un vrai délice. Derrière le crayon aussi, puisque Dominique Roques, la scénariste, est la mère d’Alexis Dormal, le dessinateur. A eux deux ils ont vraiment créé une série hilarante et précieuse.

Et les voici qui reviennent avec une série de bd pour les touts petits : Ana Ana. La sœur de Pico Bogue donc, qui parsemait déjà les pages de la bd consacrée à son grand frère de ses réflexions de chipie, et qui a enfin ses histoires pour elle toute seule. Et même si ici, je parle à un lectorat de grand, j’ai un tel coup de cœur pour cette série qu’il faut que j’en parle.

Dans le premier tome, Douce Nuit, Ana Ana préfère lire que de dormir paisiblement. Problème : ses copains doudous sont épuisés, et ne peuvent pas fermer l’œil, entre la lumière allumée et les éclats de rire de la petite fille. Alors quand celle-ci daigne enfin éteindre sa lampe de chevet, c’est l’heure de la vengeance…Dans le second volume, Déluge de chocolat, Ana Ana décide d’apprendre à ses amis en peluches à faire un gâteau au chocolat…et à redécorer la cuisine au passage.

Ces petits livres contiennent des histoires courtes, mais jolies, drôles, et pétillantes. On retrouve le trait délicat et un peu rétro d’Alexis Dormal, et si les histoires sont beaucoup plus simples, elles n’en sont pas moins savoureuses. En plus le vocabulaire et la taille du caractère sont vraiment pensés pour les loustics qui débutent en lecture…Une super idée cadeau (nan parce qu’il y a Noël dans pas longtemps…).

Ana Ana, Douce nuit et Déluge de chocolat sur Amazon

Karma Salsa tome 1

Quelque part dans un coin malfamé d’Amérique du Sud, Ange sort de prison. Et c’est un autre homme. Pendant ses longues années d’incarcération il a appris la méditation, et ne veut plus recourir à la violence.

Enfin ça c’est dans la théorie. Parce que quand un flic pourri et son acolyte aspirant rappeur (au talent très incertain) sont à sa poursuite, que le fils de son ancien boss, qui lui en veut toujours d’avoir pris sa place, compte bien se venger, et qu’en plus Ange apprend qu’il a une fille,et qu’elle est dans les ennuis jusqu’au cou, il apparait difficile de vraiment rester un maitre zen.

Karma Salsa est un road movie vraiment agréable à lire. Le dessin est excellent, les personnages tout autant, surtout le héros, Ange, mystérieux et dense. Cette bd part dans tous les sens pour notre plus grand plaisir, l’aventure se teinte d’humour, mais aussi parfois de violence, les lieux n’étant pas des plus fréquentables. Un très bon premier tome, aussi explosif que bien mené.

Karma Salsa, Tome 1 sur Amazon (premières pages en lecture)

L’invention du vide

22 juin 2012  |  Coups de coeur

Nicolas Debon avait déjà signé le Tour des Géants, une bande dessinée passionnante sur le cyclisme, et plus particulièrement un Tour de France du début du siècle dernier, qui avait été aussi catastrophique que spectaculaire. Grâce à son trait et à sa narration, même les néophytes pas franchement branchés par le sujet ne pouvaient qu’en ressortir charmés, et bluffés par ces hommes qui étaient allés au bout d’eux-même dans des épreuves hors-norme.

Cette fois-ci il revient pour nous raconter la naissance de l’alpinisme, avec l’Invention du vide. Cette bd s’inspire des premiers hommes à s’être frottés aux Alpes, avec acharnement et un gros grain de folie…

On y suit des hommes qui, sans jamais se départir de leur élégance, se sont ainsi attaqués, dans des conditions extrêmes et dangereuses, à l’ascension des sommets qui les narguaient. Ils furent les premiers à tracer les chemins que d’autres empruntent aujourd’hui, et il est difficile je pense de réaliser aujourd’hui les exploits qu’ils ont réalisé.

Le dessin de Nicolas Debon est absolument sublime, élégant et teinté d’une touche rétro qui colle parfaitement au thème. Les paysages sont magnifiques, on ne peut être que fasciné par ces lieux vides, dangereux mais également majestueux. La narration est très dense, et j’avoue m’y être parfois perdue. Mais l’Invention du vide reste néanmoins un très beau titre, qui raconte avec passion un moment de l’histoire du sport où des hommes un peu fous sont allés au bout d’eux-même, pour réaliser leur rêve.

L’invention du vide sur Amazon (quelques pages de lecture)