Posts Tagged ‘conte’

L’arbre aux pies

9 octobre 2013  |  Bande dessinée

Nel et ses amis sont encore des enfants. Ils vivent une vie presque insouciante à l’orphelinat où ils ont été recueillis, passant la plupart de leur temps dehors, à jouer et vivre de grandes aventures avec des animaux qui parlent. Malheureusement, leur enfance touche à sa fin, et le Chasseur vient les chercher pour les amener dans la ville haute.

Les autres se résignent, mais Nel ne veut pas accepter cette fatalité. Pourquoi grandir ? Pourquoi devoir accepter de se plier aux règles et de se soumettre aux exigences d’une autorité supérieure dont on ne connait rien ? Pourquoi abandonner ce qu’elle aime et qui la rend heureuse ?

L’arbre aux pies a un rythme assez lent, troublant, un peu comme un songe. Dans une ambiance entre mythologie et conte, Nel évolue, tente de fuir, lutte de toutes ses forces contre la fatalité alors que tout le monde autour d’elle semble heureux comme ça, et que son passé semble bel et bien révolu. Le dessin, très doux, les couleurs sombres et un peu passées, contribuent encore à amplifier cette atmosphère entre rêve et cauchemar, où l’on espère apercevoir une lueur d’espoir dans la pénombre.

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Beauté tome 3 – Simples mortels

9 mai 2013  |  Coups de coeur

Le troisième et dernier tome de Beauté est paru la semaine dernière, et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une vraie merveille. Il y a d’abord la couverture, sublime, pleine de poésie et de magie. L’intérieur est tout aussi bien.

Morue est une jeune fille bien malheureuse. Elle est d’une laideur sans pareille, et pue le poisson, puisqu’elle passe ses journées à en écailler. Tout le monde se moque d’elle au village. Quand elle croise la route d’une petite créature qui lui dit être une fée, et lui propose un vœu, elle n’hésite pas. Elle veut être belle. Mab n’a pas le pouvoir de la transformer, mais grâce à son sort, tous ceux qui poseront les yeux sur elle verront la plus sublime des femmes.

Mais ce que Morue prend pour la fin de ses malheurs n’est que le début d’ennuis plus grands encore. Les hommes deviennent fous dès qu’ils la voient, les femmes la détestent instantanément. Elle se dit qu’elle mérite le meilleur, et qu’elle doit tout faire pour l’avoir. Ce dont elle n’a pas conscience, c’est qu’elle blesse bien des gens sur son passage…Et qu’elle devra payer son égoïsme.

Sous ses allures de conte de fée, Beauté va bien plus loin. L’héroïne n’est pas une passive princesse qui attend que le prince s’occupe de son destin.  Elle aurait dû être cantonnée à un rôle de personnage secondaire, voir de figurante, se voit offrir une chance d’être une héroïne, et n’a dès lors d’autre objectif que de l’être pleinement. La plus belle femme du monde ne mérite-t-elle pas la plus belle des vies ?

Mais qu’est ce qu’est réellement le bonheur ? Être riche et provoquer le désir et l’envie chez tous ceux dont on croise la route ? Tout comme Morue, rebaptisée Beauté par son premier mari, ne fait qu’avoir l’air d’être belle, cette existence de faste auquel elle aspire n’est-elle pas faite d’illusions ?

Beauté a du caractère, beaucoup, et des défauts. Elle a une soif de succès insatiable, mais elle fait parfois les mauvais choix, et en subit les conséquences. Elle n’a rien à voir avec la douce héroïne de conte de fée, qui n’a d’héroïne que le titre, puisqu’elle n’est jamais maitresse de sa vie. Beauté est égoïste, souvent cruelle, détestable…Pourtant on ne peut s’empêcher de l’aimer, tant elle déborde d’humanité. Comment lui en vouloir quand le sort semblait la prédestiner à  une vie de malheur, et qu’on lui a offert l’opportunité de changer la donne ? Comment ne pas tout vouloir quand on n’a jamais rien eu ?

Ce troisième tome conclue donc, merveilleusement, l’histoire intelligente, parfois drôle, souvent cruelle, de la petite Morue devenue Beauté. Hubert, le scénariste, signe ici un conte remarquablement écrit, profond et plein de rebondissements. A noter cependant que, même si la série est pré-publiée dans Spirou, elle n’est pas du tout tout public. Certaines scènes sont vraiment dures, violentes.Mais les dialogues sont savoureux et tout le texte est plein de poésie. Et que dire du dessin des Kerascoët ? Il est léger, délicat, et superbe. Beauté nous envoûte nous aussi. Si belle, si charismatique, et troublante d’érotisme… La colorisation est assez simple, mais les illustrations sont si fines que les auteurs ont trouvé là un équilibre parfait. Elle offre des atmosphères, plus que des détails supplémentaires qui alourdiraient l’ensemble.

Beauté est une très belle bande dessinée, qui ravira celles et ceux qui aiment les contes. Une histoire pleine de poésie, servie par un dessin magnifique, et où les femmes reprennent la place qu’on leur a rarement donné dans les contes de fées.

Ma chronique du tome 1

Le magnifique blog/site des Kerascoët

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Le cabinet chinois

18 février 2013  |  Coups de coeur

Le joli éditeur la Boîte à Bulles remet en avant cette année, pour fêter son dixième anniversaire, quelques bijoux de sa collection. Et cela démarre avec le joli Cabinet chinois de la talentueuse Nancy Peña.

Nous sommes au XVIème siècle, en Hollande. Alors que Corneel abandonne ses études de médecine et sa fiancée pour partir pratiquer l’alchimie dans le plus grand secret. Et c’est justement sa fiancée qui va, peu de temps après, se retrouver enfermée chez un riche homme d’affaire, qui a pour elle des projets bien étranges…Alors, Magriete s’enferme dans le cabinet chinois, décoré avec élégance avec des objets ramenés d’Asie par le riche propriétaire des lieux, mais également chargé des souvenirs qu’il a ramené de ses voyages. Et c’est dans ce lieu clos que, magie ou rêverie, les murs font lui offrir de troublantes visions…

Nancy Peña est une grande conteuse. Que ce soit par ses histoires, qui trouvent ses racines dans les contes du monde entier, et qui l’inspirent pour des histoires bien à elle, pleine d’humour, de poésie et de délicatesse, mais aussi dans son trait superbe qui invite tout autant que ses mots à la rêverie. Il y a dans son dessin milles détails qui se dessinent, beaucoup de finesse, de sensualité, de féminité. Les pages où l’héroïne se trouve dans le cabinet chinois sont des pauses, des moments de douceurs et de contemplations. Et ses personnages sont pleins de personnalités. Le cabinet chinois est sa première bande dessinée, et laisse déjà voir l’étendue de son talent qui ne s’est pas démenti depuis.

Un moment de lecture des plus agréables, comme un petit voyage dans un joli conte.

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Les contes de l’Ère du Cobra tome 2

Les contes de l’Ère du Cobra, un de mes plus gros coups de cœur à ce jour, s’achèvent dans le second tome qui parait cette semaine. L’occasion d’en reparler parce que c’est très très très bien.

Enrique Fernandez allie un grand talent de conteur avec un dessin incroyable, et reconnaissable au premier coup d’œil. Sa mise en couleur, éclatante et un peu folle, achève de créer des univers pétillants et merveilleux, du genre à nous en mettre pleins les yeux.

Ici, c’est un hommage aux contes, notamment à ceux des mille et une nuit. Une histoire d’amour pur qui vit bien des épreuves, de rois sans pitié et avides de pouvoir. C’est l’histoire du bonheur qui cherche à s’immiscer, lentement mais sûrement, partout, même là où l’espoir semble avoir déserté.

C’est un conteur qui, sur une scène, nous raconte le destin d’Irvi et de Sian, et de tous ceux qui ont croisé leur route. Il y est question de séparation, de deuil, de haine, mais aussi d’art, de sourire et d’espoir, donc.

Cette série en deux volumes est un vrai bijou, ciselé avec minutie, un spectacle éclatant. A réserver aux grands, car l’histoire est parfois dure, et parfois un peu érotique aussi, mais qui séduira à n’en pas douter tous ceux qui aiment les contes et les histoires d’amour.

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Le grand mort tome 4

27 octobre 2012  |  Coups de coeur

Une suite d’une série coup de cœur vient de paraitre : le Grand Mort. Cette bande dessinée, scénarisée par Loisel, mêle les contes et légendes celtiques, en leur insufflant beaucoup de modernité, à toute une réflexion sur notre manière de traiter notre planète.

Les deux personnages principaux, Erwan et Mathilde, sont allés dans le Petit Monde. Mais leur voyage là-bas a tourné au drame, et à leur retour dans notre monde, ce dernier a bien changé, et semble en grand danger. Dans ce nouveau volume, les deux héros, qui s’étaient perdus de vue, se sont enfin retrouvés et sont retournés ensemble en Bretagne, pour essayer de retrouver des éléments qui pourront les aider à comprendre ce qui se passe, et à peut-être enrayer la situation. Avec eux, une amie de Mathilde qui n’est pas insensible au charme d’Erwan, ainsi que Blanche, l’étrange fille de Mathilde…

Ce nouveau tome est, comme les précédents, riche d’une intrigue très dense, et dont on ne sait absolument pas où elle nous emmène. Le fonctionnement du Petit Monde nous est révélé par bribe, et on sent que chaque page qui passe nous rapproche d’une irrémédiable catastrophe. Le graphisme et la mise en couleur sont superbes, et on est vraiment plongé dans l’univers créé par Loisel et Vincent Maillé. Une très bonne série, passionante, qui séduira tous les amateurs de fantastique.

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