Encore une petite splendeur de chez Métamorphose (à croire que les auteurs de la collection sont les vrais lutins du Père Noël, du genre à ne créer que des objets de désir à mettre sous le sapin)…
Aurore est une petite fille qui s’est réveillée sans plus se souvenir de rien. Vokko, un loup qui a une mission à lui confier, lui raconte qui elle est, d’où elle vient. Aurore est une petite fille issue d’une tribu très ancienne, qui aujourd’hui rencontre beaucoup de difficultés. La vie est difficile, et un nouveau drame vient de se produire. Un étrange ruisseau a traversé son village, la fillette et un de ses amis y ont touché…avant de se transformer en pierre.
Ses parents décident alors de remonter le cours d’eau pour sauver leur fille. De son côté, elle, a donc quelque chose à faire. Vokko a en effet été chargé par la Sage du village d’aider Aurore à écrire une chanson. Une chanson pleine d’espoir, qui redonnera le souffle qui manque à son peuple.
Mais qu’écrire quand on ne se souvient de rien ? quand on ne ressent aucune émotion ?
Alors Vokko va essayer de raconter, et de montrer à Aurore ce qui fait l’essence de sa tribu…et à elle de se débrouiller avec ça.
Aurore, donc, c’est le nouveau petit bijou d’Enrique Fernandez (que l’on a déjà pu découvrir sur d’autres titres, notamment une superbe adaptation du Magicien d’Oz, ou encore l’Ile sans Sourire). C’est un conte plein de poésie, d’humour et de jolies choses.
Le dessin est absolument sublime (on en a un aperçu dès la couverture), les couleurs tout autant…Chaque case est un vrai plaisir pour l’œil, on s’y perd avec délice. L’univers qu’il a créé ici est beau et touchant.
C’est une fable sur l’homme, sa nature profonde. Sur l’espoir. Mais aussi sur notre rapport à la nature, où l’on prend bien volontiers, en oubliant parfois, peut-être même souvent, de rendre, voir simplement de remercier. Aurore est une petite fille au caractère bien trempé, qui doit réapprendre à être fière, à aimer, et à partager.
Une très très jolie bande dessinée.
Comme l’année dernière, j’ai eu envie de dresser un petit bilan de mes plus gros coups de cœur, parmi les titres chroniqués ici. L’occasion de peut-être découvrir certains titres que vous auriez loupés, et pourquoi pas trouver quelques dernières idées cadeaux.
On commence avec mon coup de cœur manga. Comme je suis irrécupérable sur le sujet, il s’agit d’un shojo. Et c’est Akuma to love song qui a fait chavirer mon petit cœur, me permettant de sécher mes larmes à la fin du merveilleux Cat Street. Un shojo assez classique, qui se déroule dans un lycée, mais qui mêle d’humour et dessin impeccable, et nous propose une héroïne un peu différente de ce dont on a l’habitude…
Pour ce qui est du comics, c’est l’Étoffe des Légendes, chroniqué tout récemment, qui m’a mis la plus grosse claque. Un premier tome superbe, mélange de Toy Story, de Fables, et du Seigneur des Anneaux. De l’humour, du drame, des scènes de batailles mais aussi des personnages très développés. Une vraie belle surprise.
Pour ce qui est de la meilleure série de SF (science-fiction), c’est La Belle Mort qui a su me surprendre et me marquer pour un moment. Une petite bombe de plus publiée sous le Label 619 chez Ankama. Une ambiance étrange et un dessin superbe. Ou comment allié Apocalypse et poésie, bande de losers et survie.
Les contes font un retour en force ces temps-ci, la bande dessinée s’est elle aussi intéressée à cet univers, pour en sortir quelques petits bijoux. À découvrir absolument, trois titres : Cœur de Glace, sombre et enivrant, Beauté, aussi cruel que parfait, et Eco, qui est un superbe livre illustré, digne de ses inspirateurs, Andersen, Grimm, et les autres…
Et puis il y a la meilleure suite, c’est Zombillénium, qui réussit l’exploit de tenir sur la durée. Pas évident quand on sort ainsi des sentiers battus, et qu’on est attendu au tournant. Le talentueux Arthur de Pins prouve donc qu’il est doué dans tous les styles, et pas juste les jolies pin-up. Et lorsque je pense aux suites, impossible d’oublier la suite numérique de Geek & Girly. La série ayant été arrêtée par l’éditeur, les deux merveilleuses auteures ont tenu à continuer sur la toile. Le deuxième chapitre de ce troisième tome devrait d’ailleurs sortir pour Noël !
Pour ce qui est du plus beau dessin, c’est celui de Maya Mihindou, avec Sabine, qui m’a le plus bouleversé. L’occasion d’ailleurs de découvrir son travail, qui recèle mille splendeurs. Un style incroyable, beaucoup de personnalité, pour une très jolie histoire. Fable sur l’enfance, le passage à l’âge adulte, le voyage…
Les madmoiZelles de l’année sont au nombre de trois, rayon bd. Toutes différentes, mais toutes sublimes. Des filles de caractère. Il y a d’abord la Polina de Bastien Vivès, petite danseuse qui devient grande (également coup de cœur de Pénélope). Ensuite c’est Maxima de Curiosity Shop, jolie fille farouche embarquée dans une histoire qui la dépasse. Et puis enfin Dodola, la sublime héroïne du Habibi de Craig Thomson, qui traverse l’Histoire et les épreuves, pour peut-être, un jour, avoir droit au bonheur.
Mais mon plus gros coup de cœur, celui qui, dès les premières pages, m’a tellement bouleversée qu’il s’est hissé au rang de bd préférée du monde, c’est le magnifique Portugal de Cyril Pedrosa. Une bande dessinée incroyable, très longue par rapport à ce à quoi on est habitué, où l’auteur et son personnage se cherchent sans vraiment le vouloir. Un titre sur la famille, sur l’héritage, sur l’amour, sur soi-même. Une quête et une réflexion. Un moment en suspens pour rompre une routine trop facile. Et puis le Portugal, et cet effet incroyable et magique qu’il produit sur les gens.
Voilà donc un petit tour d’horizon des titres qui m’ont personnellement le plus marquée cette année. Il y en a d’autres encore, et bien sûr beaucoup que je n’ai pas encore découverts…Tous ces titres, en tout cas, je les recommande sans aucune retenue. En espérant que 2012 soit aussi riche en jolies choses…
Des fois, j’aimerais bien rajouter un petit gif lumineux qui dirait ATTENTION TUERIE. Parce qu’il y a des bd qui pourraient passer inaperçues alors qu’elles sont vraiment vraiment vraiment bien. Comme L’Étoffe des Légendes, que j’ai ouvert un peu comme ça…avant de m’en prendre plein les yeux.
Nous sommes en 1944, dans la chambre d’un petit garçon à Brooklyn. Dans le silence de la nuit, un drame arrive. Le petit garçon est enlevé par le Croquemitaine.
Mais dans cette chambre apparemment vide, il y a plus d’un témoin. Tous les jouets ont assisté à la scène. L’ours en peluche a même tenté de protéger l’enfant, sans succès.
Très vite, la résistance s’organise. Car tous ces jouets ont toujours été chéris par le garçon, il est aujourd’hui temps de lui rendre la pareille. Une petite équipe se forme, et ses membres partent dans le royaume de l’Obscur, pour combattre le mal et sauver leur ami.
Quand on commence l’Étoffe des Légendes, on pense à Toy Story (ce qui est, convenons-en, déjà une bonne référence). Mais dès que les jouets passent la porte du placard, pour rejoindre l’Obscur, on se retrouve plongé dans une bd fantastique complètement dingue, au graphisme sublime.
Les jouets prennent en effet forme ‘humaine’ quand ils arrivent dans ce monde mystérieux. Le petit soldat devient un combattant valeureux, la tirelire un vrai cochon, l’ours en peluche un gros ours menaçant. Et l’univers dans lequel ils débarquent est un monde en guerre, complètement fou, régit par ses propres règles.
Entre récit de guerre et situations absurdes, les auteurs de ce comics ont créé une vraie petite pépite. Le dessin, en noir et blanc, est tout simplement magnifique. L’univers est hyper dense, les personnages très travaillés. J’ai beaucoup pensé à la série Fables pendant la lecture (et c’est clairement un compliment).
C’est une œuvre étonnante, vraiment. Une fable sur le monde de l’enfance, mais aussi sur des valeurs comme l’amitié, la fidélité. Rien n’est choisi au hasard, du sens du sacrifice du petit soldat aux atermoiements d’une tirelire-cochon qui hésite entre sa fidélité au petit garçon, et l’espoir d’échapper à sa fin annoncée, quand viendra l’heure de ‘casser la tirelire’ pour récupérer les sous qu’il contient. Ce conte se nourrit de tous les genres. On plonge dans des combats haletants, mais une grande part est également laissée aux dialogues. Les personnages évoluent, réfléchissent. Passant d’un coup de simples objets, voués aux désirs et à l’imaginaire de leur propriétaire, à de vrais personnages, dotés d’un libre-arbitre, et de qualités et de défauts qui leur sont propres.
Le contexte choisi n’est lui non plus pas dû au hasard. Nous sommes en pleine Seconde Guerre Mondiale, et l’on devine, par un jeu de flashback tout en finesse, que le père du petit garçon est parti au combat… Donnant une dimension supplémentaire à l’histoire.
Un comics surprenant, et vraiment excellent. Un premier tome un peu fou, dense, sombre, qui donne très envie de connaitre la suite…
Ovide recherche son frère jumeau Gédéon, disparu alors qu’il était parti à la pêche, quelque part aux abord de leur village québecois, Lac-à-l’Ombre. A force de ténacité, il retrouve le chien de son frangin, qui le mènera jusqu’à un lac que tous les habitants du coin évitent, tant les légendes qui circulent à son propos font froid dans le dos.
Sur ce lac, gelé par l’hiver glacial, il fait la rencontre d’une jeune-femme, dont le corps est plongé dans l’eau. Elle lui dit être une sirène, et avoir besoin de son aide pour s’échapper. Le quotidien de ce père de famille, mais aussi celui de tous les habitants du village, va se retrouver bouleversé par cette rencontre…
Cette bande dessinée, qui mêle le quotidien d’un petit village québecois à tout un monde fantastique, inspiré de la mythologie amérindienne, est édité dans la collection Glénat Québec. C’est comme si un univers à la Magasin Général (le scénariste de La bête du lac a d’ailleurs travaillé sur les couleurs de la série) se retrouvait confronté à des monstres marins et à tout un monde qu’ils n’auraient pu imaginer.
Ce mélange donne une bande dessinée vraiment agréable, avec un beau dessin, où les femmes du village sont jalouses d’une sirène, et où les plus anodines des parties de pêches peuvent très, très mal tourner…
Il y a certains auteurs de bande dessinée qui, loin d’envahir les rayons avec leur rythme de publication effréné, sortent quelques merveilles au compte-goutte. Craig Thompson est de ceux-là et il a su se faire un nom en seulement quelques titres. Dont le sublime Blankets, publié en France chez Casterman Écriture. Une autobiographie sensible et pudique, parfois très dure.
Cette fois-ci Craig Thompson revient avec Habibi, une œuvre à mille lieux de ses précédents titres (mais il dit justement vouloir se renouveler dans chaque livre), qui laisse, une fois de plus, exploser tout son talent, son trait sublime et sa sensibilité.
Dodola n’a que neuf ans quand son père la vend à un scribe, afin qu’elle devienne son épouse. Obligée de devenir adulte bien plus vite, la petite fille a au moins la chance d’avoir un époux qui a de la considération pour elle. Pendant plusieurs années, il va lui apprendre à lire et à écrire, et lui ouvrir les portes de la culture. Mais son calvaire ne s’arrête pas là. Son mari est tué, et la voilà qui se retrouve esclave.
Dans sa nouvelle vie, elle va croiser la route de Zam, un petit de trois ans qu’elle va élever comme une mère, et pour qui elle trouvera la force de s’échapper. Plusieurs années s’écoulent pour eux, dans une bulle, cachés dans un bateau au milieu du désert. Dodola fait ce qu’il faut pour que le petit ait tout ce dont il est besoin et Zam, lui, grandit au rythme des histoires que lui conte la jeune fille…Mais le bonheur peut-il vraiment durer lorsque l’on est marqué du sceau des esclaves ?
Très dense et en même temps limpide, cette incroyable bande-dessinée de 670 pages est un pur chef-d’œuvre. L’histoire en elle-même est très belle, mouvante. On suit nos deux héros à travers le temps, les lieux. On les voit évoluer, grandir, se transformer. Jamais Craig Thompson ne les épargne et pourtant il les raconte avec énormément d’amour.
C’est aussi une très belle œuvre sur l’Islam. Toute en humilité car l’auteur n’est pas lui-même musulman. Il en offre une vision superbe, très loin des clichés. Son regard est plein de respect. Il montre sa beauté et sa poésie, en reprenant, dans la bouche de Dodola, certaines de ses histoires. Visuellement, il a également réalisé un travail titanesque en s’inspirant de l’art oriental. De son propre aveu, les décorations de certaines pages lui ont pris bien plus de temps que les cases qu’elles contiennent. Il joue et nous émerveille avec un très beau travail sur la calligraphie arabe, et les cases prennent une toute autre valeur, ciselée comme des bijoux précieux.
Mais au milieu d’une atmosphère digne d’un conte des mille et une nuits, l’auteur n’hésite pas également à glisser des thématiques vraiment modernes. Le pays dans lequel évolue les personnages est imaginaire, et ce qui pourrait au départ passer pour un récit ancré dans une époque lointaine se retrouve peu à peu envahit par notre quotidien, d’une manière étonnante et violente. Comme si on déversait petit à petit, au rythme lent et fascinant d’un sablier, le monde d’aujourd’hui dans une petite boite rempli de temps anciens. Et on retrouve cette idée materialisée par les déchets, qui s’accumulent au fil des pages, pour venir envahir chaque espace. Ainsi, Habibi prend une dimension écologique que l’on n’avait pas vu venir. Une réflexion sur notre environnement, les méfaits de l’homme, sans pour autant tomber dans une moralisation plombante.
C’est aussi l’occasion pour Craig Thompson de parler de la place de la femme, de sa condition, aujourd’hui encore.
Habibi tire sa richesse de ses nombreuses influences, de ses thèmes, de ses personnages et de ses lieux grandioses et effrayants, pour nous offrir une histoire magnifique, pleine de poésie, d’espoir et d’amour. Le genre de livre qui nous remue, nous bouleverse. Et continue d’évoluer en nous bien des jours après l’avoir refermé…
Le Grand Mort est une série fantastique avec Loisel au scénario (Peter Pan, Magasin général…) et Vincent Maillé au dessin, moins connu du grand public mais avec beaucoup de talent (et un style assez proche de Loisel d’ailleurs).
En Bretagne, en pleine campagne, un vieux monsieur a tout appris à celui qu’il considère comme son fils, Erwan, a propos du petit peuple. Mais quand ce dernier ira finalement visiter ce monde, il sera accompagné de Pauline, une jeune étudiante qu’il hébergeait après qu’elle soit tombée en panne près de chez lui. Loin d’être un simple conte de fée idyllique, ce voyage sera pour eux deux lourd de conséquences…Et quand Erwan finit par rentrer chez lui, il va vite devoir comprendre que c’est le monde entier qui change, et qu’il aura un rôle à jouer pour le sauver…
En même temps fantastique et poétique, le Grand Mort subjugue par son univers riche, beau, et étrange, mais aussi parce que ses enjeux vont bien au-delà de simples légendes. La situation a beau être une fiction, on y retrouve partout la trace de notre monde actuel.
La nature et le destin de l’homme sont en danger, un danger imminent, menaçant, et qui rappelle ce que nous vivons déjà.
Une histoire belle et passionnante, qui nous plonge dans un monde magique et incroyable, mais nous interroge aussi sur notre propre situation, et notre avenir. Et ce troisième tome est incroyablement dense, maitrisé, et prenant.
Un vrai coup de cœur.
Voilà de quoi ravir les amatrices de contes, et de folklore japonais.
Contes cruels du Japon est un recueil de nouvelles en bande dessinée, reprenant des mythes et légendes populaires au Japon, toujours associés aux yokais (plus d’infos sur ces charmants esprits ici).
Avec un très beau dessin, à mi-chemin entre un style manga et un style plus européen, et avec une mise en couleur superbe, les auteurs s’intéressent ici à des contes tristes, où les esprits sont souvent malveillants.
Difficile d’en dire plus, sans gâcher le plaisir, mais cette bd est en tout cas une jolie initiation à la culture japonaise, et à ses mythes (avec toujours un petit texte historique et explicatif avant chaque nouvelle) qui permet une plongée mélancolique et poétique dans un univers fascinant.
Un joli titre.
Et voici une nouvelle bd dans la collection d’adaptation de légendes asiatiques de Delcourt. Princesse Bari est ici inspirée d’un ancien conte coréen très populaire.
Parce qu’on avait prédit à son père, le Roi, que sa septième fille causerait sa perte, Bari est abandonnée dès la naissance. Mais quoi qu’on ai tenté pour la faire disparaitre elle revenait toujours, vivante. De rage, le Roi finit par la jeter dans une rivière.
Mais la petite survit une fois de plus, grandit, et contre toute attente, quand son père sera au seuil de la mort à cause d’une maladie incurable, elle sera la seule à se porter volontaire à la recherche de ce qui pourra le guérir.
Par un dessin au style très manga, cette bd a un côté très moderne. En même temps onirique et fantastique, elle interroge aussi sur notre besoin de reconnaissance et d’amour. Car pourquoi Bari est-elle prête à donner sa vie pour celui qui a toujours voulu qu’elle disparaisse pour se sauver lui-même ?
Une nouvelle fois, un one-shot qui séduira les amatrices de contes et de manga.
Aaaaah, Alphonse Tabouret. Je me rappelle comme il a arrêté mon regard la première fois que j’ai croisé sa petite bouille. Comme j’ai attendu fébrilement qu’il arrive à moi, lové dans ma boite aux lettres. Et puis ce fut le drame : un facteur malintentionné (mais, je dois le reconnaitre, détenteur d’un très bon goût) l’a volé, l’a arraché à moi sans une once de remord.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai attendu longtemps avant de le racheter. Puis, même quand ça a été fait, je l’ai placé précautionneusement tout en bas de ma grosse grosse pile de ‘à lire’. Il était là, m’attendait poliment, à 1 mètre de mon ordinateur. Je lui jetais des regards pleins d’amour presque tous les jours, et je lui murmurais (par télépathie, je ne suis pas encore assez atteinte pour parler à mes livres à voix haute) que j’attendais LE jour, pour l’ouvrir, le dévorer, ne pas en laisser une miette.
Et puis ce jour est arrivé, la semaine dernière, et, comment vous dire ? Alphonse Tabouret m’a rendue heureuse, simplement heureuse. Et je peux même vous dire qu’il aura le même pouvoir sur vous.
Alphonse Tabouret vient de naitre, au creux d’une forêt. Un Monsieur lui apprend tout ce qu’il y a à apprendre, puis il lui demande quelque chose en échange. Mais Alphonse n’a rien à donner, rien à offrir. Alors Le Monsieur s’en va, et Alphonse se retrouve tout seul. Et c’est à l’aventure qu’il va partir, pour combler le vide laissé par Le Monsieur. Sur son chemin, il va faire la rencontre de gens, se faire des amis, en trouver d’autres bizarres. Il va grandir, évoluer, changer, sans jamais vraiment pouvoir se départir de ce vide. Pourtant à défaut de trouver des réponses à ses questions, Alphonse apprend la vie sans même s’en rendre compte.
Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret est beau, joli, drôle, poétique, émouvant, rigolo, simple, compliqué, absurde mais pas vraiment en fait, émouvant, hilarant, surprenant, et bien d’autres choses encore. Cette bande dessinée est un petit bijou, du genre à vous donner le sourire pour la journée, à qui on a envie de faire plein de câlins, et qu’on voudrait offrir à tous les gens qu’on aime.
D’apparence simple et absurde, c’est finalement une des choses les plus belles et intelligentes qu’il m’ait été donné de lire.
Le dessin est joli, tout en simplicité et en élégance, mais fourmille de centaines de détails qui permettront de le lire et de le relire encore, les textes, eux, ont la poésie des mots d’enfants.
Sur la présentation Ankama, ils concluent par ‘cette promenade en enfance vous émerveillera’. Et émerveiller c’est exactement le mot. Lire Alphonse Tabouret ça fait tout pareil dans le cœur que quand on battait des mains, les yeux grands ouverts et le sourire aux lèvres, devant un joli papillon ou un énorme gâteau au chocolat, à 5 ans et demi.
Peut-être connais-tu déjà le travail de Lilidoll. De mon côté, je croise souvent ses illustrations, et je me retrouve à chaque fois avec des étoiles pleins les yeux. Elle a un univers bien à elle, plein de jolies filles, d’une nature pétillante et d’animaux mignons. Pourtant, dans Milky, livre pour lequel elle a eu carte blanche et publié sur le label VenusDea (comme le merveilleux Sabine par exemple), Lilidoll nous propose un univers toujours aussi beau, mais plus sombre et mystérieux…
Milky est une promenade, une visite guidée d’un monde enchanté mais aussi terrifiant, parfois. Le mignon se mêle au cruel, le kawaïï au sanguinolent. Pourtant, toujours, on retrouve la douceur et la poésie qui émanent de tout le travail de Lilidoll.
Milky, à la lecture, donne l’impression d’une balade au fil de l’eau, où l’on se laisserait porter, à la fois rêveuse et captivée par ce qui nous entoure. Ce n’est pas une bande dessinée mais un livre illustré, où les textes (que l’on peut lire, sur chaque page, en français ou en anglais, le label VenusDea étant international) se fondent dans les superbes illustrations et laissent la part belle aux songes…
Un vrai coup de cœur que ce joli livre, doux et poétique, mais aussi surprenant, et pleins de petits frissons, et j’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à l’adorable auteure…Je la laisse donc vous en dire plus…
Qui est Lilidoll ? Pouvez-vous vous présenter pour celles qui ne vous connaitraient pas encore ?
Bonjour Madmoizelle,
Je m’appelle Lilidoll, je vis et travaille à Nantes depuis 3 ans.
Je suis illustratrice freelance pour la presse, l’édition de livre, la publicité, la papeterie et le design d’objet de décoration.
J’ai toujours aimé le dessin, et les arts en général.
Mais l’envie d’en faire ma profession est venue sur le tard, et je me suis orientée vers le dessin après un baccalauréat général.
J’ai commencé par un BTS de Communication Visuelle (graphisme, publicité et design éditorial).
Ensuite, comme je voulais m’orienter plus précisément vers le dessin, j’ai rejoint l’école de bande-dessinée d’Angoulême (EESI).
L’école de BD est un lieu très vivant et dynamique, j’y ai fait de belles rencontres qui ont marqué mon travail actuel de manière très profonde.
C’est là que j’ai commencé à travailler en tant qu’illustratrice freelance.
Après mon diplôme, je suis restée trois ans à Angoulême, en résidence d’artiste à la Maison des Auteurs (MDA) pour travailler sur mes projets.
J’ai ensuite emménagé à Nantes, où avec mon ami nous avons rejoint l’atelier « La Baie Noire », qui regroupe des artistes nantais.
Comment est né Milky ?
Il y a plusieurs années, Barbara Canepa m’a proposé de faire un projet pour le label Venusdea, qu’elle commencait tout juste à mettre en place, aux cotés de Clotilde Vu.
J’avais rencontré Barbara Canepa pendant mes études, à Angoulême, lors du festival BD.
Elle s’intéressait beaucoup à tout ce qui se faisait en marge du festival.
A ce moment-là, nous organisions des expositions avec un groupe d’amis, et nous réalisions des fanzines et des revues de bande dessinée qui sortaient pour le festival (Chococreed…).
Barbara et Clotilde m’ont donné carte blanche pour un projet, cette confiance m’a beaucoup touchée.
Le plus délicat a été de cerner ce que je souhaitait dessiner.
MILKY était l’occasion rêvée d’explorer mon travail de manière plus intime, et de trouver de nouvelles directions.
J’ai pu remettre en question mes acquis graphiques, car je travaillais déjà depuis un moment, mais dans une direction plus ronde et enfantine.
J’avais envie d’aller à la rencontre d’un autre univers, et de voir ce qu’il en sortirait.
Je me rends compte finalement que ces deux directions de travail (jeunesse et plus adulte) se mélangent dans MILKY.
Ce n’est pas un livre destiné aux enfants, mais on y retrouve des éléments proches du conte, et une certaine candeur.
Comment raconteriez-vous votre livre à quelqu’un qui ne l’a pas encore ouvert ?
L’histoire de MILKY peut se présenter comme la découverte d’un nouveau monde, c’est une promenade dans des lieux fantasmés, où l’ombre et la lumière cohabitent en douceur.
Je souhaitais mettre en place un petit monde inventé, pour le développer de manière libre et joyeuse.
Le personnage de Milky est le fil directeur de cet endroit que l’on imagine plus complexe.
En la suivant dans son parcours, on va au devant de cet univers, pour le découvrir de l’intérieur.
Lorsque je rencontre les lecteurs autour du livre, je suis agréablement touchée par les réactions, je crois que chacun aborde le livre d’une manière différente, selon son vécu ou ses goûts personnels, et cela me plaît beaucoup ![]()
Je voulais que l’univers de Milky pousse à rêver, et à lâcher prise avec la réalité.
Comment s’est déroulée la création du livre ?
Le projet s’est monté petit à petit, il a évolué sur la longueur.
Je l’ai laissé mûrir un long moment, tout en travaillant sur d’autres projets.
Au départ, j’ai montré à Barbara Canepa et Clotilde Vu des recherches graphiques, dont le personnage principal, pour définir une direction de travail, et quelques éléments narratifs.
Elles m’ont fait confiance pour la suite.
Le projet a beaucoup changé entre temps, mais j’ai toujours gardé ces dessins préparatoires en tête lors de la réalisation.
Ils ont été le fil directeur de mon travail.
Pour l’histoire, j’ai défini à l’avance les univers dans lesquels je voulais que les personnages évoluent et les rencontres que je voulais déclencher..
Le texte et l’image se sont enrichis durant le projet, car je ne souhaitais pas travailler dans une forme trop rigide.
Quelles ont été vos influences, qu’est ce qui vous a inspirée pour créer cet univers ?
Il y a beaucoup de choses qui m’inspirent, autant dans la vie de tout les jours que dans les arts.
Il y a des moments que je trouve magiques dans le quotidien, et qui vont me marquer durablement, et imprégner mon travail.
Je suis une grosse lectrice, de tout type de littérature, et je vais beaucoup au cinéma, ou voir des concerts, des expos…
La musique m’apaise, elle a une très grande importance dans la genèse de mes images.
Avez-vous lu récemment un livre ou une bande dessinée qui vous a particulièrement marquée ?
Sans réfléchir, mon dernier coups de coeur BD serait « Les Derniers jours D’un Immortel » de Vehlmann et Bonneval. J’ai adoré « Fables Nautiques » de Marine Blandin aussi, vraiment superbe, un vrai coup de coeur ! Et je viens de lire « Polina » de Bastien Vivès, j’ai bien aimé.
Quels sont vos prochains projets ?
J’ai commencé une adaptation littéraire pour la collection Métamorphose, qui sortira en 2012.
Il s’agit d’un texte qui a beaucoup marqué mon enfance, et que j’ai toujours rêvé d’illustrer.
J’ai hâte d’en donner ma vision, et de le partager avec les lecteurs !
Il y aussi un projet de livre pour enfant en route, j’en suis à la phase d’écriture actuellement et j’espère qu’il prendra forme l’année prochaine.
Conjointement à mes projets d’édition, je travaille pour une grande marque de parfum depuis décembre dernier, sur un projet de longue haleine, qui sortira en 2013.
Je me suis remise à la presse jeunesse aussi, car cela me manquait de travailler pour les enfants.
Et je prépare une nouvelle collaboration en papeterie et objets de décoration pour 2012-2013, ainsi qu’un nouveau projet de t-shirt, que j’aimerais (enfin) concrétiser cet été.
Je continuerai à participer à des expositions aussi, collectives ou personnelles (autour de MILKY) à partir de novembre prochain,
j’en reparlerai sur mon blog le moment venu !
Book : http://lilidoll.ultra-book.com/
********************************
Blog : http://lilidoll-minidoll.blogspot.com/
********************************
Atelier : http://www.labaienoire.net/







