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Les gens normaux (paroles lesbiennes gay bi trans)

Les gens normaux, ce sont dix témoignages recueillis par le scénariste Hubert (Miss Pas Touche, Beauté, La ligne droite…) auprès d’homosexuels, bisexuels, transsexuels, et mis en image par des dessinateurs talentueux(Cyril Pedrosa, Virginie Augustin, Zanzim, Alexis Dormal, Jeromeuh, Simon Hureau, Merwan, Freddy Nadolny Poustochkine, Freddy Martin, Natacha Sicaud et Audrey Spiry). Le projet a été initié en 2011 en collaboration avec le Centre Lesbien, Gay, Bi, Trans de Touraine, mais les témoignages ont finalement été recueillis un peu avant la présidentielle de 2012, quand la question du mariage pour tous commençait à devenir électrique.

Au fil de ces 230 pages, on nous parle d’amour, de famille, d’éducation, de discrimination au travail, de maladie, de la situation dans des pays où l’homosexualité est considérée comme un délit, de religion, de désir, d’identité. Les témoignages sont tous aussi différents que passionnants, apportant à chaque fois un éclairage nouveau sur la question. Mais quelle question d’ailleurs ? Celle auquel répond le titre. Les homosexuels, les bissexuels, les transsexuels sont-ils normaux ? Chaque histoire est d’abord celle d’une vie, jalonnée de bonheurs et de drames qui les ont amené là, à se raconter face à Hubert.

Si cette bande dessinée raconte les hommes et les femmes, leurs sentiments, leurs émotions, leurs craintes (la peur de deux mamans face aux futures remarques que subiront leurs enfants à l’école, la perte de son amoureux à cause du sida, les relations parfois difficile avec ses parents, dls perpétuels mensonges au travail par peur de perdre sa place), ce sont aussi des explications claires et très intéressantes sur des sujets plus techniques : comment se passe une insémination, quel traitement doit-on prendre aujourd’hui quand on est atteint du sida, comment se déroule une opération pour changer de sexe…

Tout en noir et blanc, publié dans la très belle collection Écritures de Casterman, Les gens normaux fait du bien, en donnant une voix à ceux dont les médias parlent beaucoup tout en leur laissant rarement la possibilité de s’exprimer. Les histoires sont entrecoupées de textes écrits par des chercheurs (Eric Fassi, Maxime Foerster, Florence Tamagne, Louis-Georges Tin, Michelle Perrot), et l’ouvrage est préfacé par Robert Badinter.

Les gens normaux, c’est un livre beau, juste, et nécessaire. Un concert de voix réunies et racontées avec justesse par des auteurs qui s’effacent derrière les mots.

Les témoignages sont très émouvants, parfois violents, et nous invitent à nous interroger constamment. Ce sont des histoires intimes et pourtant universelles, qui ne peuvent que profondément nous toucher.

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L’arbre aux pies

9 octobre 2013  |  Bande dessinée

Nel et ses amis sont encore des enfants. Ils vivent une vie presque insouciante à l’orphelinat où ils ont été recueillis, passant la plupart de leur temps dehors, à jouer et vivre de grandes aventures avec des animaux qui parlent. Malheureusement, leur enfance touche à sa fin, et le Chasseur vient les chercher pour les amener dans la ville haute.

Les autres se résignent, mais Nel ne veut pas accepter cette fatalité. Pourquoi grandir ? Pourquoi devoir accepter de se plier aux règles et de se soumettre aux exigences d’une autorité supérieure dont on ne connait rien ? Pourquoi abandonner ce qu’elle aime et qui la rend heureuse ?

L’arbre aux pies a un rythme assez lent, troublant, un peu comme un songe. Dans une ambiance entre mythologie et conte, Nel évolue, tente de fuir, lutte de toutes ses forces contre la fatalité alors que tout le monde autour d’elle semble heureux comme ça, et que son passé semble bel et bien révolu. Le dessin, très doux, les couleurs sombres et un peu passées, contribuent encore à amplifier cette atmosphère entre rêve et cauchemar, où l’on espère apercevoir une lueur d’espoir dans la pénombre.

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Eve sur la balançoire – Conte cruel de Manhattan

Eve a 16 ans quand, en 1901, elle emménage à New York avec sa mère et son frère. Elle devient modèle pour le peintre James Caroll Beckwith, puis pour d’autres. Elle prend aussi la pose pour des photographes, et devient une véritable icône de publicité. Dentifrices, parfums, cigarettes, corsets, la beauté d’Eve sert toutes les réclames. Peu à peu, ses tenues deviennent plus légères, les poses plus suggestives. Mais Eve est encore une enfant, elle vient de Pittsburgh et ne sait rien de la cruauté du monde. Et puisque tout est fait avec la bénédiction de sa mère, qui met d’ailleurs toute son énergie pour trouver de nouveaux contrats à sa fille, où serait le mal ? Elle commence aussi à faire un peu de théâtre, de cinéma…

Elle rencontre Standford White, un des architectes les plus éminents de l’époque, qui contribue à façonner le New York du début du siècle. Ogre croqueur de jeunes filles, il couvre Eve de présents et l’invite très régulièrement à festoyer chez lui…

« Il n’avaient qu’à être moins beaux : on ne les aurait pas capturés ! Tant pis pour eux…« . c’est ce que dit Standford à Eve en lui offrant une étole en renards blancs. Cette phrase décrit si parfaitement la vie d’Eve, remarquée pour sa beauté, et qui comme un papillon s’approche toujours plus de la lumière et risque bien de se brûler les ailes. Difficile de faire les bons choix quand le bonheur simple ne peut faire ombrage à l’éclat du succès et de l’amusement, même s’il dissimule des choses bien moins jolies.

Eve sur la balançoire nous raconte un petit bout de la vie d’Eve Nesbit. De son ascension vers le succès, quand elle était surnommée par les journaux ‘l’Eve américaine’, jusqu’au fait divers qui la rendit malheureusement bien plus célèbre encore. Car plus encore que son visage, c’est son rôle dans ‘le procès du siècle’ qui fait qu’elle est aujourd’hui encore dans les mémoires.

Nathalie Ferlut livre ici une biographie passionnante et très documentée, où l’on croise d’autres personnages marquant du New York du début du XXème siècle. L’histoire démarre quand Eve a tout juste 16 ans, et s’achève quand elle en a 22.

L’atmosphère de la ville est parfaitement retranscrite, notamment l’ambiance nocturne. Eve est intéressante pour son histoire tragique, mais aussi parce que, comme l’explique l’auteure dans le dossier final, ‘Evelyn fut la première d’une intarissable cohorte de jolies filles érigées en déesses éphémères par les journaux, les théâtres et les studios de cinéma et de télévision.’.

Le trait de Nathalie Ferlut est très fin, délicat, pétillant, et suit parfaitement la personnalité de son héroïne. A part quelques cases où la colorisation m’a semblé manqué un peu de finesse, elle est très réussie, s’inspirant notamment des techniques des peintres impressionnistes (dont James Caroll Beckwith faisait partie) apportant beaucoup de légèreté, un côté un peu froufroutant, plein de l’énergie et de l’enthousiasme de la jeune fille. Les tonalités choisies, un peu passées, sont toutes en douceur.

C’est une histoire à la fois tragique et captivante, et une très jolie bande dessinée.

Le tumblr de Nathalie Ferlut
, où vous pourrez découvrir quelques jolis extraits de la bd.

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Uriel Samuel Andrew

17 septembre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

En 2007, 39 soldats américains rentrent d’une mission en Irak et sont accueillis en héros. Parmi eux il y a Uriel, qui retrouve sa fiancée, Samuel, qui rentre chez ses parents et Andrew qui est accueilli par sa sœur, qui s’est occupée de lui depuis la mort de leur parents. En ce jour de fête, deux soldats viennent annoncer à la famille d’Hill Turner qu’il ne reviendra jamais d’Irak.

Uriel, Samuel et Andrew retrouvent leur vie, leur quotidien. Si rien n’a vraiment changé pendant leur absence, en eux, rien n’est plus pareil. Le moindre bruit les fait sursauter, ils n’arrivent pas à trouver la motivation pour trouver du travail, ils ne parviennent pas plus à se confier à leur proches. Ils se sentent vides, et seuls. Quand ils se voient tous les trois ça va mieux. Pendant quelques instants ils peuvent rire, ne plus se sentir accablés des reproches des gens qui les aiment mais qui ne comprennent plus leur comportement. Sans se dire un mot ils savent que les autres vivent la même choses qu’eux, et savent aussi qu’ils faut qu’ils se soutiennent, qu’ils ne laissent pas l’un de leur camarade s’enfermer dans sa solitude.

Uriel semble reprendre sa vie en main, se marie, s’apprête à avoir un bébé et trouve même un travail. Les deux autres ont plus de mal, Andrew n’arrive pas à faire quoi que ce soit, et Samuel se met de plus en plus en danger. Pendant ce temps, la famille de Hill essaie de se reconstruire, sa veuve prend un deuxième travail pour payer les factures, et demande à son ainé de l’aider autant que possible.

Uriel Samuel Andrew (U.S.A.)est une bande dessinée forte, qui traite avec beaucoup de pudeur et de simplicité des dommages irréversibles causés par la guerre sur des hommes qui ne parviennent plus à trouver leur place. C’était presque plus facile quand leur seul objectif quotidien était de rester en vie. En parallèle de leur souffrance, on voit leurs proches qui sont à bout de patience, ne peuvent pas imaginer ce qui se passe dans leur tête, et ne savent pas non plus comment les aider.

Will Argunas signe ici un récit très puissant et nécessaire. Émouvant sans jamais tomber dans le larmoyant, intime sans être voyeuriste. Ses personnages sont vus comme des héros mais ne se sont jamais sentis aussi fragiles. Le dessin est dans un style réaliste, tout en noir et blanc. Will Argunas est notamment l’auteur dIn the name of et de l’adaptation de l’Homme Squelette.

Ce nouveau titre nous prend à la gorge de la première à la dernière case, jongle habilement entre mal-être et lueurs d’espoir, et continuera de nous habiter bien après l’avoir refermé…

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La somnambule

30 juin 2013  |  Non classé

La somnambule est le dernier titre paru dans la collection Rivages/Casterman/Noir, où l’on trouve des adaptations en bd des polars édités chez Rivages Noir.

Marian Tansey travaille dans une petite brocante depuis deux ans. Elle était arrivée devant chez Ruth, amnésique et paniquée, et cette dernière l’a recueillie au sein de la petite communeauté qu’elle gère, sans lui poser de questions. Marian vient de décider de s’acheter une voiture, et trouve la perle rare, un cabriolet blanc, dans ses moyens.

Mais chaque matin, elle retrouve la voiture garée de travers, sale et rayée. Qui parmi ses voisins empruntent sa voiture sans demander la permission ? Au même moment, deux nouvelles personnes emménagent dans l’immeuble. Un journaliste taciturne et une jeune kleptomane pour qui Marian n’éprouve pas beaucoup de sympathie…

L’ambiance de La somnambule est sombre, un peu glauque, comme une nuit noire voilée d’un brouillard épais. Marian qui était parvenu à se reconstruire un quotidien rassurant, voit tous ses repères bouleversés par les derniers évènements. Qui prend sa voiture toutes les nuits ? La jeune Rebecca essaie-t-elle de prendre sa place ? Qui est vraiment Dick, le vendeur de voiture qui ne semble plus vouloir la quitter ? Comme toujours dans cette collection, l’adaptation est de qualité, et séduira autant ceux qui ne connaissent pas le roman que ceux qui l’ont déjà lu. Les dessinateurs sont choisis avec soin, et offrent une atmosphère particulière à l’histoire.

Ici le dessin à un côté vif, tranchant, et laisse une large place au noir, qui dévore les visages comme les décors. L’histoire, elle, est pleine de secrets, de mensonges et de retournements de situation.

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