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Rimbaud l’indésirable

Après le très beau Egon Schiele, Xavier Coste revient avec Rimbaud l’indésirable.

Si on connait les noms d’Egon Schiele et de Rimbaud, si leurs œuvres sont aujourd’hui célèbres, on connait moins leur vie. Dans ces deux titres, l’auteur nous entraine dans une biographie ni critique ni romancée, à la rencontre de l’homme et de l’artiste.

Xavier Coste s’est ici penché sur les témoignages de l’entourage de Rimbaud, afin de raconter celui décrit par ses amis, ses relations, sa famille. Arriviste, grossier, manipulateur, Arthur Rimbaud était détesté par les autres poètes qu’il fréquentait, et n’a, de son vivant, jamais rencontré le succès.

Pendant les 120 pages de cette passionnante bande dessinée, on découvre le jeune homme qu’il a été. Verlaine fut captivé par ses poèmes et le fit venir à Paris, lui présenta d’autres poètes, avant de devenir son amant. L’auteur nous raconte leur passion destructrice, qui conduira Paul Verlaine en prison. Le derniers tiers de la bande dessinée nous emmène en Afrique, où Rimbaud connu une toute autre vie, bien loin du tumulte parisien.

Si la vie du poète est fascinante, la manière dont Xavier Coste la raconte l’est tout autant. On sent derrière les pages un grand travail de recherche, et il nous propose une vision de l’artiste à mille lieux de celle ancrée dans l’imaginaire collectif. Les dialogues sont très bien écrits, entrecoupés par moment de poèmes, et de lettres que s’envoient les différents personnages. On cherche à comprendre l’homme, ses fêlures et ses rêves, pour mieux comprendre l’artiste, et s’il se révèle assez détestable, on ne peut qu’être touché par son besoin vitale d’écrire, de vivre, d’être libre. Le rythme imposé par l’auteur est très prenant. L’histoire est faite de conversations, de calme, d’épisodes de solitude pesante, d’instant de folies, et de moments hors du temps où Rimbaud déclame l’un de ses poèmes. Mais cette lecture est une épreuve loin d’être désagréable, comme un très bon roman (ou film), qui nous prendrait aux tripes de la première à la dernière ligne (ou image). Ici, on ne peut s’arrêter de lire, subjugué-e par l’aura de ce jeune homme aussi talentueux que méprisant. On a beau savoir que la fin sera tragique, on se prend à espérer une éclaircie dans sa vie.

Graphiquement, le trait de Xavier Coste a encore gagné en intensité depuis Egon Schiele. Son dessin est en même temps doux et comme écorché, profond et vibrant. Les couleurs, un peu passées et souvent sombres, collent parfaitement au vague-à-l’âme qui semble ne jamais vouloir quitter le poète. Dans la seconde partie, qui se passe en Afrique, les couleurs deviennent presque étouffantes, rendant à merveille la chaleur de plombs qui fait souffrir Rimbaud.

Rimbaud l’indésirable est une très belle biographie, dense, richement documentée et superbement écrite et dessinée. Une occasion de mieux connaitre l’homme, et de porter un regard nouveau sur son œuvre.

Découvrir quelques extraits via la page facebook de Casterman.

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Londres Santorin : Aller-retour

5 mai 2013  |  Coups de coeur

La vie de Tom Katz a perdu ses couleurs depuis la disparition en mer d’Anna, sa femme. Cela fait dix ans qu’il se contente de mettre un pied devant l’autre sans trouver un réel sens à sa vie. Paradoxalement, c’est depuis ce drame que ses livres deviennent immanquablement des best-sellers. Alors, il ne fait qu’écrire, et n’a plus jamais quitté Londres, où le souvenir d’Anna lui offre une présence apaisante.

Mais aujourd’hui Tom a envie d’aller mieux, et il a un nouveau projet de roman qui pourrait bien lui changer les idées. Il part à Santorin, en Grèce, dans un luxueux hôtel peuplé de stars et de milliardaires. Il y croise une célèbre journaliste anglaise qui lui parle de Missise Brown, une jeune femme qui sème le trouble dans l’hôtel depuis quelques temps, sans jamais que personne ne l’ait vu. L’inconnue réside dans la plus belle chambre du Kios Hotel et privatise, sans jamais en profiter, tout ce que l’établissement a de meilleur. Quoi de mieux qu’un tel personnage pour inspirer un écrivain ?

Raphaël Drommelschlager est l’auteur du remarqué Paris-New York New-York Paris. Il revient ici avec un nouveau polar surprenant et très bien construit. Dans Londres Santorin : aller-retour, les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être, et l’intrigue n’avance à aucun moment comme on aurait pu l’imaginer. Flirtant très légèrement avec le fantastique, l’histoire rappelle les enquêtes que savait si bien écrire Agatha Christie. Ici, comme dans ses romans, on trouve des personnages charismatiques, qui ont tous d’inavouables secrets. Très vite, on ne sait plus démêler le vrai du faux, ni qui manipule qui, on imagine que chaque nouveau protagoniste a quelque chose à se reprocher, et l’auteur nous mène par le bout du nez. C’est une expérience de lecture assez grisante, il faut l’avouer.

Le dessin de l’auteur est très agréable, mais c’est surtout la colorisation qui confère une atmosphère particulière au titre. Car si la vie de Tom Katz est en noir et blanc depuis qu’Anna a disparu, la bd a elle aussi perdu toutes ses couleurs. Le trait est sépia et non noir, le ciel et les ombres se colorent parfois de sépia également, mais à part cela, tout est blanc et vide. Il se dégage de ce choix beaucoup de fraicheur et en même temps, de mélancolie.

Londres Santorin : Aller-retour est une très bonne surprise, qui ravira les amateurs d’enquêtes pleines de rebondissements.

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Pil

22 avril 2013  |  Coups de coeur

Nanami donne bien du fil à retordre à son grand père…enfin c’est plutôt le contraire !

Ils vivent tous les deux au Japon, pendant que la mère de la jeune fille fait carrière dans l’opéra en Italie. Mais pour l’adolescente à l’esprit rebelle et passionnée de musique punk, le quotidien avec un grand père dépensier, et les règles strictes du lycée privée où elle est scolarisée sont autant de raisons d’avoir des envies d’évasion.

Mari Yamazaki, l’auteure du remarqué Thermae Romae raconte, dans ce one shot paru dans la jolie collection Ecritures ce duo formé par une adolescente pleine de rêves et son grand-père, qui essaie de faire au mieux pour élever sa petite-fille, même si elle grandit bien trop vite pour lui.

C’est une histoire pleine d’humour, d’amour familiale, de musique et d’ambition. Nanami a envie d’être libre, et son optimisme est communicatif.  L’histoire est inspirée de l’adolescence de Mari Yamazaki, qui bouillait à l’époque des mêmes envies (et a parcouru le monde, depuis). Son dessin est classique, mais très joli, et les petites histoires qui composent Pil forment un quotidien bien rythmé.

Un manga différent et une chronique familiale pleine de tendresse.

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Madie

Madie n’a jamais vraiment oublié Frédéric, son premier amour, qui s’est engagé dans l’armée, l’a quittée, et est mort du paludisme en mission à l’autre bout du monde. Aujourd’hui médecin généraliste dans une petite ville de l’est de la France, elle vit une jolie histoire, depuis sept ans, avec Édouard. Il faisait partie, comme Hocine son meilleur ami, de sa bande de potes à l’époque de Frédo. Ils s’aiment, mais la plaie laissée par l’absence de Frédéric dans le cœur de Madie ne s’est jamais complètement cicatrisée.

Juste après les obsèques de la mère de son ancien amoureux, Hocine apprend à Madie le lourd secret que la défunte lui a confié quelques jours plus tôt : Frédo est vivant.

Comment continuer à vivre son quotidien, avec l’équilibre fragile qu’elle était parvenue à construire, après une telle nouvelle ? La jeune femme n’a tout à coup plus la tête à écouter les longues histoires de ses patients, plus de tendresse à donner à Édouard, plus la patience d’écouter sa mère lui dire pour la millième fois qu’elle va quitter son père. Quoi faire quand le vide qu’elle porte en elle pourrait être comblé ?

Madie est une superbe histoire, sensible et touchante. La jeune femme est à ce moment de sa vie où elle doit faire le point pour mieux s’élancer, mais voilà que l’un des plus grands drames qui l’a construite n’est plus, et que tout autour d’elle s’écroule comme un château de cartes. Elle n’a plus de repères, et la Madie d’une vingtaine d’années vient perturber l’adulte qu’elle était devenue. On la suit dans ses hésitations, ses remises en question, son ras-le-bol et son saut dans le vide, quel que soit le lieu où elle a décidé d’atterrir. Le sait-elle seulement d’ailleurs ?

Le dessin est comme l’histoire, délicat et plein de sensibilité. Les couleurs sont douces, évoquant à merveille l’automne, saison durant laquelle se déroule la plus grande partie de l’histoire. Cette saison, propice à la mélancolie (et à un début de déprime, peut-être) occupe d’ailleurs une jolie place dans les décors, car la plupart des scènes se déroulent en extérieur.

On se laisse bercer par cette errance, un peu perdus nous aussi, touchés. Nous demandant s’il vaut mieux faire table rase du passé, ou au contraire profiter de cette occasion inespérée de, peut-être, pouvoir changer le cours des choses. Madie nous interroge aussi sur nos vies, nos aspirations et le sens que l’on veut donner à nos existences. Car, comme elle se le demande à chaque fois qu’elle croise son reflet, quel amour nous porte, nous ?

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Hoodoo Darlin’

7 avril 2013  |  Coups de coeur

Adèle est l’élève d’un sorcier vaudou depuis son enfance. Aujourd’hui jeune femme, son maitre a beau lui dire qu’elle approche du jour où elle sera prête, elle boue d’impatience. Un soir, elle suit son maitre, et assiste à l’ouverture d’une porte vers le monde des Grands Esprits…et elle passe le passage avec lui. Grand mal lui en a pris, elle va devoir faire face à la fureur des Grands Esprits pour sa désobéissance. Pour survivre, elle doit capturer 5 esprits dans le monde des humains, même si elle n’a pour le moment aucune idée de comment faire…

Comme toujours, avec le label KSTR de Casterman, ce qui saute immédiatement aux yeux dans Hoodoo Darlin’, c’est l’immense talent de dessinatrice de son auteure Léonie Bischoff. Son trait a énormément de caractère, ses personnages sont pleins de charismes et Adèle est d’une beauté forte et troublante, ses grands yeux nous captive à chaque page. La colorisation force également l’admiration, Léonie Bischoff n’hésite pas à utiliser des couleurs très fortes, mais sa palette est pourtant très harmonieuse.

L’histoire n’en est pas moins prenante, étrange et surprenante. C’est une plongée dans une Louisiane pas si lointaine, où la magie du vaudou côtoie la réalité bien moins reluisante du racisme.

Une jolie surprise, et une auteure talentueuse à découvrir chez KSTR, collection originale et pleine de talents à découvrir.

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