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Aaaaaaah Monkey Bizness. Le premier tome, Arnaque, Banane et Cacahuètes fait assurément partie de mes bd-préférées-du-monde-entier. Attirée par la couverture fluo sans bien savoir à quoi m’attendre (même si le simple fait que la bd soit éditée au label 619 chez Ankama est un gage de qualité), je suis restée scotchée par tant de génie. Drôle, très drôle, remarquablement bien écrit, merveilleusement dessiné et servi par une colorisation ultra classe, ce livre a définitivement tout pour lui.
Et puis hier est sorti le tome 2. Les nombreux fans l’attendaient fébrilement, même si après une aussi bonne surprise, on a toujours un peu peur d’être déçu la deuxième fois. Que ça soit moins drôle, que ça s’essouffle un peu…Ici il n’en est rien, Les cacahuètes sont cuites est aussi hilarant que son prédécesseur.
Pour re-situer un peu, Monkey Bizness prend place dans le futur, longtemps après que les humains se soient tellement bouffés entre eux que les rares survivants ont fini par retourner à l’état sauvage. Les animaux ont pris leur place, et rats, hyènes, homards, éléphants et reptiles en tous genres cohabitent avec le même talent que les idiots qui étaient là avant eux.
Parmi eux, Hammerfist le gorille et Jack Mandrill le babouin vivent une douce vie de bohème faite de de cuites et de violence gratuite. Leur petit hobby étant d’aller d’un quartier de Los Animales à l’autre pour se battre avec des animaux qui n’avaient rien demandé.
Après un premier tome riche en rebondissements, voilà qu’un mystérieux individu essaie à plusieurs reprises d’attenter à leur vie. Qui ? Pourquoi ? C’est ce qu’ils vont tenter de découvrir. Mais d’abord, il va falloir qu’ils trouvent où dormir, puisqu’on vient de brûler leur mobil home.
ElDiablo (le scénariste) et Pozla (le dessinateur) sont notamment connus pour leur travail sur la série les Lascars, mais ils font plein d’autres choses tout aussi cool. ElDiablo a, entre autre, écrit le très bon Pizza Roadtrip, dessiné par Cha et paru à l’automne dernier.
Avec Monkey Bizness, on sent qu’ils se font vraiment plaisir et le résultat est jubilatoire. Les dialogues sont excellents, avec un Hammerfist au langage toujours soutenu et Jack plus…spontané, les personnages sont aussi nombreux que géniaux, tous légèrement stupides et complètement déglingués, et le dessin de Pozla est un vrai bonheur. Proche du street art ses décors sont bordéliques mais pleins de détails et ses animaux ont des gueules tout simplement parfaites. L’association de leurs deux talents donnent une histoire sous acide, ultra rythmée, bourrée de clins d’œil au cinéma, des films de gangster aux blockbuster SF, qui pourrait nous faire frôler l’indigestion si ça n’était pas si bon.
Dans Monkey Bizness il y a de l’émotion, beaucoup d’émotion. De l’amour, du suspens, de l’amitié à toute épreuve, des drames, des secrets enfouis, de l’espoir, du désir. Mais le duo ne nous laisse pas le temps de verser une larmichette entre deux fous rires. A déconseiller peut-être aux âmes sensibles parce qu’on ne ressort pas indemne d’une rencontre avec ces deux-là, mais si vous êtes amateur-rice d’humour trash et parfois absurde, foncez, cette série est une vraie petite bombe.
Pour vous mettre dans l’ambiance, le très bon trailer, réalisé par Pozla :
http://www.dailymotion.com/videox10f8p5Monkey Bizness tome 2 : Les cacahuètes sont cuites sur Amazon et chez votre libraire préféré.
Après le sublime La Belle Mort, errance apocalyptique pleine d’étrange et de poésie parue en 2011, et une histoire dans le deuxième tome de Doggybags, Mathieu Bablet revient chez Ankama avec le premier volume d’Adrastée.
Cette fois-ci, l’auteur nous emmène avec lui sur les pas d’un roi maudit, dans la mythologie grecque…
C’est l’histoire d’un homme immortel, roi de l’Hyperborée, qui, après avoir perdu ceux qu’il aimait, s’est assis sur son trône de fer et n’en a plus jamais bougé. Mille ans à réfléchir, à essayer de comprendre pourquoi il n’avait pas le droit de mourir. Et puis un jour, il se lève. Son Royaume n’est plus, le palais est colonisé par la végétation et il n’y a plus âme qui vive. Alors il part. Il fait route vers le Mont Olympe, espérant rencontrer les dieux et leur poser toutes les questions auxquelles il n’a jamais trouvé de réponse.
Sur son chemin il va croiser des personnages et des créatures qui le ralentiront, mais quelles que soient les épreuves et les rencontres, il continue d’avancer…
Ce premier volume d’Adrastée est une très très jolie surprise. J’étais déjà sous le charme face au talent de Mathieu Bablet, qui alliait un grand talent de conteur et un dessin superbe dans la Belle Mort. Mais je dois avouer que cette nouvelle histoire gagne encore en intensité. J’ai été complètement happée par la marche de cet homme, comme un moment hors du temps où plus rien ne compte à part le livre que l’on a entre les mains.
Il y a ces paysages grandioses et incroyables, riches de mille détails, il y a les animaux et les créatures, superbes et effrayantes, il y a le regard profond des hommes. Chaque case est vraiment belle, et on pourrait rester de longues minutes à admirer les décors, mais le roi lui, avance, et on ne voudrait pas se laisser distancer. La mise en couleur confère une atmosphère particulière à chaque étape de son parcours. On prend plaisir à croiser des éléments mythologiques que l’on connait, on en découvre peut-être d’autres aussi. En fin d’ouvrage, un lexique nous en apprend plus sur ces personnages.
Et puis il y a l’histoire. La fuite en avant de cet homme qui essaie de se remémorer son passé au fur et à mesure qu’il s’en éloigne. Il fouille dans ses souvenirs pour n’en perdre aucune miette, tentant surtout de ne pas oublier celle qu’il a aimée. Il doit répondre à une énigme, dialoguer avec des gens qu’il préfèrerait ignorer, combattre d’immenses dangers. Et marcher, toujours, vers le seul but qui lui reste.
Il y a dans Adrastée le souffle des grandes légendes, la souffrance enfouie de ceux qui ont trop côtoyé la mort, qui ont tout perdu. Il y a pourtant aussi l’espoir lumineux auquel le héros se raccroche, comme une seule et unique raison de vivre, qui dépasse le reste. C’est une fable étrange, poétique, un peu effrayante mais captivante. Un vrai coup de cœur pour ma part, qui me donne envie de relire encore et encore ce premier tome, en attendant la fin de l’histoire, dans le second volume, à paraitre dans quelques mois.
Le blog de Mathieu Bablet, pour découvrir des extraits d’Adrastée…et bien d’autres jolies choses.
Adrastée tome 1 sur Amazon et chez votre libraire préféré.
Florent Maudoux est un auteur extrêmement talentueux. Plus qu’une simple bd, c’est tout un univers qu’il a créé avec Freaks’ Squeele. Et si la série principale est excellente, les deux spin-off qu’il a imaginé sont du même niveau. Ainsi, après le très beau Rouge, dessiné par Sourya, qui aborde l’adolescence de Xiong Mao, c’est au tour de l’énigmatique Funérailles d’avoir sa série rien qu’à lui, et cette fois-ci Florent Maudoux officie au scénario comme au dessin.
Avant de fuir parce que vous n’avez jamais lu Freaks’ Squeele : sachez que vous pouvez (et devriez vraiment) lire Funérailles. Si on retrouve le superbe dessin de Florent Maudoux, et son talent pour raconter les histoires, Funérailles prend place dans une époque lointaine, et ne se base donc pas sur la série principale. Le ton est aussi très différent. C’est d’ailleurs assez bluffant de voir comment il arrive à transposer son style d’un genre à l’autre, sans perdre une miette de ce qui rend sa narration si addictive.
Il était une fois…
…un chevalier valeureux mais pauvre, épris d’une superbe princesse. Le jeune homme parvint à se faire un nom à la seule force de son épée, et pu ainsi épouser l’élue de son cœur. Neuf mois plus tard, le couple eut un fils, Scipio, promis à un brillant avenir…Si Funérailles était un conte de fée, c’est cette histoire qui nous serait racontée. Mais les contes ne sont que ce qu’on veut bien nous montrer, et l’intrigue qui se déroule en coulisse est toujours bien plus complexe que l’on ne l’imagine.
Ici, le beau chevalier n’est pas le seul maitre de sa si admirable destinée, et la naissance de l’héritier marque le début, et non la conclusion, de cette histoire. Car dans le secret de la chambre où elle accouche, la princesse, prêtresse de la maison de l’Araignée, donne naissance à…deux garçons en parfaite santé. Un tel évènement est annonciateur de drames à venir, et la conseillère de Lucianne la convainc aussitôt de se débarrasser du second bébé, avant que quiconque ne soit mis au courant.
Ce que les deux femmes ignorent, c’est que l’enfant a survécu au triste sort qu’elles lui réservaient, y laissant au passage un bras et une partie de son visage. Élevé par un chirurgien de talent, le garçon, baptisé Pretorirus du Serpent par son père d’adoption, grandit, s’instruit…et finit par croiser la route de Scipio.
On ne peut se soustraire au Destin, et tous les habitants de Rem savent que le jour où naitront deux enfants identiques entrainera la fin de la Civilisation. Ce qu’ils ignorent, c’est que ce jour est déjà arrivé…Funérailles prend racine dans les contes et légendes anciennes, mais aussi, comme l’expliquait Florent Maudoux en interview, dans des éléments de notre histoire récente comme la Guerre du Vietnam. On retrouve également, comme dans les deux autres séries, pleins d’éléments de pop culture, des mangas aux jeux vidéos, du comics au cinéma. Et ce mélange d’influences est parfait, offrant un univers aussi riche que dingue.
Le dessin est superbe, et tous les personnages sont beaux, même (et surtout) les freaks et estropiés qui vivent dans les bas-fonds de la cité. L’histoire est ici en couleurs (contrairement à la première édition de Freaks’ Squeele qui est en partie en noir et blanc) mais la colorisation ne s’impose jamais trop pour ne pas dévorer les milles détails qui composent chaque case. Les décors sont grandioses, mais savent aussi s’effacer dans les moments les plus importants de l’histoire. Et s’il se passe énormément de choses dans ce tome, si les personnages interagissent beaucoup, les regards à eux seuls ont bien des choses à raconter. Il y a celui de Scipio, au départ débordant de la joie naïve d’un enfant et qui s’endurcit au fil des pages, quand l’œil valide de Pretorius conserve toujours la même énergie et la même force puisées dans les épreuves qu’il a déjà traversé.
La fin de ce premier volume s’ouvre sur un univers complètement différent, et on ne peut que trépigner d’impatience en attendant la suite (mais le sixième tome de Freaks’ Squeele nous permettra de patienter…).
Funérailles, c’est un livre beau, autant par le dessin que l’objet lui-même (la tranche noire nous plongeant avant même de l’ouvrir dans une atmosphère angoissante), mais c’est aussi, et surtout, une histoire captivante, pleine d’intrigues qui s’entremêlent et de personnages charismatiques. Une saga très sombre, à l’univers dense, qui s’annonce vraiment excellente. Derrière les apparences flamboyantes, la réalité fait froid dans le dos.
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Encore une double chronique, décidément. Oui mais là il s’agit sans aucune doute de deux de mes séries préférées, publiées dans la même collection, chez l’éditeur Ankama. Je l’ai déjà dit (mais je ne le dirais jamais assez), le label 619 est un gros gage de qualité. En gros, je n’ai jamais été déçue par une seule des bd qu’a choisi d’éditer Run, le directeur de la collection, au sein du label. Du sublime la Belle Mort à l’hilarant Monkey Bizness. Sans oublier le génial Freaks Squeele et son si beau spin-off Rouge sorti récemment. Mais j’aurai l’occasion de vous reparler de ces talentueux auteurs très prochainement, puisque j’ai eu la chance d’interviewer cinq d’entre eux à Angoulême…
Et donc, parmi les merveilles du label 619, il y a Mutafukaz, la série culte signée Run (le directeur de la collection, donc) dont le quatrième tome sort aujourd’hui.
La première fois que j’ai croisé Mutafukaz, j’ai compris que j’avais affaire à une bd différente de tout ce que j’avais pu lire avant. Run a su créer un univers complètement barré, savant mélange d’une multitude de trucs cool (de la lucha libre à l’ufologie) pour nous offrir une ville californienne plus vraie que nature. Mais au delà de son Dark Meat City, la ville où se déroule l’action, il y a aussi les aventures (car il y a beaucoup de personnages, et beaucoup d’histoires parallèles), toutes aussi prenantes et explosives les unes que les autres, les dialogues hilarants, sa capacité à varier les rythmes, les personnages principaux qui sont des losers de compétition, et tous les autres personnages d’ailleurs, qui sont si denses, si géniaux, qu’ils mériteraient presque chacun d’avoir leur propre série…Et pour sublimer tout ça, Run est aussi un dessinateur ultra talentueux, qui nous offre des planches sublimes et fourmillant de détails. Et puis on ne peut pas oublier sa colorisation, qui donne encore plus d’énergie à une histoire déjà survoltée. Lire Mutafukaz c’est une vraie expérience. Une expérience dingue, mais géniale.
Pour vous raconter un peu, quand même, c’est l’histoire d’Angelino et de son pote Vinz. A la suite d’un accident, Angelino obtient un pouvoir dont il aurait préféré se passer : il peut détecter les gens qui possèdent une ombre venue d’ailleurs…Et ce don dérange beaucoup, beaucoup de monde, et lui et son meilleur ami vont se retrouver avec plein d’ennemis à leurs trousses…Ça c’est un peu l’idée de départ, puisqu’en parallèle, on va suivre de nombreux autres personnages, dont le destin est également lié à Dark Meat city et aux choses étranges qui s’y passent.
Après 3 ans d’absence (j’avais d’ailleurs chroniqué le tome 3 à l’époque), Run revient avec le quatrième volume de Mutafukaz. Et il a bien fait les choses pour son retour car ce nouvel opus est encore plus beau et maitrisé que les déjà excellents trois premiers. La situation à Dark Meat City est plus tendue que jamais. Le Gouvernement semble avoir perdu le contrôle de la section Z7, chargée de réprimer les émeutiers. La ville est en proie à une véritable guerre civile. Pendant que l’on retrouve plusieurs des personnages qui ont jalonnés les précédents tomes, qui s’apprêtent à faire face à leur destin, Angelino, Vinz, et Willy (un troisième loser) tentent de leur côté d’atteindre la maison de Willy, car ce dernier assure y avoir caché beaucoup d’argent…
Sous le soleil de plomb californien, l’Apocalypse semble bien s’être invité à Dark Meat City. Et si pour ses habitants, on est plus proche de l’enfer que du paradis, pour nous petit lecteur, c’est jubilatoire. Chaque page est une nouvelle explosion d’action, chaque case regorge de détail, et on est captivé de la première à la dernière page par les catastrophes qui croisent la route des héros. C’est drôle, beau, dingue, et brillant.
Et puis cette semaine, il y a aussi le deuxième tome de The Grocery. Je suis fan du dessin de Guillaume Singelin depuis la sortie de King David, chez KSTR, en 2008. Il avait déjà un style à part et un trait magnifique, il a ensuite dessiné Pills, toujours chez KSTR, puis a rejoint le label 619. On l’y a vu dans Doggybags d’abord, puis dans the Grocery, avec Aurélien Ducoudray au scénario. L’excellent premier tome de cette série est sorti il y a un an, et ce tome 2 est du même niveau.
Les auteurs nous plongent dans le quotidien d’un quartier malfamé de Baltimore. Il y a Elliot, fils de l’épicier du quartier, d’une naïveté déconcertante, Sixteen, corner boy parmi tant d’autres, qui deale sans même se demander s’il pourrait faire autre chose de sa vie, et puis il y a des dizaines d’autres personnages, tous occupés à essayer de survivre et sortir leur épingle du jeu dans un contexte difficile et violent. Le thème et les situations abordés le sont d’une manière documentée et critique, sans jamais que les auteurs ne soient moralisateurs. Dans le deuxième tome, on retrouve tous les personnages, les intrigues avancent mais il serait compliqué de toutes les résumer ici tant elles sont nombreuses (et puis ça gacherait le plaisir).
The Grocery est sans doute encore plus addictif que la mauvaise dope que refourgue Sixteen. Le contexte est hyper réaliste, mais les scènettes réussissent à être en même temps très dures et hilarantes. Le quotidien des gamins des rues, des ex-taulards, des sdf qui se promènent sur les pages n’est pas drôle du tout, mais Aurélien Ducoudray arrive à glisser l’humour là où on ne l’attend pas. Guillaume Singelin de son côté, mixe avec aisance le doux et le trash, le mignon et l’insoutenable. Ses personnages, aux traits animaliers sans être bien définis, parviennent en un sourire, un regard, à dégager beaucoup d’expressivité. Les couleurs sont fascinantes. C’est même plus une lumière, comme dans un film, comme dans la vraie vie, qui donne une atmosphère vraiment particulière. C’est en même temps crade et lumineux, rétro et très moderne. Tout comme Mutafukaz, même si les titres sont très différents, on a ici l’impression de lire quelque chose qu’on n’avait jamais lu. C’est comme regarder un reportage captivant, mais avec une grosse dose d’humanité, et beaucoup de décalage aussi. Impossible de ranger le titre dans une simple case, mais ce qui est dingue, justement, c’est que les deux auteurs excellent au delà d’un simple style. The Grocery ça n’est pas juste passionnant, hilarant, dur, beau, instructif, ou barré, c’est tout en même temps, et toujours très bon.
Je crois que vous l’aurez compris au nombre de superlatifs qu’on croise dans ces lignes, je ne peux que vous conseiller très fort de découvrir ces deux séries, si vous n’avez rien contre un peu d’hémoglobine et d’humour décalé, s’entend.
Et puis je ne l’ai pas précisé plus tôt mais un autre des gros point fort des titres du label 619, et de ces deux titres, donc, c’est la beauté de l’objet. On sent vraiment que les auteurs et l’équipe éditoriale apportent énormément de soin au choix du format, à la qualité du papier, des encres…et c’est un régal supplémentaire. Il y a, en plus, pleins de petits bonus qui terminent de rendre les titres parfaits et indispensables.
Mutafukaz tome 4 et The Grocery tome 2
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Freaks Squeele est une série pour laquelle j’ai énormément d’affection (vous pourrez lire ici mes chroniques des tomes 3 et 4). Il faut dire que son cocktail est explosif et son auteur ultra talentueux. Une histoire drôle, prenante et bourrée d’actions, servie par un dessin à couper le souffle. Que demander de mieux ? La série est éditée chez Ankama sous le label 619, dirigé par Run, l’auteur du cultissime Mutafukaz (argument supplémentaire qui crie ‘C’est une tuerie ! lisez-le immédiatement!’).
La série raconte le quotidien de trois étudiants dans une école de super-héros. Chance, Ombre, et Xiong Mao, ne sont pas vraiment destinés à être les meilleurs de leur promotion, mais il leur arrive assez d’aventures pour ne jamais s’ennuyer. Florent Maudoux réutilise tous les codes de la culture geek (du comics au manga en passant par les films d’action et animes, les jeux vidéos…) pour un résultat addictif. On en prend pleins les yeux, que ce soit parce que les bastons et autres situations incroyables s’enchainent à un rythme soutenu, ou simplement parce que les dessins sont absolument magnifiques. D’abord sortis avec une mise en couleur en majorité noir et blanc, ils sont d’ailleurs actuellement réédités en couleur (le tome 4 en couleur vient de sortir)(mais la série n’est pas terminée pour autant !). Ce qui est très fort, c’est que l’auteur a réussi à créer un univers tellement dense et bien foutu que même le plus petit personnage secondaire est cool.
Mais c’est un des trois héros qui a, le premier, son spin off (oui parce que j’espère très fort que ça sera le cas pour pleins de personnages). Rouge se penche sur le passé de Xiong Mao. Elle est la plus mystérieuse du trio puisque, quand elle arrive dans l’école, personne ne sait quel pouvoir elle peut bien avoir (si ce n’est qu’elle est très très studieuse). Florent Maudoux est toujours au scénario, mais il a confié le dessin à Sourya. En fin de volume, il explique d’ailleurs que le choix du personnage de cette série parallèle s’est fait en fonction du trait fin de Sourya, qui collait parfaitement à l’univers de Xiong Mao. L’occasion d’agrandir l’univers de la série, mais surtout pour nous d’en savoir plus sur l’énigmatique jeune fille, dont on avait déjà appris quelques bribes du passé dans Masiko, l’une des histoires du premier Doggybags, dont Florent Maudoux est l’auteur, et qui se penchait sur la jeunesse de la maman de Xiong Mao.
Ici on retrouve la jeune fille encore ado. On découvre sa famille, mais on en apprend surtout un peu plus sur les blessures de son passé. Fille ainée d’un chef de clan yakuza, elle est initiée dès l’enfance à un art martial rare et complexe, dans lequel elle excelle. Mais elle décide finalement de renier le destin qu’on lui a tracé, et de mener sa vie comme elle l’entend. Aujourd’hui lycéenne, Xiong Mao se consacre à la boxe et n’a pas beaucoup d’amis, jusqu’à ce qu’une nouvelle élève débarque, et qu’une amitié naisse entre les deux filles.
Freaks Squeele Rouge réussit à être complètement dans la lignée de la série principale. On retrouve l’humour, les dialogues géniaux et les références qui donnent sa petite saveur particulière à la bd. Mais dans le même temps, le titre a vraiment son identité propre, avec un rythme plus lent et beaucoup de douceur, collant parfaitement au trait vibrant de Sourya. Si les dessins de Florent Maudoux avaient plutôt un style entre le comics et le franco-belge, ceux de Sourya rappellent le manga. Ses personnages ont autant de fragilité que de caractère, et la mise en couleur est pleine de poésie. C’est fascinant de voir comme ce spin-off est différent, tout en conservant tous les ingrédients qui ont rendu Freaks Squeele culte (décidément les auteurs du label 619 sont tous très forts). Et on peut tout à fait apprécier ce volume sans avoir lu la série principale, car si on y trouve des clés pour mieux comprendre Xiong Mao, l’histoire se déroule dans son passé et n’a donc pas besoin d’éléments de Freaks Squeele pour être compréhensible.
Rouge est un très bon début de série. Plein d’humour et d’action, et qui entame doucement le passage à l’âge adulte de Xiong Mao. La jeune fille se retrouve à un cap de sa vie où elle doit se confronter aux démons de son passé, et faire ses choix pour avancer. Les mots de Florent Maudoux trouvent un écho parfait dans le très beau dessin de Sourya, et on lit ce premier tome avec un immense plaisir. Les fans de la série n’auront qu’une envie, à peine refermé ce livre : se replonger dans Freaks Squeele pour en saisir de nouvelles nuances.
Énorme coup de cœur !
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