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L’Astragale

12 octobre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

Albertine Sarrazin n’avait même pas trente ans quand elle est décédée d’une erreur médicale, mais elle eu le temps de marquer le paysage littéraire français par trois œuvres autobiographiques parues entre 1965 et 1967, année de son décès. L’Astragale et La Cavale parurent simultanément, la Traversière ensuite.

Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg adaptent ici L’Astragale en bande dessinée.

Anne a 19 ans quand elle s’enfuit de prison. Elle se brise un os de la cheville, l’astragale, et ne doit la réussite de son évasion qu’au beau Julien qui lui vient en aide et la planque. Pendant qu’elle est immobilisée dans un petit lit, lui vient de temps en temps lui rendre visite à l’improviste, entre deux petites embrouilles. C’est le début d’une histoire d’amour tumultueuse. Ils sont tous deux en cavale, ont du caractère à revendre et chacun de leurs instants passés ensemble sont électriques et sauvages.

C’est la France de la fin des années 50, et la liberté flamboyante d’Anne n’est du goût de personne. Petit oiseau au regard de braise condamné à se bruler les ailes, mais qui le fait avec passion.

Le roman, qui raconte entre les lignes la vie d’Albertine, dont Anne est le double, est ici superbement adapté, et remarquablement servi par le dessin léger, sensuel et pétillant de Terkel Risbjerg. On retrouve dans cette bd ce mélange délicat de poésie et de réalité, entre argot de petits voyous et grandeurs des sentiments. Pendant 220 pages on suit la frêle Anne, qui semble si fragile, mais qui pourtant jamais ne se brise. Elle pose sur tout et tous ses yeux noirs envoûtants, semblant en même temps juger ses contemporains et bouillir d’envie de dévorer la vie. Mais il y a d’abord cet astragale en miette, qui la contraint à être dépendante, avant que ce ne soit l’amour qui la retienne malgré elle.

Très bien construite, la bd nous emmène avec elle, dans le tourbillon qu’est sa vie. Et toujours ce regard qui habite chaque case comme il envahit déjà la couverture. Le dessin en noir et blanc donne une grande place à la nuit, aux cachettes, aux secrets. Les corps, leur gestuelle, leurs failles prennent souvent le pas sur les mots pour raconter l’histoire, donnant encore plus d’énergie au récit et à l’héroïne.

Une très belle adaptation d’une œuvre atypique, qui raconte autant le destin d’une jeune femme que la société sur le point d’imploser dans laquelle elle évolue.

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Les gens normaux (paroles lesbiennes gay bi trans)

Les gens normaux, ce sont dix témoignages recueillis par le scénariste Hubert (Miss Pas Touche, Beauté, La ligne droite…) auprès d’homosexuels, bisexuels, transsexuels, et mis en image par des dessinateurs talentueux(Cyril Pedrosa, Virginie Augustin, Zanzim, Alexis Dormal, Jeromeuh, Simon Hureau, Merwan, Freddy Nadolny Poustochkine, Freddy Martin, Natacha Sicaud et Audrey Spiry). Le projet a été initié en 2011 en collaboration avec le Centre Lesbien, Gay, Bi, Trans de Touraine, mais les témoignages ont finalement été recueillis un peu avant la présidentielle de 2012, quand la question du mariage pour tous commençait à devenir électrique.

Au fil de ces 230 pages, on nous parle d’amour, de famille, d’éducation, de discrimination au travail, de maladie, de la situation dans des pays où l’homosexualité est considérée comme un délit, de religion, de désir, d’identité. Les témoignages sont tous aussi différents que passionnants, apportant à chaque fois un éclairage nouveau sur la question. Mais quelle question d’ailleurs ? Celle auquel répond le titre. Les homosexuels, les bissexuels, les transsexuels sont-ils normaux ? Chaque histoire est d’abord celle d’une vie, jalonnée de bonheurs et de drames qui les ont amené là, à se raconter face à Hubert.

Si cette bande dessinée raconte les hommes et les femmes, leurs sentiments, leurs émotions, leurs craintes (la peur de deux mamans face aux futures remarques que subiront leurs enfants à l’école, la perte de son amoureux à cause du sida, les relations parfois difficile avec ses parents, dls perpétuels mensonges au travail par peur de perdre sa place), ce sont aussi des explications claires et très intéressantes sur des sujets plus techniques : comment se passe une insémination, quel traitement doit-on prendre aujourd’hui quand on est atteint du sida, comment se déroule une opération pour changer de sexe…

Tout en noir et blanc, publié dans la très belle collection Écritures de Casterman, Les gens normaux fait du bien, en donnant une voix à ceux dont les médias parlent beaucoup tout en leur laissant rarement la possibilité de s’exprimer. Les histoires sont entrecoupées de textes écrits par des chercheurs (Eric Fassi, Maxime Foerster, Florence Tamagne, Louis-Georges Tin, Michelle Perrot), et l’ouvrage est préfacé par Robert Badinter.

Les gens normaux, c’est un livre beau, juste, et nécessaire. Un concert de voix réunies et racontées avec justesse par des auteurs qui s’effacent derrière les mots.

Les témoignages sont très émouvants, parfois violents, et nous invitent à nous interroger constamment. Ce sont des histoires intimes et pourtant universelles, qui ne peuvent que profondément nous toucher.

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La lesbienne invisible

9 octobre 2013  |  Bande dessinée

Adaptation en bande dessinée du one woman show à succès du même nom, La lesbienne invisible nous raconte le parcours d’Océanerosemarie, qui compris assez tôt son homosexualité mais que personne ne croit parce qu’elle ne correspond pas aux clichés que l’on attend d’elle. Avec humour, elle nous relate donc ses grandes aventures et petites déconvenues. Premier amour, tentatives de dragues, discussions surréalistes, grand Amour et aventures sans lendemain, elle nous parle d’abord d’elle, tout en faisant tomber pas mal d’idées reçues et clichés tenaces sur l’homosexualité.

Souvent mordante, elle n’hésite pas à lancer quelques piques aux hétéros, aux gays, et bien sûr aux lesbiennes. Tantôt véritables tranches de vie, tantôt délires exagérés bourrés d’humour, la bande dessinée ne se contente pas de retranscrire texto le spectacle. Les auteures ont vraiment retravaillé le texte, son rythme, pour qu’il colle parfaitement au média bd. Découpée en scénettes, l’histoire progresse d’une manière fluide et rythmée. Le dessin de Sandrine Revel, délicat, féminin, un peu rétro et pétillant donne une ambiance très douce et joyeuse au texte.

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Eve sur la balançoire – Conte cruel de Manhattan

Eve a 16 ans quand, en 1901, elle emménage à New York avec sa mère et son frère. Elle devient modèle pour le peintre James Caroll Beckwith, puis pour d’autres. Elle prend aussi la pose pour des photographes, et devient une véritable icône de publicité. Dentifrices, parfums, cigarettes, corsets, la beauté d’Eve sert toutes les réclames. Peu à peu, ses tenues deviennent plus légères, les poses plus suggestives. Mais Eve est encore une enfant, elle vient de Pittsburgh et ne sait rien de la cruauté du monde. Et puisque tout est fait avec la bénédiction de sa mère, qui met d’ailleurs toute son énergie pour trouver de nouveaux contrats à sa fille, où serait le mal ? Elle commence aussi à faire un peu de théâtre, de cinéma…

Elle rencontre Standford White, un des architectes les plus éminents de l’époque, qui contribue à façonner le New York du début du siècle. Ogre croqueur de jeunes filles, il couvre Eve de présents et l’invite très régulièrement à festoyer chez lui…

« Il n’avaient qu’à être moins beaux : on ne les aurait pas capturés ! Tant pis pour eux…« . c’est ce que dit Standford à Eve en lui offrant une étole en renards blancs. Cette phrase décrit si parfaitement la vie d’Eve, remarquée pour sa beauté, et qui comme un papillon s’approche toujours plus de la lumière et risque bien de se brûler les ailes. Difficile de faire les bons choix quand le bonheur simple ne peut faire ombrage à l’éclat du succès et de l’amusement, même s’il dissimule des choses bien moins jolies.

Eve sur la balançoire nous raconte un petit bout de la vie d’Eve Nesbit. De son ascension vers le succès, quand elle était surnommée par les journaux ‘l’Eve américaine’, jusqu’au fait divers qui la rendit malheureusement bien plus célèbre encore. Car plus encore que son visage, c’est son rôle dans ‘le procès du siècle’ qui fait qu’elle est aujourd’hui encore dans les mémoires.

Nathalie Ferlut livre ici une biographie passionnante et très documentée, où l’on croise d’autres personnages marquant du New York du début du XXème siècle. L’histoire démarre quand Eve a tout juste 16 ans, et s’achève quand elle en a 22.

L’atmosphère de la ville est parfaitement retranscrite, notamment l’ambiance nocturne. Eve est intéressante pour son histoire tragique, mais aussi parce que, comme l’explique l’auteure dans le dossier final, ‘Evelyn fut la première d’une intarissable cohorte de jolies filles érigées en déesses éphémères par les journaux, les théâtres et les studios de cinéma et de télévision.’.

Le trait de Nathalie Ferlut est très fin, délicat, pétillant, et suit parfaitement la personnalité de son héroïne. A part quelques cases où la colorisation m’a semblé manqué un peu de finesse, elle est très réussie, s’inspirant notamment des techniques des peintres impressionnistes (dont James Caroll Beckwith faisait partie) apportant beaucoup de légèreté, un côté un peu froufroutant, plein de l’énergie et de l’enthousiasme de la jeune fille. Les tonalités choisies, un peu passées, sont toutes en douceur.

C’est une histoire à la fois tragique et captivante, et une très jolie bande dessinée.

Le tumblr de Nathalie Ferlut
, où vous pourrez découvrir quelques jolis extraits de la bd.

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Saga, Bad Ass, Yotsuba&, les trésors de Tsukasa Hojo – Les jolies suites

Voici quelques jolies suites à ne surtout pas manquer !

Saga tome 2, de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

Saga rafle actuellement de nombreux prix prestigieux aux États-Unis, à juste titre. Ce comics scénarisé par l’ultra talentueux Brian K. Vaughan, notamment remarqué pour Y le Dernier Homme, est une série de SF pas comme les autres. Mêlant histoire d’amour, guerre intergalactique, chasse à l’homme haletante et relations diplomatiques entre les différents peuples, cette série est passionnante, fascinante, riche en émotion et remarquablement construite. Les deux auteurs ont imaginé tout un univers dense, complexe et dans lequel on plonge avec délectation. Ce deuxième volume gagne encore en puissance, et on n’est pas loin de se prendre une claque à chaque page. Les dialogues sont souvent hilarants, parfois émouvants, et sonnent surtout très juste. Les personnages sont terriblement attachants, et on s’habitue tout de suite à voir des femmes araignées, des gorilles enflammés ou encore un prince avec une télé en guise de tête. Maintenant que les bases de l’univers sont posées, le duo s’en donne à cœur joie et nous invite à la grande aventure. Le trait de Fiona Staples a gagné en puissance et chaque planche est un vrai plaisir pour les yeux.

Bad Ass tome 2, d’Herik Hanna, Bruno Bessadi et Gaëtan Georges

Après un premier tome complètement jubilatoire, on aurait pu craindre que ce comics made in France s’essouffle un peu. C’est tout le contraire et ce deuxième volume est une vraie tuerie. Le trio d’auteurs est encore plus déchainé, et nous livre ici une présentation explosive de la seconde héroïne de l’histoire : the Voice. Dead End était presque un type sympa à côté de cette psychopathe qui peut contrôler n’importe qui par la pensée, et tuer plus vite qu’elle ne bat ses jolis cils. Et le plus fort, c’est qu’en nous racontant son histoire, les auteurs parviennent à la rendre en même temps complètement détestable et terriblement attachante. C’est remarquablement bien écrit, drôle, très drôle, très trash aussi. Le dessin de Bruno Bessadi, bourré d’énergie, sert parfaitement le propos et c’est un peu comme voir un feu d’artifice de très très près. On a du mal à détacher son regard des pages, même si c’est dangereux. Blindé de références, reprenant parfaitement les codes du comics tout en ayant une personnalité bien à elle, cette série est une vraie petite bombe à mettre entre toutes les mains, ou presque. Car Bad Ass est clairement réservé aux lecteurs avertis.

Yotsuba& tome 12, par Kiyohiko Azuma

Mon amour immodéré pour Yotsuba& n’est plus à prouver. Ce manga est un véritable concentré de bonne humeur, savoureuse arme anti-déprime. Le quotidien de cette petite fille aux cheveux verts n’a rien d’incroyable, mais son auteur a l’art de sublimer les petits riens. Dans ce nouveau tome, Yotsuba va apprendre à faire des nœuds, faire de la peinture, acheter un casque pour son vélo et partir faire du camping. Ça n’a l’air de rien comme ça mais c’est une nouvelle fois joli, poétique, adorable, et on passe tout le temps de la lecture le sourire aux lèvres. Un manga magique à découvrir absolument si ça n’est pas encore fait.

Les trésors de Tsukasa Hojo : Sous un rayon de soleil tome 2 et Le temps des cerisiers

L’éditeur Ki-oon continue de rééditer les histoires courtes du mangaka Tsukasa Hojo, pour notre plus grand plaisir. Il y a d’abord la suite de Sous un rayon de soleil, une série courte où une jeune fille capable de communiquer avec les plantes va aider hommes et plantes à vivre heureux et en harmonie. Et puis Le temps des cerisiers, un recueil de quatre nouvelles. Dont un prequel de Sous un rayon de soleil, mais également d’autres histoires, d’autres destins, parfois teintés de fantastique mais toujours riches en émotion. On découvre ainsi une autre facette de l’auteur des séries cultes City Hunter et Cat’s Eye. Ces histoires sont moins portées sur l’action, mais dépeignent avec délicatesse les sentiments, les liens familiaux, ou encore la naissance des sentiments amoureux.

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