Après le sublime La Belle Mort, errance apocalyptique pleine d’étrange et de poésie parue en 2011, et une histoire dans le deuxième tome de Doggybags, Mathieu Bablet revient chez Ankama avec le premier volume d’Adrastée.
Cette fois-ci, l’auteur nous emmène avec lui sur les pas d’un roi maudit, dans la mythologie grecque…
C’est l’histoire d’un homme immortel, roi de l’Hyperborée, qui, après avoir perdu ceux qu’il aimait, s’est assis sur son trône de fer et n’en a plus jamais bougé. Mille ans à réfléchir, à essayer de comprendre pourquoi il n’avait pas le droit de mourir. Et puis un jour, il se lève. Son Royaume n’est plus, le palais est colonisé par la végétation et il n’y a plus âme qui vive. Alors il part. Il fait route vers le Mont Olympe, espérant rencontrer les dieux et leur poser toutes les questions auxquelles il n’a jamais trouvé de réponse.
Sur son chemin il va croiser des personnages et des créatures qui le ralentiront, mais quelles que soient les épreuves et les rencontres, il continue d’avancer…
Ce premier volume d’Adrastée est une très très jolie surprise. J’étais déjà sous le charme face au talent de Mathieu Bablet, qui alliait un grand talent de conteur et un dessin superbe dans la Belle Mort. Mais je dois avouer que cette nouvelle histoire gagne encore en intensité. J’ai été complètement happée par la marche de cet homme, comme un moment hors du temps où plus rien ne compte à part le livre que l’on a entre les mains.
Il y a ces paysages grandioses et incroyables, riches de mille détails, il y a les animaux et les créatures, superbes et effrayantes, il y a le regard profond des hommes. Chaque case est vraiment belle, et on pourrait rester de longues minutes à admirer les décors, mais le roi lui, avance, et on ne voudrait pas se laisser distancer. La mise en couleur confère une atmosphère particulière à chaque étape de son parcours. On prend plaisir à croiser des éléments mythologiques que l’on connait, on en découvre peut-être d’autres aussi. En fin d’ouvrage, un lexique nous en apprend plus sur ces personnages.
Et puis il y a l’histoire. La fuite en avant de cet homme qui essaie de se remémorer son passé au fur et à mesure qu’il s’en éloigne. Il fouille dans ses souvenirs pour n’en perdre aucune miette, tentant surtout de ne pas oublier celle qu’il a aimée. Il doit répondre à une énigme, dialoguer avec des gens qu’il préfèrerait ignorer, combattre d’immenses dangers. Et marcher, toujours, vers le seul but qui lui reste.
Il y a dans Adrastée le souffle des grandes légendes, la souffrance enfouie de ceux qui ont trop côtoyé la mort, qui ont tout perdu. Il y a pourtant aussi l’espoir lumineux auquel le héros se raccroche, comme une seule et unique raison de vivre, qui dépasse le reste. C’est une fable étrange, poétique, un peu effrayante mais captivante. Un vrai coup de cœur pour ma part, qui me donne envie de relire encore et encore ce premier tome, en attendant la fin de l’histoire, dans le second volume, à paraitre dans quelques mois.
Le blog de Mathieu Bablet, pour découvrir des extraits d’Adrastée…et bien d’autres jolies choses.
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Après le très beau Egon Schiele, Xavier Coste revient avec Rimbaud l’indésirable.
Si on connait les noms d’Egon Schiele et de Rimbaud, si leurs œuvres sont aujourd’hui célèbres, on connait moins leur vie. Dans ces deux titres, l’auteur nous entraine dans une biographie ni critique ni romancée, à la rencontre de l’homme et de l’artiste.
Xavier Coste s’est ici penché sur les témoignages de l’entourage de Rimbaud, afin de raconter celui décrit par ses amis, ses relations, sa famille. Arriviste, grossier, manipulateur, Arthur Rimbaud était détesté par les autres poètes qu’il fréquentait, et n’a, de son vivant, jamais rencontré le succès.
Pendant les 120 pages de cette passionnante bande dessinée, on découvre le jeune homme qu’il a été. Verlaine fut captivé par ses poèmes et le fit venir à Paris, lui présenta d’autres poètes, avant de devenir son amant. L’auteur nous raconte leur passion destructrice, qui conduira Paul Verlaine en prison. Le derniers tiers de la bande dessinée nous emmène en Afrique, où Rimbaud connu une toute autre vie, bien loin du tumulte parisien.
Si la vie du poète est fascinante, la manière dont Xavier Coste la raconte l’est tout autant. On sent derrière les pages un grand travail de recherche, et il nous propose une vision de l’artiste à mille lieux de celle ancrée dans l’imaginaire collectif. Les dialogues sont très bien écrits, entrecoupés par moment de poèmes, et de lettres que s’envoient les différents personnages. On cherche à comprendre l’homme, ses fêlures et ses rêves, pour mieux comprendre l’artiste, et s’il se révèle assez détestable, on ne peut qu’être touché par son besoin vitale d’écrire, de vivre, d’être libre. Le rythme imposé par l’auteur est très prenant. L’histoire est faite de conversations, de calme, d’épisodes de solitude pesante, d’instant de folies, et de moments hors du temps où Rimbaud déclame l’un de ses poèmes. Mais cette lecture est une épreuve loin d’être désagréable, comme un très bon roman (ou film), qui nous prendrait aux tripes de la première à la dernière ligne (ou image). Ici, on ne peut s’arrêter de lire, subjugué-e par l’aura de ce jeune homme aussi talentueux que méprisant. On a beau savoir que la fin sera tragique, on se prend à espérer une éclaircie dans sa vie.
Graphiquement, le trait de Xavier Coste a encore gagné en intensité depuis Egon Schiele. Son dessin est en même temps doux et comme écorché, profond et vibrant. Les couleurs, un peu passées et souvent sombres, collent parfaitement au vague-à-l’âme qui semble ne jamais vouloir quitter le poète. Dans la seconde partie, qui se passe en Afrique, les couleurs deviennent presque étouffantes, rendant à merveille la chaleur de plombs qui fait souffrir Rimbaud.
Rimbaud l’indésirable est une très belle biographie, dense, richement documentée et superbement écrite et dessinée. Une occasion de mieux connaitre l’homme, et de porter un regard nouveau sur son œuvre.
Découvrir quelques extraits via la page facebook de Casterman.
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Pour les vacances, deux enfants vont passer quelques jours chez leurs grands-parents. Leur mémé est gentille, douce, bavarde. Leur pépé est moins facile à cerner. Un peu bougon, solitaire, les enfants ne savent jamais trop s’il est fâché ou content.
Ce séjour, un peu comme une bulle hors du temps, est toujours un bon moment passé tous les quatre…
Loïc Dauvillier et Marc Lizano ont signé l’an dernier l’Enfant Cachée, qui a eu beaucoup de succès. L’occasion pour les Éditions de la Gouttière de sortir une intégrale de la jolie série du duo, la Petite Famille. Ce titre, initialement paru en 3 volumes, mais indisponible depuis plusieurs années, est un très joli moment de lecture.
Les deux auteurs (et Jean-Jacques Rouger, qui signe la colorisation) racontent ici une histoire en même temps intime et universelle. Ce rapport fragile et fort, délicat et finalement si simple, qu’on a dans une famille. En lisant la Petite Famille, ce sont forcément tous nos souvenirs d’enfance qui nous reviennent en tête, tant ils ont su raconter les regards, les silences et les petits moments tous simples qui en font toute la saveur. Mais au-delà de ce lien, cette bd est aussi l’occasion d’aborder le passé de ces anciens qui ont toujours été vieux aux yeux d’un enfant. Il y est aussi question, avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, du deuil, et de ce vide inattendu laissé par ceux qui partent.
L’histoire et le dessin sont aussi pétillants et joyeux l’un que l’autre, mais laissent aussi la part belle aux émotions. Ce joli titre est tout public et parlera autant aux enfants, qui se reconnaitront dans les personnages des deux enfants, qu’aux adultes.
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‘Bienvenue aux Mères Anonymes’. C’est la petite phrase amicale qui accueille les membres de ce cercle de discussion pas comme les autres. A la manière des Alcooliques Anonymes et consorts, dans ce petit groupe, des mamans racontent leur parcours, leurs doutes, leurs peurs et leurs échecs sans jamais (ou presque) être jugées.
Il y a celles qui sont dépassées, celles qui attendent toujours la venue de leur instinct maternel, celles qui doivent gérer le quotidien de mère célibataire, celles qui se comparent aux stars ‘épanouies depuis qu’elles sont maman’.
Gwendoline Raisson et Magali Le Huche signent ici une bd toute en finesse et surtout très vraie. Je n’avais pour ma part jamais rien lu d’aussi juste sur la maternité. Chaque strip fait mouche, oscillant entre humour et émotion. Car les héroïnes de Mères Anonymes cherchent à être de bonnes mères, et en même temps à être simplement heureuses et bien dans leur peau. Les milles avis contradictoires, les angoisses disproportionnées, les copines qui ont toujours des anecdotes d’accouchements qui ont mal tourné, les petites phrases innocentes mais déprimantes que leur balancent leurs enfants, ce corps qu’il faut se réapproprier…Tout y passe, et c’est tant mieux. Parce qu’après tout, il vaut mieux en rire, non ?
Le dessin plein de légèreté de Magali le Huche colle parfaitement aux mots de Gwendoline Raisson. Elle a su croquer des femmes plus vraies que nature, et les attitudes et expressions des personnages sont souvent aussi drôles que ce qui se dit.
Si vous avez des mamans dans votre entourage, ou que vous l’êtes vous-même, Mères Anonymes est le cadeau à leur faire, ou à vous faire. Rigolo et déculpabilisant, c’est un peu comme si deux bonnes copines vous racontaient leurs pires galères. Ça n’apportera aucune solution miracle, mais ça fait du bien quand même.
Les premières planches sont à découvrir sur le site de l’éditeur.
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La carrière des Funny Pills n’est pas des plus brillantes. Le groupe de rock est cantonné aux bars minables et n’attire pas les foules. A qui la faute ? C’est peut-être un peu celle de Dave, leur manager, qui parle plus qu’il n’agit. Mais cette fois-ci, il a un super plan à leur proposer : être musiciens sur un bateau de croisière. Ils devront jouer quelques classiques de variété, mais pourront aussi interpréter leurs propres morceaux. Arrivés sur place, ils découvrent que le célèbre producteur Phil Canichor est en vacances sur le navire.
Dans cette bd, Lucie Durbiano fait évoluer des personnages drôles et hauts en couleur. Il y a Mick, le chanteur dragueur, et les musiciens Francis, Charlie et Tobie. Il y a aussi Dave, Cheree, leur seule et unique groupie, le capitaine du bateau, Phil Canichor, sa femme, ou encore Anaïs, une dame âgée très riche… Il y a des histoires qui se terminent, d’autres qui commencent pendant ces quelques jours un peu hors du temps. On passe d’un personnage à l’autre, mais l’auteure ne perd pour autant jamais le fil des intrigues créées pour chacun. Il faudra plusieurs lectures pour noter tous les petits détails cachés en arrières plans, qui sont aussi savoureux que l’action en elle-même. Les dialogues sont drôles, et le dessin joli, frais et pétillant.
Un joli titre, parfait pour les beaux jours, paru dans la collection Bayou chez Gallimard.
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Retrouvez les nouveautés et les coups de coeur BD de Zaelle / Elsa, 26 ans, passionnée de bande dessinée. Vous pouvez