Pil

22 avril 2013  |  Coups de coeur

Nanami donne bien du fil à retordre à son grand père…enfin c’est plutôt le contraire !

Ils vivent tous les deux au Japon, pendant que la mère de la jeune fille fait carrière dans l’opéra en Italie. Mais pour l’adolescente à l’esprit rebelle et passionnée de musique punk, le quotidien avec un grand père dépensier, et les règles strictes du lycée privée où elle est scolarisée sont autant de raisons d’avoir des envies d’évasion.

Mari Yamazaki, l’auteure du remarqué Thermae Romae raconte, dans ce one shot paru dans la jolie collection Ecritures ce duo formé par une adolescente pleine de rêves et son grand-père, qui essaie de faire au mieux pour élever sa petite-fille, même si elle grandit bien trop vite pour lui.

C’est une histoire pleine d’humour, d’amour familiale, de musique et d’ambition. Nanami a envie d’être libre, et son optimisme est communicatif.  L’histoire est inspirée de l’adolescence de Mari Yamazaki, qui bouillait à l’époque des mêmes envies (et a parcouru le monde, depuis). Son dessin est classique, mais très joli, et les petites histoires qui composent Pil forment un quotidien bien rythmé.

Un manga différent et une chronique familiale pleine de tendresse.

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Cachés

22 avril 2013  |  Coups de coeur

La très belle collection Contrecoeur, chez l’éditeur la Boite à Bulles, est aussi nécessaire qu’elle est de qualité. Chaque titre est un témoignage sur notre société et, si l’angle de vue à la première personne rend forcément ce témoignage très subjectif, il permet de nous faire prendre conscience de beaucoup de détails et de facteurs dont on ignorait jusqu’à l’existence.

Ainsi, dans Little Joséphine, une infirmière nous parle de Joséphine, petite mamie atteinte d’Alzeihmer, et qui ne bénéficie pas d’une prise en charge véritablement adaptée. Dans Lehman, la crise et moi, un jeune entrepreneur tente avec acharnement de sauver sa société. Dans En chienneté, Blast nous parle des ateliers de dessin qu’il a donné en prison pour mineurs.

A chaque fois, la collection donne la parole à des acteurs de l’histoire, qui ont vécu les choses de l’intérieur, et ont beaucoup de choses à dire. Si le résultat est très agréable à lire, c’est surtout toutes les interrogations que ces bd suscitent en nous qui nous marqueront durablement.

Cette fois-ci, dans Cachés, Mirranda Burton nous parle de son travail de professeur d’art auprès d’adultes souffrant de problèmes psychologiques ou intellectuels (autisme, trisomie…). Une occasion de découvrir ces ‘invisibles’ d’une manière bouleversante.

Dans sa petite salle d’art, Mirranda accueille des adultes ‘différents’. A travers ce livre, elle nous parle de ceux qui l’ont le plus marquée, changée. Il y a l’imprévisible Eddie, qui passe des heures et des heures à dessiner des petits traits, terminant à chaque fois par former le même motif sur sa feuille, Steve, qui commence chaque journée en écrivant la date et la météo sur le tableau, Julie, passionnée de rock des années 50 et de linogravure…Les handicaps dans lesquels on les enferme ne sont qu’un détail pour Mirranda. Ils ont chacun leurs goûts, leur histoire, leur caractère.

Elle nous parle de ceux qui ont remis en cause tout ce qu’elle croyait savoir ou connaitre. On sent l’affection sincère qu’elle a porté à chacun, et la manière dont elle a tenté, de manière plus ou moins fructueuse, de communiquer avec eux, de les comprendre et de les aider.

En filigrane, Mirranda s’interroge sur les limites d’une gestion trop globale de ces adultes qui auraient pourtant besoin de solutions au cas par cas. Comme Julie qui passe d’une vie en communauté à une quasi totale autonomie du jour au lendemain, sans préparation ou transition. Julie toujours, dont le talent pour la linogravure pourrait lui permettre d’intégrer une école d’art…si cette dernière n’avait pas une partie écrite obligatoire dans ses formations.

Cachés est un titre bouleversant et remplit d’humanité. Le dessin (en noir et blanc) est très joli, mais simple, et laisse ainsi toute sa place au propos. Le témoignage de Mirranda nous rappelle que différent ne veut pas dire effrayant, et que ceux avec qui la société est si mal à l’aise ont beaucoup à dire, et à nous apprendre.

Cachés

Fille perdue

20 avril 2013  |  Coups de coeur

Pour fêter ses dix ans, le joli éditeur la Boîte à Bulles met en avant, chaque mois, un des plus jolis titres de son catalogue, agrémenté d’une jaquette collector.

J’avais déjà eu l’occasion de vous parler du Cabinet Chinois de Nancy Peña, et ce mois-ci c’est Fille perdue, de Nabiel Kanan, qui est à l’honneur.

Beth est une adolescente qui passe ses vacances dans un camping avec ses parents. Elle s’ennuie énormément, et ressent enfin une vague d’excitation remplir son ventre quand elle croise une jeune fille un peu plus âgée qu’elle, et qui ne semble avoir aucune limite, aucune barrière. Très vite cette fille, dont le caractère semble si opposé au sien, occupe toutes ses pensées. Elles vont passer un bout des vacances ensembles, à discuter, écouter de la musique, et au contact de cette ‘amie’ aussi mystérieuse qu’imprévisible, Beth va changer, grandir, se perdre un peu.

Fille perdue décrit joliment cette envie d’évasion, de surprise, de transgresser les règles propre à l’adolescence. Il ne se passe pas énormément de choses, au fil des pages, mais les réels changements sont intérieurs. D’ailleurs Nabiel Kanan dit bien plus par son dessin que par ses mots, et les regards donnent toute sa profondeur à l’histoire. Son trait est épuré, surprenant, mais très beau. Des centaines de petits traits forment des décors, mais aussi des personnages, de manière très graphique. Pourtant, l’atmosphère qui se dégage de cette bd n’a rien de froid. La bouche sensuelle de Beth, le regard sombre de sa nouvelle amie, la chaleur écrasante de l’été, que l’on devine à l’incroyable luminosité qui se dégage de toute la place laissée au blanc dans les cases, autant de détails qui donnent à cet instant de lecture une ambiance et un rythme particuliers.

Un très joli titre, différent et beau.

Fille perdue

Kamakura Diary tome 1, de Akimi Yoshida

Yoshino est une jeune femme de 22 ans qui enchaine les histoires décevantes avec des garçons rencontrés dans des bars. Sa grande sœur l’appelle alors qu’elle est chez un nouveau garçon, et lui apprend la mort de leur père.

Yoshino a deux sœurs, Sachi, l’ainée, la plus sérieuse et la plus adulte, qui travaille comme infirmière, et Chika, la benjamine. Leur père est parti avec une autre femme quand Yoshino avait sept ans, leur mère a fait de même quand elle s’est remariée peu après, confiant la garde des trois filles à leur grand-mère, décédée peu avant que le commencement de ce manga. Depuis, le trio continue de vivre dans la maison où elles ont grandi.

Elles se rendent aux obsèques avec cette impression étrange, pour Yoshino, de venir dire adieu à un inconnu. Entre son souvenir de petite fille, qui lui raconte un père aimant, et l’homme qui n’a pas donné signe de vie pendant toutes ces années, qui était-il vraiment ? Ce moment qui ne devait être qu’une formalité pourrait bien bouleverser pas mal de choses dans le quotidien des trois jeunes femmes…

Kamakura Diary est un titre tout en simplicité et en finesse. L’auteure prend le temps de raconter le quotidien de ses héroïnes, notamment les interrogations de Yoshino, qui se contentait jusque là de vivre sans trop se poser de questions, ni sur son passé, ni sur son avenir. Les dessins sont jolis, mais c’est surtout, vraiment, la sensibilité de l’histoire qui nous touche profondément. Que ce soit dans les dialogues, qui semblent banals sans jamais être anodins, ou dans les émotions qui transparaissent sur les visages des personnages, c’est la vie, celle à laquelle nous sommes tous confrontés, qui nous est racontée. L’occasion d’aborder le deuil, l’absence, l’amitié, l’amour, le mensonge, la maladie, les doutes, l’avenir…et plus que tout, le lien familial, à travers ces sœurs aussi différentes que complémentaires.

Une jolie surprise, et un très joli moment de lecture.

Kamakura Diary tome 1

Des jolies suites mangas parues ces derniers temps

18 avril 2013  |  Coups de coeur, Les suites

Un petit point sur quelques séries mangas bien chouettes dont les suites viennent de paraitre.

Barakamon, d’abord, qui est en passe de devenir un de mes mangas préférés du monde entier. Une petite île japonaise, un jeune calligraphe très urbain qui y est envoyé comme une punition, et qui va, contre toute attente, se faire très rapidement à la vie sur place. Ce quatrième tome est aussi délicieux que les précédents. Léger, drôle, et bourré d’énergie. Le genre de lecture qui fait un bien fou.

Il y a ensuite The Earl and the Fairy, qui s’est achevée il y a quelques semaines avec le quatrième tome. Un shojo teinté de fantastique, où une jeune doctoresse en féerie est embauchée par un mystérieux noble anglais…Enquêtes, romances et rebondissements au programme. On peut regretter que certains points, pourtant intéressants, ne soient qu’effleurés, et que l’histoire s’achève finalement assez vite, mais cette petite série est vraiment agréable à lire, délicate et jolie.

Et puis il y a Silver Spoon, le nouveau titre de l’auteure de Fullmetal Alchemist. Très différent de tous ses précédents titres, elle s’est cette fois-ci inspirée de sa propre jeunesse, et nous raconte le quotidien d’un lycée agricole, que l’on découvre en même temps que le héros, qui n’y connait strictement rien en agriculture. Après un premier volume introductif, le deuxième prend un rythme plus lent et très agréable. Petit à petit, Yûgo s’intègre à sa classe, et apprend de plus en plus de choses. C’est d’ailleurs assez dingue comme on se retrouve fasciné par les diverses explications (par exemple, Yûgo visite trois élevages de vaches laitières différents , manière de décrire différents modes de production laitière) alors même que le sujet ne nous intéressait pas forcément.

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