Frantz Duchazeau est un magicien. Feuilletez une de ses bd, vous y verrez un trait épuré, mais très beau. Commencez la lecture et là, la musique et les sons résonnent à vos oreilles, les images s’animent. Ça n’est plus une simple bande dessinée que vous lisez, vous regardez un carton des années 30. De la magie, je vous dis…
J’ai découvert le superbe dessin de Frantz Duchazeau avec Dieu qui pue, Dieu qui pète, avec Fabien Vehlmann. Les deux auteurs avaient mis en bd des petits contes africains, pour un résultat aussi beau que génial. Il m’a ensuite mis une des plus grosses claques de ma vie de lectrice avec Meteor Slim, l’histoire tragique et magnifique d’un aspirant bluesman. Il a réalisé, seul ou non, d’autres très belles bd, comme Gilgamesh ou les Jumeaux de Conoco Station.
Il revient ce mois-ci avec Blackface Banjo, un nouveau bijou dans la lignée de Meteor Slim…
Le blackface est une forme théâtrale comique qui a connu un grand succès aux Etats-Unis au XIXème siècle, et a perduré jusqu’à la moitié du XXème siècle. Des comédiens blancs se grimaient en noirs pour amuser le public avec des sketchs d’un goût plus que douteux (la communauté noire n’était pas la seule à être la cible du théâtre comique américain de l’époque, les juifs, les irlandais, les italiens et les allemands avaient eux aussi droits à leurs spectacles parodiques et racistes). C’est dans ce contexte que commence Blackface Banjo, alors que le Coon Coon Clan, un gang de criminels noirs, provoque des incendies lors de représentations de blackface.
Un jeune mendiant noir unijambiste danse sur sa jambe de bois en espérant tirer quelques piécettes de son spectacle. Il est remarqué par un vendeur ambulant qui l’embauche pour faire partie de sa troupe. Il s’y découvre un véritable don pour le banjo et devient dès lors Blackface Banjo. Mais la route vers le succès est longue, semée d’embuches et de déceptions…
Comme à chaque fois, Frantz Duchazeau nous emmène avec lui dans un univers que l’on connait peu, nous le rend familier en nous le montrant de l’intérieur, et nous bouleverse. Dans Blackface Banjo il est question d’amitié, d’amour, de racisme, de pauvreté et de gloire, et puis surtout de musique. Car la musique est partout dans ses bd, résonne à nos oreilles alors que l’on ne fait que lire. C’est une sensation assez dingue. Le dessin lui, est magnifique, très léger, simple, mais vivant. On a vraiment l’impression de voir les personnages se mettre à bouger, évoluer d’une case à l’autre, une simple expression sur un visage peut nous faire rire ou nous mettre les larmes aux yeux. Les dialogues sont d’ailleurs assez rares, mais les attitudes en disent bien plus long que des mots.
Le contexte choisi par l’auteur est dur, parfois violent. Pourtant, Frantz Duchazeau parvient à rendre sa bande dessinée très lumineuse, grâce à son héros, qui, même s’il est pauvre, noir et handicapé, à une époque où un seul de ces trois éléments suffirait à lui assurer une vie difficile, a envie de croire que le sort lui réserve un avenir meilleur.
Un livre magnifique, plein d’humour et de poésie, qui fait pleurer et rire, et qui reste en nous bien après l’avoir refermé…
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L’élite de la planète, de la meilleure photographe au scientifique le plus brillant, est invitée à une étrange soirée. Une fois sur place, leur hôte, porte-parole d’une organisation internationale, leur expose les desseins de ceux qui sont aux commandes : un jeu à l’échelle planétaire, des missions taillées sur mesure pour chacun d’eux, et à la fin, un seul gagnant qui saura le pourquoi du comment de toute cette aventure.
Être le meilleur dans ce qu’on fait manque cruellement de challenge, et c’est sans doute pourquoi chacun des invités accepte sans hésitation cette proposition. Des équipes sont alors formées et parmi elles, un groupe de cinq personnages que l’on va suivre tout au long de la série. Leur première mission semble particulièrement banale, ils doivent trouver un vieux jazzman, mais elle va se révéler pleines de surprises…
Ce premier tome de Cutting Edge annonce une très très bonne série. Le scénario est particulièrement originale, le dessin, bien que classique, est très réussi, entre franco-belge et comics. Les personnages sont beaux et charismatiques, et les paysages superbement rendus. Ça tombe bien puisque la bd nous fait voyager dans le monde entier. On prend vite conscience, et la couverture nous l’avait déjà glissé, que chaque moment de cette histoire, chaque personnage, chaque détail, est un rouage de quelque chose de bien plus grand et mystérieux. Celui ou celle qui se cache derrière ce projet aussi fou que secret n’a rien laissé au hasard, mais les joueurs sont, eux, complètement laissés à eux-même…Pourtant, ils ont tous été choisi pour des caractéristiques bien particulières, qui se complètent, et qui leur permettront d’avancer dans cette aventure…
Un dessin très agréable, une histoire remarquablement bien construite et pleine de rebondissements inattendus…Un vrai régal !
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Vivre Vieux et Gros, un livre de développement personnel pour les chats, par Michel (et Leslie) Plée
Leslie Plée est une fille drôle, et qui dessine très très bien. Elle a déjà publiée trois bd très chouettes, Moi vivant vous n’aurez jamais de pause, sur son expérience professionnelle dans un Cultura, Points noirs et sac à dos sur cette délicieuse période qu’est l’adolescence, et l’Effet Kiss Pas Cool sur ses angoisses et phobies.
Elle revient cette fois-ci avec un livre tout entier dédié à Michel, son chat, sous forme de livre de développement personnel.
Michel pèse six kilos (et ça n’est qu’un début) et il a clairement des aptitudes pour devenir un tyran. Dans sa grande générosité, il a compilé ici tous ses meilleurs conseils pour obtenir plus de croquettes, faire un maximum de bêtises sans se faire engueuler, et plus globalement transformer ses maitres en esclaves.
Dans ce livre tout en noir, blanc, et orange, Leslie Plée raconte comment son chat arrive à la manipuler chaque jour, mais tout nous est montré du point de vue de Michel. Toute personne possédant un chat se reconnaitra forcément, puisqu’ils sont tous pareils. Ils sont ingrats, ils ne font que des conneries, et on finit quand même toujours par faire exactement ce qu’ils attendent de nous (leur redonner à manger alors qu’ils viennent tout juste d’avaler une demi tonne de croquettes, leurs faire des câlins alors qu’on a vraiment autre chose à faire, etc etc etc, la liste est si longue).
C’est graphiquement très joli (faites un petit tour sur le blog de Leslie Plée pour en avoir un aperçu) et c’est rigolo. Le genre de petite bd parfaite pour bouquiner au soleil (ça tombe drôlement bien n’est-ce-pas). Et en plus, Leslie Plée sera la marraine du Festiblog 2013 (le parrain sera Bastien Vivès) !
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La série de one-shot La Grande Évasion chez Delcourt regroupe des histoires complètes en un tome dans des styles très différents les uns des autres, mais avec comme fil conducteur le thème de l’évasion. J’avais déjà chroniqué ici Void 01 (de la science fiction) et Fatman (un thriller), je vais cette fois-ci vous parler de Diên Biên Phu, qui est, comme on peut s’en douter, une bd historique.
1954, à Diên Biên Phu. Les militaires français sont encerclés par le Viêt-minh et leur sort parait scellé. D’après l’État Major, leur seul espoir de survie est la reddition. Mais une poignée de soldats, pour qui se rendre serait le plus grand des échecs après avoir tant enduré, décident de tenter le tout pour le tout, et de se sortir de cet enfer seuls. Une évasion où chaque pas cache un nouveau piège, et où la chance jouera à part égale avec leur courage pour assurer leur survie.
On suit ainsi le destin de plusieurs de ces soldats, leurs histoires respectives, et ce qui les maintient en vie. L’espoir de rentrer chez eux, de revoir leurs proches.
Raconter un fait historique en un seul volume pourrait vite virer à l’approximation, mais c’est ici un moment de l’Histoire assez court dans le temps qui nous est raconté. L’histoire est suffisamment documenté pour qu’on se plonge vraiment dans cette évasion. Les auteurs prennent d’abord le temps de mettre en relief les enjeux, mais aussi de nous éclairer sur la manière dont les soldats vivaient tout ça. Il y a ce jeune garçon qui voit tous les asiatiques avec mépris, qu’ils soient alliés ou ennemis, et les vétérans d’une autre grande Guerre qui savent parfois mieux, par la force des choses, que l’allié n’est pas celui qui nous ressemble le plus physiquement, et qu’il vaut mieux faire confiance aux compétences militaires de quelqu’un plutôt u’à son nom qui sonne bien français.
Un bon récit de guerre, bien mené, documenté, et avec un dessin classique mais réussi également.
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Aniss est un jeune livreur de tapis à la recherche d’un boulot, mais sa réputation d’employé bien peu précautionneux de sa marchandise le précède…Pourtant,un important commerçant lui propose un travail : livrer un tapis d’apparence banale dans une autre ville, sans poser de question. Ça ne semble pas bien compliqué, et le jeune homme est ravi d’avoir trouvé du travail, mais il ignore encore que les enjeux de cette livraison le dépasse totalement…
Naïly est une jeune femme condamnée à l’exil pour avoir osé dire que la terre était ronde et évoluait autour du soleil. Sur une petite embarcation qui prend l’eau et avec comme seul outil une boussole de sa fabrication, elle ne devra faire confiance qu’à son instinct si elle veut survivre.
Aniss est une histoire inspirée de l’univers des Mille et Une Nuits, et c’est Corbeyran qui en signe le scénario. On se surprend très vite à être happé par les destins croisés de ce garçon optimiste mais pas très dégourdi, et de cette fille au fort caractère. Il y a de l’humour et de l’aventure dans cette histoire, mais c’est peut-être surtout le dessin d’Olivier Milhet (Spoogue, Caravane), en même temps classique et très originale, et sa mise en couleur joyeuse et ensoleillée qui font le charme de ce titre. Les décors sont très beaux, inspirés de la réalité mais avec une bonne d’ose d’imagination un peu folle, et il en est de même pour les créatures que l’on croise. En fait Aniss, c’est une série que l’on croirait prendre place dans notre monde, mais avec ce soupçon de décalage qui rend l’histoire encore plus prenante.
Une très bonne surprise pour les amateurs de bd d’aventure et de fantastique.
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Retrouvez les nouveautés et les coups de coeur BD de Zaelle / Elsa, 26 ans, passionnée de bande dessinée. Vous pouvez