Eve sur la balançoire – Conte cruel de Manhattan

Eve a 16 ans quand, en 1901, elle emménage à New York avec sa mère et son frère. Elle devient modèle pour le peintre James Caroll Beckwith, puis pour d’autres. Elle prend aussi la pose pour des photographes, et devient une véritable icône de publicité. Dentifrices, parfums, cigarettes, corsets, la beauté d’Eve sert toutes les réclames. Peu à peu, ses tenues deviennent plus légères, les poses plus suggestives. Mais Eve est encore une enfant, elle vient de Pittsburgh et ne sait rien de la cruauté du monde. Et puisque tout est fait avec la bénédiction de sa mère, qui met d’ailleurs toute son énergie pour trouver de nouveaux contrats à sa fille, où serait le mal ? Elle commence aussi à faire un peu de théâtre, de cinéma…

Elle rencontre Standford White, un des architectes les plus éminents de l’époque, qui contribue à façonner le New York du début du siècle. Ogre croqueur de jeunes filles, il couvre Eve de présents et l’invite très régulièrement à festoyer chez lui…

« Il n’avaient qu’à être moins beaux : on ne les aurait pas capturés ! Tant pis pour eux…« . c’est ce que dit Standford à Eve en lui offrant une étole en renards blancs. Cette phrase décrit si parfaitement la vie d’Eve, remarquée pour sa beauté, et qui comme un papillon s’approche toujours plus de la lumière et risque bien de se brûler les ailes. Difficile de faire les bons choix quand le bonheur simple ne peut faire ombrage à l’éclat du succès et de l’amusement, même s’il dissimule des choses bien moins jolies.

Eve sur la balançoire nous raconte un petit bout de la vie d’Eve Nesbit. De son ascension vers le succès, quand elle était surnommée par les journaux ‘l’Eve américaine’, jusqu’au fait divers qui la rendit malheureusement bien plus célèbre encore. Car plus encore que son visage, c’est son rôle dans ‘le procès du siècle’ qui fait qu’elle est aujourd’hui encore dans les mémoires.

Nathalie Ferlut livre ici une biographie passionnante et très documentée, où l’on croise d’autres personnages marquant du New York du début du XXème siècle. L’histoire démarre quand Eve a tout juste 16 ans, et s’achève quand elle en a 22.

L’atmosphère de la ville est parfaitement retranscrite, notamment l’ambiance nocturne. Eve est intéressante pour son histoire tragique, mais aussi parce que, comme l’explique l’auteure dans le dossier final, ‘Evelyn fut la première d’une intarissable cohorte de jolies filles érigées en déesses éphémères par les journaux, les théâtres et les studios de cinéma et de télévision.’.

Le trait de Nathalie Ferlut est très fin, délicat, pétillant, et suit parfaitement la personnalité de son héroïne. A part quelques cases où la colorisation m’a semblé manqué un peu de finesse, elle est très réussie, s’inspirant notamment des techniques des peintres impressionnistes (dont James Caroll Beckwith faisait partie) apportant beaucoup de légèreté, un côté un peu froufroutant, plein de l’énergie et de l’enthousiasme de la jeune fille. Les tonalités choisies, un peu passées, sont toutes en douceur.

C’est une histoire à la fois tragique et captivante, et une très jolie bande dessinée.

Le tumblr de Nathalie Ferlut
, où vous pourrez découvrir quelques jolis extraits de la bd.

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Killing Time

3 octobre 2013  |  Bande dessinée, Comics

Gyorgi Owens a déjà subi de nombreux interrogatoires, mais c’est cette fois-ci aux questions d’une journaliste qu’il va répondre. Celle-ci a voulu le rencontrer pour dresser le portrait de l’homme derrière le tueur, et comprendre, peut-être, ce qui l’a amené là.

Surnommé « Le tueur des hôpitaux » et jugé pour 34 homicides, il se voit pour sa part plutôt comme un passeur. Aidant ceux qui souffraient trop à en finir. Avec Isabelle Bauffays, il va revenir en arrière, lui raconter un à un les crimes qui ont jalonné son parcours d’infirmier. Mais très vite, l’entretien se met à ressembler à une partie de ping-pong. Gyorgi Owens égrène ses meurtres dans le désordre, et à chaque fois la jeune femme semble voir clair dans son jeu, pointant les éléments qu’il cherche à lui dissimuler.

Kid Toussaint, le scénariste (déjà auteur de Puzzle, Notorious Circus, A l’ombre du convoi) signe ici un polar très bien construit, jouant sur les flashback tels que son héros décide de les orchestrer. Peu à peu, on prend conscience que les apparences sont trompeuses, et le lecteur perd ses repères. Abordant le sujet de l’euthanasie d’une manière neutre, ce qui permet de ne pas parasiter l’intrigue, le récit devient un thriller dont on découvre les enjeux au compte-goutte. Les personnages sont tous intéressants, et l’auteur s’est inspiré des aveux de véritables tueurs en série pour construire son ‘héros’. Le dessin de Chris Evenhuis (qui avait déjà collaboré avec Kid Toussaint par le passé) rappelle les comics du genre. Son trait est classique mais maitrisé, et apporte un côté cinématographique à ce titre.

Killing Time est un bon polar, paru dans la collection Hostile Holster d’Ankama. De quoi ravir les amateurs du genre.

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Couleur de peau : miel tome 3

2 octobre 2013  |  Bande dessinée

En 2007 paraissait le premier tome de Couleur de peau : miel. Autobiographie sous forme de puzzle dont l’auteur reconstitue les pièces au fur et à mesure. Confié à un orphelinat de Séoul il y a une quarantaine d’années après avoir été retrouvé errant dans la rue à l’âge de cinq ans, Jung fut ensuite adopté par une famille belge. Dans cette bande dessinée, il livre un témoignage à la fois intime et universel sur les émotions, les questionnements, les mal-êtres d’un enfant adopté.

Remontant le fil de sa vie, en devant gérer avec le flou des premières années mais aussi avec des traits qui le renvoient toujours à ses origines, il nous parle de lui. De son histoire personnelle, de la manière dont il a vécu son manque de repères, des réponses qu’il a essayé de trouver. Après un film d’animation sorti en 2012, il achève ici son récit dans un tome 3 qui le ramène dans son pays natal…

Pour les besoins du film, Jung, 44 ans, est retourné en Corée. Pas comme il avait pu l’imaginé, entouré de caméras et sans savoir exactement ce qu’il devait chercher ni où le chercher, mais ayant eu le temps de mûrir son rapport avec ses origines, de l’envisager de manière plus apaisée. Il revient sur son séjour, sa confrontation avec son dossier à l’orphelinat, les rencontres qu’il a fait, les discussions qu’il a eu là-bas, sa route croise aussi celle d’autres enfants adoptés devenus adultes. Il ne donne aucune leçon, raconte simplement son histoire, ses rêves, ses doutes, ses attentes, et le cheminement qui l’amènera à faire peu à peu la paix avec un passé qu’il ne connaitra jamais totalement.

Ce titre, parfois drôle mais surtout très émouvant, nous permet de mieux comprendre la quête identitaire que peuvent vivre les enfants adoptés. La difficulté de ne peut-être jamais savoir pourquoi. Les relations avec sa famille adoptive mais aussi ce lien fragile, fantasmé, avec une mère biologique dont on ne connait rien. L’espoir de trouver un jour des réponses, mais la peur de ce qu’elles pourraient être.

Le trait de Jung est rond, délicat, plein de poésie, et s’accorde parfaitement à la sensibilité du récit.

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Off Road et Punk Rock Jesus – Sean Murphy en deux one-shot

28 septembre 2013  |  Comics, Coups de coeur, Mes incontournables

Punk Rock Jesus de  Sean Murphy est encensé de toute part et parait ces jours-ci en version française chez Urban Comics. L’éditeur en profite pour également publier son premier titre, Off Road. Une occasion à ne pas manquer pour découvrir l’univers et surtout l’étendu du talent de cet auteur, qui a notamment travaillé sur la série Hellblazer et sur une histoire du spin-off d’American Vampire, American Vampire Legacy.

Off Road

Trent est un étudiant aux Beaux-Arts qui vient de se faire larguer. Il est donc présentement plutôt déprimé. Il part rejoindre son meilleur ami Greg, qui reçoit ce jour-là un cadeau plutôt très cool de la part de son père : une Jeep jaune flambant neuve. Le duo retrouve ensuite Brad, avec qui Trent ne s’est jamais particulièrement entendu. Le seul lien qui les unit tous les deux, c’est Greg, capable de supporter avec le même flegme la sensibilité de Trent et le côté bourru de Brad.

Ils ont une soirée de prévue, mais l’après-midi à tuer. Galvanisés par les paroles du vendeur, ils décident d’aller tester la Jeep en pleine nature. Après tout elle est faite pour ça non ? Mais les sensations fortes tournent court quand la voiture se retrouve embourbée au milieu d’une rivière.

Première création de Sean Murphy, Off Road s’inspire d’une expérience qu’il a réellement vécu. Cette anecdote qui pourrait être banale tourne à la grande aventure au fur et à mesure des pages, que ce soit grâce à la personnalité des membres du trio, aux personnages qu’ils vont rencontrer, mais surtout grâce au grand talent de conteur et de metteur en scène de Sean Murphy. Il parvient à doser parfaitement humour, mélancolie et non-dits pour raconter cet après-midi qui va profondément changer les trois héros. Ils vont mettre leur amitié à l’épreuve malgré eux. Trent et Brad vont devoir affronter leurs démons, mais jamais seuls, et c’est ce qui fait toute la différence. Si l’histoire est très bien écrite, le dessin est tout sauf en reste. Chaque case est aussi belle qu’efficace, et son trait fait la part belle à l’expressivité des personnages, que ce soit dans leurs regards ou leurs postures. Les nombreux plans créent un rythme captivant alors même que les trois héros font du surplace pendant presque toute l’histoire.

Off road est comme un road movie immobile, une belle histoire d’amitié à la fois drôle, puissante et très juste.

Punk Rock Jesus

25 mars 2019, la télé-réalité prend un nouveau tournant. Ophis lance un projet d’émission des plus polémiques, J2. Le concept est aussi tordu que simple : ils veulent cloner le Christ à partir de l’ADN prélevé sur le Saint Suaire, et que l’enfant grandisse devant leurs caméras de télévision. Le docteur Sarah Epstein, célèbre généticienne, va s’occuper du clonage et restera ensuite présente pour suivre le bon développement du petit. Gwen, une jeune vierge de 18 ans, portera le bébé. Thomas Mc Keal, ancien membre de l’IRA, sera responsable de la sécurité de tout ce petit monde. Tim s’occupera de tout ce qui concerne l’informatique. Le tout supervisé par Rick Slate, un producteur qui semble dépourvu de tout scrupule quand il s’agit d’audiences.

Sur plus de 200 pages, nous allons suivre la naissance, l’enfance, l’adolescence de ce Jésus version 21ème siècle. Mais contrairement au public qui se repait de ses miracles et de toute la polémique engendrée par l’émission à travers les médias, c’est de l’intérieur que l’on va découvrir l’histoire.

Fable moderne et violente critique de la société américaine et de l’extrémisme religieux, Punk Rock Jesus risque de marquer durablement les esprits de tous ceux qui le liront. Dernier ouvrage signé Sean Murphy paru aux États-Unis, l’histoire habitait pourtant l’auteur depuis de nombreuses années. Comme il le raconte dans la préface d’Off Road, un ami lui a conseillé de prendre son temps pour cette histoire. Bien lui en a pris puisque l’intrigue de ce comics à part a évolué en même temps que le regard de Sean Murphy sur la religion changeait (ce qu’il explique cette fois dans la postface de Punk Rock Jesus). Le résultat est un one-shot violent, sombre, sans concession et incroyablement bien écrit. Le propos est fascinant, les personnages complexes et attachants,  et l’auteur a un talent dingue pour développer au compte goutte les relations entre eux, entre instants, regards et non-dits, nous laissant lire entre les lignes la vérité de ce huis-clos hyper médiatisé.

Punk Rock Jesus n’en oublie pas pour autant d’être blindé de scènes d’actions explosives, et on pourrait finir par oublier de respirer tout le temps de la lecture, suspendus au regard plein de fragilité de Chris et à celui froid et dur de Thomas. Le dessin de Sean Murphy est encore plus beau et maitrisé qu’auparavant, racé et bourré d’énergie, on se retrouve souvent à s’arrêter pour admirer une case, une planche, avant de reprendre sa lecture avec avidité. Comme pour Off Road, l’ouvrage est en noir et blanc, donnant encore plus de puissance aux émotions brutes qui se dégage du récit.

Une vraie bombe, à découvrir absolument.

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Superworld tome 1

26 septembre 2013  |  Bande dessinée, Comics

Paris, dans un futur pas si lointain. Le monde a été sauvé par le sacrifice de tous les super-héros, ou presque. En gage de gratitude, leurs enfants sont devenus des privilégiés. Mais les années ont passé, la population s’est vite habituée au retour du calme et la gratitude commence à s’effriter. D’autant plus que les enfants des supers, devenus adolescents, sont incontrôlables. gamins pourris gâtés dotés de super-pouvoir, l’État français leur fait désormais porter un bracelet pour contrôler leurs faits et gestes, et les a tous parqués dans un ghetto de luxe aux pieds de la Tour Eiffel.

La situation commence a être très tendue, d’un côté comme de l’autre. Les français n’acceptent plus les passes droits de ces ‘sales gosses’, tandis que ces derniers n’ont plus très envie de se plier aux conditions de l’État. Mais et si la menace que tous semblent avoir oublié était de retour ? Quelqu’un sera-t-il à nouveau capable de sauver le monde ?

C’est sur cette idée que démarre Superworld, dans la collection Comics fabric de Delcourt, dédiée à des comics français. Ce sera à nouveau une trilogie (comme Bad Ass et le Cercle, qui vient d’ailleurs de se terminer). Les auteurs, Jean-Marc Rivière au scénario, Francesca Follini au dessin et Johann Corgié à la couleur ont imaginé un univers de super-héros de A à Z, qui prend place en France, et qui semble sur le déclin. Mais des éléments interviennent dans l’intrigue pour nous indiquer que tout pourrait bien très vite dégénérer.

Le dessin est plutôt réussi mais parfois un peu inégal, voir caricatural, cependant Superworld est une bonne surprise, avec un scénario intéressant et bien construit. Placé dans un univers très proche du notre, avec des éléments de notre présent (célébrités connues, ville de Paris…), on rentre très vite dans l’histoire et on s’attache notamment au personnage de Tamara, fille d’un des plus grands super-héros mais qui n’a pas hérité de ses pouvoirs.

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