Connaissez-vous Pico Bogue ? Si non, vous devriez, ce petit gars est le digne héritier de Calvin & Hobbes et du Petit Nicolas. C’est une histoire de famille. Sur les pages, d’abord, puisque Pico et sa sœur Ana Ana en font voir de toutes les couleurs à leurs parents. C’est drôle et très intelligent, un vrai délice. Derrière le crayon aussi, puisque Dominique Roques, la scénariste, est la mère d’Alexis Dormal, le dessinateur. A eux deux ils ont vraiment créé une série hilarante et précieuse.
Et les voici qui reviennent avec une série de bd pour les touts petits : Ana Ana. La sœur de Pico Bogue donc, qui parsemait déjà les pages de la bd consacrée à son grand frère de ses réflexions de chipie, et qui a enfin ses histoires pour elle toute seule. Et même si ici, je parle à un lectorat de grand, j’ai un tel coup de cœur pour cette série qu’il faut que j’en parle.
Dans le premier tome, Douce Nuit, Ana Ana préfère lire que de dormir paisiblement. Problème : ses copains doudous sont épuisés, et ne peuvent pas fermer l’œil, entre la lumière allumée et les éclats de rire de la petite fille. Alors quand celle-ci daigne enfin éteindre sa lampe de chevet, c’est l’heure de la vengeance…Dans le second volume, Déluge de chocolat, Ana Ana décide d’apprendre à ses amis en peluches à faire un gâteau au chocolat…et à redécorer la cuisine au passage.
Ces petits livres contiennent des histoires courtes, mais jolies, drôles, et pétillantes. On retrouve le trait délicat et un peu rétro d’Alexis Dormal, et si les histoires sont beaucoup plus simples, elles n’en sont pas moins savoureuses. En plus le vocabulaire et la taille du caractère sont vraiment pensés pour les loustics qui débutent en lecture…Une super idée cadeau (nan parce qu’il y a Noël dans pas longtemps…).
Ana Ana, Douce nuit et Déluge de chocolat
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Le mangaka Tôru Fujisawa est surtout connu pour sa série GTO qui relate les aventures (très) déjantées d’un jeune prof qui ne voit dans son nouveau métier que la possibilité de draguer de jeunes étudiantes…avant de s’impliquer dans son travail et de réussir à nouer une relation solide avec des élèves à problèmes. Ses séries sont souvent assez différentes mais partagent les mêmes qualités : un beau dessin, clair et riche de détails, des personnages charismatiques et une narration très cinématographique. Et l’auteur parvient toujours à lier scènes d’actions explosives, regard sur la société, et humour complètement débile.
Il revient cette fois-ci chez Pika avec Reverend D, un seinen en 2 volumes teinté de fantastique…
Tokyo, de nos jours. Yui Izumi est une lycéenne comme les autres, à ceci près que depuis petite, elle a des visions. Elle voit dans sa tête des gens mourir, peu avant que cela se produise réellement. Et en ce moment son don est encore plus dur à vivre, car des meurtres mystérieux ont lieu partout en ville : on retrouve les cadavres transformés en sable rouge…La jeune fille ne va pas tarder à croiser la route d’une petite équipe des plus étranges, composée d’un vieux flic toujours la clope au bec, et de jumeaux très bizarre. Ils sont pasteurs, ils sont très doués pour la baston, et ils sont accompagnés de cochons qui parlent. Leur organisation, les Reverends D, lutte contre les Enfants de Salomon, des démons qui sont bien décidés à réduire tous les habitants du pays en sable…
Tôru Fujisawa parvient à créer un univers très dense et sombre, et à le parsemer d’un humour crétin et particulièrement WTF. Si à certains moments on se demande où il veut en venir, on est en même temps complètement happé par l’intrigue et le dessin de l’auteur, qui a encore gagné en finesse et en maturité. Un scénario catastrophe, des démons meurtriers, mais aussi de calmes scènes de lycée, le tout blindés de répliques hilarantes, voilà le cocktail étonnant mais réussi de Reverend D, qui ravira tous les fans de l’auteur.
Nicolas Doucerain est le jeune patron de Solic, une PME. Nous sommes en 2008, et sa boite de recrutement de cadre réalise de très bons résultats. Jusqu’à ce premier coup de fil. La RH d’une grosse entreprise qui fait appel à ses services l’appelle, mi-penaude mi-paniqué. La chute de Lehman Brothers affole tout le monde, et ils résilient leur contrat avec Solic. Mauvaise nouvelle, qui malheureusement n’est que la première d’une véritable série noire. Très vite, il doit faire des choix stratégiques inimaginables il y a quelques semaines. Licenciements, fermetures d’agences…Le chef d’entreprise tente comme il peut de sauver sa boite, avec tous les moments de découragements, toutes les remises en questions, que cela implique.
Adapté du livre Ma petite entreprise a connu la crise de Nicolas Doucerain, où il raconte les conséquences de la crise sur son entreprise, mais aussi sur sa vie, et son combat pour ne pas mettre la clé sous la porte, cette bd, Lehman, la crise et moi, est passionnante. On voit souvent les histoires d’entreprises côté salarié, et il est bien plus rare qu’un patron témoigne. On découvre ici quelqu’un de profondément humain, malade à l’idée de licencier, et qui se bat sans rien dire ni montrer de sa détresse pour sauver la boite dans laquelle il a placé toutes ses tripes. Humble, il ne cache pas ses erreurs, ses moments de doutes ni son sentiment d’être perdu au milieu de cette épreuve. Et il n’oublie pas non plus de rendre hommage à ses proches et ses employés qui l’ont soutenus, épaulés. un témoignage touchant mais surtout instructif, qui rend bien plus concret les répercussions de la crise. Le récit ne manque pas pour autant d’être prenant, et on se retrouve vraiment pris dans l’histoire, en espérant que tous les efforts de la petite équipe parviendront à sauver Solic.
Nobrow est une petite maison d’édition anglaise que j’aime vraiment beaucoup. Ils ont un catalogue dont chaque titre est beau. Les bd en elles-mêmes sont pleines de qualités et d’originalité, mais l’éditeur porte aussi beaucoup d’attention aux choix du papier, de l’encre. Pleins de petits éléments qui en font de très beaux objets. Ils viennent de sortir deux nouveautés, par deux auteurs que j’avais déjà chroniqué et aimé ici. Automne, par Jon McNaught, l’auteur de Dimanche, et Hilda et la Parade des oiseaux, la suite de Hilda et le Géant de la Nuit par Luke Pearson. Double revue de ces nouveaux venus super chouettes.
Automne d’abord. Jon McNaught sait comme personne raconter les petits riens, et les magnifier en quelques cases. C’est un petit quartier tranquille, un jour d’automne. Il fait moche, tout est calme et chacun vaque à son petit train-train. Un ado distribue des journaux, un garçon de cuisine prépare les repas dans une petite maison de retraite, les hirondelles se rassemblent avant leur migration, un écureuil se promène…L’auteur décortique les détails du quotidien, impose à notre lecture, habituée aux ellipses et aux grosses ficelles, le rythme de la vraie vie. Cela donne une histoire lente et douce, pas pleine de rebondissements incroyables, mais un éloge de la routine. elle qu’on oublie de regarder mais qui compose le temps qui passe. Son dessin très simple, sa mise en couleur en quelques teintes seulement, donnent une atmosphère pleine de poésie à ce jour que chacun des acteurs de ces pages pourrait qualifier, à tord, de ‘sans intérêt’. Une pause, qui donne envie de regarder les petites choses simples avec un peu plus d’attention, et de savourer le présent.
Hilda et la parade des oiseaux, c’est le nouveau tome des aventures d’Hilda, une très très chouette série jeunesse de Luke Pearson. C’est à chaque fois une aventure complète, et tout y est parfait. Le dessin est beau, la mise en couleur superbe, et l’univers créé par l’auteur est génialissime, plein de poésie et de magie. Dans la Parade des oiseaux, Hilda et sa mère ont déménagé en ville. Et sa maman, qui la laissait faire ce qu’elle voulait à la campagne, est complètement flippée à l’idée qu’elle sorte au milieu de tous ces nouveaux dangers. Elle accepte finalement que la petite fille passe l’après midi avec ses camarades de classe…mais pour Hilda c’est la déception. Sonner aux portes de petites vieilles avant de s’enfuir en courant, ne rien faire pendant des heures, ou jeter des cailloux sur les oiseaux jusqu’à en assommer un, ça n’est pas vraiment sa notion de l’amusement…Alors elle laisse ses nouveaux amis à leurs jeux débiles, et décide de prendre soin du pauvre oiseau qu’ils avaient pris pour cible. Le petit corbeau a perdu la mémoire à cause du choc. Mais il sait qu’il a quelque chose de très important à faire, sans parvenir à se rappeler quoi…C’est décidé, Hilda va l’aider ! Encore une fois, Luke Pearson nous offre une bd vraiment jolie, drôle et qui met de bonne humeur.
Raizô Katana est un ado timide et solitaire. Il vit à l’époque Sengoku (équivalent de notre XV-XVIème siècle) et vit tout seul. Sa mère est morte, il n’a plus de famille, et la corne qui orne son front fait peur à tout le monde. Mais sa vie se retrouve bouleversée lorsqu’il tombe sur Kagari, une jeune fille sublime,inconsciente après s’être échouée près de chez lui. Il la soigne, et quand elle reprend conscience elle lui explique être une femme ninja partie à la recherche de son seigneur, un jeune homme avec une corne sur la tête…
Ce shonen nous plonge dans le Japon ancien. Les scènes d’actions s’enchainent car les ennemis du nouveau seigneur sont nombreux. Mais ses pires problèmes ne viennent pas de l’extérieur…Ses fidèles sujets sont bien plus dangereux pour son existence paisible. Il y a la jolie Kagari d’abord, mais aussi Kisarabi, une guerrière mystérieuse (et très sexy) et enfin Himemaru, spécialiste des potions en tout genre, et à l’esprit légèrement dérangé…
Rappi Rangai enchaine les bastons, mais pas seulement sur le terrains, car la petite équipe chargé de protéger leur nouveau seigneur se divise bien vite quand il s’agit de se partager ses faveurs. Et Raizô qui avait l’habitude de faire fuir les filles ne sait plus trop comment gérer la situation…Surtout que pour assoir son pouvoir, il doit épouser une jeune princesse…
Ça part un peu dans tous les sens, mais Rappi rangai reste un shonen plutôt rigolo. Ce n’est que le premier tome, chargé de présenter les personnages, et on peut supposer que l’intrigue va gagner en épaisseur au fil du temps. On en apprend quand même déjà un peu sur le Japon de cette époque, et il a le mérite de présenter les kunoichi, ou femmes ninja. Le dessin est joli et l’humour toujours présent. Les filles ne sont pas très très habillées mais ça fait partie des spécificités du shonen. Un premier tome rigolo, avec une intrigue qui gagne en profondeur sur la fin, laissant augurer du bon pour la suite.
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