Lueur de nuit

Martin, Gabrielle et Émile sont trois orphelins qui trainent souvent dans la rue. Alors que Martin vient de voler la bourse d’une vieille dame, et qu’ils sont repérés par un policier, ils courent se réfugier dans une immense demeure abandonnée. L’endroit leur fiche la frousse, mais ils essaient chacun de ne pas le montrer. Il s’y passe des choses étranges. Il y a des algues sur les murs, l’eau qui sort de la pompe est de l’eau de mer, et les enfants commencent à avoir des hallucinations. L’un voit des crabes, l’autre une effrayante sirène… Ils découvrent que les lieux sont habités par un petit garçon qui semble aussi malheureux qu’étrange…

Ce one-shot signé Olivier Boiscommun (la Cité de l’Arche, Pietrolino…) se teinte de fantastique, et parvient à immiscer un peu de l’univers des légendes de la mer sur la terre ferme. C’est comme si  le domaine où ils se sont cachés se retrouvait tout à coup parachuté en pleine mer, encerclée de monstres et menaces en tout genre. Le rythme de l’histoire est plein de tension, et à chaque retour au calme un nouveau danger attend nos trois héros. Pourtant le trait du dessinateur, tout en rondeur, confère beaucoup de douceur et d’émotions au récit. Il y a dans les visages de ses personnages une vraie tendresse, une lueur enfantine même si ses héros en ont déjà beaucoup bavé. Les couleurs, dans des tonalités de gris, bleu, vert et jaune, rappellent les paysages de bord de mer par mauvais temps. Il s’en dégage un mélange de tristesse, de nostalgie, de danger, mais aussi de véritable majesté. Car la mer est toujours puissante et mystérieuse face aux humains minuscules.

Un joli récit, qui s’achève avec un très beau carnet graphique composé d’esquisses, de recherches sur les différents personnages, de story board…

Retrouvez Lueur de nuit sur Amazon et chez votre libraire préféré.

L’arbre aux pies

9 octobre 2013  |  Bande dessinée

Nel et ses amis sont encore des enfants. Ils vivent une vie presque insouciante à l’orphelinat où ils ont été recueillis, passant la plupart de leur temps dehors, à jouer et vivre de grandes aventures avec des animaux qui parlent. Malheureusement, leur enfance touche à sa fin, et le Chasseur vient les chercher pour les amener dans la ville haute.

Les autres se résignent, mais Nel ne veut pas accepter cette fatalité. Pourquoi grandir ? Pourquoi devoir accepter de se plier aux règles et de se soumettre aux exigences d’une autorité supérieure dont on ne connait rien ? Pourquoi abandonner ce qu’elle aime et qui la rend heureuse ?

L’arbre aux pies a un rythme assez lent, troublant, un peu comme un songe. Dans une ambiance entre mythologie et conte, Nel évolue, tente de fuir, lutte de toutes ses forces contre la fatalité alors que tout le monde autour d’elle semble heureux comme ça, et que son passé semble bel et bien révolu. Le dessin, très doux, les couleurs sombres et un peu passées, contribuent encore à amplifier cette atmosphère entre rêve et cauchemar, où l’on espère apercevoir une lueur d’espoir dans la pénombre.

Retrouvez L’arbre aux pies sur Amazon et chez votre libraire préféré.

La lesbienne invisible

9 octobre 2013  |  Bande dessinée

Adaptation en bande dessinée du one woman show à succès du même nom, La lesbienne invisible nous raconte le parcours d’Océanerosemarie, qui compris assez tôt son homosexualité mais que personne ne croit parce qu’elle ne correspond pas aux clichés que l’on attend d’elle. Avec humour, elle nous relate donc ses grandes aventures et petites déconvenues. Premier amour, tentatives de dragues, discussions surréalistes, grand Amour et aventures sans lendemain, elle nous parle d’abord d’elle, tout en faisant tomber pas mal d’idées reçues et clichés tenaces sur l’homosexualité.

Souvent mordante, elle n’hésite pas à lancer quelques piques aux hétéros, aux gays, et bien sûr aux lesbiennes. Tantôt véritables tranches de vie, tantôt délires exagérés bourrés d’humour, la bande dessinée ne se contente pas de retranscrire texto le spectacle. Les auteures ont vraiment retravaillé le texte, son rythme, pour qu’il colle parfaitement au média bd. Découpée en scénettes, l’histoire progresse d’une manière fluide et rythmée. Le dessin de Sandrine Revel, délicat, féminin, un peu rétro et pétillant donne une ambiance très douce et joyeuse au texte.

Retrouvez La Lesbienne invisible sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Chute libre – Carnets du gouffre

7 octobre 2013  |  Bande dessinée

En 2003, une banale question fendille la carapace de Caroline. Elle que tout le monde trouvait si souriante ressent tout à coup un immense vide en elle. Et elle craque. Encore et encore. Elle commence à prendre des anti-dépresseurs. Au départ ils l’aident à aller mieux, puis plus vraiment. Elle voit un psy, puis un autre, puis encore un autre. Elle a l’air heureuse, vu de l’extérieur, fait son travail, s’occupe de ses enfants. Mais elle replonge à chaque fois bien plus vite qu’elle ne parvient à remonter la pente.

Mademoiselle Caroline a souffert de dépression pendant de nombreuses années. Elle s’est battue, a parfois failli abandonner, mais finalement aujourd’hui elle va bien. Dans Chute libre – carnets du gouffre, s’entremêlent les carnets qu’elle tenait à l’époque et un récit chronologique écrit avec le recul, quelques années plus tard. Loin d’être une bd conventionnelle dans la forme, s’accumulent au fil des pages petits schémas, illustrations, courts strips, illustrations pleines pages et textes. Entre explications sur la maladie et instants intimes, c’est son histoire mais aussi la maladie elle-même qu’elle raconte.

Car pour quelqu’un qui ne la vit pas, il est difficile d’imaginer l’épreuve que peut traverser quelqu’un qui souffre de dépression. Elle nous l’explique d’une manière très simple, sans jamais donner de leçons ni vouloir nous tirer les larmes.

Son trait est assez épuré, un peu simpliste par moment, mais aussi très vivant. Les couleurs oscillent en fonction de ses humeurs, de très sombres à très vives d’un instant à l’autre.

Mademoiselle Caroline parvient à parler d’un sujet triste, personnel, intime, d’une manière presque universelle, et surtout avec beaucoup d’humour et de légèreté. C’est un témoignage passionnant, et nécessaire. Pour ceux qui ne peuvent imaginer ce que les dépressifs traversent au quotidien. Mais aussi pour ceux qui en souffrent et qui se sentent peut-être seuls. Cette bd est porteuse d’un message d’espoir, qui montre que face à cette maladie tout n’est pas tout rose, mais qu’on peut s’en sortir.

Le blog de Madmoiselle Caroline.

Retrouvez Chute libre – Carnets du gouffre sur Amazon et chez votre libraire préféré.

Assassination Classroom

4 octobre 2013  |  Manga, Nouveautés de la semaine

L’auteur de Neuro revient aujourd’hui en France avec Assassination Classroom, nouvelle série à succès du magazine de prépublication Shonen Jump.

Cette série déjantée prend place dans le prestigieux collège Kunugigaoka, plus précisement dans la classe de 3ème E, comme ‘échec’. Cette classe de laissés pour compte qui ont échoué dans leurs études est retiré de tout, planant comme une menace motivante pour le reste de l’établissement.

Un jour, un agent du gouvernement arrive dans la classe et présente aux élèves leur nouveau professeur. Une créature surpuissante qui vient de détruire la lune, et menace de faire de même avec la Terre dans un an exactement. Sa seule volonté en attendant est d’être le professeur principal de la classe E. Ne voyant pas d’autre solution, les hautes autorités ont accepté, puis ont fourni des armes à tous les collégiens présents dans la salle avec un seul objectif : tuer cet ennemi avant que l’année ne soit écoulée.

Mais assassiner une sorte de poulpe géant aux capacités de régénérations impressionnantes et qui se déplace à la vitesse de la lumière ne sera pas chose aisée.

C’est sur ce pitch complètement farfelu que démarre Assassination Classroom. Les héros sont des adolescents presque comme les autres, à ceci près qu’ils sont en échec scolaire et que leur quotidien est désormais rythmé par les plus extravagantes tentatives de meurtre sur leur enseignant. En attendant qu’un de leurs plans soit un succès, celui qu’ils ont nommé Professeur Koro va faire son job, et contre toute attente il est assez bon prof…

Et si le meurtre avait des vertus pédagogiques ? Au fur et à mesure du premier tome, on découvre les différents protagonistes de l’histoire. Chaque membre de la classe a un passé qui l’a amené à échouer dans cette classe. Mais le Professeur Koro, aussi étrange soit-il, va les amener à regarder à nouveau vers l’avenir.  Chacun des élèves va devoir puiser dans ses propres capacités, et développer son potentiel pour augmenter ses chances. Dans le même temps, les liens entre eux se renforcent. Car le ‘poulpe’ a été très clair : pour avoir une chance de l’abattre, il faudra qu’ils s’y mettent tous ensemble.

Si l’idée de départ est déjantée, Yusei Matsui livre ici un shônen dans les règles de l’art. Plein d’humour et d’action, le fond de l’histoire est centré sur des valeurs propres au genre : l’importance de l’amitié, les efforts pour s’améliorer et la victoire face au mal.  Avec acharnement et ingéniosité, le Professeur Koro va ramener ses élèves, pour qui plus personne n’avait d’espoir, dans le droit chemin, tout en les initiant au crime…

Assassination Classroom est drôle, très dynamique et délivre un message positif avec un sujet pourtant délicat. Le trait du mangaka est plein d’énergie, et sa créature nous réserve à n’en pas douter encore bien des surprises.

Retrouvez Assassination Classroom tome 1 et tome 2 sur Amazon et chez votre libraire préféré.