‘Bienvenue aux Mères Anonymes’. C’est la petite phrase amicale qui accueille les membres de ce cercle de discussion pas comme les autres. A la manière des Alcooliques Anonymes et consorts, dans ce petit groupe, des mamans racontent leur parcours, leurs doutes, leurs peurs et leurs échecs sans jamais (ou presque) être jugées.
Il y a celles qui sont dépassées, celles qui attendent toujours la venue de leur instinct maternel, celles qui doivent gérer le quotidien de mère célibataire, celles qui se comparent aux stars ‘épanouies depuis qu’elles sont maman’.
Gwendoline Raisson et Magali Le Huche signent ici une bd toute en finesse et surtout très vraie. Je n’avais pour ma part jamais rien lu d’aussi juste sur la maternité. Chaque strip fait mouche, oscillant entre humour et émotion. Car les héroïnes de Mères Anonymes cherchent à être de bonnes mères, et en même temps à être simplement heureuses et bien dans leur peau. Les milles avis contradictoires, les angoisses disproportionnées, les copines qui ont toujours des anecdotes d’accouchements qui ont mal tourné, les petites phrases innocentes mais déprimantes que leur balancent leurs enfants, ce corps qu’il faut se réapproprier…Tout y passe, et c’est tant mieux. Parce qu’après tout, il vaut mieux en rire, non ?
Le dessin plein de légèreté de Magali le Huche colle parfaitement aux mots de Gwendoline Raisson. Elle a su croquer des femmes plus vraies que nature, et les attitudes et expressions des personnages sont souvent aussi drôles que ce qui se dit.
Si vous avez des mamans dans votre entourage, ou que vous l’êtes vous-même, Mères Anonymes est le cadeau à leur faire, ou à vous faire. Rigolo et déculpabilisant, c’est un peu comme si deux bonnes copines vous racontaient leurs pires galères. Ça n’apportera aucune solution miracle, mais ça fait du bien quand même.
Les premières planches sont à découvrir sur le site de l’éditeur.
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La carrière des Funny Pills n’est pas des plus brillantes. Le groupe de rock est cantonné aux bars minables et n’attire pas les foules. A qui la faute ? C’est peut-être un peu celle de Dave, leur manager, qui parle plus qu’il n’agit. Mais cette fois-ci, il a un super plan à leur proposer : être musiciens sur un bateau de croisière. Ils devront jouer quelques classiques de variété, mais pourront aussi interpréter leurs propres morceaux. Arrivés sur place, ils découvrent que le célèbre producteur Phil Canichor est en vacances sur le navire.
Dans cette bd, Lucie Durbiano fait évoluer des personnages drôles et hauts en couleur. Il y a Mick, le chanteur dragueur, et les musiciens Francis, Charlie et Tobie. Il y a aussi Dave, Cheree, leur seule et unique groupie, le capitaine du bateau, Phil Canichor, sa femme, ou encore Anaïs, une dame âgée très riche… Il y a des histoires qui se terminent, d’autres qui commencent pendant ces quelques jours un peu hors du temps. On passe d’un personnage à l’autre, mais l’auteure ne perd pour autant jamais le fil des intrigues créées pour chacun. Il faudra plusieurs lectures pour noter tous les petits détails cachés en arrières plans, qui sont aussi savoureux que l’action en elle-même. Les dialogues sont drôles, et le dessin joli, frais et pétillant.
Un joli titre, parfait pour les beaux jours, paru dans la collection Bayou chez Gallimard.
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Le troisième et dernier tome de Beauté est paru la semaine dernière, et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une vraie merveille. Il y a d’abord la couverture, sublime, pleine de poésie et de magie. L’intérieur est tout aussi bien.
Morue est une jeune fille bien malheureuse. Elle est d’une laideur sans pareille, et pue le poisson, puisqu’elle passe ses journées à en écailler. Tout le monde se moque d’elle au village. Quand elle croise la route d’une petite créature qui lui dit être une fée, et lui propose un vœu, elle n’hésite pas. Elle veut être belle. Mab n’a pas le pouvoir de la transformer, mais grâce à son sort, tous ceux qui poseront les yeux sur elle verront la plus sublime des femmes.
Mais ce que Morue prend pour la fin de ses malheurs n’est que le début d’ennuis plus grands encore. Les hommes deviennent fous dès qu’ils la voient, les femmes la détestent instantanément. Elle se dit qu’elle mérite le meilleur, et qu’elle doit tout faire pour l’avoir. Ce dont elle n’a pas conscience, c’est qu’elle blesse bien des gens sur son passage…Et qu’elle devra payer son égoïsme.
Sous ses allures de conte de fée, Beauté va bien plus loin. L’héroïne n’est pas une passive princesse qui attend que le prince s’occupe de son destin. Elle aurait dû être cantonnée à un rôle de personnage secondaire, voir de figurante, se voit offrir une chance d’être une héroïne, et n’a dès lors d’autre objectif que de l’être pleinement. La plus belle femme du monde ne mérite-t-elle pas la plus belle des vies ?
Mais qu’est ce qu’est réellement le bonheur ? Être riche et provoquer le désir et l’envie chez tous ceux dont on croise la route ? Tout comme Morue, rebaptisée Beauté par son premier mari, ne fait qu’avoir l’air d’être belle, cette existence de faste auquel elle aspire n’est-elle pas faite d’illusions ?
Beauté a du caractère, beaucoup, et des défauts. Elle a une soif de succès insatiable, mais elle fait parfois les mauvais choix, et en subit les conséquences. Elle n’a rien à voir avec la douce héroïne de conte de fée, qui n’a d’héroïne que le titre, puisqu’elle n’est jamais maitresse de sa vie. Beauté est égoïste, souvent cruelle, détestable…Pourtant on ne peut s’empêcher de l’aimer, tant elle déborde d’humanité. Comment lui en vouloir quand le sort semblait la prédestiner à une vie de malheur, et qu’on lui a offert l’opportunité de changer la donne ? Comment ne pas tout vouloir quand on n’a jamais rien eu ?
Ce troisième tome conclue donc, merveilleusement, l’histoire intelligente, parfois drôle, souvent cruelle, de la petite Morue devenue Beauté. Hubert, le scénariste, signe ici un conte remarquablement écrit, profond et plein de rebondissements. A noter cependant que, même si la série est pré-publiée dans Spirou, elle n’est pas du tout tout public. Certaines scènes sont vraiment dures, violentes.Mais les dialogues sont savoureux et tout le texte est plein de poésie. Et que dire du dessin des Kerascoët ? Il est léger, délicat, et superbe. Beauté nous envoûte nous aussi. Si belle, si charismatique, et troublante d’érotisme… La colorisation est assez simple, mais les illustrations sont si fines que les auteurs ont trouvé là un équilibre parfait. Elle offre des atmosphères, plus que des détails supplémentaires qui alourdiraient l’ensemble.
Beauté est une très belle bande dessinée, qui ravira celles et ceux qui aiment les contes. Une histoire pleine de poésie, servie par un dessin magnifique, et où les femmes reprennent la place qu’on leur a rarement donné dans les contes de fées.
Le magnifique blog/site des Kerascoët
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Les Ombres du Styx est un polar qui prend place pendant l’Antiquité, sous Septime Sévère.
Un tueur en série sème la terreur à Leptis Magna, cité impériale en Afrique du Nord. Il enlève des petits garçon, dont on retrouve le corps embaumé quelques jours plus tard. Ce rite funéraire donne les egyptiens pour responsables, et très vite les tensions entre les communautés s’accumulent. Dans le premier volume, on suivait Marcus, enquêteur délégué par l’Empereur, pour découvrir le meurtrier.
Dans ce deuxième tome (sur une série prévue en 3), Aquila, suspect dans le tome 1, revient pour Marcus sur des évènements similaires survenus 10 ans plus tôt, alors qu’il vivait à Rome. Là aussi les petits victimes de l’embaumeur s’accumulaient. Mais plus que cette histoire jamais élucidées, il raconte à l’enquêteur sa propre vie. Marié à une femme qu’il n’aimait pas mais avec qui il avait eu un fils, il vivait, en parallèle, une histoire d’amour passionnée avec Henouttanebet, une sublime égyptienne. Deux filles étaient nées de leur union. Si leur liaison n’était déjà pas bien vue, les soupçons pesant sur les égyptiens avaient rendu la situation invivable…
Ce deuxième opus est très dur, et je l’ai fini le cœur serré. Isabelle Dethan, déjà connue pour d’autres excellentes bd historiques (Sur les terres d’Horus, Kehti fils du Nil…) signe ici une bande dessinée qui allie un contexte très documenté et réaliste à une histoire sombre, et finalement très moderne. Car ce qui se déroule dans les Ombres du Styx pourrait tout autant avoir lieu de nos jours. On ne peut que penser aux actuelles tensions inter-communautaires, et prendre conscience qu’elles ont eu lieu tout au long de l’Histoire…
Le dessin est beau et fin, les couleurs pleines de lumière, et les décors sont rendus avec beaucoup de détails.
Si vous aimez l’Antiquité et les polars, vous ne pourrez qu’aimer cette trilogie originale et très prenante.
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Florent Maudoux est un auteur extrêmement talentueux. Plus qu’une simple bd, c’est tout un univers qu’il a créé avec Freaks’ Squeele. Et si la série principale est excellente, les deux spin-off qu’il a imaginé sont du même niveau. Ainsi, après le très beau Rouge, dessiné par Sourya, qui aborde l’adolescence de Xiong Mao, c’est au tour de l’énigmatique Funérailles d’avoir sa série rien qu’à lui, et cette fois-ci Florent Maudoux officie au scénario comme au dessin.
Avant de fuir parce que vous n’avez jamais lu Freaks’ Squeele : sachez que vous pouvez (et devriez vraiment) lire Funérailles. Si on retrouve le superbe dessin de Florent Maudoux, et son talent pour raconter les histoires, Funérailles prend place dans une époque lointaine, et ne se base donc pas sur la série principale. Le ton est aussi très différent. C’est d’ailleurs assez bluffant de voir comment il arrive à transposer son style d’un genre à l’autre, sans perdre une miette de ce qui rend sa narration si addictive.
Il était une fois…
…un chevalier valeureux mais pauvre, épris d’une superbe princesse. Le jeune homme parvint à se faire un nom à la seule force de son épée, et pu ainsi épouser l’élue de son cœur. Neuf mois plus tard, le couple eut un fils, Scipio, promis à un brillant avenir…Si Funérailles était un conte de fée, c’est cette histoire qui nous serait racontée. Mais les contes ne sont que ce qu’on veut bien nous montrer, et l’intrigue qui se déroule en coulisse est toujours bien plus complexe que l’on ne l’imagine.
Ici, le beau chevalier n’est pas le seul maitre de sa si admirable destinée, et la naissance de l’héritier marque le début, et non la conclusion, de cette histoire. Car dans le secret de la chambre où elle accouche, la princesse, prêtresse de la maison de l’Araignée, donne naissance à…deux garçons en parfaite santé. Un tel évènement est annonciateur de drames à venir, et la conseillère de Lucianne la convainc aussitôt de se débarrasser du second bébé, avant que quiconque ne soit mis au courant.
Ce que les deux femmes ignorent, c’est que l’enfant a survécu au triste sort qu’elles lui réservaient, y laissant au passage un bras et une partie de son visage. Élevé par un chirurgien de talent, le garçon, baptisé Pretorirus du Serpent par son père d’adoption, grandit, s’instruit…et finit par croiser la route de Scipio.
On ne peut se soustraire au Destin, et tous les habitants de Rem savent que le jour où naitront deux enfants identiques entrainera la fin de la Civilisation. Ce qu’ils ignorent, c’est que ce jour est déjà arrivé…Funérailles prend racine dans les contes et légendes anciennes, mais aussi, comme l’expliquait Florent Maudoux en interview, dans des éléments de notre histoire récente comme la Guerre du Vietnam. On retrouve également, comme dans les deux autres séries, pleins d’éléments de pop culture, des mangas aux jeux vidéos, du comics au cinéma. Et ce mélange d’influences est parfait, offrant un univers aussi riche que dingue.
Le dessin est superbe, et tous les personnages sont beaux, même (et surtout) les freaks et estropiés qui vivent dans les bas-fonds de la cité. L’histoire est ici en couleurs (contrairement à la première édition de Freaks’ Squeele qui est en partie en noir et blanc) mais la colorisation ne s’impose jamais trop pour ne pas dévorer les milles détails qui composent chaque case. Les décors sont grandioses, mais savent aussi s’effacer dans les moments les plus importants de l’histoire. Et s’il se passe énormément de choses dans ce tome, si les personnages interagissent beaucoup, les regards à eux seuls ont bien des choses à raconter. Il y a celui de Scipio, au départ débordant de la joie naïve d’un enfant et qui s’endurcit au fil des pages, quand l’œil valide de Pretorius conserve toujours la même énergie et la même force puisées dans les épreuves qu’il a déjà traversé.
La fin de ce premier volume s’ouvre sur un univers complètement différent, et on ne peut que trépigner d’impatience en attendant la suite (mais le sixième tome de Freaks’ Squeele nous permettra de patienter…).
Funérailles, c’est un livre beau, autant par le dessin que l’objet lui-même (la tranche noire nous plongeant avant même de l’ouvrir dans une atmosphère angoissante), mais c’est aussi, et surtout, une histoire captivante, pleine d’intrigues qui s’entremêlent et de personnages charismatiques. Une saga très sombre, à l’univers dense, qui s’annonce vraiment excellente. Derrière les apparences flamboyantes, la réalité fait froid dans le dos.
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