Martha Washington T1

8 juillet 2010  |  Coups de coeur

Martha Washington, c’est d’abord la rencontre de deux grands noms du comics : Frank Miller, le scénariste, auteur de Sin City, 300, Batman Dark Knight, entre autres, et Dave Gibbons, le dessinateur, que l’on connaît surtout pour Watchmen, récemment adapté au cinéma. Ce titre aurait pu ne jamais voir le jour, car au bout de quelques chapitres, Dave Gibbons avait perdu foi en ce projet un peu dingue. Mais quelques discussions plus tard, Frank Miller livrait une nouvelle mouture de leur Martha Washington, série en 3 tomes, récompensée à l’époque de sa sortie par un Eisner Award.

Dans un monde parallèle, les Etats-Unis sont en pleine guerre civile. Au pouvoir, un président dictateur, et autour, un chirurgien taré, une milice de néo-nazis gays, la multinationale des hamburgers, ou encore une ligue féministe. Martha Washington est une gamine qui a grandi dans une sorte de prison où l’on parque les pauvres. Condamnée dès le début de son histoire à finir prostituée, ou junkie (voir les deux), ce n’est finalement que grâce à elle-même qu’elle va s’offrir un destin bien différent. Adolescente, elle s’enrôle dans la PAX, armée régulière sous les ordres du gouvernement, et va dès le début briller par ses faits d’armes. Mais il y a toujours un supérieur hiérarchique que l’on dérange, et il est bien difficile pour une jeune femme sexy et black de gravir les échelons dans ce monde finalement pas si différent du notre. Pourtant Martha garde la tête haute, fidèle à ses valeurs, et ira beaucoup plus loin que l’on ne pouvait l’imaginer…

Ce qu’il y a de génial avec ce scénario (forcément il est signé Frank Miller), c’est qu’il mêle avec un naturel désarmant des éléments complètements absurdes à un univers de science fiction hyper réaliste. Les auteurs se font plaisir, et nous aussi. Dans ce premier tome, on suit Martha, et on prend très vite conscience de sa force mentale hors du commun. Le monde de cette série a beau être créé de toutes pièces, les êtres humains qui l’habitent nous ressemblent étrangement, et Martha Washington se révèle une vision sans concession des dangers du pouvoir laissé à seulement quelques hommes. Le dessin, un peu old school aujourd’hui, donne pourtant un caractère brut et sans fioriture à cette histoire parfois très violente. Incroyablement intelligente, en même temps décalée et réaliste, cette série séduira sans aucun doute les amatrices de comics et de science fiction.

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Je ne t’ai jamais aimé

8 juillet 2010  |  Non classé

Je ne t’ai jamais aimé est la réédition d’une bd de Chester Brown, épuisée depuis longtemps. Cet auteur, né à Montréal, fait partie du monde de la bande dessinée indépendante anglo-saxonne, et est pote avec des mecs comme Joe Matt par exemple.

Ce titre est autobiographique, il retrace l’adolescence de Chester, et surtout ses relations avec les filles. De sa petite voisine, amoureuse de lui depuis qu’ils sont gamins, à celle pour qui il craque, en passant par sa mère, qui souffre de troubles mentaux. Et puis il y a aussi son petit frère, toujours un peu plus sage que lui, et les mecs du lycée, pour qui c’est devenu une sorte de running gag d’essayer de faire jurer Chester, qui ne dit jamais de gros mots. Ce n’est pas, comme on pourrait s’y attendre avec ce genre de sujet, l’histoire d’un loser en mal d’amour, Chester ayant pas mal de succès. C’et simplement le quotidien d’un garçon maladroit et timide, qui apprend petit à petit la complexité des sentiments.

Sobre et épuré, Je ne t’ai jamais aimé ne sombre jamais dans le larmoyant ou le graveleux. Ce sont simplement des scénettes de vie qui ont marqué Chester, des évènements, des jeux d’enfants, des discussions, qui ont participé à faire de lui ce qu’il est aujourd’hui.

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Les Désarmés

8 juillet 2010  |  Non classé

Mezzo et Pirus ont beaucoup fait parlé d’eux ces dernières années avec la série Le Roi des Mouches. L’occasion pour l’éditeur Drugstore de ressortir une de leurs anciennes séries, les Désarmés. Parue précédemment en deux tomes (en 1992 et 1993), c’est aujourd’hui une édition définitive, en un seul tome, qui parait. Entièrement retravaillé par les auteurs et la coloriste Ruby, les Désarmés s’offre un texte un peu remanié, de nouvelles couleurs, un nouveau lettrage, et des retouches de dessin. C’est au final une très belle édition, et l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’univers de ces auteurs barrés et sombres, au talent indiscutable.

Jack Farell rentre à la maison. Ce texan revient dans sa bonne vieille ville de Crystal après être parti faire fortune dans le Nord. Oui mais ça n’a pas marché du tout, et il se retrouve là sans un sou en poche. Rentrer à la maison comme un loser n’est même pas envisageable, alors il décide de braquer une banque (un moyen somme toute rapide et raisonnable de renflouer son compte en banque). Mais je te l’ai dit, Jack Farell est un peu un loser, et ce n’est pas sa délicieuse maman qui va l’aider là-dessus. Sans compter les méchants du coin, une bande de mafieux en pleine guerre interne, depuis que le boss s’est fait retourner le cerveau par une belle gueule sortie d’on ne sait où, ni le shériff de Crystal, plus pourri que tous les flics pourris que tu as pu rencontrer dans les films Hollywoodien. Non vraiment, le retour au pays de Jack Farell ne va pas se faire comme il l’avait imaginé. Tous ces personnages détestables et un peu cons vont se retrouver dépassés par les évènements, et nous offrir un road movie complètement barré, avec des flingues, du whisky, du sang et des dollars. Et des mustangs aussi.

Ces Désarmés pourraient sans conteste passer pour du pur Made In USA. Tout y est, et on retrouve l’ambiance sombre et déglingué des meilleurs polars du genre. Humours noirs, fusillades et personnages haut en couleur sont au programme de cette bd au graphisme dérangeant mais incroyablement à propos. On  n’aime personne parmi la galerie des héros de Mezzo et Pirus, pas même ce pauvre Jack, débarqué à Crystal des rêves pleins la tête, mais qui semble condamné dès le départ. Mais c’est-ce qui fait le charme des Désarmés, des personnages qu’on adore détester, une histoire de loser comme on les aime, et tout le charme du Texas.

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Appartement 44

8 juillet 2010  |  Non classé

Appartement 44, nouveauté du catalogue Ankama, est un manga français. L’histoire d’une collocation pas comme les autres.

C’est l’histoire de 4 jeunes qui deviennent, au début d’Appartement 44, colocataires. Deux garçons, deux filles, et deux chats. Il y a le bourreau des cœurs et le jeune littéraire un peu timide, la bimbo et l’artiste torturée. Ce n’est pas forcément évident de se supporter quand on ne se connaît pas, et puis il y a tous ces petits évènements un peu étranges qui rythment la vie de cette coloc, sans jamais trouver d’explications…

La vraie force d’Appartement 44, au-delà de l’histoire et d’un graphisme vraiment sympa, c’est son interactivité. En effet, dès le début du manga, le ton est donné, ce n’est pas juste une histoire de collocation : l’un d’entre eux est un alien. Oui mais qui ? Et c’est là qu’Ankama nous pousse vraiment à jouer le jeu, avec un site internet dédié pour y mener l’enquête et un concours avec pleins de cadeaux à la clé. Je suis toujours friande de ce genre de chose, quand l’histoire dépasse son support principal, donnant d’une certaine manière vie à ses personnages. Pour l’histoire, comme dans beaucoup de manga, ce premier tome est celui de la mise en place, et est l’occasion de faire connaissance avec les différents héros de cette coloc mêlant quotidien parisien et science fiction. Et de commencer à mener l’enquête, qui est donc l’extraterrestre ?

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Chambres Noires T1

26 juin 2010  |  Non classé

1877. Bienvenue chez les Pénouquet. La petite famille tient un studio de photographie ‘fluidique’. La grande sœur propose d’abord aux clients de discuter un peu avec les défunts qui leur manquent, et c’est ensuite l’instant de la photo. Sur celle-ci, on peut distinguer très nettement la silhouette du ou des disparus. Bien sûr tout ceci n’est que trucage. Enfin quoi que. Parce que cette fois-ci, il y a bien un fantôme sur la photo, une dame, même, et elle a l’air de vouloir dire quelque chose. Ce n’est pas comme si le quotidien de cette famille, où la défunte maman continue d’occuper le portrait de famille (et de participer aux discussions), où l’oncle, revenu d’Asie, envisage de faire fortune en trouvant l’or que cache la Seine, et où la plus jeune de la bande ne s’exprime qu’avec une craie et un petit tableau, était vraiment ordinaire, mais voici que tout s’accélère. Et ça vire au grand n’importe quoi. Les jumeaux disparaissent, et voilà qu’un étrange personnage fait son entrée. Je disais donc, bienvenue chez les Pénouquet. Vous ne devriez pas regretter le voyage…

Drôle, tendre et déjanté, Olivier Bleys et Yomqui Dumont nous font rentrer dans cet univers pas comme les autres. Le graphisme est sublime, faisant penser au recueil de poèmes de Tim Burton, ou encore au trait du talentueux Zanzim, et ce premier tome est un vrai bonheur. On s’amuse en découvrant tous les personnages haut en couleur qui forme la petite entreprise familiale, et on essaie de comprendre ce qui se passe, mais c’est un peu peine perdue (ça viendra avec le tome 2, et puis c’est délicieux, de se perdre).

Une jolie surprise que ce Chambres Noires, à déguster comme une confiserie.

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