Ratman est à première vue un shonen au graphisme léché et au scénario plutôt original (les super-héros sont plutôt du domaine des comics américains d’habitude) mais qui reste assez classique. Puis glissé au milieu de la lecture, un premier élément un peu…troublant…à se demander si c’est mal traduit, ou si le mangaka était bizarrement inspiré ce jour-là…puis un deuxième. Et au fur et à mesure de la lecture, on comprend qu’en fait Ratman réussit à glisser au milieu d’un shonen classique un humour complètement débile tout en discrétion. Bien sûr comme dans tout shonen il y a de la blague bien évidente, mais à côté de ça, l’absurde apparait sans crier gare même dans les moments de tensions. Et c’est rafraichissant.
Les avancées technologiques sont telles que dans Ratman, devenir un super-héros est possible. Ça n’est pas forcément donné à tout le monde car c’est une question de destin. Un jour, on le devient, si on est au bon endroit au bon moment.
Depuis tout petit, Shuto rêve d’en devenir un. Le souci c’est que ça fait marrer tout le monde, parce qu’adolescent, tout petit, il l’est toujours. Alors ses camarades le charrie en l’imaginant comme ‘le plus petit des super-héros’.
Malgré tout, il garde au fond de lui ce rêve, et abreuve tout le monde avec sa passion.
Et puis un jour, son heure semble enfin venu. Voilà qu’on lui propose de réaliser son rêve…ou presque.
De super-héros, le voilà devenu super-vilain…ou comment passer du rêve au cauchemar.
Mais Shuto n’a pas dit son dernier mot, et ça n’est ni son costume effrayant, ni les missions qu’on lui donne qui l’empêcheront de faire le bien.
Graphiquement, donc, Ratman est déjà une réussite. Le dessin est beau, les costumes et les personnages aussi. L’univers créé est prenant, et le passage du monde des super-héros dans le manga se fait bien. L’originalité donc, c’est cette pointe d’humour crétin un peu partout. Qui peut parfois passer pour des facilités scénaristiques, mais qui rend Ratman un peu à part, et vraiment plaisant à lire.
Fables, j’en ai déjà parlé, mais on ne parle jamais trop des bonnes choses. Et puis Urban Comics réédite la série, ce qui me donne une très bonne raison de me répéter.
Donc, c’est presque un ordre : vous devez lire Fables.
Le monde des contes de fée est envahi par un ennemi violent qui ne laisse pas le choix à ses habitants : pour survivre, les personnages de contes s’enfuient vers le monde des humains, notre monde…
Ils y établissent une petite communauté, à New-York. De l’extérieur, ils sont comme tout le monde, mais ils ont reconstitué un endroit accueillant, régi par les mêmes codes que chez eux. Le Roi est devenu Maire, et les différents personnages des contes occupent chacun une place respectable dans ce mini Royaume : Blanche-Neige est adjointe du Maire, le Grand Méchant Loup détective privé…
Et c’est d’ailleurs avec lui que l’histoire commence. Un meurtre d’une rare violence a eu lieu et le Loup mène l’enquête.
Fables, c’est d’abord un univers dense, travaillé, et passionnant. Mais plus encore, un vrai plaisir régressif que de retrouver tous les héros qui ont bercé notre enfance. Sauf que si l’on y croise Cendrillon ou Jack (celui du Haricot Magique), ici c’est à l’adulte que nous sommes devenus que l’histoire s’adresse, et dans la vraie vie, les gentils ne gagnent pas toujours.
Clairement culte pour tous ceux qui l’ont eu entre les mains, ce comics est tout simplement génial. Les différentes histoires nous plongent à chaque fois dans un monde plus riche et complexe. Les auteurs se font vraiment plaisir et nous proposent un éclairage nouveau sur toutes ces histoires lues et relues, comme sur le Prince Charmant, devenu un multi-divorcé qui tente de reconquérir ses ex-femmes/princesses, et tant d’autres délicieux arrangements avec les contes. Ce serait cruel de trop en dévoiler, mais je peux vous promettre que le scénario est vraiment très bon. Drôle, prenant, riche.
Le dessin, assez rétro, peut surprendre, tout comme la mise en couleur. Mais très vite on est tellement captivé qu’on oublie ce qui avait pu déranger sur les premières pages. (Il faut savoir que l’intérieur n’est pas de James Jean, le merveilleusement talentueux dessinateur des couvertures). Et puis les personnages sont parfaits, tout comme les décors…
Là où Fables frappe très fort, c’est en parvenant à marier tout ce petit monde qu’on a croisé mille fois avec des histoires différentes, modernes, et captivantes. Ce premier volume a des allures de polar, mais les auteurs s’amusent aussi avec les genres…
Un incontournable donc, pour les nostalgiques des contes de fées, les fans de polar, les amatrices de comics… pour tout le monde en fait. Goûtez-y, vous m’en direz des nouvelles !
Fables, tome 15 (la suite de la série est elle aussi chez Urban Comics) sur Amazon
Et Urban Comics m’a proposé de vous faire découvrir les premières pages ! (Cliquez sur les pages pour qu’elles s’affichent en grand)
Un nouveau très bon titre dans la série des ‘Sept’ chez Delcourt. Un des meilleurs de la collection à mes yeux.
Ulydas, nouveau roi du clan des Drakonspacci, parcourt le monde afin de tuer les sept derniers dragons. Son équipage est plus qu’incongru : une amazone, un guerrier asiatique, un sage africain qui connaît l’avenir, et enfin son jeune frère, qu’il est revenu chercher après des années d’absence. Ce dernier s’interroge, d’ailleurs : pourquoi mettre sa vie en péril au lieu de gouverner son royaume ? Mais Ulydas a des secrets, des crimes à expier, et plus encore, un destin.
Sept Dragons est la preuve qu’on peut faire du très bon dans un one-shot assez court. L’histoire est certes dense, mais le scénario est impeccable et on est complètement pris dans l’aventure. Le dessin est lui aussi vraiment magnifique, on en prend plein les yeux. L’une des grandes réussites de cette BD, c’est qu’il ne s’agit pas d’une suite de ‘un dragon/un combat’, mais bien d’une quête qui croise la route de ces géants majestueux, et évolue à chaque étape. Les décors sont somptueux et les dragons tout autant.
J’ai d’ailleurs beaucoup aimé le fait qu’ils soient tous différents, et respectueux des légendes locales (le dragon d’Asie est réellement inspiré des estampes japonaises, le dragon des mers est un vrai monstre marin…).
Les personnages ont une histoire riche, et à chaque fois suffisamment développée pour qu’on ne reste pas sur sa faim. Les secrets nous sont révélés au fur et à mesure que l’équipage avance dans sa mission, jusqu’à la lutte finale, dangereuse et décisive… Un énorme coup de cœur.
Je ne parle clairement pas assez de bandes dessinées indés ici. C’est dommage parce qu’on y trouve de jolies choses, différentes, surprenantes.
Nobrow est une maison d’édition londonienne qui arrive en France cette année. Au programme, des ouvrages très beaux, autant dans le contenu, que l’objet en lui-même. Il suffit de croiser un de leur livre pour voir le soin qu’ils apportent à l’édition de leurs titres. Ils sont édités en très petite série, ce qui leur donne un côté encore plus précieux.
Dimanche, de Jon McNaught, est un récit court, simple, très graphique, et très beau aussi. Un moment paisible dans un quartier tranquille, des oiseaux, des chiens, des gens. Un soupçon d’imaginaire mais aussi les bruits et les petits riens du quotidien. Difficile d’en raconter plus, car plus qu’une histoire, c’est vraiment un instant d’observation, silencieux, reposant et différent. On peut découvrir quelques extraits sur leur site, pour se faire une idée.
Pas une bd mais un objet superbe, Rise and Fall, est une sorte de frise recto verso racontant l’ascension et la chute des dinosaures. Le dessin comme les couleurs sont sublimes, et ce titre peut autant être lu comme un livre (sans texte) qu’accroché au mur comme une très belle affiche (il faudra juste faire un choix sur un des deux côté). Là encore, on retrouve plus de détails sur le site.
Leur catalogue est loin de s’arrêter là, et compte en plus des livres, de superbes artoyz, papiers cadeaux…Une petite maison d’édition à suivre.
José est guide touristique au Chili. Joan est une jeune touriste américaine qui a loué ses services pour découvrir le pays, seule, sans groupe.
José ne s’en doute pas une seconde quand il embarque cette jolie fille dans sa voiture, mais cette rencontre va bouleverser sa vie.
Chacun d’entre eux à des secrets, et ceux du guide le rongent, l’empêchent d’avancer…
Difficile d’en dire plus sans briser la poésie de ce joli titre, en un tome. Le dessin délicat de Fanny Montgermont est tout en délicatesse, et suis avec pudeur ces deux êtres abimés.
Le Chili occupe une place importante dans le récit. D’abord par ses décors somptueux, riches et étonnants, mais aussi à cause de son histoire, de son passé, de ses blessures…
Tout comme pour les Seigneurs de Bagdad, l’éditeur Urban Comics reprend la publication de la série 100 Bullets. En publiant, mais également en rééditant les premiers volumes, en cartonné cette fois-ci (les titres chez Panini avaient une couverture souple).
L’occasion pour moi de découvrir une très très bonne série de comics, sous forme d’histoires assez courtes découpées en chapitres.
Imaginez un héros à qui la vie n’a pas fait de cadeaux. Et puis un soir, un mystérieux inconnu l’aborde, lui raconte quelques détails que le principal intéressé ignorait sur son propre passé. Il lui parle plus précisément de la personne coupable de son malheur actuel… Et puis, pour accompagner sa petite histoire, un ‘présent’ : une arme, et 100 balles non identifiables. Libre ensuite à notre héros de faire ce que bon lui semble.
Chaque chapitre suit un personnage complètement différent, abîmé par la vie, et qui va se retrouver seul à négocier avec son libre-arbitre. D’abord comprendre, peut-être, ensuite réagir…
100 Bullets est un comics sombre, souvent violent. Il capte en quelques pages un tournant dans la vie de ces personnages, qui ne demandaient plus rien, et qu’on met face à un choix irréversible. Les auteurs nous promènent parmi tous ces gens qui se contentaient d’en vouloir au destin, et à qui on propose aujourd’hui un nom, un visage, sur lequel déverser sa tristesse, sa haine, ses envies de vengeances.
Il y a l’ancienne membre d’un gang, encore toute jeune, qui sort de prison et se retrouve immensément seule, son mari et son fils ayant été tués pendant son incarcération. Ou ce barman solitaire, qui était un père de famille heureux jusqu’à ce qu’on retrouve sur son ordinateur des images pédophiles. Ou encore un joueur, un peu tricheur, pour qui la situation commence à sentir le roussi…
100 Bullets se dévore ou se picore, mais se lit en tout cas avec beaucoup de plaisir. L’atmosphère des bas-fonds est parfaitement rendue à travers le dessin un peu torturé, et le thème permet une infinité de variations. De personnages, de situations, de choix. Car clairement, 100 Bullets nous interroge sur notre propre libre arbitre. Que ferions-nous, si l’on avait tout perdu et qu’on nous servait le coupable sur un plateau ?
Le tome 2 de cette merveilleuse bande dessinée est sorti mi-mars, je remets donc ici un lien vers ma chronique du premier tome. Cette suite est toujours aussi délicieuse, un dessin magnifique et un scénario tout aussi bon. Pas envie d’en raconter plus pour ne pas spoiler mais Beauté est une série à découvrir, vraiment vraiment.
Hiii un shojo ! Ça faisait bien trop longtemps que je n’en avais pas lu (une semaine sans shojo c’est déjà beaucoup trop). Voici donc une nouvelle série qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire (en tout cas moi) en lisant le résumé en 4ème de couverture, n’a rien de magique. C’est juste une histoire trop choupi.
Ageha et Hana sont jumelles. Mais elles sont aussi le jour et la nuit. Hana, élevée par ses parents à la ville, est aujourd’hui une lycéenne superbe et populaire, et fait clairement de l’ombre à sa soeur, qui a grandit à la campagne chez ses grands-parents, et est très réservée.
Ageha a un secret, elle est amoureuse de son ami d’enfance, Ryûsei, mais sa timidité la paralyse quand elle le voit.
Un jour, un curieux mec débarque dans sa vie, et va la bousculer un peu. Histoire de lui montrer que la Ageha actuelle n’est qu’une chrysalide, et qu’un superbe papillon attend qu’elle décide de changer pour éclore…
Derrière une couverture on ne peut plus kitch, avouons-le, se cache donc un shojo mignon et tendre, sur l’adolescence. L’auteur de Peach Girl raconte ici aussi une métamorphose. Avec le message que lorsque l’on veut quelque chose, il faut se battre pour l’obtenir. Et que plus encore, il faut apprendre à s’aimer soi-même.
Bref, de la pure comédie romantique à réserver aux fleurs bleues, mais vraiment une lecture plaisir pour ma part.
Il est sorti, il est beau, et il termine superbement cette excellente saga.
Gyakushu, dont je vous parlais pour la sortie de son tome 1 ici, se termine avec son troisième tome. Au final, un comics sombre, violent, torturé, mais aussi une formidable aventure, pleine de bastons, de personnages hauts en couleur (même si c’est en noir et blanc) et de secrets de famille.
Le scénario est grandiose, et le dessin vraiment à la hauteur. Chaque case est superbe. Un vrai vrai gros coup de cœur que je vous recommande donc chaudement
Dans le zoo de Bagdad, une lionne discute avec les autres animaux. Elle a un plan pour s’évader et besoin de tous. Mais difficile de les convaincre de lui faire confiance, alors que dans la nature elle est le prédateur et les autres sont les proies.
Au sein même de son petit groupe, composé de son fils, d’une autre femelle et d’un mâle, tout le monde ne rêve pas vraiment de retrouver la dureté de la vie sauvage, alors qu’ici ils ont tranquillité et viande à volonté.
Mais voilà, nous sommes en 2003, et c’est finalement par un bombardement qu’ils se retrouvent à l’extérieur…et qu’il vont devoir expérimenter plus dur encore que la difficile vie sauvage. Le monde dans lequel ils sont libres n’est que violence et danger. Celui de la guerre des Hommes.
Ce comics en un tome, au dessin sublime, est inspiré d’un fait divers réel. Quatre lions se sont bien échappés du zoo de Bagdad suite aux bombardements américains. L’occasion pour les auteurs d’imaginer cette histoire rude et belle, donnant la parole aux animaux sans dénaturer leurs caractères, leur instinct, leurs pulsions.
L’éditeur Urban Comics est en train de rééditer une partie du catalogue Panini, et autant dire qu’ils choisissent des titres de qualité (je reviendrais sur d’autres). Ici, ils ont repassé Les Seigneurs de Bagdad dans un format comics classique (contre un format bd lors de la première édition), et en plus d’être un excellent comics, c’est un très bel objet. Une histoire complète assez dur mais un vrai plaisir à lire.


