Quand j’ai croisé le regard de cette bd, mon petit cœur d’enfant a fait un petit saut de joie. Je fais donc une mini news pour vous dire : la si jolie série ‘les Passiflore’ a été adapté il y a quelques années en bd, et cette adaptation est actuellement rééditée chez Dargaud, sous une très belle édition. C’est le premier tome : L’anniversaire de Dendelion
qui est sorti. Une jolie manière de retomber en enfance…
Le Conte Quentin de la Pérue navigue depuis deux ans, à la recherche de nouvelles terres. Quand il arrive enfin sur la terre ferme, et alors qu’il s’apprête à planter le drapeau de son royaume, fièrement, il tombe nez-à-nez avec…deux petits vieux de chez lui. Deux ans pour revenir au point de départ.
Il apprend alors que le nord est perdu, les boussoles indiquent chaque jour un point différent.
Pendant ce temps, son Altesse Irénée accomplit les dix sept caprices d’Aïcha, sublime princesse qui n’acceptera de l’épouser qu’à cette condition. Mais la donzelle est-elle vraiment ce qu’elle prétend ? Ce n’est pas l’avis du peintre dépressif qui faisait justement parti de l’équipage de la Pérue.
Ailleurs, le professeur Aristide Breloquinte étudie des animaux étonnants, qui auraient une certaine emprise sur le temps qui passe. Ce qu’il va expliquer à ces deux voyageurs qui passent par là, alors qu’ils sont à la poursuite (l’un pour l’arrêter, l’autre pour lui déclarer son amour)(un détail d’ailleurs, ce deuxième larron est un lapin) d’une criminelle dont le portrait robot ressemble comme deux gouttes d’eau à la belle Aïcha. Et drôle de coïncidence, Aristide aussi connait très bien ce visage…
Cette bande dessinée complètement barrée et délicieusement absurde est la nouvelle merveille sortie de l’imagination de Wilfrid Lupano (Alim le Tanneur, Célestin Gobe-La-Lune….et tant d’autres). Avec au dessin Jean-Baptiste Andréae qui a parmi d’autres superbes titres, a notamment dessiné la Confrérie du Crabe. On pense ici à la Nef des Fous, ou au monde farfelu de Lewis Caroll. Ça part dans tous les sens, personne n’est ce qu’il prétend être, et l’univers entier semble marcher sur la tête. A moins que tout soit tout à fait normal ?
Dans cet univers incroyable (tout y est poétique, et le dessin est vraiment magnifique), les auteurs abordent, pourtant, des thèmes universels. L’argent, le pouvoir, l’amour, la mort…
Urasawa est de retour ! Pour les (nombreux) fans du monsieur, c’est une excellente nouvelle. Pourtant, après des chefs d’œuvres comme Monster, 20th Century Boys ou encore Pluto, on a toujours un peu peur d’être déçue… Que je vous rassure tout de suite : c’est encore une tuerie.
Ce coup-ci, Takashi Nagasaki, un scénariste qui a travaillé avec Urasawa sur la plupart de ses mangas, est également crédité. Ils ont mêlés leurs talents pour notre plus grand plaisir.
En 1949, Kevin Yamagata est un américain d’origine japonaise, auteur du comics à succès Billy Bat, l’histoire d’une chauve-souris détective privé. Un soir, deux flics font irruption chez lui, réquisitionnant son appartement pour une planque. L’un d’eux jette un œil à ses croquis et affirme qu’il a déjà vu cette chauve-souris, au Japon. Kevin devient obsédé par cette affirmation. Il est effectivement allé au Japon il y a quelques années en tant que soldat. A-t-il inconsciemment volé le travail de quelqu’un ? Le dessinateur repart là-bas, pour retrouver l’auteur qu’il aurait plagié et lui faire ses excuses…Mais il se retrouve malgré lui au centre d’une histoire qui le dépasse complètement.
Comme à chaque fois, ce manga est une vraie petite bombe. Par un jeu parfaitement maîtrisé de sauts dans le temps, on se retrouve complètement happé par l’histoire de Billy Bat, avec ses dizaines de personnages, ses rebondissements haletants, et une multitude de thèmes abordés. En effet la grande Histoire et la guerre, se mêlent à différents autres évènements plus ou moins fictifs : meurtres, embrouilles en tout genre, monde du manga et du comics, sociétés secrètes, religion… tout cela pour un cocktail détonnant et vraiment réussi.
Le dessin d’Urasawa, reconnaissable au premier coup d’œil, rend l’atmosphère encore plus dense et fascinante. C’est assez dingue de voir que son trait, qui seyait à merveille au monde futuriste de XXth Century Boys, s’adapte cette fois parfaitement à l’ambiance un peu rétro de Billy Bat.
Une chronique ne suffirait pas à décrire la multitudes de détails géniaux de Billy Bat, et ça serait d’ailleurs gâcher le plaisir de sa lecture. Une lecture à plusieurs niveaux, un vrai bonheur, comme à chaque fois que l’on se plonge avec délice dans un manga signé par ce génie qu’est Urasawa…
Staz est un vampire. Et sous ses airs de no life faignant, il est le chef d’un des territoire du monde des démons. Car sous ses airs de semi loque, Staz est incroyablement puissant.
Mais la baston ne l’intéresse pas spécialement. Sa passion, à lui, c’est le monde des humains, et plus particulièrement un pan de la culture japonaise. Il dépense des fortunes pour acquérir mangas, figurines, jeux vidéos…et est à la limite de disjoncter quand un de ses sous-fifres lui ramènent une humaine, qui plus est japonaise, qui a atterrit par accident dans le monde des démons.
Malheureusement pour Staz (et pour la jeune demoiselle surtout), celle-ci se fait bouffer avant qu’il ait pu l’abreuver de question. Car oui, en plus d’être passionné par les humains, boire leur sang ne l’intéresse pas du tout. Mais devant cette fille-là, il a ressenti quelque chose d’étrange, et devant son squelette, il se sent complètement abattu.
Mais elle n’a pas complètement disparu, elle s’est transformé en fantôme.
Staz décide alors de tout faire pour l’aider à ressusciter. Pas forcément par gentillesse d’ailleurs…il se surprend lui-même, mais il a très envie de boire son sang…
Drôle, assez crétin, et parsemé de scènes de bastons, Blood Lad est une très bonne surprise. Graphiquement très sympa (dans un style assez proche de Soul Eater), l’histoire est originale et rythmée. On passe du monde des démons à celui des humains, et on découvre des deux côtés de nombreux personnages. Un bon petit shônen, rigolo et qui démarre bien.
Bras, le héros de Daytripper, est brésilien, fils d’un auteur reconnu. Lui s’occupe de la rubrique nécrologique d’un quotidien tout en pensant à l’écriture de son premier roman.
Ça, c’est un instantané de la vie de Bras, alors qu’il a la trentaine. Mais les auteurs vont nous amener à rencontrer cet homme à bien des moments de sa vie.
Qu’est-ce qui fait qu’un moment est marquant, important, qu’il change notre vie ? Ce sont parfois des détails minuscules et fugaces qui font tout basculer. Qu’est ce qui nous définit le mieux ? Peut-être nos choix, notre manière d’agir avec notre libre-arbitre. Est-ce que la vie est belle, même dans ces moments les plus anodins ? Assurément, oui.
C’est sur cette idée que les talentueux jumeaux Fabio Moon et Gabriel Ba (qu’on a déjà croisé sur Umbrella Academy) ont basé la série courte Daytripper, compilée aujourd’hui en un seul très beau tome.
À chaque chapitre, Bras meurt. D’une manière différente, à une époque différente de sa vie. Étonnamment, c’est en tuant le héros que l’on prend conscience de l’importance de cet instant de vie. L’histoire n’est pas chronologique, c’est comme un jeu de ping-pong entre les époques : Bras peut mourir à 40 ans, et être un enfant dans le chapitre suivant. Cela ne gêne en rien la lecture, au contraire : les détails de ce qu’il a été et de ce qu’il est devenu se complètent, se répondent, et rendent l’ensemble bien plus dense et plus profond. Le premier baiser, le premier amour, la naissance d’une amitié ou de son premier enfant, la mort du père, un coup de foudre, et tant d’autres choses encore. Une personne est faite de son passé, de son présent, de son avenir. Et les deux auteurs, qui mêlent leurs talents et leurs dessins à la perfection, racontent avec une infinie sensibilité cet homme-là, qu’ils ont inventé mais qui est un peu chacun de nous.
Le trait est beau, vivant, et la mise en couleur est superbe. La narration est aussi fluide que passionnante, on s’attache à ce personnage que l’on ne voit pourtant que par bribes. Il est ce qu’il vit, et on le devine, l’imagine à travers ces quelques pages.
Un énorme coup de cœur pour un comics tout en finesse. Un très bel hymne à la vie.
Ah, Enrique Fernandez… Après l’Île sans Sourire et Aurore, voici une nouvelle preuve qu’il sait aussi bien raconter les histoires que les dessiner. Un trait superbe et reconnaissable au premier coup d’œil, et un vrai talent de conteur.
Il revient donc avec Les Contes de l’ère du Cobra. Une histoire inspirée de mille contes, une aventure qui mêle humour et drame, violence et légèreté, un peu coquine parfois, où l’amour et le bonheur devront lutter pour gagner contre la cruauté et la quête de pouvoir. On y croise les Mille et une Nuits, mais bien d’autres récits encore, chuchotés à travers le monde…
Irvi et Sian s’aiment, mais le destin les force à se séparer. La douleur assombrit le cœur d’Irvi, qui se transforme en un tueur sanguinaire et mélancolique. Mais sa puissance sert les desseins de celui qui deviendra le Cobra, un homme en réalité bien malheureux qui estime qu’on doit l’aimer pour sa grandeur et non pour sa personnalité.
Plus le temps passe et plus l’histoire est triste, à croire que le bonheur a décidé de s’enfuir. Mais il est parfois des rencontres qui changent tout, et font renaître une flamme au milieu des cendres…
Les amatrices de contes seront charmées par cette bande dessinée, dont l’histoire envoûtante alterne entre aventure, combats et légèreté. Des personnages hauts en couleurs, des amitiés improbables, et des méchants qui finalement sont bien à plaindre, tant ils sont seuls. Et puis l’Amour, le Grand Amour, qui connaît bien des obstacles mais qui jamais ne s’éteint.
Le tout servi par le dessin somptueux et la mise en couleur magique d’Enrique Fernandez. C’est à la fois un voyage et un feu d’artifice. Un véritable bijou ciselé avec tout le talent d’un auteur à (re)découvrir…
1914, la guerre débute et c’est avec insouciance et volonté que les hommes partent à la guerre. Convaincus qu’elle ne durera pas longtemps, tout à leur soif de revanche sur les allemands.
Baptise a laissé chez lui sa femme Camille et son fils Jules, et leur écrit régulièrement des lettres pour leur raconter son quotidien. Mais, alors qu’il est déjà ébranlé par la mort, sous ses yeux, de son meilleur ami, c’est finalement de chez lui que le plus dur va arriver. Pendant son absence, son fils fait une mauvaise chute, et meurt.
Dès lors, Baptise se jette à corps perdu dans les combats, semblant habité d’une rage sans fin, et voulant sans doute regarder la mort en face, pour lui demander des comptes.
Mais avant son départ, sa femme lui avait remis un charme à garder autour de son cou, lui faisant promettre de ne pas le retirer. Et s’il a accepté en riant, le sort semble fonctionner. Malgré les risques, aucune balle de l’atteint, et très vite, plus personne ne veut l’approcher.
Car en plus de passer pour un fou, les soldats sont tous persuadés que les balles qui évitent Baptiste finiront forcément sur eux.
Mais parmi les légendes que se murmurent les soldats, il n’est pas le seul sujet de conversation. Plusieurs survivants rapportent d’étranges apparitions sur les champs de batailles. Chevalier en armure monté à cheval, archer, et d’autres apparaitraient au milieu des combats pour venir en aide aux soldats français.
Entre grande Histoire et monde fantastique, les frontières sont souvent plus troubles que l’on ne peut l’imaginer, et le sort va amener Baptiste bien plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer…
Cette bande dessinée mêle avec succès les genres. Ce premier tome est surtout un récit historique, empreint de l’atmosphère de l’époque, que ce soit au milieu des soldats ou dans les villages où les femmes se retrouvent seules, sans leurs époux. La narration laisse la part belle à l’épistolaire, et le récit sous forme d’échange de lettres est trèsagréable à lire. Au fil du récit, apparaissent petit à petit des touches de fantastique qui surprennent et fascinent en même temps. Un très bon premier tome, prenant, étonnant, et qui donne envie de connaitre la suite.
Niveau coolitude, le label 619 se pose là. Un humour légèrement crétin vraiment parfait, des dessinateurs ultra talentueux, et un univers génial. Même si le label 619 se nourrit de plein de choses, c’est surtout la culture américaine qui l’inspire : un savoureux mélange de 50′s et 90′s, de rock et de hip hop, avec également une belle place à la culture latino, entre folklore et lucha libre, et un soupçon de guerre des gangs. Bref, pour ma part, c’est tout ce que j’aime, et je sais qu’à chaque fois que j’ouvre un titre de cette collection, éditée par Ankama et dirigée par Run (l’auteur du cultissime Mutafukaz), je vais me prendre une grosse claque. C’est le cas avec Doggybags, qui revient ici pour un deuxième opus.
C’est encore une compilation de trois one-shots (histoires complètes) par des auteurs différents. Leurs points communs étant la surdose d’action, d’hémoglobine et de cinglés. Avec toujours (ou presque) une pointe d’humour, et un dessin qui en met pleins les yeux. Un bel hommage aux pulps, aux comics old school et au cinéma de Tarantino, entre autres.
Pour ce deuxième tome on retrouve : Ozanam et Kieran, qui ont déjà travaillés ensemble sur We Are The Night, pour un road-trip complètement barré où un loser veut débarrasser la planète d’un troupeau d’aliens ultra sexy ; Run (Mutafukaz) est ensuite au scénario pour les deux histoires suivantes, avec pour l’une Guillaume Singelin (The Grocery, King David) au dessin, qui nous amène à la rencontre de gardes-frontière États-Unis/Mexique assez antipathiques, et pour l’autre Mathieu Bablet (La Belle Mort), pour une tuerie dans un avion inspirée d’un fait-réel.
Bref, on n’est pas au pays des Petits Poneys ici, ça dézingue à coups de pieds, de pelle, de marteau. Âmes sensibles s’abstenir, clairement, mais pour les autres, Doggybags se déguste comme un plat très épicé. Ça picote mais on en redemande. Surtout que si les histoires sont complètement barrées, le dessin, lui, est toujours très très bon. Les mecs signés chez 619 sont vraiment excellents, avec chacun un style bien personnel, ce qui fait de cette BD un très beau défouloir. En plus, Doggybags fourmille de bonus où se mêlent textes explicatifs (pour mieux savourer les histoires) et fausses pubs délirantes.
Du tout bon, un mélange explosif de gore et d’énergie à l’état brut, servi par des dessinateurs plus que talentueux. Gros coup de cœur.
Sans conteste, Benjamin Flao reste le dessinateur qui, à chaque case, sait le mieux me remuer les tripes, grâce à son trait sublime, plein d’une musicalité vibrante. Presque comme si son dessin était vivant. Après La Ligne de Fuite et Mauvais Garçons (vous DEVEZ lire ces BD, vraiment), avec Dabitch au scénario, il revient cette fois-ci avec une histoire qu’il a écrit.
Kililana Song se passe dans l’archipel de Lamu, au large du Kenya.
Naim est un gamin orphelin, élevé par sa tante. Il passe sa vie à échapper à son cousin, qui tente par tous les moyens de l’obliger à aller à l’école coranique. Naim n’aime pas l’école, et encore moins son instituteur. Il préfère traîner avec ses copains, gagne un peu de sous en faisant des courses pas très légales pour un petit vieux, et observe le monde à travers ses yeux déjà plus si innocents.
Ali est un petit vieux. Le dernier descendant d’une lignée de sages, veillant sur un arbre sacré qui contient l’âme d’un ancien Roi. Mais l’arbre est menacé, tout comme le lieu de vie d’Ali. Des promoteurs immobiliers veulent récupérer le terrain pour en faire un complexe touristique luxueux.
Ces deux personnages, et bien d’autres encore, vont se croiser au fil des pages de Kililana Song.
Ce premier tome se déroule au rythme lent de la vie des personnages. Un quotidien fait de débrouille et de soleil, de rencontres et de discussions.
Comme à chaque fois, c’est un plaisir délicieux que de se plonger dans le dessin de Flao, qui, cette fois-ci, nous conte aussi des histoires. Des histoires de quotidien mais aussi de vieilles légendes africaines. La vie des gens et des dieux.
Un très très beau premier tome, comme un voyage…
Alice du Pays des Merveilles court gaiement derrière son pote le Lapin Blanc. puis tout à coup, c’est le drame. Elle tombe dans un trou (encore, décidément cette Alice quelle maladroite). Et la voilà qui atterrit dans une jungle hostile et pleine de singe. Pire : les singes la prennent tous pour un mec qui s’appelle Tarzan, et qui a quitté cette jungle il y a bien longtemps.
Le souci c’est qu’Alice ne va pas avoir vraiment le temps de leur expliquer leur méprise, le Tigre, nouveau roi de la forêt, est bien décidé à supprimé Tarzan avant qu’il ne lui reprenne son titre…
Je pense que ce résumé donne une idée du ton d’Alice au Pays des Singes : délicieusement crétin. Bourré de rebondissement, c’est le genre de bd complètement absurde qui fait du bien. On suit donc la fuite d’Alice, aidé par le singe Mandrill, qui finit par la croire quand elle dit qu’elle n’est pas Tarzan, pour essayer de rentrer chez elle avant que le Tigre ne tombe sur elle. Dans sa course, elle croisera pleins de singes, un vieux lord anglais très sympa, une plante carnivore en mal d’aventures, et d’autres encore…
Tebo (Captain Biceps) signe ici un titre tout public drôle et déchainé. La pauvre petite Alice n’a pas trente seconde de répits (mais elle se fait pleins de potes, ça compense). Au dessin, le très très talentueux Keramidas (Luuna) mélange les signes et rend en plus cette aventure superbe à regarder. La forêt est magnifique, et le Tigre majestueux…La course poursuite est donc également une très jolie balade pour les yeux.
Rigoler et en prendre pleins les mirettes, que demander de mieux ?
Alice au pays des singes (avec les première pages en lecture, et, petit bonus, 10 albums dédicacés seront glissés parmi les précommande passées jusqu’au 30 avril sur Amazon)