La guerre des Lulus & Whaligoë, deux jolies nouveautées chez Casterman

Bon, j’ai pour habitude de mettre en avant une chronique du blog chaque semaine, mon plus gros coup de coeur. MAIS, cette semaine, deux nouveautés m’ont tout autant séduite l’une que l’autre, et je n’ai pas su faire un choix. Du coup voici une double chronique de deux très jolies bandes dessinées publiées par l’éditeur Casterman : La guerre des Lulus et Whaligoë.

1914, dans un petit village picard. L’instituteur de l’orphelinat est mobilisé. Mais, avec le Père qui dirige l’établissement, ils décident de ne pas parler aux enfants de la guerre, pour ne pas les effrayer inutilement. Après tout ce n’est l’histoire que de quelques semaines…

Parmi les enfants de l’orphelinat il y a les Lulus, quatre gamins inséparables, et toujours prêts à faire les quatre cents coups. Leur spécialité ? Échapper à la surveillance des adultes pour s’activer à la construction d’une cabane dans la forêt.

Un jour, les militaires arrivent et font évacuer le village en urgence. Mais les Lulus sont dans les bois, comme toujours, et trouvent l’orphelinat vide à leur retour. Au début, cette liberté les grise et a des airs d’école buissonnière. Manger des confitures et faire ce qu’on veut c’est amusant…Jusqu’à l’arrivée des allemands. Et tout à coup, ces quatre-là, déjà pas vraiment épargnés par le destin, se retrouvent au milieu de la guerre, et sont contraints de survivre seuls.

Cette bande dessinée est une vraie surprise, mais surtout un grand coup de cœur. En même temps drôle et touchante, elle nous plonge au beau milieu de la guerre. Valencourt, qui passe en quelques heures d’un lieu plein de vie à un village fantôme, avant de se retrouver occupé par l’armée allemande, est presque un personnage de l’histoire. Cette bande dessinée est vraiment tout public. Le thème semble pourtant difficile à aborder avec des enfants, mais ils liront ce titre avec autant de plaisir que d’intérêt.  Car les héros sont eux aussi des enfants et que l’histoire est adaptée à leur niveau de compréhension. Mais même adulte, on prend énormément de plaisir à suivre les Lulus. Les drames qui ont déjà jalonnés leur courte existence les ont rendus plus adultes et débrouillards, mais en même temps ils restent des enfants, et portent un regard plein de naïveté sur ce qui leur arrive. Faire parler des enfants n’est pas un exercice aisé, mais Régis Hautière, le scénariste s’en sort à merveille, et les dialogues regorgent d’humour. Et les auteurs se sont vraiment bien trouvés car le dessin, très beau, oscille lui aussi entre émotion et légèreté. Les personnages ont des traits pleins de personnalités et attachants, et les décors fourmillent de détails. On se croirait avec eux dans l’orphelinat, comme dans la cabane….

Ce premier tome est vraiment réussi, le sujet n’est pas très joyeux et pourtant, au milieu de la guerre, le courage et l’envie de vivre des Lulus donnent le sourire. Au delà-même de l’aspect historique, leur amitié est jolie, émouvante, et leu relation aussi complexe que solide. Les quatre garçons ont des âges et des histoires très différentes, mais on sent à quel point le lien qui les unit est indestructible. Vivement la suite !

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On remonte ensuite le temps d’un siècle et l’on se dirige vers l’Écosse. Whaligoë est un petit village un peu perdu, où échouent Lord Douglas Dogson, un dandy, ancien écrivain renommé en panne d’inspiration, et Speranza, qui fut sa muse mais avec qui rien ne va plus. Ils fuient un scandale qui va les tenir éloignés un moment des salons londoniens, mais leurs manières délicates font tâche dans la petite auberge où ils ont fait halte.

Alors que le Lord envisage de mettre fin à ses jours, il aperçoit une jeune fille aux allures spectrales qui éveille sa curiosité. De son côté, Speranza est toute émoustillée par une découverte faite en discutant avec les habitants. Ellis Bell, un mystérieux écrivain que tout le monde croit mort, vivrait en fait à Whaligoë. Elle n’a dès lors plus qu’une chose en tête : le rencontrer.

Cette histoire, où les genres s’entremêlent, et légèrement teinté de fantastique, est une vraie merveille. On s’amuse de voir ces deux aristocrates déchus devoir s’acclimater à un environnement des plus rustiques et leurs dialogues sont de vraies joutes verbales, dont on ne sait jamais qui sortira vainqueur. Mais en arrière plan, les liens qui unissent tous les personnages sont bien plus complexes qu’ils ne le semblent de prime abord. Car l’écrivain et sa muse sont loin d’être les seuls acteurs de cette histoire…

Ce scénario plein de surprise est remarquablement servi par le trait de Virginie Augustin (qu’on a pu découvrir sur la série Alim le Tanneur). Son dessin est emprunt d’énormément de délicatesse, et elle glisse sur le visage de ses personnages des expressions qui en disent bien plus longs que des mots. Ses décors valent également le coup d’œil, que ce soit les landes écossaises, ou les scènes en intérieur, pleines de détails.

Walhigoë est prévu en deux parties, et ravira tout autant les amateurs-rices de policiers et ceux-celles de fantastiques. Un excellent premier tome, aussi beau que mystérieux.

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