Archive for avril, 2012

Kililana Song

28 avril 2012  |  Coups de coeur, Mes incontournables

Sans conteste, Benjamin Flao reste le dessinateur qui, à chaque case, sait le mieux me remuer les tripes, grâce à son trait sublime, plein d’une musicalité vibrante. Presque comme si son dessin était vivant. Après La Ligne de Fuite et Mauvais Garçons (vous DEVEZ lire ces BD, vraiment), avec Dabitch au scénario, il revient cette fois-ci avec une histoire qu’il a écrit.

Kililana Song se passe dans l’archipel de Lamu, au large du Kenya.

Naim est un gamin orphelin, élevé par sa tante. Il passe sa vie à échapper à son cousin, qui tente par tous les moyens de l’obliger à aller à l’école coranique. Naim n’aime pas l’école, et encore moins son instituteur. Il préfère traîner avec ses copains, gagne un peu de sous en faisant des courses pas très légales pour un petit vieux, et observe le monde à travers ses yeux déjà plus si innocents.

Ali est un petit vieux. Le dernier descendant d’une lignée de sages, veillant sur un arbre sacré qui contient l’âme d’un ancien Roi. Mais l’arbre est menacé, tout comme le lieu de vie d’Ali. Des promoteurs immobiliers veulent récupérer le terrain pour en faire un complexe touristique luxueux.

Ces deux personnages, et bien d’autres encore, vont se croiser au fil des pages de Kililana Song.

Ce premier tome se déroule au rythme lent de la vie des personnages. Un quotidien fait de débrouille et de soleil, de rencontres et de discussions.

Comme à chaque fois, c’est un plaisir délicieux que de se plonger dans le dessin de Flao, qui, cette fois-ci, nous conte aussi des histoires. Des histoires de quotidien mais aussi de vieilles légendes africaines. La vie des gens et des dieux.

Un très très beau premier tome, comme un voyage…

Kililana Song tome 1 sur Amazon

Alice au Pays des Singes

Alice du Pays des Merveilles court gaiement derrière son pote le Lapin Blanc. puis tout à coup, c’est le drame. Elle tombe dans un trou (encore, décidément cette Alice quelle maladroite). Et la voilà qui atterrit dans une jungle hostile et pleine de singe. Pire : les singes la prennent tous pour un mec qui s’appelle Tarzan, et qui a quitté cette jungle il y a bien longtemps.

Le souci c’est qu’Alice ne va pas avoir vraiment le temps de leur expliquer leur méprise, le Tigre, nouveau roi de la forêt, est bien décidé à supprimé Tarzan avant qu’il ne lui reprenne son titre…

Je pense que ce résumé donne une idée du ton d’Alice au Pays des Singes : délicieusement crétin. Bourré de rebondissement, c’est le genre de bd complètement absurde qui fait du bien. On suit donc la fuite d’Alice, aidé par le singe Mandrill, qui finit par la croire quand elle dit qu’elle n’est pas Tarzan, pour essayer de rentrer chez elle avant que le Tigre ne tombe sur elle. Dans sa course, elle croisera pleins de singes, un vieux lord anglais très sympa, une plante carnivore en mal d’aventures, et d’autres encore…

Tebo (Captain Biceps) signe ici un titre tout public drôle et déchainé. La pauvre petite Alice n’a pas trente seconde de répits (mais elle se fait pleins de potes, ça compense). Au dessin, le très très talentueux Keramidas (Luuna) mélange les signes et rend en plus cette aventure superbe à regarder. La forêt est magnifique, et le Tigre majestueux…La course poursuite est donc également une très jolie balade pour les yeux.

Rigoler et en prendre pleins les mirettes, que demander de mieux ?

Alice au pays des singes (avec les première pages en lecture, et, petit bonus, 10 albums dédicacés seront glissés parmi les précommande passées jusqu’au 30 avril sur Amazon)

American Tragedy

28 avril 2012  |  Non classé

Aux Etats-Unis, de nos jours, un vieux et son petit-fils jouent aux dames dans un parc. Le lieu n’est pas anodin. Si le grand-père l’a choisi, c’est pour fêter un anniversaire, celui de la mort de deux hommes, Sacco et Vanzetti. De quoi piquer la curiosité du jeune homme. Et c’est ainsi que le petit vieux revient sur un épisode de l’histoire dont on ne se souvient plus. Une erreur judiciaire, mais plus encore, un pan de l’histoire des Etats-Unis dont on ne parle plus.

Sacco et Vanetti étaient tous les deux italiens, venus aux Etats-Unis dans l’espoir de jours meilleurs. Tous deux, via des parcours différents, sont devenus anarchistes. Luttant, avec des centaines d’autres. Il furent exécutés en 1927, à Boston. mais avant leur mise à mort, leur situation a provoqué des dizaines de manifestations, partout dans le monde. Parce que la Justice va parfois un peu trop vite en besogne pour désigner des coupables, même sans vraies preuves…

Dense et très documenté, cette bande dessinée nous plonge dans les Etats-Unis des années 20, à travers le regard d’un fils d’immigré italien qui a vécu tout ça par le regard de ceux qui l’entouraient (il était lui-même trop jeune pour participer activement à la lutte à ce moment-là). C’est un instantané vraiment intéressant de ce qu’était la vie à ce moment-là, et également un regard sur la Justice, et la Politique, qui s’entremêlent parfois un peu trop volontiers quand il s’agit de servir des intérêts communs…

American Tragedy : L’histoire de Sacco & Vanzetti sur Amazon

Dragon Head

28 avril 2012  |  Coups de coeur

Téru est avec ses camarades de classe dans un train qui les ramène chez eux, après un voyage scolaire. Juste avant d’entrer dans un tunnel, l’adolescent remarque que la couleur du ciel est étrange…mais il n’a pas le temps de se poser de questions, car une fois dans le tunnel, le train déraille.

Quand il ouvre les yeux, tous les passagers de son wagon sont morts, et en s’extirpant du train, il découvre que le tunnel est bouché par des éboulements, des deux côtés…

Téru se met alors à la recherche d’autres survivants.

Dragon Head est un huis-clos étouffant et passionnant. Raconté par les yeux de Téru, en suivant ses émotions, ses peurs, ses découragements, on est plongé au cœur de ce drame. Ils sont finalement trois personnages, tous adolescents, à devoir s’organiser pour vivre malgré une situation qui semble sans issue.

Assez cru, et très humain, ce manga semble à chaque instant prêt à laisser ses héros sombrer dans la folie. Après tout que faire, quand il ne semble plus y avoir d’espoir ?

Dragon Head T01 sur Amazon

Ma vie posthume, tome 1

24 avril 2012  |  Coups de coeur

Emma Doucet est une petite vieille comme on les aime, avec un sale caractère. En réalité, elle se laisse vivre sans trop réfléchir depuis que son mari, le Grand Amour de sa vie, est mort.

Un soir, Emma fait une mauvaise chute en essayant de récupérer ses clopes, planquées par son aide à domicile. Quand elle se relève, c’est le début des ennuis : elle n’a plus envie de dormir, elle a une mine affreuse, et les mouches commencent à lui tourner sérieusement autour. Mais il y a surtout ce trou dans sa poitrine. Alors voilà : Emma est morte. Pire ! On l’a tuée. Il va falloir la jouer fine, histoire de comprendre ce qui s’est passé sans éveiller les soupçons…

Drôle et touchant en même temps, Ma Vie Posthume est un délice. Une histoire de zombie bien différente de ce dont on a l’habitude et, par jeux de flashbacks, une très belle histoire d’amour. C’est aussi un regard sur le deuil, sur le quotidien des personnages âgées, sur les relations de famille (la délicieuse nièce d’Emma essayant par tous les moyens de la coller en maison de retraite pour revendre sa maison)…

Le scénario est de Hubert (Miss Pas Touche) et le dessin du talentueux Zanzim (avec qui il avait déjà travaillé sur l’excellent La Sirène des Pompiers). Ma Vie Posthume est vraiment le genre de petits titres originaux et rafraîchissants qui fait du bien. C’est joliment écrit et raconté, et l’on va de surprise en surprise : une jolie œuvre qui sort de l’ordinaire, pleine d’humour et d’humanité.

Ma vie posthume, Tome 1 sur Amazon (premières pages en lecture)