Il y a certains auteurs de bande dessinée qui, loin d’envahir les rayons avec leur rythme de publication effréné, sortent quelques merveilles au compte-goutte. Craig Thompson est de ceux-là et il a su se faire un nom en seulement quelques titres. Dont le sublime Blankets, publié en France chez Casterman Écriture. Une autobiographie sensible et pudique, parfois très dure.
Cette fois-ci Craig Thompson revient avec Habibi, une œuvre à mille lieux de ses précédents titres (mais il dit justement vouloir se renouveler dans chaque livre), qui laisse, une fois de plus, exploser tout son talent, son trait sublime et sa sensibilité.
Dodola n’a que neuf ans quand son père la vend à un scribe, afin qu’elle devienne son épouse. Obligée de devenir adulte bien plus vite, la petite fille a au moins la chance d’avoir un époux qui a de la considération pour elle. Pendant plusieurs années, il va lui apprendre à lire et à écrire, et lui ouvrir les portes de la culture. Mais son calvaire ne s’arrête pas là. Son mari est tué, et la voilà qui se retrouve esclave.
Dans sa nouvelle vie, elle va croiser la route de Zam, un petit de trois ans qu’elle va élever comme une mère, et pour qui elle trouvera la force de s’échapper. Plusieurs années s’écoulent pour eux, dans une bulle, cachés dans un bateau au milieu du désert. Dodola fait ce qu’il faut pour que le petit ait tout ce dont il est besoin et Zam, lui, grandit au rythme des histoires que lui conte la jeune fille…Mais le bonheur peut-il vraiment durer lorsque l’on est marqué du sceau des esclaves ?
Très dense et en même temps limpide, cette incroyable bande-dessinée de 670 pages est un pur chef-d’œuvre. L’histoire en elle-même est très belle, mouvante. On suit nos deux héros à travers le temps, les lieux. On les voit évoluer, grandir, se transformer. Jamais Craig Thompson ne les épargne et pourtant il les raconte avec énormément d’amour.
C’est aussi une très belle œuvre sur l’Islam. Toute en humilité car l’auteur n’est pas lui-même musulman. Il en offre une vision superbe, très loin des clichés. Son regard est plein de respect. Il montre sa beauté et sa poésie, en reprenant, dans la bouche de Dodola, certaines de ses histoires. Visuellement, il a également réalisé un travail titanesque en s’inspirant de l’art oriental. De son propre aveu, les décorations de certaines pages lui ont pris bien plus de temps que les cases qu’elles contiennent. Il joue et nous émerveille avec un très beau travail sur la calligraphie arabe, et les cases prennent une toute autre valeur, ciselée comme des bijoux précieux.
Mais au milieu d’une atmosphère digne d’un conte des mille et une nuits, l’auteur n’hésite pas également à glisser des thématiques vraiment modernes. Le pays dans lequel évolue les personnages est imaginaire, et ce qui pourrait au départ passer pour un récit ancré dans une époque lointaine se retrouve peu à peu envahit par notre quotidien, d’une manière étonnante et violente. Comme si on déversait petit à petit, au rythme lent et fascinant d’un sablier, le monde d’aujourd’hui dans une petite boite rempli de temps anciens. Et on retrouve cette idée materialisée par les déchets, qui s’accumulent au fil des pages, pour venir envahir chaque espace. Ainsi, Habibi prend une dimension écologique que l’on n’avait pas vu venir. Une réflexion sur notre environnement, les méfaits de l’homme, sans pour autant tomber dans une moralisation plombante.
C’est aussi l’occasion pour Craig Thompson de parler de la place de la femme, de sa condition, aujourd’hui encore.
Habibi tire sa richesse de ses nombreuses influences, de ses thèmes, de ses personnages et de ses lieux grandioses et effrayants, pour nous offrir une histoire magnifique, pleine de poésie, d’espoir et d’amour. Le genre de livre qui nous remue, nous bouleverse. Et continue d’évoluer en nous bien des jours après l’avoir refermé…
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Excellent commentaire, mais tu prêches une convaincue!
Je l’ai feuilleté à la FNAC il y a 2 jours (pas eu le temps de finir malheureusement) et attention, chef-d’oeuvre, pour moi!!! Comme tu dis, Craig Thompson est vraiment doué, et sait se renouveller (contrairement à beaucoup d’autres auteurs…)Habibi n’a rien à voir avec Blankets, à part la qualité du graphisme et un certain sens de l’intrigue… Les thèmes sont assez universels finalement. Je VEUX savoir la suite!!! Les calligraphies et les volutes inspirées du Coran sont à couper le souffle, et aborder le thème de l’Islam sans le dénigrer est une démarche assez rare et honorable pour un auteur américain et non-musulman. On voit qu’il a fait un énorme effort de documentation, et rien que pour ça, je l’admire!
A recommander donc!
Sinon peut-être utile de préciser que pour une BD c’est un pavé, je dirais 200 pages (tu confirmes?)
Bref, il me le FAUT!!! « Petit papa Noêêêl, quand tu descendras du cieeeeeeeeel… »
Héhé, oui comme tu dis, cette bd est une merveille. Et comme glissé dans ma chronique, tu es encore loin du compte…670 pages !
J’espère que le Père Noël t’entendra
Coucou, merci beaucoup pour ton blog. Je recherche une bande dessinée. Ca se passe dans un pays asiatique. Une jeune fille aime un garçon avec qui elle ne peut pas être car son père veut la marier à un autre. Du coup les deux amoureux se suicident. Leur histoire d’amour renait à chaque fois car leurs âmes se réincarne dans des corps d’enfants et ainsi ils peuvent à nouveau s’aimer mais ils doivent d’abord apprendre à se connaître et s’aimer à nouveau. Est-ce que par hasard tu aurais une idée de quelle bd je parle. Le dessins sont magnifiques avec des couleurs très douces. La jeune fille a de longs cheveux noirs et porte de très jolies robes…voilà. Tu peux me répondre sur ma boite mail: lea.rosato@hotmail.com
Merci d’avance
Coucou
Voici un bien bel article pour une bien belle œuvre.
De plus l’ouvrage est a tomber esthétiquement !