Peut-être connais-tu déjà Lostfish. Quand on croise une de ses illustrations, on peut difficilement l’oublier. Ses filles évanescentes, enfantines et sexy, poétiques et morbides dérangent autant qu’elles fascinent. Personnellement je les trouve sublimes, ces filles, et ce trait si fort et tendre de Lostfish. C’est pourquoi je trépignais d’impatience d’avoir enfin entre les mains sa version illustrée de Alice de l’autre côté du miroir (la suite de l’histoire bien connue). Fan de l’époque victorienne, de cabinets de curiosité, de photos anciennes, et de freaks, tu devrais aimer autant que moi…Le livre est magnifique, de superbe qualité, et les illustrations de Lostfish s’entremêlent merveilleusement à l’univers de Lewis Caroll.
- Tout d’abord, pouriez-vous en dire un peu plus sur vous aux lectrices de Madmoizelle ? Qui êtes-vous, quel est votre parcours ?
Bonjour, je m’appelle Elodie, plus connue sous le nom de Lostfish. J’ai commencé l’illustration il y a une dizaine d’année en amateur autodidacte, avant d’avoir la chance d’en faire mon métier en 2007. J’ai alors commencé par des travaux de character design en freelance, avant de prendre un chemin plus artistique. Depuis quelques années je me suis donc surtout consacrée aux expositions en galeries, tout en faisant mes premiers pas d’illustratrice dans l’édition avec Soleil et Marvel.
- Pourriez-vous nous parler, en quelques mots, de ce livre ‘A Travers le Miroir’ ?
A Travers le Miroir est le deuxième livre de Lewis Carroll à propos d’Alice, il s’agit de la suite de son premier chef d’oeuvre « Alice au Pays des Merveilles ». Le second voyage onirique de cette jeune fille curieuse, dans un univers entre rêve et cauchemar, peuplé une nouvelle fois de personnages étranges et déroutants.
Dans le monde de l’autre coté du miroir, Alice se retrouvera prise dans une partie d’échec taille réelle aux règles farfelues, où elle devra apprendre, non sans encombres, à devenir Reine.
- Comment est-il né, et comment avez-vous travaillé dessus ?
Le projet est né de l’amour commun que Barbara Canepa et moi portons au personnage d’Alice et à son univers, cette jeune fille fascine depuis toujours, elle est étrange et a tendance à être trop curieuse et indisciplinée par rapport aux bonnes manières de rigueur à son époque! Elle cherche à comprendre le monde qui l’entoure et l’évolution de son être. Ce projet s’inscrivait donc naturellement dans la collection Métamorphose dirigée par Barbara Canepa et Clotilde Vu, et nous avons décidé de faire une nouvelle version illustrée des textes originaux.
Mon travail a été très personnel, je voulais éviter au maximum les clichés, j’ai donc essayé d’oublier tout ce que je pouvais savoir de la petite fille blonde que l’on connaît, et d’imaginer son voyage d’une façon plus intime. J’ai essayé de travailler surtout sur les petits détails, les attitudes, ainsi que sur l’aspect métaphorique de ses rencontres, car chaque dialogue de cette aventure est une véritable énigme. J’ai donc passé beaucoup de temps à analyser les textes avant de réussir à les illustrer. Les personnages quant à eux sont très nombreux et variés, j’ai fais le choix de respecter leur couleur, rouge ou blanc, en fonction de leur rôle sur l’échiquier, et de prendre en contre partie des libertés esthétiques par rapport aux descriptions. Lewis Carroll nous laisse lui-même entendre que les apparences sont souvent trompeuses, j’en ai donc profité!
- Votre trait et votre univers sont reconnaissables au premier coup d’œil, mais quelles sont vos influences ?
Mes influences sont au départ assez classiques, j’aime énormément Jean-Auguste-Dominique Ingres et Jérôme Bosch depuis toute petite. Je regarde énormément de photos anciennes, les portraits classiques victoriens, les photographies post mortem et les autochromes aux couleurs incroyables. Chez les artistes contemporains, je m’intéresse bien sûr surtout aux artistes du courant lowbrow, Mark Ryden, Ray Caesar, Nicoletta Ceccoli, et biensur Trevor Brown qui a signé une très belle préface à mon livre.
- Et comment se déroule le travail sur une illustration (autant pour le livre en particulier qu’en général…) ?
Je travaille uniquement sur ordinateur, pour le moment du moins, avec le programme Painter. Étant autodidacte, j’ai des techniques très personnelles, je ne fais pas de sketchs ou alors très rarement. Je pose donc les grandes masses de couleurs au départ, puis détail après détail (je travaille les images en très grands formats), l’image devient nette. La spécificité je pense, vient du fait que je travaille sans calque, c’est donc une technique et un rendu plus proche de la peinture traditionnelle que du numérique.
- Quelles sont les émotions que vous aimeriez provoquer chez le lecteur avec ce livre ?
Chacun je pense ressentira une émotion qui lui est propre, en fonction de son caractère et de sa sensibilité, là où certaines personnes peuvent voir une image angoissante, effrayante, ou peut être aussi déplaisante, d’autres peuvent y voir de la douceur et du réconfort. Nous sommes tous très différents et les émotions qu’une image nous provoque et aussi conditionnée par notre personnalité et notre vécu, c’est aussi de là que vient la beauté ou la puissance d’un sentiment. Personnellement, la sensation que j’ai le plus ressenti en illustrant ce livre est le vertige, la remise en question du rationnel, et donc l’égarement, les émotions qui en découlent peuvent être aussi déroutantes que passionnantes. Quelle que soit son émotion, l’important pour moi est d’en provoquer une chez le lecteur, qui lui est propre et lui évoque un élément personnel.
- Quels sont vos projets pour le futur ?
A court terme, me mettre à la peinture et travailler sur mon premier artbook « nebulae » pour le label Venusdea, le futur me dira le reste.
Alice, à travers le miroir sur Amazon
Un immense merci à Lostfish pour le temps qu’elle m’a consacré, et sa gentillesse !
Je suis une grande fan de Lostfish depuis bien longtemps, je l’ai découvert étant dans le monde des BJD, de l’illustration et de la photo, beaucoup de personnes parle d’elle. J’adore son univers à la fois colorer et torturer, je pense m’acheter le livre d’ici quelques temps. Par contre il n’y à pas de sujet en réaction à cette article sur Madz ?
J’aime, j’ai quelques illustrations de Lostfish affichées chez moi.
Gwen > vu que l’article est directement publié sur le blog, le sujet de réaction c’est ici ^^
magnifique dessins d’illustrations , on croirait voir alice au pays des merveilles de tim burton pour les couleurs et le genre morbide , superbe , le blog l’est aussi d’ailleurs.