La collection Strawberry, chez Soleil, tu t’en souviens peut-être, c’est un de mes gros coups de cœur. Des bd girly pleines de peps et toujours de qualité. Ce mois-ci, ce sont trois nouveautés qui viennent s’ajouter à la collection. Le tome 2 de Geek & Girly (chronique du tome 1 ici), mais aussi deux nouvelles séries, I Love Tokyo et Comme Ton Ombre. L’occasion d’une triple chronique ! (A découvrir également, l’interview des adorables auteures de Geek&Girly !) En plus, les titres Strawberry sont du genre parfait pour l’été, un petit format souple, qui se glisse dans le sac à main, et pleins de bonus pour prolonger le plaisir.
I Love Tokyo T1
Sans doute la plus ’ado’ des trois bd dont on parle ici, I Love Tokyo n’en est pas moins une jolie surprise, surtout par son graphisme léché et élégant.
Aï est une jeune japonaise aux parents plus que délurés. Pour ses 21 ans ils décident de lui offrir un cadeau étonnant, finalement plus pour eux que pour elle : ils partent vivre à Barcelone ! Mais Aï accepte bien mieux la nouvelle quand elle est admise dans la meilleure école de mode de toute l’Europe. C’est l’occasion d’une nouvelle vie, riche en rebondissements. Dès son premier jour, Aï se fait remarquer par le trio infernal de l’école, des pestes uniquement préoccupées par leur apparence. Mais il y a aussi le beau Hugo, qui semble avoir très envie de faire plus ample connaissance avec la demoiselle…
I Love Tokyo rappelle certains shojos sur la mode, mais se démarque par son très beau dessin. L’histoire reste classique mais séduira les filles qui aiment les comédies romantiques version lycée.
Comme ton Ombre T1
Au scénario de ce titre tout en délicatesse, un nom bien connu des amatrices de bd girly. Patricia Lyfoung, qui cartonne depuis plusieurs années avec sa série La Rose Écarlate. Cette fois-ci elle s’associe à la dessinatrice Manboou pour une série plus adulte qui m’a tout de suite conquise !
Alice se rend au mariage d’une copine quand elle se fait voler son sac. Le voleur est rapidement arrêté, mais si elle ne veut pas être en retard pour la fête, elle n’a pas le temps de porter plainte. Et puis ça n’est pas si grave, après tout elle a retrouvé ses affaires, tout est bien qui finit bien…Enfin c’est-ce qu’elle pense, car cet homme se met à la suivre…Dans le même temps, Alice, qui ne semble pas très à l’aise avec les garçons, fait la connaissance de Yoann, un jeune homme timide et mystérieux. Sans qu’elle puisse s’en empêcher, elle se sent terriblement attirée par ce garçon qui semble cacher en lui un lourd secret…
Comme ton Ombre est une histoire tendre et douce, qui prend son temps. Tout ne se passe pas avec la rapidité louche qu’on trouve parfois dans ce genre d’histoire. C’est la rencontre d’un garçon abîmé par la vie et d’une fille qui a du mal à s’ouvrir aux autres, et comme dans la vraie vie, tout n’est pas rose et facile. Une bd mignonne comme tout, pleine de sensibilité, un vrai coup de cœur !
Comme ton ombre tome 1 sur Amazon
Geek&Girly T2
Aaaaah, celui-ci, difficile d’imaginer à quel point je l’ai attendu ! Après un premier tome aussi pétillant qu’hilarant, j’attendais beaucoup beaucoup de ce deuxième opus, et je n’ai pas été déçue !
Imagine un playboy au tableau de chasse qui s’étend presque à tout le lycée, qui se découvre complètement nul à un simple jeu de drague sur internet. Alors il décide de s’entraîner sur une cible un peu différente de ce dont il a l’habitude : l’intello de la classe, Mathilde. Mais la drague sans conséquence, est-ce que ça existe vraiment ? Surtout quand deux nouveaux protagonistes entrent dans la danse. Dans la vie réelle : Estelle, la sublime meilleure amie de Mathilde, et côté virtuel, le mystérieux Pluton06…
Geek&Girly est sans conteste une des meilleures séries du moment, les talentueuses Rutile (au scénario) et Néphyla (au dessin) s’approprie les codes du shojo, et du teenage movie et les mixent avec tout ce qu’elles aiment : du jeu vidéo old school à Star Wars en passant par les magical girls. Geek et girly on a dit. Ce mélange pourrait vite être indigeste, mais les demoiselles savent doser à la perfection humour et moments plus sérieux (enfin soyons claires, on est surtout là pour rigoler). Ce qu’il y a de génial c’est que des références qu’on découvrent au détour d’une bulle, aux jeux de cases bien loin du simple quadrillage, on voit à quel point les filles se font plaisir en écrivant cette série. Alors forcément on se fait plaisir aussi. Et les filles, un message personnel : depuis la scène des lunettes, je vous voue un véritable culte
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Cette nouvelle série aux éditions Kurokawa est en fait l’adaptation manga d’un jeu vidéo. L’histoire d’un avocat talentueux, mais qui ne paye pas de mine et de son assistante. Que ce soit au tribunal, ou sur le terrain, le duo va devoir résoudre plus d’une affaire, parfois classique, mais parfois également teintée de paranormal…
J’ai un peu pensé à la série Neuro en lisant Phoenix Wright, même si ici un côté plus sérieux et légal vient se greffer aux enquêtes. Il n’en reste pas moins que Phoenix Wright est une série drôle et efficace. Un graphisme réussi et dynamique, des personnages hauts en couleurs, ce titre séduira sans aucun doute les fans de manga de style ‘policier’, teinté d’un peu d’étrange (dans le genre de Neuro, donc).
Phoenix wright : ace attorney, Tome 1 sur Amazon
J’en profite à l’occasion pour faire un petit point sur les autres sorties manga de cet éditeur, pour ce mois de juillet :
- Soul eater, Tome 10, excellent shonen dont j’avais déjà eu l’occasion de te parler
- Life, Tome 13, l’histoire d’une jeune fille souffrant de maltraitance au lycée
- Ken-Ichi, Tome 16
- et bien sûr Yotsuba& T9, dont je t’ai déjà parlé
Ankama a cette capacité à m’étonner sans arrêt qui m’épate. Le premier tome de Silences ne déroge pas à cette règle, et l’éditeur me bluffe une fois de plus.
C’est l’histoire d’un homme dont la fille a disparue 3 ans plus tôt. Depuis ce jour, il est devenu muet. Un matin, il reçoit un lapin en peluche. Quelqu’un veut lui parler, par l’intermédiaire de ce jouet. Quelqu’un qui aurait des informations sur la disparition de sa puce. Mais les informations ça n’est pas gratuit, et si Norman Voltaire veut des réponses, il va falloir qu’il obéisse au lapin…
Ce premier tome, sombre et brutal, surprend autant qu’il accroche. Le style graphique, étonnant, travaillé d’après photos, donne un côté très cinématographique, et en même temps glacial, à l’atmosphère de cette bd. Silences est un excellent polar mais aussi un hommage à l’art urbain. Certaines cases évoquent les pochoirs qui surprennent l‘œil au détour d‘une rue.
Fort, autant par son scénario que graphiquement, ce premier tome de Silences surprend, et nous plonge dans un univers réaliste et en même temps barré, qu’on adore dès les premières pages…
Yotsuba&, je t’en parlais à l’occasion de la sortie du tome 8, et je ne peux que recommencer pour le tome 9. Ne serait-ce que parce que l’attente entre chaque tome permet de savourer la nouveauté comme un délicieux bonbon. Et puis Yotsuba& c’est un des meilleurs mangas qui existent, alors pourquoi bouder son plaisir ?
Yotsuba est une petite fille aux cheveux verts, dont le quotidien est rythmé par sa curiosité insatiable et sa capacité à s’émerveiller d’un rien. Elle vit seule avec son père, mais va régulièrement squatter chez les voisines, qui prennent toujours un moment pour s’occuper d’elle.
Dans ce tome il est question de ballon de fitness et de café, de Carotide, l’ours en peluche, de Fiat 500 et de Montgolfière. Il y a aussi des gâteaux surpuissants et de la viande grillée.
Yotsuba& c’est de la poésie du quotidien, absolument délicieuse. Même si ça n’a rien à voir, ce manga m’évoque la délicatesse de Miyazaki. Parce que cette petite demoiselle te rappelle à chaque instant que la vie est belle, qu’une peluche ça se choisit à sa capacité à faire des bons câlins, et qu’il ne faut pas oublier de dire merci des fois. Ce manga c’est comme une dose de sourire qui s’insinue en toi au fil des pages, pour ne plus te quitter. Un bonheur à lire et à relire, inlassablement.
Courage Nako! est le nouvel adorable manga de l’auteure de Lovely Complex, shojo déjanté que je compte parmi mes mangas préférés. Cette nouvelle série est terminée au Japon, en trois tomes. Le premier vient de sortir, et je n’ai clairement pas été déçue.
Nako est une jeune fille pleine de joie de vivre, qui se laisse souvent déborder par sa spontanéité. Son dernier coup d’éclat, c’est son apparition dans un mariage, où le futur marié s’est enfui avec elle…pour rejoindre la grande sœur de Nako, celle qu’il aimait réellement…Oui mais voilà, le jeune homme est issu d’une famille très riche, et ce mariage était un arrangement entre deux familles, qui devait se conclure par une fusion entre leurs deux entreprises. Nako va donc sans le savoir, entraîner la ruine de la famille Hayami. Et en compensation, elle va devoir accueillir et supporter sous son toit Konatsu, le petit frère d’Haruki (l’ex futur marié) (oui je sais j’explique mal), qu’elle connaît très bien puisqu’il est dans sa classe, et que l’ambiance entre eux est plus que tendue. Mais Nako garde encore et toujours le sourire, après tout Konatsu n’est peut-être pas si méchant…
Courage Nako!, c’est du shojo (équivalent de la comédie romantique en manga) à l’état pur, mais le talent d’Aya Nakahara fait la différence. Son dessin est toujours aussi joli et plein d’énergie, et ses personnages sont barrés juste ce qu’il faut. Bien sûr, Courage Nako! Est loin d’être le titre le plus original de l’année, mais les fans du genre y trouveront vraiment leur compte (et puis c’est une série courte, au risque de me répéter, les séries courtes, c’est le bien !).
Martha Washington, c’est d’abord la rencontre de deux grands noms du comics : Frank Miller, le scénariste, auteur de Sin City, 300, Batman Dark Knight, entre autres, et Dave Gibbons, le dessinateur, que l’on connaît surtout pour Watchmen, récemment adapté au cinéma. Ce titre aurait pu ne jamais voir le jour, car au bout de quelques chapitres, Dave Gibbons avait perdu foi en ce projet un peu dingue. Mais quelques discussions plus tard, Frank Miller livrait une nouvelle mouture de leur Martha Washington, série en 3 tomes, récompensée à l’époque de sa sortie par un Eisner Award.
Dans un monde parallèle, les Etats-Unis sont en pleine guerre civile. Au pouvoir, un président dictateur, et autour, un chirurgien taré, une milice de néo-nazis gays, la multinationale des hamburgers, ou encore une ligue féministe. Martha Washington est une gamine qui a grandi dans une sorte de prison où l’on parque les pauvres. Condamnée dès le début de son histoire à finir prostituée, ou junkie (voir les deux), ce n’est finalement que grâce à elle-même qu’elle va s’offrir un destin bien différent. Adolescente, elle s’enrôle dans la PAX, armée régulière sous les ordres du gouvernement, et va dès le début briller par ses faits d’armes. Mais il y a toujours un supérieur hiérarchique que l’on dérange, et il est bien difficile pour une jeune femme sexy et black de gravir les échelons dans ce monde finalement pas si différent du notre. Pourtant Martha garde la tête haute, fidèle à ses valeurs, et ira beaucoup plus loin que l’on ne pouvait l’imaginer…
Ce qu’il y a de génial avec ce scénario (forcément il est signé Frank Miller), c’est qu’il mêle avec un naturel désarmant des éléments complètements absurdes à un univers de science fiction hyper réaliste. Les auteurs se font plaisir, et nous aussi. Dans ce premier tome, on suit Martha, et on prend très vite conscience de sa force mentale hors du commun. Le monde de cette série a beau être créé de toutes pièces, les êtres humains qui l’habitent nous ressemblent étrangement, et Martha Washington se révèle une vision sans concession des dangers du pouvoir laissé à seulement quelques hommes. Le dessin, un peu old school aujourd’hui, donne pourtant un caractère brut et sans fioriture à cette histoire parfois très violente. Incroyablement intelligente, en même temps décalée et réaliste, cette série séduira sans aucun doute les amatrices de comics et de science fiction.
Je ne t’ai jamais aimé est la réédition d’une bd de Chester Brown, épuisée depuis longtemps. Cet auteur, né à Montréal, fait partie du monde de la bande dessinée indépendante anglo-saxonne, et est pote avec des mecs comme Joe Matt par exemple.
Ce titre est autobiographique, il retrace l’adolescence de Chester, et surtout ses relations avec les filles. De sa petite voisine, amoureuse de lui depuis qu’ils sont gamins, à celle pour qui il craque, en passant par sa mère, qui souffre de troubles mentaux. Et puis il y a aussi son petit frère, toujours un peu plus sage que lui, et les mecs du lycée, pour qui c’est devenu une sorte de running gag d’essayer de faire jurer Chester, qui ne dit jamais de gros mots. Ce n’est pas, comme on pourrait s’y attendre avec ce genre de sujet, l’histoire d’un loser en mal d’amour, Chester ayant pas mal de succès. C’et simplement le quotidien d’un garçon maladroit et timide, qui apprend petit à petit la complexité des sentiments.
Sobre et épuré, Je ne t’ai jamais aimé ne sombre jamais dans le larmoyant ou le graveleux. Ce sont simplement des scénettes de vie qui ont marqué Chester, des évènements, des jeux d’enfants, des discussions, qui ont participé à faire de lui ce qu’il est aujourd’hui.
Mezzo et Pirus ont beaucoup fait parlé d’eux ces dernières années avec la série Le Roi des Mouches. L’occasion pour l’éditeur Drugstore de ressortir une de leurs anciennes séries, les Désarmés. Parue précédemment en deux tomes (en 1992 et 1993), c’est aujourd’hui une édition définitive, en un seul tome, qui parait. Entièrement retravaillé par les auteurs et la coloriste Ruby, les Désarmés s’offre un texte un peu remanié, de nouvelles couleurs, un nouveau lettrage, et des retouches de dessin. C’est au final une très belle édition, et l’occasion de découvrir ou redécouvrir l’univers de ces auteurs barrés et sombres, au talent indiscutable.
Jack Farell rentre à la maison. Ce texan revient dans sa bonne vieille ville de Crystal après être parti faire fortune dans le Nord. Oui mais ça n’a pas marché du tout, et il se retrouve là sans un sou en poche. Rentrer à la maison comme un loser n’est même pas envisageable, alors il décide de braquer une banque (un moyen somme toute rapide et raisonnable de renflouer son compte en banque). Mais je te l’ai dit, Jack Farell est un peu un loser, et ce n’est pas sa délicieuse maman qui va l’aider là-dessus. Sans compter les méchants du coin, une bande de mafieux en pleine guerre interne, depuis que le boss s’est fait retourner le cerveau par une belle gueule sortie d’on ne sait où, ni le shériff de Crystal, plus pourri que tous les flics pourris que tu as pu rencontrer dans les films Hollywoodien. Non vraiment, le retour au pays de Jack Farell ne va pas se faire comme il l’avait imaginé. Tous ces personnages détestables et un peu cons vont se retrouver dépassés par les évènements, et nous offrir un road movie complètement barré, avec des flingues, du whisky, du sang et des dollars. Et des mustangs aussi.
Ces Désarmés pourraient sans conteste passer pour du pur Made In USA. Tout y est, et on retrouve l’ambiance sombre et déglingué des meilleurs polars du genre. Humours noirs, fusillades et personnages haut en couleur sont au programme de cette bd au graphisme dérangeant mais incroyablement à propos. On n’aime personne parmi la galerie des héros de Mezzo et Pirus, pas même ce pauvre Jack, débarqué à Crystal des rêves pleins la tête, mais qui semble condamné dès le départ. Mais c’est-ce qui fait le charme des Désarmés, des personnages qu’on adore détester, une histoire de loser comme on les aime, et tout le charme du Texas.
Appartement 44, nouveauté du catalogue Ankama, est un manga français. L’histoire d’une collocation pas comme les autres.
C’est l’histoire de 4 jeunes qui deviennent, au début d’Appartement 44, colocataires. Deux garçons, deux filles, et deux chats. Il y a le bourreau des cœurs et le jeune littéraire un peu timide, la bimbo et l’artiste torturée. Ce n’est pas forcément évident de se supporter quand on ne se connaît pas, et puis il y a tous ces petits évènements un peu étranges qui rythment la vie de cette coloc, sans jamais trouver d’explications…
La vraie force d’Appartement 44, au-delà de l’histoire et d’un graphisme vraiment sympa, c’est son interactivité. En effet, dès le début du manga, le ton est donné, ce n’est pas juste une histoire de collocation : l’un d’entre eux est un alien. Oui mais qui ? Et c’est là qu’Ankama nous pousse vraiment à jouer le jeu, avec un site internet dédié pour y mener l’enquête et un concours avec pleins de cadeaux à la clé. Je suis toujours friande de ce genre de chose, quand l’histoire dépasse son support principal, donnant d’une certaine manière vie à ses personnages. Pour l’histoire, comme dans beaucoup de manga, ce premier tome est celui de la mise en place, et est l’occasion de faire connaissance avec les différents héros de cette coloc mêlant quotidien parisien et science fiction. Et de commencer à mener l’enquête, qui est donc l’extraterrestre ?