Et bien, et bien, ça fait longtemps que je n’avais pas eu un coup de cœur aussi grand pour une bd ! Bien sûr j’aime pleins de choses, mais là je suis ressortie de ce titre le sourire aux lèvres =)
Pourtant lui et moi ça n’avait pas bien commencé…
L’histoire ? C’est celle de Camille, une jeune femme pas bien maligne, mais très gentille. Elle vit seule avec son père, conducteur de train. Et le soir où elle accouche, il n’est pas là, mais le médecin a une bien triste nouvelle à lui annoncer. La petite fille à qui Camille a donné naissance n’a pas survécu. Le malheur semble avoir résidence dans cette maison-là, parce que déjà la maman de Camille était morte en couche…La jeune femme est inconsolable, et tous les habitants de sa rue font ce qu’ils peuvent pour lui remonter le moral. Et quand, quelques mois plus tard, elle arrive, tout sourire, pour leur annoncer que les anges lui ont ramené sa petite Lydie, personne n’ose la ramener à la raison. Et puis la Camille elle n’a jamais sourit comme ça alors, un peu de comédie, ça n’est pas bien méchant…Mais ça peut aller jusqu’où, un mensonge pareil ?
Et pourquoi alors, ça n’avait pas bien commencé ? Parce que rien qu’au résumé, j’en avais des frissons. Et je me suis dit que c’était inutile de me miner le moral toute une soirée exprès…Mais pendant des jours, et des jours, on s’est regardé, Lydie et moi. Une petite voix me disait que j’allais adorer…(toujours, toujours écouter sa petite voix).
Alors voilà, je l’ai ouvert, et je suis rentré dans l’une des plus jolies bd qu’il m’ait été donné de lire. On pensera sans nulle doute à l’atmosphère de la géniale série ‘Magasin Général’, pour l’ambiance, mais aussi par la narration (ici orchestrée par la statue de Sainte Vierge qui surplombe la rue où l’histoire se déroule). Mais Lydie c’est encore plus que ça (oui j’ose le dire, et pourtant j’adore Magasin Général). Il y a tant de pudeur, d’humour, de sourire, de respect et d’amour dans cette petite bd, qu’on en ressort tout retourné, oui, mais avec le sourire. Zidrou et Jordi Lafebre, ils l’aiment, leur petite Camille, et, comme tous les habitants de l’Impasse du Bébé à Moustache, ils veulent la voir sourire. Jamais on ne tombe dans la facilité, ni dans la guimauve…
Je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé au La Vie Est Belle, de Capra (pas celui de Benigni, qui est tout aussi génial, mais celui de Capra c’est le film préféré du monde de ma maman). J’ai pensé à tous ces moments de la vie, où un simple rayon de soleil, une odeur familière ou un câlin, nous redonne le sourire. Lydie c’est comme un gros câlin, c’est délicieux, et j’ai vraiment adoré…
Tu connais peut-être déjà mon amour immodéré pour Urasawa, le mangaka auteur de Monster, XXth Century Boys et Pluto. Quand j’ai vu arriver Happy !, je n’ai pas trop su quoi penser. Parce que pour moi Urasawa est le maitre du thriller, et j’avais du mal à l’imaginer dans la catégorie ‘manga sportif’ Et puis bon soyons honnète, le tennis ce n’est pas ma tasse de thé…Et pourtant j’ai adoré Happy !
C’est l’histoire d’une ado de 17 ans dont les parents sont décédés. Son grand frère est complètement irresponsable, et finit par la laisser s’occuper seule de ses trois petits frères et sœurs, et se débrouiller avec les dettes qu’il a contracté. Oui mais voilà, il n’y a pas beaucoup de moyens légaux de trouver beaucoup d’argent en peu de temps pour une mineure (pour n’importe qui d’ailleurs), et les hommes véreux qui la harcèlent pour récupérer leurs sous la verrait bien finir dans un bordel, pour régler cette histoire. Mais Miyuki Umino a une idée un peu folle. C’est décidé, pour avoir cet argent, elle va devenir joueuse professionnelle de tennis ! Un doux rêve ? pas forcément…
Encore plus que l’histoire très prenante, c’est l’humour débordant d’Urasawa (on ne le connaissait pas comme ça, bien sûr tous ces mangas recèlent un peu d’humour, mais là il pousse beaucoup plus loin) et les personnages attachants qui font le charme de ce manga. On apprécie tout de suite la petite famille qui se débrouille comme elle peut, et tous les autres personnages sont hauts en couleurs ! Des truands véreux à la haute bourgeoisie japonaise qui se retrouve sur les terrains de tennis, personne n’est oublié et Urasawa écorche toutes les classes avec la même délectation (les semis yakuzas sont plutôt craignos, les vieilles dames riches carrément insupportables, etc). C’est drôle, bien écrit, et captivant. Du Urasawa quoi
Cette bd est un objet étrange. Ou plus exactement a un étrange objet. C’est en fait l’histoire vraie de la (trop courte) vie de Robert Pershing Wadlow. A sa mort, à 22 ans, encore en pleine croissance, il mesurait 2 mètres 72. Il reste encore aujourd’hui l’homme le plus grand du monde.
C’est d’abord l’une des pointures du scénario bd que l’on voit s’annoncer sur la couverture. Christophe Bec. Soit dit en passant quand vous voyez Christophe Bec sur la couverture d’une bd, vous pouvez l’acheter les yeux fermé c’est toujours excellent. Je vous conseille surtout Prométhée (même si c’est tellement dense que ça donne mal à la tête) et Carthago (surtout si, comme moi, vous adorez l’évolution animale, et vous fantasmez sur les dinosaures qui auraient pu survivre jusqu’à notre époque). Bref, Christophe Bec, depuis qu’il a rencontré l’histoire de Robert Pershing Wadlow, n’a eu de cesse de vouloir lui rendre hommage, sans trop savoir comment s’y prendre (le jeune homme n’a rien fait d’absolument extraordinaire dans sa vie, il aspirait même plutôt à un quotidien tranquille).
Aujourd’hui c’est cependant chose faite, et Bec a repris la vie de cet homme pas comme les autres, qui méritait bien ces quelques pages. Tout en pudeur et plein d’affection, le scénariste a mêlé ce que l’on sait de la vie de Robert, et quelques épisodes de fiction, pour combler les manques. J’ai eu un vrai coup de coeur pour cette bd en un tome, qui nous ouvre comme une petite parenthèse pleine de respect pour celui que beaucoup voyaient comme un simple monstre de foire, mais qui était incroyablement humain. Amatrices de biographies insolites, Wadlow est fait pour vous
Attention, cette bd risque de devenir une grande saga ! Cette nouvelle série de Boiscommun m’a beaucoup plu, et je vais donc t’en parler un peu plus.
C’est l’histoire d’une ville, dans un monde un peu futuriste. C’est en fait une grande ville, cerclée d’immenses murailles. Personne n’en sort jamais. A l’intérieur, les hommes et les femmes sont séparés, mais ils vivent tous sous la surveillance d’un pouvoir mystérieux, qui les empêche de rester à l’extérieur la nuit, entre autres actes. Dans cette cité, il existe une histoire, une légende même. Sur un homme, un sauveur, qui viendra tous les libérer. Mais pour l’instant chacun se contente de vivre sa petite vie sans trop se faire remarquer.
Dans ce premier tome, on suit le quotidien d’un jeune homme dont les petites rebellions sont de cacher un petit furet domestique dans sa manche, et d’observer une jeune femme, de l’autre côté de la cité, chaque soir, avant la tombée du jour. On suit également cette jeune femme. Et dans le même temps on fait la rencontre des hauts gradés du pouvoir en place, ainsi que de certains membres de la résistance qui tentent à sa façon de lutter contre cette puissance qui empêche les hommes d’être libres.
Boiscommun livre, avec ce très beau Cité de l’Arche, une bd tout simplement excellente. Le dessin est très beau, l’univers est dense et bien construit, les personnages sont déjà attachants dès le premier tome, et on rentre tout de suite dans l’atmosphère confinée de cette ville au bord de l’implosion, où chacun essaie cependant de composer pour préserver le confort et les petites libertés qui lui restent. Un vrai coup de cœur
Ce manga, j’ai vraiment failli passer à côté…pour un détail en plus, dans le résumé, je lis que les deux héros ont 12 ans, je le repose en me disant que ça va être gnangnan comme tout…Et puis finalement je me suis laissée tenter, à mon plus grand plaisir !
Parce qu’A Fleur de Peau réussit à être en même temps sérieux, nostalgique et profond, sans pour autant rendre ces ‘enfants’ (parce qu’à 12 ans on n’est pas encore bien grand, quand même), trop adultes, ce qui auraient pu rendre l’histoire invraisemblable…
Natsume a 12 ans, et malgré son âge, c’est déjà une mannequin qui commence à avoir du succès. Mais quand ses parents décident de partir reprendre la pension de famille, très loin de la capitale, elle n’a d’autre choix que de les suivre, et de se réhabituer à la vie ‘banale’ d’une fillette de 12 ans. Mais malgré elle, et ce depuis bien avant le mannequinat, quelque chose l’éloigne des autres. Une sorte de vide, de nostalgie, de recul par rapport au monde qui l’entoure. Elle parvient cependant à se faire quelques copines dans sa nouvelle école.
Et puis voilà qu’elle rencontre un garçon de son âge, Kôichiro, et elle croit voir en lui cette même différence…Un peu malgré elle, elle n’aura dès lord de cesse de se rapprocher de lui.
Tendre et dur parfois, A Fleur de Peau parle de l’adolescence, de ce besoin qu’on ressent tous de s’affirmer. De la difficulté à être soit-même en même temps. L’amitié, l’amour, la famille. George Asakura parvient à tisser une histoire toute en sensibilité, qui dépeint le quotidien de cette petite ado un peu perdue, et restitue en même temps l’atmosphère d’un petit village tranquille et sans histoire. A découvrir.
Ce livre est un livre étrange..Ce n’est pas une bd, ce n’est pas un roman. Je dirais que c’est un recueil de nouvelles illustrées, mais des illustrations pleines pages qui ne forment plus qu’un avec le texte.
Jactance, au texte, aborde des thèmes de toute sorte. La famille, le couple, le rapport au corps, l’enfance. Parfois c’est plein d’humour, parfois c’est dérangeant. A l’illustration, on découvre Robi Pena, dont tu pourras voir le travail ici pour te donner une idée.
Difficile en fait de ‘raconter’ ce livre, même si j’en ai beaucoup apprécié la lecture. Certains textes m’ont vraiment captivés, et plusieurs des illustrations sont carrément sublimes…
Je vous invite donc à aller découvrir cet étrange objet en le feuilletant chez votre libraire, pour vous faire une idée
La première chose qui séduit dans cette nouveauté de chez Soleil, c’est son dessin léché et plein de personnalité. Ensuite, dès les premières pages, on plonge dans l’univers de cet série qui fait penser notamment à Sherlock Holmes, ou à Adèle Blanc-Sec (la célèbre bd de Tardi tout bientôt au cinéma, adaptée par Besson, et dont l’univers a inspiré bien des réalisateurs, ne citons que Jeunet -certaines scènes d’Un Long Dimanche de Fiançaille notamment-).
Ici, il est question d’un enquêteur chargé de résoudre le meurtre étrange d’une célèbre médium. En fait, on n’a trouvé chez elle que ses globes oculaires, et beaucoup de sang. Mais voilà que sa ‘stagiaire’ Flora Vernet, qu’il a accepté de former pour faire plaisir à un ami, aimerait bien elle-aussi aller sur le terrain. Une femme, sur le terrain. Non parce que la demoiselle a beau être diplômée de Polytechnique, son nouveau professeur est persuadé qu’elle va bientôt revenir à sa place, et calmer la fougue de sa jeunesse.
Pourtant, il va vite apprendre à ses dépends que dès qu’il aura le dos tourné, la demoiselle s’improvisera enquêtrice de choc…Ce qu’il ignore cependant, c’est que la petite Flora va lui être d’une grande aide dans cette enquête encore plus mystérieuse qu’elle n’en a l’air…
J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette nouvelle série, qui devrait se conclure en deux tomes. Comme je l’ai dit plus haut, le dessin est superbe (la mise en couleur également), mais le scénario est lui aussi excellent. Plein d’humour et de rebondissement, les auteurs ont su créer un univers crédible, teinté pourtant de fantastique. Une vraie jolie découverte à suivre de près !
Lord of burger est une petite nouveauté, tout juste parue chez Glénat, et qui réunit au casting : Arleston, Alwett, Barbucci, Balak et Zimra. Bon, les deux derniers ne te disent sans doute rien (mais ils ont le talent pour te faire changer d’avis), par contre les premiers devraient parler aux bédéphiles parce que : – Arleston c’est l’un des scénaristes star de la bd actuelle (avec à son actif des séries comme les Naufragés d’Ythaq, les Forêts d’Opale…mais aussi Lanfeust ou Trolls de Troy), – Alwett, c’est l’adorable scénariste et directrice des collections Blackberry et Strawberry dont on t’a déjà parlé par ici, et – Barbucci, c’est l’un des deux génies à l’œuvre sur SkyDoll. Bref, tout ce beau monde s’est associé pour créer cette nouvelle série, et c’est clairement une réussite ! Arleston et Alwett sont au scénario (comme ils l’étaient, en duo, sur la série SinBad), Alessandro Barbucci est directeur artistique, et Balak et Zimra sont au dessin (oui ça fait du monde !). Maintenant que j’ai fait les présentations, passons à l’histoire !
S’improviser chef
Arthur et Ambre sont les enfants d’un grand cuisinier (3 étoiles au Guide Michelin). Lui travaille dans un fast food, elle, est restée au côté de son père, mais s’est spécialisée dans la sculpture sur glace, et n’accepte que d’aider en salle, dégoutée par l’éducation trop rigoureuse de son père en matière de cuisine. Mais voilà qu’un terrible accident va les contraindre à reprendre le Clos des Épices, le restaurant de leur père…Pas si évident quand on n’y connait pas grand chose, en matière de gestion d’un lieu comme celui-là, et qu’en plus toute l’équipe se fait la malle…C’est le début du quotidien déjanté de ces frère et sœur qui vont devoir tout apprendre sur le tas s’ils veulent s’en sortir.
Bienvenue dans les coulisses de la grande gastronomie
Format poche, dessin pétillant et parfois kawaïï, et rythme endiablé, Lord of Burger mêle le genre de la bd classique à l’univers du manga (et l’on pense notamment à l’excellente série les Gouttes de Dieu, où le héros, fils d’un grand œnologue, va devoir tout apprendre de l’univers du vin; le récit étant fait de manière à ce que le lecteur se cultive en même temps que le personnage). Ici, les auteurs s’attaquent à la gastronomie française, et nous font découvrir ce monde avec un œil neuf. Très instructif, car très bien documenté, sans jamais être ennuyeux, on se retrouve en immersion totale dans cet univers à part. Et on apprend pleins de choses. Dans le même temps, l’histoire est excellente, le dessin très agréable, et l’humour est partout présent. Une vraie bonne surprise que ce Lord of Burger !


La Alice de Benjamin Lacombe

