Dans le comics, il y a ceux qui reprennent des super-héros déjà existants pour leur faire vivre de nouvelles aventures, et puis ceux qui tentent d’en créer un nouveau (peu de ceux-là restent dans les annales, le lecteur de comics ne va pas abandonner si facilement Spiderman ou Thor…). Et puis, il y a des grands malades, comme J. Michael Straczynski (également créateur de la série Babylon 5) qui, plutôt que d’en créer un…décident d’en créer 113. Bien sûr, ils ne sont pas tous aussi développés, n’empêche que ces cent treize-là n’existaient pas ailleurs que dans son esprit avant la première page de ce génialissime Rising Stars.
1969, une boule de feu traverse le ciel d’une petite ville américaine. On n’en saura pas beaucoup plus sur ce phénomène, mais ces conséquences ont toute leur importance. Car tous les enfants dans le ventre de leur mère à ce moment-là vont développer des pouvoirs. Parfois complètement inutiles, d’autre fois incroyables. Le gouvernement américain, face à tout ça, prend rapidement les choses en main, en essayant de ne pas provoquer de crise ou de panique. Tous les enfants en questions sont rassemblés, étudiés, et dans le même temps on leur apprend à découvrir et à développer leurs capacités.
C’est sur un évènement dramatique, bien des années plus tard, que tout commence. Un meurtre. Plus exactement le second meurtre, et en très peu de temps, d’un des ‘spéciaux’. Les deux victimes sont inconnus du public, et pour cause, leurs pouvoirs sont assez inutiles. Mais l’un d’eux était invulnérable (ce qui en soit parait cool, sauf qu’être invulnérable sans être puissant n’a pas grand intérêt), et l’on peut se demander comment le tueur a trouvé le moyen de lui régler son compte.
Et il n’y a qu’une seule explication. Le tueur connait ses victimes, leurs pouvoirs mais aussi leurs failles. C’est l’un d’eux, un des spéciaux, qui a décidé de faire le ménage parmi leurs rangs. Alors Poète, l’un des plus solitaires et des plus taciturnes de la bande, part à sa poursuite, sans vraiment savoir, pour l’instant, qui de ses cent dix camarades restant a bien pu péter les plombs…
Rising Stars est donc un projet à moitié fou. Celui de créer une histoire incroyablement dense, au sein d’un univers créé de toute pièce, avec un nombre impressionnant de personnages, qu’ils soient importants pour l’intrigue, ou bien seulement secondaire.
C’est comme un Cluedo à grande échelle, où le tueur, caché parmi ses victimes, frappe sans qu’on puisse savoir à l’avance où il le fera, et de manière chaque fois différente.
Et plus encore que le ‘Qui ?’ la question qui hante Poète, c’est ‘Pourquoi ?’. Il va le savoir bien assez tôt, et comprendre que cette vague de crimes va avoir des conséquences inimaginables, que ce soit pour ses congénères, ou pour le reste de l’humanité…
Rising Stars était déjà paru en France il y a une dizaine d’année (ce qui m’a surpris d’ailleurs, car la série n’a pas pris une ride), mais ne s’était jamais terminée, l’éditeur en question (Semic) ayant coulé. Delcourt reprend donc le flambeau et publiera, en trois tomes, l’histoire complète.
Et c’est une très bonne nouvelle car ce comics est vraiment excellent. Que ce soit son scénario hyper prenant, ses personnages géniaux, le dessin vraiment très bon, et même les couleurs, Rising Stars est une petite tuerie. Tantôt drôle ou dramatique, on s’en prend pleins les yeux. L’avalanches de spéciaux pourrait vite tourner indigeste mais il n’en est rien, J. Michael Straczynski réussit le pari fou de rendre ses 113 héros accessibles. Au moins une vingtaine d’entre eux ont une histoire, des pouvoirs et un caractère bien développés, et l’on plonge avec délectation dans cette enquète hors-norme.
A lire absolument si vous aimez les comics, impossible que vous en ressortiez déçu.
Bon, Fab l’a déjà chroniqué sur Mad’, mais je ne résiste pas à la tentation de m’y coller aussi…
Ouvrir les yeux. Se demander un peu ce qu’on fait là. Prendre conscience que non seulement on n’en sait rien, mais qu’à propos de soi, on ne sait pas grand chose d’autre non plus. C’est ainsi que commence la Page Blanche. Une fille, sur un banc, qui ne sait plus qui elle est.
En essayant de ne pas s’affoler, elle va essayer, petit à petit, de récolter des petits bouts de sa vie jusqu’à aujourd’hui, pour essayer de se souvenir, ou au moins de comprendre qui elle pouvait être, avant. Cette fille qui est elle, et en même temps une totale étrangère.
Le scénario est de Boulet, le dessin de Pénélope Bagieu, autant dire un duo de choc. Boulet a imaginé cette histoire à partir d’une amnésie qui n’existe pas médicalement parlant. L’héroïne se souvient de tout, sauf d’elle-même. L’histoire essaie donc de répondre à cette question, tout en se demandant ce qui nous définit, nous raconte. Nos goûts, notre mode de vie, nos souvenirs ? Le tout servi par le dessin frais et pétillant de Pénélope Bagieu, qui donne toute sa personnalité à l’héroïne.
Le résultat donc, se lit avec plaisir, si bien qu’on en voudrait encore. C’est rigolo, léger, et en même temps on se s’interroge sur ce qui fait de nous ce que nous sommes vraiment.
Un joli one-shot, qui ravira sans conteste les fans des deux auteurs. (et pour ajouter mon petit avis au débat, moi j’ai bien aimé la fin).
Deux suites de séries coups de cœur sont parues tout récemment. Petite piqure de rappel donc, avec un lien vers leurs chroniques en cliquant sur le titre.
D’abord le deuxième tome de 3 Souhaits, une série bourrée d’action au pays des Mille et Une Nuits. Au programme, encore plus d’actions, des révélations et toujours ce superbe dessin qui en met plein la vue.
3 Souhaits, Tome 2 : La cité aux mille colonnes sur Amazon, avec quelqes pages en lecture
Et puis, l’une des grosses claques de la fin 2011 pour moi, Gyakushu. Cette série, qui sera en trois tomes, est en même temps sombre et lumineuse, violente et poétique. Un roman graphique où s’entremêlent des sentiments très fort et des scènes de bastons mémorables. Le tout dans un univers dense et passionnant. Où comment le Roi des Voleurs a qui on a tout pris, revient pour se venger. On nous prévient dès le début que ça ne finira pas bien, et effectivement, ce deuxième tome n’est pas riche en bonnes nouvelles non plus, n’empêche que c’est beau, prenant, et qu’on en ressort un peu abasourdie.
J’ai pris Le Jeu vidéo entre mes mains avec le regard suspicieux de celle qui parfois n’arrive pas du tout à rentrer dans l’univers de Bastien Vivès, mais qui, d’autres fois, en ressort complètement bouleversée (comme avec Polina).
Ce titre est le premier d’une série de compilations de son blog, par thèmes, avec des inédits. Et ce premier tome est donc consacré aux jeux vidéos, à ses joueurs surtout.
Et il faut bien le dire, c’est un énorme coup de cœur (je ne lis pas, à tort sans doute, le blog de Bastien Vivès, cette lecture était donc pour moi totalement inédite).
Le dessin d’abord, est celui que l’on retrouve sur le blog. Très simple, à la manière d’esquisses, mais qui fait mouche à chaque case. Les filles sont belles en quelques traits (Bastien Vivès sait décidément dessiner les filles comme personne), et chaque personnage n’a besoin de rien de plus pour avoir de la personnalité. Et puis surtout c’est drôle, vraiment drôle. Enfin j’imagine qu’il faut aimer les jeux vidéo, mais je me suis surprise plus d’une fois à glousser sans pouvoir m’arrêter, tellement c’est exactement ça.
Bastien Vivès sait, en quelques bulles, raconter l’absurde, les contradictions des joueurs, sans jamais les tourner en ridicule. On y retrouvera forcément un peu de nous, de nos frangins, de nos amoureux, ou de toute personne de notre entourage capable de passer un weekend entier dans le noir à jouer à WOW ou Counter Strike.
Pour résumer, cette petite compil (format manga) est aussi bien qu’un paquet de Dragibus, à lire et à relire sans modération, en attendant les prochains titres (sont déjà prévus : la Famille, l’Amour, et la Blogosphère, ça promet).
Attention d’abord, âmes sensibles s’abstenir. Minus est trash, glauque, et sans concessions.Pas vraiment étonnant de la part de Rica, qui avait déjà marqué les esprits avec E dans l’eau.
Minus est ce genre de mec, comme il y en a des tonnes, qui regarde le reste du monde avec mépris et condescendance. Mais, parce que c’est bien plus confortable, il fait semblant d’être un genre de branleur sympathique, sympa avec ses parents parce que c’est moins fatigant, sociable avec ses collègues, mais pas trop, parce qu’il n’a pas particulièrement envie que ces minables soient ses amis, et avec cet air suffisamment investi pour que personne ne se penche sur la qualité très douteuse de son sérieux au travail.
Au final, on se demande assez vite qui est vraiment le plus minable. Minus est seul, n’a ce job que parce que son père l’a pistonné, et a pour principal hobby de regarder des pornos cheap et glauques sur internet.
Tout ça, c’est jusqu’à ce jour où Minus reçoit, semble-t-il par erreur, une de ses poupées made in Japan, destinée à satisfaire tous les fantasmes. Et avec ‘Tsuki’, il va très vite perdre pied. Et oublier tous ses efforts pour ne jamais faire de vague. Forcément, quand on saute tout ce qui bouge, notamment la totalité de ses collègues de bureau, on peut repasser pour la discrétion. Le branleur sympathique devient une sorte de déchet obsédé par la chose, encore plus pathétique qu’il ne l’était jusque là secrètement. Minus a sans doute touché le fond…mais il y a peut-être de l’espoir, même pour les pires raclures…
Que ce soit au niveau du scénario, ou du dessin, Rica n’aime pas vraiment la guimauve. Le dessin, assez excellent (j’allais dire beau, mais concrètement, ses personnages ne répondent pas vraiment au qualificatif beau), proche du comics underground américain. Ses atmosphères, cette manière de raconter de manière crue et presque viscérale la descente aux enfers de son anti-héros, font mouche. C’est pleins de corps nus, couverts de sueur, qui s’entremêlent, d’insectes et de noirceur. Et pourtant, Minus est lumineux. Je l’ai même refermé en me disant que Minus était mignon, c’est dire si Rica sait faire ce qu’il veut de notre cerveau.
Une nouvelle adaptation, cette fois-ci dans la très belle collection Noctambule. Marc Lizano s’est attaqué à l’ïle aux 30 cercueils, surtout marqué par l’adaptation en feuilleton. Avec pour résultat une bande dessinée surprenante, avec un rythme narratif très original.
Véronique d’Hergemont n’a pas vu son père et son fils depuis quatorze ans, et les pense mort. C’est finalement par un mystérieux jeu de piste qu’elle va enfin les retrouver. Mais ce qui pourrait être la fin de l’histoire n’est en fait que le début. Car ils se trouvent sur l’île de Sarek, que l’on dit sous le coup d’une malédiction, qui semble se mettre en marche le jour de son arrivée…et qu’en est-il de son ex-mari, le cruel Comte Vorski, qu’elle a fui il y a longtemps déjà ?
Le dessin de Marc Lizano, tous comme les couleurs, rendent parfaitement l’ambiance étrange de cette petite île bretonne, mais c’est pas sa construction que L’île aux 30 cercueils marque le plus. Construit comme un feuilleton, publié dans un journal du début du siècle, l’histoire se déroule en chapitres où l’action se déroule à un rythme effréné et qui se terminent à chaque fois par un grand suspens. De plus, la bd se mêle a des pages uniquement faites de textes, extrait du journal en question, ou bien encore lettre de Véronique à son fils, qui relate au jour le jour l’histoire pendant un moment. Cette construction est intéressante car elle change de ce dont on a l’habitude. Peut-être trop, d’ailleurs, car on s’y perd parfois. L’intrigue est complexe, et les changements de style rendant la lecture moins linéaire, il n’est pas évident de tout comprendre en une seule lecture…
Mais cela reste une lecture agréable, et encore une fois une adaptation de qualité, comme toujours chez Noctambule.
Voici le dernier titre de la collection Ex Libris chez Delcourt, consacrée aux adaptations de classiques en bande dessinée. Des adaptations toujours réussies, respectueuses des oeuvres initiales, qui proposent autre chose qu’une vulgaire mise en image du texte. Ce sont des bd à part entière, qui se lisent avec plaisir, que l’on connaisse ou pas le roman dont elles sont tirées, et qui proposent à chaque fois une réécriture de qualité, mais aussi de très beaux dessins.
Carmen, donc, c’est cette ensorcelante gitane qui laisse à ceux qui la croisent un souvenir impérissable. C’est elle qui transforma Don José en brigand, lui qui n’était qu’un obéissant soldat. C’est son histoire à lui, bouleversée par Carmen, qui nous est ici racontée.
Ce Carmen se lit avec grand plaisir. Le dessin et les couleurs sont aussi pétillants que l’est Carmen, tempétueuse et surprenante. On plonge avec délice dans cette histoire, qui se déroule en Andalousie, vers 1830, en suivant le destin d’un jeune homme sans histoire, qui devint un criminel pour les beaux yeux de sa romi…
Éloignées l’une de l’autre, Vertige et Adelia sont irrémédiablement liées par cette bande dessinée. Pourtant tous les séparent. Vertige est une actrice vedette, plongée dans le coma après une trop grande consommation de drogue. Adelia, elle, est une artiste de cirque qui n’aspire qu’à la liberté, abimée par une vie bien trop pourrie.
Comme une course contre la montre, entre la froideur d’une chambre d’hôpital et les mille dangers qui croisent la route de la jeune fugueuse, ces deux destins de femmes, si différents, se croisent et s’emmêlent pour mieux nous surprendre.
Un jeu de puzzle, inventé par la talentueuse Lisa Mandel, au scénario sur ce titre, qui nous piège et nous surprend, dans un exercice réussi.
Il est des destins méconnus et un peu tristes, comme celui du Chanteur sans nom.
Vedette dans les années 30 et 40, ce chanteur de bluettes n’a pourtant laissé quasiment aucune trace aujourd’hui. Pourtant, ami de Piaf et d’Aznavour, il était destiné, lui aussi, à briller longtemps…
La première fois que le scénariste a croisé la route de ce chanteur au nom énigmatique, il a été intrigué…puis le hasard, ou le destin, l’a ramené à son souvenir assez souvent pour qu’il s’y intéresse vraiment.
Dans la bd, il met en scène un jeune homme, qui lors d’un petit boulot dans une maison de retraite, a trouvé une boite pleine de vieux souvenirs, et qui s’est donné pour mission de rendre tous ces objets à l’entourage d’un homme dont il ne connait rien. C’est ainsi que, accompagné du fantôme du Chanteur sans nom, il va découvrir, à travers les histoires que lui raconteront ceux qu’il va rencontrer, un homme que l’on devrait détester, mais qui a laissé dans le coeur de tous un souvenir doux et heureux.
Car Rolland Avellis, de son vrai nom, était un petit escroc égoïste, en plus d’être un chanteur caché derrière son loup. Pourtant, bien plus que cela, ce dont se souviennent ses proches, c’est d’un homme qui savait toujours leur redonner le sourire (il a d’ailleurs longtemps vécu chez Edith Piaf, avec comme mission de la faire rire).
Un destin hors norme, et une biographie pleine de l’amour de ceux qui l’ont connu, qui redonne vie à un homme qui a connu la lumière, avant de retomber dans l’oubli. Le dessin et la mise en couleur rendent, eux, parfaitement l’ambiance de l’époque et l’atmosphère des cabarets.
Le chanteur sans nom sur Amazon (avec quelques pages en lecture)
Seichi et sa femme sont partis en vacances sur une île paradisiaque. Le but de ce père de famille brisé, recoller les morceaux avec celle qui partageait il y a un an encore son bonheur. Mais l’impensable s’est produit, leur fils est mort, et depuis plus rien ne va. Alors ce voyage est un peu celui de la dernière chance…
Ou plutôt d’un nouveau départ, pour Seichi, qui sous ses apparentes bonnes intentions, a élaboré un plan bien différent. Sur cette île pleine de mystère, et d’endroits peu fréquentés, il va tuer sa femme.
Qu’est ce qui a bien pu transformer ce scénariste sans histoire en criminel sans états d’âme ?
Ce manga est un one-shot horrifique, qui ravira les fans de légendes urbaines. Très vite, on passe de la plage ensoleillée à une grotte des plus glauques où l’histoire prend un tour inattendu. Violent et sans concession, Hideout est à réserver à un public averti….autant par son scénario tordu que par son dessin, réaliste et terrifiant.
