L’heure des aurevoirs :)

18 octobre 2013  |  Non classé

C’est avec pas mal d’émotions que je m’apprête à écrire ces mots.

Après presque cinq ans (oui déjà !) à distiller sur Madmoizelle ma passion pour la bd, qu’elle soit franco-belge, américaine ou asiatique, en espérant avoir au passage provoqué chez vous quelques belles découvertes et coups de cœur, il est temps aujourd’hui pour moi de m’engager dans une nouvelle aventure.

C’est désormais sur le site spécialisé bd 9èmeArt, qui a ouvert ses portes il y a quelques jours, que je parlerai de ces titres qui m’ont touchés, émus, captivés. C’est un très joli projet auquel je suis plus qu’enthousiaste de participer, et j’espère sincèrement qu’il vous plaira.

Je serai brève mais je mets tout mon cœur pour vous dire merci. Merci à Fabrice et à l’équipe pour m’avoir permis de partager ma passion, de rencontrer des auteurs incroyables et de soutenir des titres qui comptaient beaucoup à mes yeux. Merci à vous pour votre intérêt, vos commentaires adorables et vos retours et avis sur les titres dont j’ai pu vous parler.

Au revoir, et j’espère à très vite. En vous souhaitant plein de belles lectures à venir :).

 

Adventure time tome 2

14 octobre 2013  |  Non classé

Il y a un peu plus d’un mois paraissait le deuxième volume du comics Adventure Time, tiré de l’univers de la série à succès. Les histoires que l’on peut lire dans les comics sont totalement inédites, mais on y retrouve les personnages et le mélange de grande aventure et d’humour totalement absurde qui a fait le succès du dessin animé.

Comme dans le premier tome, on découvre d’abord une aventure longue (cette fois-ci, Finn et Jack vont expérimenter les voyages temporels) puis une compilation d’histoires courtes imaginées par des auteurs de comics indé.

Si le passage du dessin animé à la planche de bande dessinée rend l’ensemble un peu moins dynamique et explosif, il n’empêche que ce comics ets vraiment agréable à lire, que l’on connaisse ou non cet univers d’ailleurs. Les dialogues conservent leur juste dose d’humour absurde, les rebondissements s’enchainent à toute vitesse et il se dégage de l’ensemble une véritable énergie. Si dans le tome 1, les auteurs jouaient beaucoup sur les cases, la construction, le rythme, celui-ci s’ancre plutôt dans un style comics classique mais réussi.

Pour toute la première partie, on retrouve le graphisme propre au dessin animé, les petites histoires qui suivent prennent elles une toute autre personnalité, sous les traits de dessinateurs comme Paul Pope, Lucy Knisley, Chris Hoghton…

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Une case en moins

13 octobre 2013  |  Bande dessinée

Ellen Forney a trente ans quand sa thérapeute donne un nom à ce dont elle souffre sans même en avoir conscience. Ellen est bipolaire, la sentence tombe tel un couperet. Son caractère, son énergie débordante, sa créativité, ne serait donc que les symptômes d’une maladie et pas ce qu’elle est ? Sa médecin veut qu’elle prenne des médicaments, elle refuse, d’abord. Beaucoup d’artistes souffraient de troubles, beaucoup ont été diagnostiqués bipolaires de leur vivant ou après leur mort. Cela fait partie d’eux et c’est sans doute un des éléments de leur génie. Ellen ne veut pas tuer sa créativité à coup de cachetons. Elle continue d’être ‘elle-même’, avec toujours mille projets qui éclosent dans sa tête tel du pop-corn, avec les risques qu’elle prend parfois, avec cette sensation de totale liberté.

Jusqu’à ce que cette folle énergie laisse la place, une nouvelle fois, à un extrême abattement. Mais contrairement aux fois précédentes, elle sait que c’est la maladie, que les médicaments pourront l’aider à en sortir. Alors elle accepte un premier traitement, puis un autre, puis encore un autre. Cherchant avec sa thérapeute le dosage qui lui conviendra vraiment. En parallèle elle se cherche, s’apprivoise. Accepter sa maladie, puis accepter de prendre un traitement, c’est le début d’une véritable quête identitaire. Qui est-elle, peut-elle encore être une artiste ? vient-elle de sacrifier son talent ? Que va-t-elle devenir ?

Dans cette autobiographie qui part dans tous les sens, Ellen Forney revient sur son parcours, ses réflexions, l’enseignement qu’elle a retiré de tout ça. Parce que loin d’accepter la fatalité sans sourciller, l’auteure avance, discute avec son entourage, lit, cherche des réponses à ce qui n’en a peut-être pas. Van Gogh aurait-il été aussi doué sans le mal qui le rongeait ?

Séances de thérapie, cours de yoga, introspection, folles soirées, questionnements, instants, amitié, famille, effets secondaires, Une case en moins est très dense, et pourtant passionnant. C’est d’abord un témoignage intime sur la maladie, sur le fait d’être bipolaire au quotidien. Mais c’est aussi toute une réflexion sur le rapport entre ce trouble et l’art.

Le dessin est clair, pétillant, et lui ressemble. Tantôt sage et ordonné, tantôt complètement surchargé et débordant d’énergie. Certaines pages sont uniquement des textes, d’autres sont des bd classiques, mais il y a aussi des schémas, des tableaux, des croquis, des illustrations pleines pages, des petits mots qu’elle nous laisse le soin de relier… Le propos est sombre, parfois dur, mais pourtant Ellen Forney ne se départit presque jamais de son humour, et même de son auto-dérision.

Si Chute libre – Carnet du gouffre se lit avec une certaine sensation de légèreté, dans Une Case en moins, attendez-vous à ce que l’auteure vous inonde d’informations complexes. Pourtant, l’un et l’autre abordent la maladie en mêlant l’intime, l’expérience, à l’universel. C’est autant un témoignage qu’une entrée pour mieux comprendre ce que les malades peuvent vivre. C’est aussi un message d’espoir, puisque l’une comme l’autre sont parvenues à s’en sortir. Dans les deux livres, on a un récit à posteriori dans lequel intervient celle qu’elles étaient à l’époque, par le biais de petits dessins réalisés dans les périodes les plus douloureuses.

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L’Astragale

12 octobre 2013  |  Bande dessinée, Coups de coeur

Albertine Sarrazin n’avait même pas trente ans quand elle est décédée d’une erreur médicale, mais elle eu le temps de marquer le paysage littéraire français par trois œuvres autobiographiques parues entre 1965 et 1967, année de son décès. L’Astragale et La Cavale parurent simultanément, la Traversière ensuite.

Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg adaptent ici L’Astragale en bande dessinée.

Anne a 19 ans quand elle s’enfuit de prison. Elle se brise un os de la cheville, l’astragale, et ne doit la réussite de son évasion qu’au beau Julien qui lui vient en aide et la planque. Pendant qu’elle est immobilisée dans un petit lit, lui vient de temps en temps lui rendre visite à l’improviste, entre deux petites embrouilles. C’est le début d’une histoire d’amour tumultueuse. Ils sont tous deux en cavale, ont du caractère à revendre et chacun de leurs instants passés ensemble sont électriques et sauvages.

C’est la France de la fin des années 50, et la liberté flamboyante d’Anne n’est du goût de personne. Petit oiseau au regard de braise condamné à se bruler les ailes, mais qui le fait avec passion.

Le roman, qui raconte entre les lignes la vie d’Albertine, dont Anne est le double, est ici superbement adapté, et remarquablement servi par le dessin léger, sensuel et pétillant de Terkel Risbjerg. On retrouve dans cette bd ce mélange délicat de poésie et de réalité, entre argot de petits voyous et grandeurs des sentiments. Pendant 220 pages on suit la frêle Anne, qui semble si fragile, mais qui pourtant jamais ne se brise. Elle pose sur tout et tous ses yeux noirs envoûtants, semblant en même temps juger ses contemporains et bouillir d’envie de dévorer la vie. Mais il y a d’abord cet astragale en miette, qui la contraint à être dépendante, avant que ce ne soit l’amour qui la retienne malgré elle.

Très bien construite, la bd nous emmène avec elle, dans le tourbillon qu’est sa vie. Et toujours ce regard qui habite chaque case comme il envahit déjà la couverture. Le dessin en noir et blanc donne une grande place à la nuit, aux cachettes, aux secrets. Les corps, leur gestuelle, leurs failles prennent souvent le pas sur les mots pour raconter l’histoire, donnant encore plus d’énergie au récit et à l’héroïne.

Une très belle adaptation d’une œuvre atypique, qui raconte autant le destin d’une jeune femme que la société sur le point d’imploser dans laquelle elle évolue.

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Les gens normaux (paroles lesbiennes gay bi trans)

Les gens normaux, ce sont dix témoignages recueillis par le scénariste Hubert (Miss Pas Touche, Beauté, La ligne droite…) auprès d’homosexuels, bisexuels, transsexuels, et mis en image par des dessinateurs talentueux(Cyril Pedrosa, Virginie Augustin, Zanzim, Alexis Dormal, Jeromeuh, Simon Hureau, Merwan, Freddy Nadolny Poustochkine, Freddy Martin, Natacha Sicaud et Audrey Spiry). Le projet a été initié en 2011 en collaboration avec le Centre Lesbien, Gay, Bi, Trans de Touraine, mais les témoignages ont finalement été recueillis un peu avant la présidentielle de 2012, quand la question du mariage pour tous commençait à devenir électrique.

Au fil de ces 230 pages, on nous parle d’amour, de famille, d’éducation, de discrimination au travail, de maladie, de la situation dans des pays où l’homosexualité est considérée comme un délit, de religion, de désir, d’identité. Les témoignages sont tous aussi différents que passionnants, apportant à chaque fois un éclairage nouveau sur la question. Mais quelle question d’ailleurs ? Celle auquel répond le titre. Les homosexuels, les bissexuels, les transsexuels sont-ils normaux ? Chaque histoire est d’abord celle d’une vie, jalonnée de bonheurs et de drames qui les ont amené là, à se raconter face à Hubert.

Si cette bande dessinée raconte les hommes et les femmes, leurs sentiments, leurs émotions, leurs craintes (la peur de deux mamans face aux futures remarques que subiront leurs enfants à l’école, la perte de son amoureux à cause du sida, les relations parfois difficile avec ses parents, dls perpétuels mensonges au travail par peur de perdre sa place), ce sont aussi des explications claires et très intéressantes sur des sujets plus techniques : comment se passe une insémination, quel traitement doit-on prendre aujourd’hui quand on est atteint du sida, comment se déroule une opération pour changer de sexe…

Tout en noir et blanc, publié dans la très belle collection Écritures de Casterman, Les gens normaux fait du bien, en donnant une voix à ceux dont les médias parlent beaucoup tout en leur laissant rarement la possibilité de s’exprimer. Les histoires sont entrecoupées de textes écrits par des chercheurs (Eric Fassi, Maxime Foerster, Florence Tamagne, Louis-Georges Tin, Michelle Perrot), et l’ouvrage est préfacé par Robert Badinter.

Les gens normaux, c’est un livre beau, juste, et nécessaire. Un concert de voix réunies et racontées avec justesse par des auteurs qui s’effacent derrière les mots.

Les témoignages sont très émouvants, parfois violents, et nous invitent à nous interroger constamment. Ce sont des histoires intimes et pourtant universelles, qui ne peuvent que profondément nous toucher.

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