Nicodème et mon humour noir qui s’en est allé

Mercredi 7 juillet 2010

La paternité, ça vous secoue en bien mais pas que… Je l’avais déjà entr’aperçu depuis 4 ans, mais ça s’est révélé en ce début de semaine ; quand ma femme a pondu, j’ai laissé sur le bord de la route ou je-ne-sais-où tout un pan de cet humour noir que je vénère pourtant.

Pour resituer l’action, le petit Nicodème avait disparu dimanche et a été retrouvé mort dans une fosse septique lundi. Son prénom a déclenché pas mal de calembours sur Twitter et le fait qu’il ait été repêché dans une mare à caca en a rajouté une couche.

Loin de moi l’idée de faire le vieux con réac’, puisque dans leur très grande majorité, les blagues circulant sur Twitter me font marrer, simplement j’me suis rendu compte d’un truc affreux : depuis que je suis père, les blagues sur les gamins morts, ça me fait pu rire. Oh, quand j’étais jeune et chevelu, ça m’a fait bien marrer, j’me souviens même avoir gagné çà et là quelques minutes de vie, mais c’est fini. J’arrive pu. Même sur un truc aussi con que son prénom, impossible.

A quoi c’est dû ? Je sais pas vraiment. L’empathie qui a poussé depuis le début de ma paternité, ce « grand lien universel et magique qui unit tous les parents de ce monde » (haha) sans doute. J’me projette une demie-seconde et j’me dis « bordel à la place des parents j’irais pas bien du tout du tout du tout du tout ».

D’un autre côté – et ça va revenir d’actualité avec la canicule annoncée – j’ai moins de mal à rire avec les p’tits vieux qui cassent leur pipe, même si j’ai perdu 3 de mes grands-parents sur 4 (et que ça m’a attristé qu’ils passent l’arme à gauche).

Comme si c’était moins « logique » qu’un enfant meurt. Y’a quelques siècles, quand la mortalité infantile faisait un tri naturel entre les forts et les faibles dès l’aube de l’existence (poète !), ça aurait peut-être été l’inverse pour moi : la vie d’un enfant de 22 mois devait sans aucun doute compter bien moins que celle d’un vieux sage.

Drôle de société quand même.


 


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